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Monte-Carlo: La terre a tremblé en Principauté

Ce Masters 1000 de Monte-Carlo donnait le coup d’envoi de la très attendue saison sur terre battue. Après le tournoi de Miami qui avait vu bon nombre de têtes de séries sortir prématurément, il faut dire que l’épreuve monégasque n’a pas dérogé à la règle, malgré le niveau époustouflant affiché par Andrey Rublev et surtout Stefanos Tsitsipas, magnifique vainqueur sur le Rocher. Après avoir déserté la Floride, rien ne fut simple pour Nadal, Djokovic et consorts. Certes, tirer des conclusions après seulement un tournoi sur ocre serait peu constructif, mais Monte-Carlo fut tout de même riche en enseignements et les prochains tournois sur terre s’annoncent plus que jamais passionnants. Le CCS vous propose un résumé de cette riche semaine en terre princière.

Tsitsipas/Rublev: la NextGen a de l’ambition

Les deux premiers de la Race 2021 sont bien décidés à récolter tous les titres possibles (Source: Sport.fr)

Enfin ! Sur un revers trop croisé d’Andrey Rublev, le numéro 5 mondial Stefanos Tsitsipas affiche une joie révélatrice: il vient de remporter le premier Masters 1000 de sa jeune carrière. Un ouf de soulagement pour le Grec qui n’avait plus gagné le moindre titre depuis février 2020 et sa victoire à Marseille. Mais lorsque l’on regarde sa saison 2021, où il avait très bien commencé en se hissant dans le dernier carré à Melbourne, le Grec est régulier et joue terriblement juste. Demi-finaliste à Rotterdam et Miami puis en finale à Acapulco, on sentait un Tsitsipas affûté et qui retrouvait progressivement son niveau de jeu. Cette semaine à Monte-Carlo « la plus belle de sa vie », vient à point nommé pour celui qui n’a pas lâché le moindre set sur le tournoi. Tombeur de Karatsev, Garin, d’un Fokina diminué, de l’épatant Daniel Evans pour venir coiffer Rublev en finale, il a produit un tennis de qualité en jouant sur ses points forts d’attaquant du fond de court. On ajoute à cela un service retrouvé et de belles longueurs de balles dans les moments chauds, cela donne un Tsitispas injouable qui peut légitimement rêver d’encore plus grand pour cette saison sur terre.

« Je le connais depuis l’enfance. Nous avons progressé l’un avec l’autre et nous voilà tous les deux parmi les meilleurs du monde. Le chemin a été long »

Stefanos Tsitsipas au sujet d’Andrey Rublev en conférence de presse. Ces deux-là semblent déterminés à accomplir de grandes choses.

Malgré la défaite en finale, Andrey Rublev se montre toujours aussi régulier sur le circuit et son tennis sur cette semaine monégasque est tout simplement exceptionnel. En plus de mettre énormément d’énergie dans tout ce qu’il entreprend, le Russe est presque imprenable sur des échanges engagés, ou son coup droit divin lui permet de déborder l’adversaire, même si on l’a aussi vu nous gratifié de beaux revers gagnants. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les deux matchs les plus enthousiasmants de la semaine se déroulèrent lorsque Rublev fut sur le court: il a su prendre le jeu à son compte grâce à sa puissance pour parvenir faire plier un Bautista-Agut décidément en forme ( victoire 7-6 5-7 6-3), puis se montrer très solide en fond de court pour venir à bout du maître des lieux Rafael Nadal. On le sent, le nouveau numéro 7 mondial a très faim et depuis son quart à Roland l’an passé, il a sans aucun doute encore progressé sur la terre battue.

Le meilleur coup droit du circuit ?

Chez les têtes de série, beaucoup de déception

Tout le monde voyait un tournoi moins ouvert que Miami avec une domination annoncée des cadors du tennis mondial. Mis à part quelques joueurs qui ont confirmé leur statut comme, le top 20 repart de Monaco avec moins de certitudes qu’il espérait. Premier coup de tonnerre, l’élimination du numéro un mondial Novak Djokovic qui n’aura donc passé qu’un seul tour. Malgré la bonne impression laissée d’entrée dans un match qui s’annonçait piégeux contre Jannik Sinner, se montrant très juste et régulier dans l’échange, s’est contre le britannique Daniel Evans que Nole est passé à côté. Plus que la défaite, c’est surtout le niveau du Serbe qui a inquiété, avec des fautes grossières commises dans les moments importants, ces instants qui sont d’habitude la force de Djokovic. On rajoute à ça toute la malice de Daniel Evans avec notamment ces chips de revers incessants et cette volonté de casser le rythme, et cela donne un Djokovic éliminé sur le score de 4-6 5-7 pour son premier tournoi depuis son sacre à Melbourne. A relativiser donc pour Djokovic qui devrait monter en puissance au fur et à mesure des tournois sur terre.

Après le numéro un mondial, c’est l’immense favori Rafael Nadal qui a vu son parcours s’arrêter en quarts de finale. Après avoir roulé tour à tour sur Delbonis et Gregor Dimitrov, expédié en 57 minutes, on voyait mal qui pourrait venir contrarier les plans de l’Espagnol. Dans un match d’anthologie, c’est le joueur le plus régulier du circuit de puis la reprise de 2020, Andrey Rublev, qui a pris le meilleur sur son idole. Avec une intensité folle et des frappes surpuissantes des deux côtés, Rafael Nadal a cédé dans la troisième manche pour s’incliner 2-6 6-4 6-2. Mais l’Espagnol a été bousculé tout le long du match et là ou certains aurait lâché mentalement dans la deuxième manche, Nadal a fait preuve d’une admirable abnégation alors qu’il était mené 3-1 avec balle de double-break pour le Russe dans ce deuxième set. Bousculé dans l’échange face à la lourdeur des frappes du Russe et en difficulté sur ses premières balles, le champion a du céder. L’Espagnol a tout de même affiché un niveau de jeu cohérent sur cette semaine et il ne lui manque pas grand chose pour être totalement à l’aise dans son tennis, lui qui avait aussi coupé après l’Open d’Australie.

Rafael Nadal n’a pas trouvé la solution face à Andrey Rublev et s’arrête en quarts de finale (Source: Eurosport)

Au-delà de ces deux énormes surprises, il y a des joueurs d’habitude à l’aise sur terre et qui repartent sans la moindre victoire de Monte-Carlo. On pense bien évidemment à Diego Schwartzman, véritable spécialiste de la surface, qui n’a rien pu faire lors de son premier match face à Casper Ruud, défaite 6-3 6-3. Malgré des conditions certes désavantageuses pour son style de jeu avec une terre très lourde, la production du numéro 9 mondial fut très insuffisante avec beaucoup de déchet, et il doit tarder à l’Argentin de jouer à Barcelone pour retrouver du rythme et enchaîner les matchs. Autre cador sorti d’entrée: l’Italien Matteo Berrettini. On pouvait attendre de belles choses de la part du numéro 10 mondial au vu de ce que le joueur avait montré lors de sa tournée australienne. Mais face à l’épatant Davidovich Fokina, Berrettini a eu du mal à imposer son tennis à son adversaire, lui qui d’habitude varie à merveille sur cette surface sans en être non plus un spécialiste. Pour lui aussi tout l’enjeu va être de continuer à enchaîner pour retrouver tout son potentiel physique et laisser exprimer ses qualités.

« C’est bizarre. Depuis que je suis arrivé ici, je n’ai jamais réussi à me sentir bien à l’entraînement. Le match n’a pas été différent des jours précédents »

Un Diego Schartzman fataliste en conférence de presse après sa défaite contre Casper Ruud.

Certains en ont profité pour tirer leur épingle du jeu

Comme à Miami, on a du droit à des surprises et certains joueurs se sont montrés particulièrement à l’aise sur la terre battue monégasque. En effet, comment ne pas citer Daniel Evans et Alejandro Davidovich Fokina désormais 26 et 48 èmes mondiaux ce lundi. Le premier a réalisé un parcours aussi inattendu qu’époustouflant en se hissant pour la première fois de sa carrière en demi-finale d’un Masters 1000. Après un départ compliqué contre Lajovic, le britannique a battu facilement Hurkacz, écœuré Djokovic en deux sets puis sorti un autre joueur en forme, le belge David Goffin en trois sets. Des performances qui forcent le respect, surtout pour un joueur qui n’avait quasiment aucune référence sur cette surface jusqu’à maintenant. Cela va peut-être agir comme un déclic pour cet attaquant d’habitude à l’aise en indoor et qui se projette souvent au filet. Evans voudra sans aucun doute confirmer sur les prochains tournois sur terre. De là à le voir enfin en deuxième semaine à Roland ? Rien n’est moins sûr. On vous le disait, l’Espagnol Davidovich Fokina semble aussi prendre conscience de ses qualités pour performer sur terre. Très mobile, costaud en fond de court et agressif dans l’échange, le jeune joueur de 21 ans semble être armé pour être redoutable sur ocre. De Minaur, Berrettini et Lucas Pouille (tous battus par l’Espagnol) le confirmeront, il faudra être à 100% physiquement pour tenir la cadence face à ce joueur prometteur qui a atteint pour la première fois de sa carrière les quarts de finale d’un Masters 1000.

Daniel Evans a réussi l’exploit de battre le numéro un mondial (Source: Paris-Normandie)

On connaissait la faculté de Casper Ruud à élever son niveau de jeu sur terre, le moins que l’on puisse dire est que le Norvégien a lui aussi su saisir sa chance sur ce tournoi. Déjà demi-finaliste à Rome l’an passé, on a retrouvé le numéro 24 mondial dans toute sa splendeur: de magnifiques actions défensives, avec des frappes lourdes derrière sa ligne et cette capacité à faire courir son adversaire dans tous les sens. Il fallait être sacrément costaud pour venir à bout d’un Carreno-Busta décidément très intéressant en ce moment en huitièmes de finale puis de Fabio Fognini en quarts. Stoppé net par Andrey Rublev en demi, nul doute que la pépite de 22 ans embêtera beaucoup de monde sur terre. Dans une moindre mesure, car il revient très bien et que l’on connaît son niveau sur terre, David Goffin confirme qu’il est bien en forme sur cette première partie de saison de 2021, prêt à revenir frapper aux portes du top 10 ( il est désormais 12 ème). Vainqueur notamment d’Alexander Zverev 6-4 7-5 avant de s’arrêter en quarts de finale, le Belge semble avoir retrouvé cette frappe de balle qui lui permet de jouer proche des lignes, en maintenant une pression constante sur ses adversaires. Il faudra compter sur lui pour la suite de la saison.

Sale temps pour les tricolores

Ils étaient cinq inscrits dans le tableau principal de Monte-Carlo. Dès le premier jour, on a appris le forfait de Gaël Monfils à cause d’une gène au niveau du mollet. On était tous impatients de le revoir à l’œuvre sur sa surface favorite, cela attendra. Deux désillusions sont venues s’ajouter à cette mauvaise nouvelle. Le numéro deux français Ugo Humbert n’a en effet pas gagné le moindre match à Monte-Carlo, défait d’entrée par John Millman 6-3 6-3. On a senti le 31 ème mondial complètement perdu dans ses déplacements, avec de fait un nombre incalculable de fautes directes. Certes, son jeu ne se prête pas forcément à la terre battue, mais Humbert devra rapidement trouver les clés pour garder son identité de jeu d’attaquant sur cette surface, sous peine de passer quelques mois difficiles. On voyait aussi Adrian Mannarino aller un peu plus loin dans ce tableau. Mais face au modeste qualifié Federico Delbonis (84 ème à l’ATP) le Français n’est jamais vraiment rentré dans son match, face à un adversaire beaucoup plus à l’aise que lui sur la surface. Défaite en deux sets et direction Barcelone pour Mannarino.

Malgré ces contre-performances, tout n’est pas à jeter côté bleu. Même s’il n’a pas pu aller plus loin que le deuxième tout, Jérémy Chardy confirme son très bon début d’année. On l’a vu très concentré contre Bublik d’entrée, gérant avec brio les moments importants en s’appuyant sur un coup droit incisif. Ce fut plus compliqué ensuite la tête de série Dimitrov, mais là encore Chardy a tenté, s’efforçant même par moment de varier son jeu en tentant des amorties pour venir conclure au filet. Une défaite sur le score de 7-6 6-4 encourageante pour celui qui est désormais revenu aux portes du top 50 (51 ème ce lundi). Finalement, c’est bien Lucas Pouille qui a réalisé le parcours le plus convaincant. Visiblement débarrassé de ses douleurs, le Nordiste a joué de façon agressive en essayant à chaque fois de prendre le jeu à son compte et d’avancer sur ses balles d’accélération. Vainqueur de Guido Pella puis de Popyrin, on l’a senti dans le dur physiquement contre Davidovich Fokina en huitièmes de finale. Mais le Français s’est accroché et a tout de même mis en difficulté l’Espagnol dans la seconde manche alors qu’il semblait avoir la mainmise sur la rencontre. Une défaite 6-2 7-6 mais une semaine très positive pour un Pouille qui semble revenir à un bon niveau et que l’on redemande à voir sur terre. Remonté ce lundi au 72 ème rang mondial, il affiche la plus grosse progression du top 100 au classement ATP (+ 14 places) .

On ne boude pas notre plaisir de revoir Lucas Pouille performer au plus haut-niveau. ( Source: FFT)

On ne s’est pas ennuyé cette semaine à Monte-Carlo, de bon augure à l’aube d’une saison sur terre qui s’annonce relevé. Sur fond de reprise, les cadors sont tombés sur le Rocher mais on ne doute pas qu’ils sauront trouver le rythme pour de nouveau décourager leurs adversaires sur un très court terme. On a aussi hâte de voir si des joueurs comme Evans et Ruud sauront s’appuyer sur leur semaine. Enfin, Tsitsipas et Rublev semblent déjà prêt pour batailler à Barcelone, Madrid ou encore Rome, avec Roland-Garros en ligne de mire. La NextGen semble-t-elle prête à régner sur ocre ? Les prochains mois s’annoncent palpitants et devraient nous donner un élément de réponse.

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