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EURO 2020 : Edimbourg, dans l’ombre de Glasgow

A l’évocation du nom de la ville, ce n’est pas au football que l’on pense en premier lieu. D’abord le festival, le plus grand d’Europe, puis l’université, respectée et prestigieuse, voire même le château, surplombant la ville. C’est aussi et surtout parce que dans le football Ecossais, c’est Glasgow qui domine. Siège de la fédération, des matchs de l’équipe nationale, et ville des deux plus grands clubs du pays, elle ne laisse que peu de places aux autres. D’ailleurs, seule Edimbourg arrive à peine à concurrencer Glasgow. Plongée dans la deuxième ville footballistique d’Ecosse.

Depuis 1984 et le titre remporté par Aberdeen, aucune équipe hors Celtic-Rangers n’as remporté le championnat. Une manière de démontrer la domination des Glasgoviens. Aberdeen a d’ailleurs été champion 4 fois dans l’histoire du championnat, autant que les deux clubs d’Edimbourg, Hibernian et Hearts of Midlothian (4 chacun). Ces derniers sont aussi la 3e équipe d’Ecosse a voir le plus remporté la Coupe d’Ecosse (8, contre 40 victoires du Celtic, 33 des Rangers), tandis que les Hibs sont les derniers à l’avoir remporté hors équipes de Glasgow (2016, face aux Rangers). Comment cohabitent alors les deux clubs à l’ombre de Glasgow?

Le faux « Old Firm »

La première chose à noter, c’est la ressemblance entre les Hibs et le Celtic. Club fondé tous deux par des catholiques Irlandais, évoluant en vert et blanc. Mais la ressemblance avec le « Old Firm » s’arrête là. Parce que, déjà, la haine est bien moins farouche : « Après le derby, ici tu peux aller boire un coup et être bons amis. » témoigne un supporter des Hibs dans cet article de Foot Mercato. Et si la haine est moins forte, c’est que la friction est moins importante. A Glasgow, elle est basée -grossièrement- sur des différends religieux. A Edinbourgh, elle est surtout géographique. Deux quartiers opposés de la ville (Est et Ouest), et une rivalité citadine, amicale, et aujourd’hui, édulcorée.

Quand ton pote te dit « Non mais ce n’est pas une mauvaise idée la Super League ».

Longtemps associée à certaines classes sociales, ce clivage s’efface peu à peu. Aujourd’hui, si la famille ne nous inculque pas l’amour d’un club en particulier, le choix se fera plus en fonction de ses affinités : bien aimer la couleur du maillot, un joueur en particulier, l’influence d’un ami … Pourtant, Hearts a longtemps été attaché aux classes dirigeantes, en étant du quartier Ouest de la ville. Les Hibs viennent du quartier de Leith, à l’Est de la ville, et comptait des classes bien plus populaires parmi ses supporters. Une rivalité existante depuis le premier derby, datant de 1875 et la victoire 1-0 de Heart.

Le Derby du hipster?

Dans la ville, l’amour déclaré au football est présent partout. Entre différentes échoppes d’écharpes, les maillots et survêtements portés par les dockers du port, et même par les discussions, tournant sans cesse autour du ballon rond. Ce que la presse a bien compris : en une des journaux locaux, il est rare de ne pas avoir d’encarts consacrés au football. D’ailleurs, si l’afflux d’intellectuels créé souvent une émule autour de la ville, avec des conférences, des séminaires, et même des étudiants internationaux, rien n’est comparable avec les jours de derbys. Les pubs s’activent, s’échauffent, les foules s’amassent, s’excitent. Les chants – basés, cette fois-ci, sur les différences historiques – résonnent dans les rues, autant que la pluie qui bat le pavé 126 jours par an. Parce que si l’on peut choisir son club de cœur, on ne choisit que très peu le sport qu’on aime : le foot.

Sentiment écossais et classe ouvrière

Si Edimbourg est autant attachée au foot, ce n’est pas une exception : , « Il y a un état d’esprit spécial ici. Ce que j’aime en Ecosse, c’est que le football est sur toutes les langues. L’amour du football est plus fort ici que dans les autres pays. » Confiait Csaba Laszlo, ancien entraîneur hongrois de Heart. Parce que le football permet, d’abord, de pouvoir affronter dans les yeux les Anglais. Si le monde entier place l’Angleterre comme le berceau du sport le plus populaire de la planète, les Ecossais ont longtemps refusé cela, clamant leur importance dans la création du football, et notamment dans son évolution les premières années.

Tous derrière le même drapeau. Une phrase qui aurait plu K’naan. (Crédits : TerresCeltes.fr)

Le sport – et pas que le foot – permet aussi pour l’Ecosse d’affirmer haut et fort un sentiment de nationalité. Alors qu’il est toujours effrayant et compliqué de se détacher de la tutelle britannique, à Edimbourgh comme ailleurs le sport permet de s’affirmer. Affirmer haut et fort la culture et l’histoire de l’Ecosse, aux côtés et non en opposition à la Grande-Bretagne, permet à l’identité Ecossaise de persister. C’est d’ailleurs ce qu’affirme Dr Henry Drucker, ancien spécialiste en politique à l’Université d’Edimbourgh (tiens tiens tiens…) en 1985. Le foot serait dans la vie Ecossaise « Plus qu’un sport. C’est réellement l’arène dans laquelle l’Ecosse et les Ecossais s’affirment et peuvent jouer un rôle dans les affaires internatipnales. Il n’y a pas d’endroit ou l’identité Ecossais peut être affirmée. Et donc, le football, le sport de la majorité de la classe ouvrière, est venu jouer ce rôle.« 

Différences et équipes nationale

Revenons-en un peu à Edimbourgh. Les différences sociales entre Heart et Hibernian étaient aussi accentuées par les étiquettes accolées à ces clubs : les Hibs étaient les créatifs, les « Bohemians ». Heart étaient, de son côté, structuré et distingué. Des différences au sein de la même ville représentatives des divisions au sein du pays des Highlands. Les habitants de Dundee pensent par exemple qu’Aberdeen est une ville lointaine, sans joie. L’Edimbourgeois obsédé par les classes sociales regarde avec dédain le Glaswégien, etc. Il ne faut pas considérer que le sport permet de relier les différends socio-culturels qui traversent l’Ecosse de part et d’autres.

L’équipe nationale écossaise. (Crédits : Eurosport)

Cependant, comme on a pu le voir, n’importe quel match de l’Equipe nationale permet d’effacer ces différends et de pousser dans un but commun. Notamment parce que chacune des parties de l’Ecosse peut se reconnaître dans les joueurs de l’Equipe nationale : des natifs de Glasgow aux natifs d’Edimbourgh, en passant par l’Île de Man, les bi-nationaux anglais, etc. Et le fait de se rejoindre derrière un même drapeau, de chanter l’hymne nationale, rassemble n’importe quel peuple. Qu’importe le club que l’on supporte ou la ville d’où l’on vient. Mais une chose est sûre : Glasgow reste dominante en ce qui concerne le football.

La ville d’Edimbourgh reste effectivement dans l’ombre de Glasgow. Et elle risque de le rester longtemps. La connexion Glaswégienne – football est trop forte et trop empruntée pour être remplacée, et les équipes d’Edimbourgh semblent trop éloignées de leurs rivales pour pouvoir créer un élan de « hype » encore plus important envers le football. Qu’importe : le foot écossais reste, quoi qu’il arrive, le football qui nous touche. Par son histoire, ses paradoxes, mais surtout, par l’amour qu’il transpire.

Pour aller plus loin : https://www.footmercato.net/a1388979835411237128-hearts-hibernian-dans-la-ferveur-de-tynecastle-park-au-coeur-du-derby-dedimbourg
https://lagrinta.fr/ils-se-detestent-heart-of-midlothian-hibernian-football-club&7245/

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