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Patrick Marleau : Le Benjamin Button du hockey

Gordie Howe peut être fier de là où il repose, après avoir vu de ses propres yeux un garçon passionné et dévoué du nom de Wayne Gretzky battre son record de points dans la ligue, c’est un autre garçon tout aussi humble et passionné qui vient de battre lundi dernier son record de matchs joués au sein de la Ligue Nationale. Retour sur la carrière exemplaire de Patrick Marleau, un « Shark for life ».

Jeunesse dans le Saskatchewan et rêve de Ligue Nationale

«J’adore être là-bas (sur la glace) et jouer. De toute évidence, le rêve de tous les enfants est de hisser la Coupe Stanley, alors je l’ai poursuivi tout ce temps»

Originaire de la province du Saskatchewan au Canada, c’est dans la campagne d’Aneroid, bourg agricole situé à 250km au sud-ouest de Regina, coincé entre Swift Current et l’état américain du Montana, que le jeune Patrick Marleau grandit et découvre sa passion du hockey. Elevé dans la ferme familiale avec son frère Richard, les deux enfants passent leur temps à jouer avec un mini-bâton dans la cuisine comme l’explique l’intéressé : « Il y a eu beaucoup de batailles sur le sol de la cuisine. Il semblait que nous allions nous endormir un samedi soir quand Hockey Night au Canada commençait… et puis maman disait ‘Oh non, c’est l’heure d’aller au lit’ juste quand les choses intéressantes allaient arrivées ». Qu’importe Patrick s’entraîne et travaille son tir sur du contreplaqué dans la grange. Son père rappelle qu’ils avaient « toujours su où il se trouvait à la ferme. Vous pouviez entendre ce bang, bang – les rondelles frappant les planches. Nous n’avons pas eu à lui dire de faire quoi que ce soit au sujet du hockey. Il adorait ça ». Se voyant offrir une cassette vidéo sur son joueur préféré Mario Lemieux, le jeune Patrick la regarde pendant des heures et des heures, apprend de son idole et se met à rêver de jouer dans la Ligue Nationale.

Dès sa tendre enfance, sa mère, institutrice, lui apprend la nécessité d’avoir une éthique de travail irréprochable et un sens des responsabilités développé. Il met à profit ces valeurs sur la glace sous les couleurs des Swift Current Legionnaires dans la Saskatchewan Midget AAA Hockey League (SMAAAHL) puis dans la West Hockey League (WHL) lorqu’il est recruté en tant que sixième choix par les Thunderbirds de Seattle en 1994. Directeur Général à l’époque, Russ Farwell explique que Patrick Marleau du haut de ses 16 ans fait déjà sensation : « Il était impressionnant. Nous avions un camp d’été à Calgary. Nous étions dans un centre où nous faisions des tests physiques, les mêmes qu’ils avaient fait faire aux Flames de Calgary. Pat s’est présenté sur la machine à squat et les gars ont dû l’arrêter. Il avait déjà dépassé les trois-quarts des résultats des joueurs des Flames. Ils étaient épatés à quel point il était fort ». Mais ce n’est pas seulement par sa force que Marleau se distingue des autres mais également par sa qualité de patinage, sa capacité d’accélération et sa vitesse.

Marleau sous le chandail des Thunderbirds de Seattle – Source : OurSportsCentral

Lors de ses deux années aux Legionnaires de Swift Current il enregistre pas moins de 219 points dont 102 buts et 117 aides en seulement 84 matchs puis lors des deux saisons sous le chandail des Thunderbirds de Seattle il compile 199 points dont 83 buts et 116 aides en 143 rencontres. Preuve que « Pat » était bien au-dessus du niveau de ses pairs. Lors du repêchage de la LNH 1997 il réalise enfin son rêve et est choisi au 2ème choix du 1er tour par les San Jose Sharks. Le joueur qui est choisi au tout premier choix par les Bruins de Boston est (tiens, tiens) Joe Thornton. Une nouvelle page de sa carrière sportive débute et, comme on peut s’en douter, ce ne sera pas la plus courte.

Médaillé avec le Canada, bredouille avec les Sharks

Lors de sa première année sous le maillot des San Jose Sharks, la recrue Marleau démontre qu’il est en capacité de réaliser une longue carrière et que le haut-niveau est fait pour lui. Vincent Damphousse son ancien coéquipier entre 1999 et 2004 raconte son vécu aux côtés du concerné : « Il était jeune, mais il était facile à coacher, il absorbait l’information. Il était aimé des vétérans parce qu’il était à sa place. C’était un professionnel, il s’entraînait fort, il était en forme et il écoutait les instructions et les conseils des autres gars. Il était aussi super tranquille. Je ne sais pas comment il était plus tard dans la trentaine, comme leader, mais à 19 ans, il avait déjà sa blonde, il s’est « casé » très tôt. C’était un petit gars de la Saskatchewan, fils de bonne famille avec les valeurs à la bonne place ».

Marleau lors de sa première saison sous le maillot des Sharks – Source : Balle Courbe

« Pat » se fait une place dans l’effectif des Sharks de l’entraîneur Darryl Sutter. Positionné en tant que centre il apprend le métier au côté d’Owen Nolan et parvient à finir meilleur pointeur de l’équipe à la sortie de la saison 2000/2001, ce dernier ayant loupé 25 matchs pour blessure. L’arrivée à la fin de la saison suivante de l’ailier finlandais Teemu Selänne en provenance des Mighty Ducks d’Anaheim provoque une émulation du côté de la Baie de San Francisco mais l’association des trois joueurs ne va pas plus loin que la demi-finale de conférence. Au départ d’Owen Nolan et de Selänne, Marleau devient le nouveau capitaine des Sharks et permet, à l’aide de Jonathan Cheechoo et d’un Evgeni Nabokov impérial devant le filet, d’atteindre la finale de Conférence Ouest face aux Calgary Flames de Jarome Iginla et Mikka Kiprussoff. Les requins s’inclinent en six matchs.

Après une victoire en Coupe du Monde 2004 avec le Canada et suite au lock-out entre 2004 et 2005, c’est Joe Thornton qui arrive via une transaction avec les Bruins de Boston en Californie au beau milieu de la saison 2005/2006. Ce dernier remporte le trophée Hart cette saison malgré le fait d’avoir porté deux chandails différents dans la même saison. La saison suivante ce sont les deux recrues Joe Pavelski et Marc-Edouard Vlasic qui viennent compléter l’effectif. Sur les six saisons depuis l’arrivée de Thornton, les Sharks performent en saison régulière mais n’y arrivent pas arrivés en Séries et les deux finales de conférence perdues consécutivement en 2010 et 2011 font mal. Patrick Marleau, à ce moment de sa carrière, trouve le bonheur et la victoire finale lors des Jeux Olympiques de Vancouver en 2010 et une médaille d’or remportée en prolongations face aux américains sur un but de Sidney Crosby rentré dans la légende.

De gauche à droite : Patrick Marleau, Joe Thornton, Dany Heatley et Dan Boyle – Source : Toronto Star

C’est à cette période que le saskatchewanais a marqué son ancien coéquipier Dan Boyle avec un rituel assez « chronophage » : « Il faisait quelque chose de spécial que moi je n’ai jamais vu personne d’autre faire. Après chaque période, il enlevait tout son équipement et il allait dans le bain de glace. Moi, j’enlevais presque rien parce que ça prenait trop de temps à tout remettre. Lui, il se déshabillait au complet et disparaissait pendant quelques minutes. Trois ou quatre fois par soir, 82 matchs par année. Je ne peux pas comprendre comment il faisait. Je trouvais ça fou… mais en tout cas! ». Un remède de la longévité dévoilé !

« MrShark » sous son uniforme de toujours – Source : LaPresse.ca

C’est lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014 que Marleau remporte son deuxième trophée majeur avec le Canada. La médaille d’or est obtenue face à la Suède en finale. Côté Sharks, Brent Burns et Logan Couture viennent compléter l’effectif afin de passer un palier et d’atteindre enfin la finale de Coupe Stanley qui manque tant à la franchise et à « Pat ».

A la poursuite de la Coupe Stanley

A l’orée de la saison 2015/2016, Marleau a déjà 36 ans mais il est toujours en capacité de marquer 25 buts et récolte son 1000ème point en carrière lors de cet exercice. Humble, sérieux et travailleur que ce soit sur la glace ou en dehors, « Pat » et ses coéquipiers atteignent enfin cette fameuse finale de Coupe Stanley après avoir éliminé respectivement les Kings, les Predators et les Blues. Ce sont les Penguins des Crosby, Malkin, Letang et Fleury qui se dressent devant eux et la victoire revient à ces derniers qui réaliseront le doublé l’année suivante. Pour les Sharks c’est une énième désillusion lors des Séries 2017 et Marleau désire plus que tout de soulever la Coupe Stanley, son but ultime avant de raccrocher. Il tente pendant deux saisons l’aventure avec les Maples Leafs de Toronto, années où il souffle ses 38ème et 39ème bougies, mais ce sont deux éliminations au premier tour en sept matchs face aux Bruins de Boston qui stoppent les Leafs. Il est temps de rentrer à la « maison ».

Marleau sous le maillot des Toronto Maples Leafs – Steve Babineau/NHLI via Getty Images

« Je voudrais être vu comme quelqu’un qui a tout donné. Se réjouir du jeu, aimer le jeu, aimer être avec son équipe, aimer gagner les matchs. Ce sont les choses les plus importantes. »

Lors de la saison 2019/2020 c’est un retour chez les Sharks qui viennent de faire une nouvelle finale de conférence perdue face aux futurs champions, les Blues de St. Louis. La saison est un échec et c’est une nouvelle désillusion pour « Mr Shark » qui va sur ses 40 ans et il est relâché par son organisation pour signer chez les Penguins. Le monde voit le début de la crise sanitaire et c’est dans la bulle de Toronto que Marleau joue les Séries face aux Canadiens de Montréal. Favoris logiques, les Penguins seront éliminés par une fougueuse équipe du CH. Nouvelle désillusion, l’horloge tourne, la fin de carrière est proche et c’est un nouveau retour à San Jose dans un effectif qui balbutie son hockey. Ca ne sera toujours pas pour cette année, en tout cas, pas avec la franchise californienne : «C’est dur à avaler. En amorçant la saison, vous avez toujours de grandes attentes. Vous voulez connaître un bon départ pour vous placer en position pour les séries, de vous y rendre et de vous donner une bonne chance de gagner. Mais nous n’avons pu nous mettre dans cette position jusqu’à maintenant»

Depuis 23 saisons, Marleau n’a loupé que 31 matchs et sa dernière absence date du 7 avril 2009 (!) lors des Séries à cause d’une blessure en bas du corps. Lorsqu’il a débuté dans la Ligue, elle ne comprenait que 26 franchises, il a eu le temps de voir les Thrashers d’Atlanta être intégrés dans le championnat en 1999 puis de disparaître en 2011 pour devenir les Jets de Winnipeg. Des franchises telles que les Blues Jackets, les Predators, le Wild ou bien les Golden Knights se créer et devenir des adversaires. A une année prêt il aurait pu débuter sa carrière contre les Whalers d’Hartford, dernière équipe dans laquelle à évoluer Gordie Howe !

Patrick Marleau a tout connu dans sa carrière et ce n’est peut-être pas fini, ayant toujours son but ultime à atteindre, il n’a pas fermé la porte à ses ambitions. Comme il le disait récemment : « Je ne chercherais pas activement (pour une transaction), mais si ça arrive ou si une équipe me veut, c’est quelque chose qu’il faut sérieusement considérer. Évidemment, c’est toujours mon but, de gagner la coupe Stanley. Ce serait sans aucun doute à considérer.» Tous ceux qui ont rencontré Marleau sont attristés qu’il n’ait toujours pas réussi à soulever la Coupe Stanley, ce qui bouclerait une carrière en tout point exemplaire tant au niveau de l’attitude, du respect, de l’humilité, de la passion et du travail. A dorénavant 41 ans passés l’intervalle est infime peut-on croire, mais qui sait, Gordie Howe a terminé sa carrière à 52 ans.

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