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EURO 2020 : Suède, duels fratricides à Stockholm

En passant en revue l’effectif convoqué par Janne Andersson lors du dernier rassemblement en mars dernier, quelque chose saute aux yeux : ils ne sont que deux à évoluer dans le championnat national, Sebastian Larsson et Mikael Lustig. Tous deux dans un des clubs de la capitale : l’AIK. Ce qui en fait l’une des sélections comptant le plus de joueurs évoluant à l’étranger. 

Et c’est bien vers la capitale, ville comptant trois clubs en premier division (AIK, Hammarby et Djurgårdens IF) qu’il faut se rendre pour sentir l’odeur de la poudre monter lorsqu’arrive un derby« Des derbys qui, hors Covid, proposent un spectacle incroyable dans les tribunes« , convainc Nordisk Suède. 

AIK – Djurgådens, les jumeaux 

Si le premier grand club du football suédois n’est pas basé à Stockholm, mais à Göteborg (Örgryte IS, vainqueur de 11 championnats de 1896 à 1913), c’est bien dans la capitale que la première des rivalités voit le jour, entre l’AIK et Djurgådens. Et ce, dès la naissance des deux clubs, nés à trois semaines d’intervalle, respectivement en février 1891 et en mars de la même année. D’où le nom donné à cette rencontre : Tvillingderbyt, le derby des jumeaux. 

L’AIK, club basé à Solna, dans le comté de Stockholm, est le club de la capitale à connaître le succès le plus rapidement, champion dès 1900, puis six fois jusqu’en 1923. Djurgådens, de son côté, connaît d’abord le goût des défaites, quatre entre 1904 et 1910, avant de soulever pour la première fois le trophée en 1912. Aujourd’hui, le hasard faisant bien les choses, les deux clubs totalisent 12 titres de champion chacun. 

Stockholm Derby AIK – Djurgarden (13.08.2014)

Des derbys électriques

Une rivalité grandissante, année après année. En témoigne la demi-finale de Coupe de Suède, en mars 2018, entre ces deux formations. Alors que le match doit se tenir à 18 h 30, l’AIK, les locaux, demandent que le coup d’envoi soit avancé à 15 heures, officiellement pour des « raisons de sécurité ». Un horaire qui coïncide étrangement avec le match de coupe de l’équipe de hockey sur glace de Djurgårdens. Une demande qui visait, en réalité, à diviser les supporters des visiteurs entre le hockey et le football. 

La fédération suédoise refuse finalement la requête de l’AIK. Mais le coup d’envoi, prévu donc à l’heure initiale, prend tout de même plus d’une heure de retard. Un épais panache de fumée d’engin pyrotechnique est bloqué par le toit du stade, alors fermé. Un événement qui rappelle celui s’étant déroulé quelques mois plus tôt. Le derby avait alors été arrêté après des violences et des émeutes. 

Un tifo réalisé par les fans de l’AIK (Crédit : Bildbyrån)

Aujourd’hui, alors que l’AIK est considéré comme ayant une base de fans plus diversifiée et plus étendue à travers le pays, Djurgådens – les quartiers du club sont basés sur une île abritant notamment le musée ABBA – est perçu comme le club de la classe moyenne branchée de Stockholm. Cette même île abritait autrefois un chantier naval ayant fourni les premiers joueurs, prenant donc ses racines dans la branche ouvrière. 

Une rivalité alimentée ci et là 

Alors que Djurgårdens venait de remporter la coupe nationale en mai 2018, l’AIK allait remporter le championnat en fin d’année. « Nous n’aimons pas qu’un club de Stockholm gagne le championnat, sauf le Djurgårdens. Si ce n’est pas Djurgårdens, je prendrais n’importe quel autre club en dehors de la capitale, 100 fois sur 100« , déclarait Lars-Erik Sjöberg, président du Djurgårdens. 

Des cinéastes ont mis en lumière cette rivalité par un documentaire intitulé « Eternally faithful », basé sur les hooligans de l’AIK et du Djurgådens, et sur la façon dont les vies ordinaires que mènent ces supporters ont été ou sont transformées. Alors que les réalisateurs ont passé plus d’un an à leurs côtés, les dirigeants des deux clubs ont craint, à sa sortie, la glorification de la violence en leur nom et ont décidé de se retirer du projet. 

Sebastian Larsson sous les couleurs de l’AIK (Crédit : https://www.fotbollskanalen.se/allsvenskan/tv-seb-larsson-ovan-tvamalsskytt-alla-mal-ar-ovanliga-for-mig-/)

Mais c’est une ambiance appréciée des joueurs. Sebastian Larsson a signé pour l’AIK après un périple en Angleterre (Arsenal, Birmingham, Sunderland, Hull City) en juillet 2018. Pour lui, la pyrotechnie fait « partie de la culture des supporters suédois depuis un moment maintenant, et ils sont très fiers de mettre en valeur leurs compétences, explique-t-il. Ils ont toujours un message à faire passer juste avant le coup d’envoi et ils y consacrent beaucoup de temps et de travail. Entre les deux groupes de supporters, c’est un jeu« . 

Une rivalité encouragée 

« Entre les deux groupes de supporters, c’est un jeu en soi », poursuit Larsson Il rejoint également Jonas Olsson (ancien joueur de West Brom, entre autres, évoluant à Djurgådens), sur le fait que les atmosphères en Angleterre ou aux Pays-Bas ne sont pas comparables à celle de Tvillingderbyt. 

Quand j’étais encore en Angleterre, en regardant ces matchs, c’était toujours des matchs auxquels je voulais assister parce qu’ils sont intenses. Je sais ce que cela représente pour les gens, surtout à Stockholm, la rivalité entre les clubs pour être l’équipe numéro 1 de la ville.

Sebastian Larsson, AIK.

Quelque chose pourrait vous étonner en allant voir un derby en Suède : les spectateurs visiteurs sont encouragés à se déplacer. A Stockholm, une section entière, derrière les buts, est accordée aux visiteurs. Chaque équipe possède son pan de stade. « Ça devient une atmosphère spéciale. Nous avons notre côté et ils ont le leur, les fans inconditionnels, face à face. C’est quelque chose que je n’avais pas connu en Angleterre – vous avez vos coins de chant et ainsi de suite, mais cela se distingue vraiment« , poursuit Sebastian Larsson. 

Hammarby, le troisième frère 

Le troisième club de l’équation est celui d’Hammarby. Considéré comme le « club du peuple », un club « humble », la rivalité avec les deux autres équipes est un peu moindre, dû à une présence moins longue dans l’élite. Pourtant, les rendez-vous sont toujours appréciés et attendus. Contre l’AIK forcément, mais surtout contre Djurgådens. Une rivalité née en 1894, lors d’un match de … tir à la corde. 

Hammarby tifo vs Djurgårdens 28-04-2019

En 2013, les deux clubs ont emménagé dans leur nouveau stade : la Tele2 Arena, à Johanneshov. Un déménagement qui a considérablement augmenté les tensions entre les supporters des deux équipes. 

Après une Coupe du monde satisfaisante (défaite 2-0 en quart de finale face à l’Angleterre), les hommes de Janne Andersson auront à cœur de confirmer cet été. Avec l’Espagne, la Pologne et la Slovaquie, rien ne sera facile. Mais sortir de la phase de poule serait déjà une réussite. À l’Euro, il faut remonter à 2004 pour trouver trace des Blågult au second tour. Mais le peuvent-ils ? 

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