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Jason Robertson : la nouvelle étoile de Dallas peut-elle remporter le Calder ?

Si le Trophée de la Meilleure Recrue 2021 semble promis à l’ailier russe du Wild, Kirill Kaprisov, un jeune joueur fait de plus en plus parler de lui en LNH. Sélectionné au second tour du repêchage 2017, Jason Robertson progresse à une vitesse folle et joue aujourd’hui un rôle majeur dans l’attaque des Stars de Dallas. Présentation d’un gamin qui pourrait rapidement atteindre des sommets.

Kirill Kaprisov abat, rencontre après rencontre, les records pour une recrue du Wild de Minnesota. Le 19 avril dernier, le Russe arrivé du CSKA inscrit son 19ème but de la saison et fait tomber la marque de Marian Gaborik pour la franchise. Si Tim Stützle des Sens ou le gardien Kevin Lankinen des Hawks réalisent d’excellentes saisons, seul l’ailier des Stars de Dallas semble en mesure de chambouler les plans de Kaprisov. Une progression fulgurante pour Jason Robertson qui a sû s’imposer dans l’alignement d’une équipe finaliste de la Coupe Stanley la saison dernière. Actuellement, il est tout simplement le deuxième meilleur pointeur des Stars. Retour sur son parcours, analyse de ses forces et surtout, éléments de réponse sur sa place dans la course au Calder !

Progression puis domination en LHO

Jason Robertson débute son parcours dans les équipes de jeunes AAA, en U13 puis en U15 aux États-Unis. Remarqué après une saison à 87 points en 51 matchs avec les moins de 15 ans de Detroit, Robertson passe la frontière à la recherche de nouvelles opportunités au Canada. Une petite saison dans la ligue de Toronto (U16) et le jeune Robertson rejoint la Ligue de Hockey de l’Ontario, repêché au troisième tour de la sélection prioritaire de 2015. Il fait parti d’une classe pleine de talents avec la présence de Brady Tkachuk, Quinn Hughes ou encore Nick Suzuki.

Robertson sous le chandail de Kingston – Source : DobberProspects

Robertson s’engage avec les Frontenacs de Kingston. Là encore, la progression de l’ailier est graduelle, montant en puissance de saison en saison. Sur ses trois premières saisons, il dispute 190 rencontres, amasse 101 buts pour un total de 200 points. Si Robertson peine à ses débuts avec seulement 32 points, il atteint le plateau des 80 points lors des deux saisons suivantes. C’est en 2017 que Robertson se présente au repêchage de la LNH. Il est sélectionné en 39ème position par les Stars de Dallas. L’ailier parvient à qualifier les Frontenacs en séries chaque année, atteignant même les finales de Conférence en 2017-18. Après avoir disputé 24 matchs et amassé 38 points lors de son ultime saison avec Kingtson, Robertson s’engage avec les IceDogs de Niagara pour la fin de l’exercice. Convoqué en équipe junior des États-Unis pour le CMJ 2019, il remporte la médaille d’argent aux côtés Ryan Phoeling, Norris et Hughes. Sur les 38 rencontres restantes, il cumule 25 buts et 54 passes. Ainsi, que soit sous le chandail de Kingston ou celui de Niagara, Jason Robertson termine sa saison avec 117 points faisant de lui le meilleur pointeur de la saison en LHO.

Jason Robertson dominant en LHO – Source : Niagara IceDogs Site Officiel

Jason Robertson dispute sa première saison professionnelle dans la Ligue de développement avec les Stars de Texas. Il amasse 25 buts et 22 points en 60 rencontres, se classant au 10ème rang chez les buteurs. Le 13 février 2020, Robertson dispute sa première rencontre en LNH, face au Leafs de Toronto. Il devient seulement le troisième joueur originaire des Philippines, pas son père, a joué en LNH. Robertson distribue une assistance à Tyler Seguin, des débuts honnêtes, mais après 3 petites parties, le jeune ailier alors âgé de 20 ans retourne en LHA.

Une montée en puissance impressionante en 2021

Les débuts de la saison 2020-2021 de Jason Robertson sont loin d’être idyllique, à l’image de son équipe. La saison des Stars, finalistes de la dernière Coupe Stanley, est retardée de 10 jours en raison d’une épidémie de Covid-19 survenue au camp d’entraînement. Pour le deux premiers matchs, Robertson est dans l’aligement de Dallas mais son impact est difficilement percepetible. L’ailier de 21 ans est le joueur qui obtient le moins de temps de jeu sur cette double confrontation avec Nashville. Avec un peu plus 18 minutes cumulées et aucun tir, Jason Robertson est logiquement recalé dans la taxi squad pour les 10 jours qui suivent. Il revient dans la liste principale le 4 février 2021 face à Columbus, mais là encore, Robertson peine à trouver sa place sur la glace. Rick Bowness lui accorde sa confiance pour le match suivant, face aux Blackhawks, le 7 février. Jason Robertson décoche 4 tirs et inscrit son premier but en LNH dans la défaite des siens en prolongation. La machine est lancée.

Le premier but de Robertson en LNH – Source : Youtube

Robertson profite des blessures chez les Stars pour gagner du temps de jeu. Avec un but et deux passes dans la double confrontation face aux Canes début février, l’ailier marque les esprits et commence à gagner la confiance de ses coéquipiers. Mais on ne se fait pas une place comme ça en LNH. Au cours des trois rencontres suivantes, trois fois contre les terribles Panthères, Robertson ne dispute qu’un peu plus de 10 minutes en moyenne. Il faut attendre le début du mois de mars pour voir Robertson prendre de l’importance avec les Stars. Le 7 mars, un but contre Nashville, le 9, il enregistre son record de point sur une rencontre contre Chicago en délivrant 4 assistances. Depuis, Robertson s’est installé sur le premier trio de Dallas en compagnie du finisseur Roope Hintz et de l’incontournable vétéran, Joe Pavelski. Progressivement, et c’est une réalité depuis le début du mois d’avril, Robertson dépasse les 20 minutes de temps de glace.

Robertson et Pavelski partagent la première ligne des Stars avec réussite cette saison – Source : tumblr

Et si Robertson s’est fait une place aux côtés des meilleurs talents offensifs des Stars, c’est en grande partie en raison de style de jeu qui a grandement progressé depuis ses années en LHO. Lors de son repêchage en 2017, il est mesuré et pesé à 1m88 pour 89kg. En lisant les différents rapports de dépistage de l’époque, il est indiqué que Robertson n’utilise pas suffisamment son physique et que son jeu défensif est encore en développement. Depuis, le jeune JR s’est renforcé physiquement (1m91 pour 95kg au dernier rapport) et pèse lourdement dans l’enclave adverse. Cette dimension s’ajoute à d’excellents instincts offensifs. Une qualité qu’il n’a pas perdu et qu’il a même développé : sa coordination main-oeil. Avec de bonnes mains, un très bon tir du poignet avec libération précise et rapide, Jason Robertson s’est montré d’une efficacité redoutable cette saison. Alors pèse-il suffisamment sur la réussite des Stars ? Suffisamment pour rejoindre, voir dépasser Kirill Kaprizov ?

Face à Kaprisov, Robertson a son mot à dire

Jason Robertson a des arguments à faire valoir dans la course au Calder. Sa progression est impressionnante et surtout le point de départ de son évolution est bien plus tardif que la recrue russe du Wild. Avant même que les Stars ne fassent leurs débuts en LNH cette saison, Kirill Kaprisov avait déjà inscrit 5 points en 4 rencontres. L’ailier russe a imposé son style dans le Minnesota dès ses débuts, obtenant rapidement la confiance de l’entraîneur et un temps de jeu conséquent. Le moins que l’on puisse dire c’est que Kaprisov a débuté très fort sa première saison en LNH et a maintenu une cadence infernale depuis. Sur les 18 premiers matchs, correspondant donc à un tiers de cette saison écourtée, Kaprisov cumule 6 buts et 11 passes. De son côté, avec un temps de jeu irrégulier en début de saison, Jason Robertson, sur ses 18 premières rencontres, a récolté 4 buts et 9 passes. Mais sur le mois de mars, véritable révélateur pour Robertson, le rapport de force s’équilibre, voir s’inverse. En mars, Robertson a inscrit 20 points, 10 buts et 10 passes en 20 matchs. Kaprisov n’est pas en reste avec 17 points, 10 buts et 7 passes en 20 matchs.

Une grande partie de la hausse de la production de Robertson est liée à l’augmentation des opportunités sur la glace. Une chose que Kaprisov a depuis le début de la saison. Dans les graphiques ci-dessous (The Atletic – contenu payant), vous pouvez voir à quel point le temps de glace de Robertson (à gauche) a changé au fil de la saison, tandis que celui de Kaprizov (à droite) est resté le même :

L’écart entre les temps de jeu des deux recrues diminue de plus en plus et Robertson en profite. Pour la saison complète, Robertson a l’avantage en points par 60 minutes avec 3,2 contre les 2,76 de Kaprizov. Parmi les attaquants qui ont joué au moins 200 minutes, Robertson est deuxième de son équipe (1er : Roope Hintz avec 3,82) et 21ème de la LNH. Kaprizov est deuxième de son équipe également (1er : Mats Zuccarello avec 3,2) et 50ème dans la LNH. Kaprizov a un pourcentage de buts attendu plus élevé à 61,03% contre 57,5% pour Robertson. Globalement, dans toutes les situations, les deux joueurs se tiennent notamment parce que l’attaquant des Stars réalise un retour fracassant. Mais l’argument numéro 1 en faveur de Robertson, c’est son efficacité en 5v5. Son impact sur Dallas est incroyable :

Lorsqu’il est sur la glace, l’attaque des Stars est 7% plus dangereuse que la moyenne de la ligue. Lorsque Robertson est sur le banc, la dangerosité de Dallas tombe à 18% en dessous la moyenne des équipes de LNH. La différence est impressionante notamment près de l’enclave. Dans ce domaine, Kaprisov est beucoup moins impactant que Robertson :

Avec Kaprisov, l’attaque du Wild est 16% moins dangereuse que la moyenne de la ligue alors que lorsqu’il n’est pas là, ce pourcentage passe à -7%. Depuis le 1er mars, Jason Robertson a inscrit 24 points à égalité numérique, seul Connor McDavid a fait mieux avec 28… Mais c’est ici qu’il faut invoquer l’argument de l’entourage, un argument souvent mentionné par les détracteurs de Robertson. S’il a évolué sur les 2ème et 3ème trio des Stars lors des premières semaines, depuis mars, il évolue aux côtés de Roope Hintz et Joe Pavelski comme expliqué précédemment. Hintz, au centre, réalise une excellente saison avec 14 buts en 36 matchs et Pavelski joue à très haut niveau, le meilleur attaquant de Dallas avec 21 buts, 23 passes et une évalutation globale de +20. Kaprizov doit quant à lui évolué avec Victor Rask qui, avec tout le respect qu’on lui doit, est inférieur en tout point à un garçon comme Hintz. Le retour de Zuccarello le 16 février dans l’effectif du Wild a grandement contribué à maintenir l’état de forme de Kaprizov. Aligné à ses côtés depuis le 20 février, la paire d’ailes fait partie des principales raisons du succès de Minnesota cette saison.

Mais attention, la situation privilégiée de Robertson ne doit pas effacer ses performances. Roope Hintz n’a disputé que 36 matchs sur 49, jouant en partie blessé au bas du corps. Surtout, Robertson apporte une certaine pluralité offensive dans le jeu des Stars. En règle générale, Dallas est habitué a jetter la rondelle vers l’avant, gagner les batailles le long de la bande et cherche une ouverture pour marquer. Robertson lui, a tendance à créer des occasions en tentant des tirs frappés sans de longue construction ou en chargeant devant le filet. Un gros plus qui diversifie l’attaque de Dallas.

Alors pourquoi, pour le moment, Robertson est toujours à distance de Kaprisov pour le Calder ? Et bien il faut d’abord relativiser les conclusions hâtives générées par le dernier graphique. Même si en sa présence le Wild obtient moins de « buts attendus », le Russe permet à son équipe de généré plus de tirs. Sa créativité, son contrôle de la rondelle sont impeccables et il tir clairement Minnesota vers le haut cette saison. Son impact est tout simplement hallucinant, et non quantifiable avec des statistiques. Très dangereux, dans n’importe quelles zones de le glace, Kaprisov est très difficile à contenir. Mais voilà, l’une des différences principales entre les deux est le jeu de puissance. Kaprisov est essentiel au jeu de puissance du Wild : avec lui, le PP est dangereux 11% de plus que la moyenne de la ligue, sans lui, il est 36% moins dangereux… La seule chance de Robertson pour rattraper Kaprisov est de poursuivre son incroyable série en cours d’au moins un point sur les 9 derniers matchs.

Jason Robertson est sorti du bois au cours de l’année. S’il y a bien un mot qui peut le définir depuis le début de sa carrière, même un junior, c’est bien « progression » ou même « acclimatation ». Plus Robertson joue, plus il prend confiance, plus il est performant. Du haut de ses 21 ans, Jason Robertson est une recrue très prometteuse pour les Stars qui ont besoin de sang neuf en attaque en attendant le retour des vétérans. Avec son style, il apporte de une diversité offensive précieuse à Dallas. Aujourd’hui, avec ses 40 points amassés, Robertson est revenu dans la course au Calder mais il devra poursuivre, voir même accélerer le rythme, s’il veut dépasser Kaprisov.

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