Cyclisme Omnisport

Thomas Pidcock, le nouveau joyau de la couronne

Il a éclaboussé ce début de saison de son talent, de sa classe sur le vélo et de sa fougue. Vous n’avez pas pu le manquer si vous avez jeté ne serait-ce qu’un petit coup d’œil aux classiques. Thomas est déjà un grand du peloton, et cela en très peu de temps. Et s’il ne passera pas devant William dans la hiérarchie du royaume de Grande Bretagne, il semble avoir tout ce qu’il faut pour s’asseoir sur le trône du cyclisme mondial. Portrait.

Le crack attendu

Né le 30 juillet 1999 à Leeds, Thomas aurait pu être un jeune homme comme les autres, un étudiant anglais se pintant la gueule tous les week-ends au rythme des exploits des hommes de Marcelo Bielsa dans l’enceinte d’Elland Road. Mais Thomas n’est pas un Peacock comme les autres, non : c’est un Pidcock. Et pendant que les gens de son âge s’amusent en s’abreuvant de vieux houblon, lui se régale au milieu du peloton professionnel qu’il ne connait que depuis 3 mois, en se permettant le luxe de battre l’un des meilleurs coureurs du monde sur son propre terrain de jeu. Rien que ça.

Mais Thomas n’est pas un ovni sorti de nulle part non plus. En effet son nom est connu depuis longtemps, et tous les grands amateurs de bicyclette l’attendaient avec impatience (et ils n’ont pas été déçus). Annoncé depuis longtemps comme la nouvelle pépite du cyclisme britannique, le gamin a dominé partout où il est passé, que ce soit chez les jeunes ou chez les seniors. Champion du monde, d’Europe et de Grande-Bretagne de cyclo-cross chez les juniors en 2016-2017. La même triple couronne chez les espoirs en 2018-2019 avec en prime la première place du classement de la Coupe du monde en remportant 4 manches de celle-ci. Son passage chez les seniors ? Sans encombres, et il n’a pas fait dans la dentelle. Médaillé d’argent aux championnats du monde derrière Mathieu Van Der Poel, et la victoire dans sixième manche du Superprestige au nez et à la barbe du batave la saison suivante, en décembre 2020. Tout simplement monstrueux.

Ce physique hors-norme de cyclo-crossman, le gringalet (1 mètre 70 pour 58 kilos) l’a aussi mis à contribution sur la route. Paris-Roubaix juniors et espoirs ? Dans son escarcelle. Champion du monde du contre-la-montre juniors en 2017 et quatrième de l’épreuve mondiale chronométrée chez les espoirs l’année dernière. Il a surtout écrasé (le mot est faible) la concurrence lors du baby Giro de 2020 : vainqueur du général avec 3 étapes remportées sur 8. On savait donc, lorsqu’il s’est engagé pour la formation Ineos, que l’anglais allait devenir un bon coureur, aucun doute là-dessus. Cependant, le passage au peloton professionnel n’est jamais chose aisée, nous étions en droit de nous attendre à un certain temps d’adaptation pour Tom. Que nenni. Certes, comme disait Solaar, les temps changent. Mais nous avons affaire là à un crack hors-norme. 1 mois et six jours, c’est le temps qui lui aura fallu pour annoncer la couleur à tous ses concurrents lors des Strade Bianche en allant chercher la cinquième place. Derrière vous connaissez la suite : les deux arrivées folles à 4 jours d’intervalles face à Wout Van Aert sur la Flèche Brabançonne puis sur l’Amstel avec un score de parité entre les deux coureurs, suivie d’une très belle sixième place sur le Mur de Huy malgré une chute lors de la course. Ça y est la fusée est lancée et aujourd’hui tous les yeux de la planète vélo sont rivés sur Major Tom.

Et vous à 20 ans ?

Le nouveau monstre du cyclo ?

Si on a évoqué les frères ennemis Wout et Mathieu au dessus, ce n’est pas pour rien. On l’a bien vu depuis plusieurs saisons, les deux hommes dominent chaque fois qu’ils enfourchent leurs machines. Cyclo-cross, sprint, chronos, pavés, vallons, et même VTT pour le fils d’Ardie, tout y passe. Et Pidcock semble s’engager sur la même voie. Avec des qualités sur tous les terrains, il semble capable de venir intégrer la discussion Van Der Poel – Van Aert et de former un monstre à trois têtes injouable sur les classiques.

Sérieusement quand on voit de telles réussites, comment ne pas se demander pourquoi le cyclo-cross n’est pas obligatoire dans les écoles de cyclisme françaises. Les qualités qui se développent avec cette discipline nous permettent d’admirer des grands champions et on en redemande ! Alors bien sûr Thomas n’est pas encore l’homme à battre sur chaque course où il s’aligne comme les deux fous cités précédemment, mais il est en avance sur leur timing. En effet à seulement 21 ans, Wout et Mathieu n’avaient pas un dixième des références du jeune homme sur route, et préféraient se tirer la bourre dans la boue. Imaginez un peu le palmarès que pourrait avoir Pidcock à 26 ans, c’est-à-dire dans 5 ans … Lunaire.

Quel coureur va-t-on observer ?

Se projeter sur la palmarès est un exercice bien difficile, et ce n’est bien évidemment que fantaisie. Mais quand on regarde les référence du prodige, on ne peut être qu’intrigué à l’idée du coureur qu’il va devenir. Puncheur ? Il en est évidemment capable, on l’a vu cette saison. Briller sur les pavés ? Cela paraît possible avec son passif de cyclo-cross et ses victoires sur les Paris-Roubaix juniors et espoirs. Dominer les Grands Tours ? Quand on voit sa facilité à détruire la concurrence sur le baby Giro, on ne serait pas étonné. On ouvre le Petit Robert, on cherche « polyvalence » et on y retrouve la bouille d’adolescent du britannique. Mais Thomas n’est que le nouveau prototype d’une nouvelle ère cycliste.

Effectivement nous assistons à l’émergence de coureurs qui révolutionnent les carcans établis. Mathieu et Wout n’étaient que les précurseurs, mais les futurs concurrents de Pidcock ont le même âge que lui, sont aussi polyvalents et s’appellent Pogacar et Evenepoel. On a jamais vu autant de talents émerger aussi tôt dans leurs carrières au même moment, des gamins de 20 ans dominants les plus grandes courses du monde, quelle folie normalement. Bien sûr Andy Schleck l’a déjà fait, mais c’était un OVNI, et on peut observer aujourd’hui les conséquences de cette précocité. De plus, Tom, Remco et Tadej ne seront pas tous seuls, et certains vont émerger rapidement comme Ilan Van Wilder, Mauri Vansevenant ou Ben Tulett (l’autre prodige anglais). Ce changement de paradigme qui nous apportent des coureurs très performants, très tôt dans leurs carrières et à l’aise sur une grande variété de terrain, risque de changer notre vision et notre manière d’analyser notre sport, et c’est certainement ça le plus excitant à suivre dans la carrière de ces cracks. Mais plus que tout autre, Tom semble vraiment incarner cette nouvelle génération qui détruit les normes, et nous on adore.

Petit génie britannique, Tom pourrait devenir le nouveau candidat aux trois maillots arc-en-ciel avec Van Der Poel, voilà le niveau des attentes qui pèsent sur le britannique tellement il nous a habitué à des standards démentiels. On suivra bien évidemment avec attention son évolution et surtout ses futurs duels avec Jerry les coureurs de sa génération, qui pourrait très vite acquérir le qualificatif de « dorée ». Rendez-vous dans 15 ans pour pouvoir revenir sur tout ça.

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