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Dominik Hašek : « La personnalité psychologique du gardien de hockey »

Le « Dominator ». Un tel surnom résume l’impact sur un match que pouvait avoir Hašek. Le gardien tchèque est pour beaucoup le meilleur gardien de l’histoire. Repêché en 1983 mais ne débutant dans la Ligue Nationale seulement qu’en 1990 à déjà 26 ans, la « Révolution de velours » a permis au monde du hockey de découvrir un gardien au style novateur, singulier mais terriblement efficace. Retour sur la carrière légendaire du plus mythique des gardiens tchèques : Dominik Hašek.

1965 – Pardubice (Tchécoslovaquie) 🇨🇿

Originaire de Tchécoslovaquie, future République Tchèque ou Tchéquie, Dominik Hašek est né le 29 janvier 1965 à Pardubice, en Bohême Orientale, ville située à une heure à l’est de Prague. Il commence son histoire avec le hockey dès ses 6 ans dans le club de sa ville natale, le Tesla Pardubice, futur Dynamo Pardubice, également meilleur club formateur dans le pays. Positionné immédiatement au poste de gardien car vacant dans la catégorie des jeunes à son arrivée, ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard qu’il commence à faire parler de lui. C’est à même pas 17 ans, en décembre 1981, que Hašek débute au sein de l’équipe sénior dans un match de première division tchécoslovaque face au HC Sparta Prague. Réalisant ensuite des va-et-vients entre l’équipe élite et l’équipe junior, le jeune espoir fini néanmoins avec un pourcentage d’arrêts de 92,8 % avec l’équipe première, l’histoire est en marche.

Source : Sport Hokej

1983 – Göteborg (Suède) 🇸🇪

Lors de la saison 1982/1983, Hašek s’impose en tant que titulaire et permet à Pardubice de finir en tête du classement. Dans le même temps il est élu meilleur gardien des championnats du monde juniors et devient, le 15 février 1983, à 18 ans et 17 jours, le plus jeune gardien de l’histoire de la sélection tchécoslovaque lors d’un match face à la Suède à Göteborg puis remporte avec l’équipe nationale la médaille d’argent, sa toute première médaille mondiale. Suite à ses performances les recruteurs outre-Atlantique de la Ligue Nationale de Hockey s’intéresse au jeune prodige et il est finalement sélectionné par les Black Hawks de Chicago au 10ème tour en tant que 199ème choix. Problème, nous sommes en pleine Guerre Froide et les joueurs des anciennes nations du Bloc Soviétique ne peuvent transposer leurs talents aux Etats-Unis.

1986 – Mondiaux de Moscou (Russie) 🇷🇺 / 1987 – Mondiaux de Vienne (Autriche) 🇦🇹 et Coupe Canada 🇨🇦

Elu meilleur gardien du championnat tchèque à 21 ans, Hašek s’impose en tant que titulaire de la sélection tchécoslovaque lors des Mondiaux de Moscou pour ne pas la lâcher avant sa retraite ! Grâce à son talent et la confiance qu’il diffuse à ses coéquipiers, il permet à son club de Pardubice en 1987 de devenir champion pour la deuxième fois de son histoire depuis 1973. Il peut réaliser la saison parfaite lors d’un dernier match décisif du Mondial 1987 en Autriche mais s’incline par deux fois face à l’URSS qui n’avait plus rien à jouer et permet, par cette défaite, de couronner la Suède. Cette même année le voit jouer pour la première fois les stars canadiennes lors de la Coupe Canada 1987. Les tchécoslovaques s’inclinent 5-3 en demi-finale face au Canada de Wayne Gretzky et Mario Lemieux. L’année suivante, en 1988, année des Jeux Olympiques de Calgary, Hašek ressort d’une sérieuse blessure et cela se transforme en rendez-vous manqué, la Tchécoslovaquie finissant seulement sixième de la compétition remportée par l’URSS. En fin de saison il réalise néanmoins une partie exceptionnelle de 61 arrêts (!) en finale de Coupe d’Europe lors d’une défaite face au CSKA Moscou des mythiques KLM (Krutov-Larionov-Makarov).

Wayne Gretzky tente de trouver une solution pour battre le portier tchèque – Source : Pinterest

1989 – Prague (Tchécoslovaquie) 🇨🇿 – La « Révolution de velours »

Dans l’obligation de réaliser une année de service militaire, Dominik Hašek doit quitter son club de coeur et évoluer sous les couleurs du club du HC Dukla Jihlava. Engagé malgré son statut de militaire, il fait partie des milliers de tchécoslovaques qui défilent dans les rues de Prague en novembre 1989 en protestation contre le pouvoir communiste qui capitulera pacifiquement ce qu’on appelle désormais la « Révolution de velours ». Fidèle à son club de coeur, Hašek refuse de jouer contre Pardubice en difficulté sans lui, mais, contraint malgré tout, il simule une blessure dès le premier tir qu’il reçoit et retourne vers son banc. Son entraîneur lui taillant un costard à la mi-temps, Hašek jette de colère son maillot à la poubelle et sera sanctionné de 8 matchs de suspension. Sa dernière saison sur le sol tchèque est terminée et, à 25 ans passés, un nouveau challenge l’attend de l’autre côté du globe.

1990 – Chicago Blackhawks (Etats-Unis) 🇺🇸

Suite à cette « Révolution de velours », beaucoup de joueurs tchécoslovaques s’envolent vers les Etats-Unis et la Ligue Nationale de Hockey. Dominik Hašek en fait partie et arrive donc dans l’effectif des Chicago Blackhawks pour la saison 1990/1991 après avoir fait ses armes en Ligue mineure au sein des Indianapolis Ice. Ses débuts dans la Grande Ligue sont compliqués, il ne parle pas anglais, il ne joue que 25 matchs en deux saisons car son style différent ne plaît pas du côté de l’Illinois et reste la deuxième option derrière Ed Belfour qui remporte le trophée Vézina. A l’été 1992 et après une finale de Coupe Stanley perdue face aux Pingouins de Pittsburgh de Mario Lemieux et Jaromir Jagr, un mouvement salvateur pour la carrière du tchèque se produit, il est échangé aux Sabres de Buffalo.

Une des rares apparences sous le maillot des Blackhawks – Source : Bruce Bennett Studios/Getty Images

1992 – Buffalo Sabres (Etats-Unis) 🇺🇸

D’athlète incompris à Chicago, le staff de Buffalo lui laisse carte blanche. En effet, à l’arrivée d’Hašek, le gardien titulaire n’est autre que Grant Fuhr, quintuple vainqueur de la Coupe Stanley avec les Oilers d’Edmonton, est vieillissant et souvent blessé. Hašek ne met pas longtemps à s’imposer et remporte dès la deuxième année le trophée Vézina et fini même deuxième pour le trophée Hart ! Au total Dominik Hašek remportera 6 trophées Vézina (1994, 1995, 1997, 1998, 1999 et 2001), soit deux de plus qu’un certain Martin Brodeur et un de plus que Ken Dryden. Les nord-américains assistent à l’émergence d’un gardien à un style peu conventionnel mélangeant vivacité, logique et anticipation ce qui désarçonne les attaquants. En 1994 il devient le premier gardien depuis deux décennies à terminer à moins de 2 buts alloués de moyenne par match avec 1,95 buts pris, le tout à 93 % de réussite ! Lors d’un match de Séries contre la recrue Martin Brodeur des New Jersey Devils, Hašek réalise un match dantesque et un record toujours d’actualité : 70 arrêts et un blanchissage en 4 prolongations ! Toutefois les Sabres n’iront jamais au bout des Séries et après 6 saisons ils n’ont pas fait mieux qu’une petite finale de conférence perdue face aux Washington Capitals d’Olaf Kölzig en 1998. Malgré un supporting cast moyen composé entre autres de Miroslav Šatan ou Alexei Zhitnik et donc d’un niveau en dessous des favoris, les critiques commencent à tomber et la rumeur qu’Hašek ne peut pas faire gagner son (ses) équipe(s) arrive aux oreilles du concerné.

La révélation se fait sous le maillot des Sabres de Buffalo – Source : Pintrest

1998 – Jeux Olympiques de Nagano (Japon) 🇯🇵

Pour la première fois de son histoire, la Ligue Nationale libèrent ses joueurs pour des Jeux Olympiques. Toutes les plus grandes stars du palet se retrouvent au Japon pour la course à la médaille d’or. Hormis Dominik Hašek et Jaromir Jagr, les tchèques ne sont pas connus et ne font pas partie des favoris. Les Etats-Unis de Brett Hull, Mike Modano et Chris Chelios, le Canada d’un vieux Wayne Gretzky, de Joe Sakic, Martin Brodeur, Patrick Roy et la Russie de Sergeï Fedorov, Pavel Bure et Sergeï Gonchar font figures de grandissimes favoris. Elles seront toutes respectivement éliminées 4-1 en quarts, 1-1 (TAB) en demi et 1-0 en finale par la République Tchèque ! Hašek obtient la médaille d’or et par la même occasion le respect de plusieurs de ses détracteurs dont Patrick Roy le gardien de l’Avalanche du Colorado.

La médaille d’or pour les tchèques – Source : Pinterest

1999 – « The Dominator » porte les Sabres en Finale de Coupe Stanley

En conflit ouvert avec Ted Nolan, son ancien entraîneur entre 1995 et 1997, Hašek réussit néanmoins à remporter le trophée Hart en 1997 et 1998 avec des statistiques impressionantes : 2,27 buts pris à 93 % puis 2,09 buts concédés à 93,2 % et 13 blanchissages ! Sur la lancée de la victoire aux J.O. de 1998, Dominik Hašek termine la saison 1998/1999 avec des statistiques stratosphériques : 1,87 buts alloués à 93,7 %! Il porte son équipe jusqu’en finale de la Coupe Stanley en éliminant à la suite les Sénateurs d’Ottawa, les Bruins de Boston et les Maple Leafs de Toronto. La finale est malheureusement perdue face aux Stars de Dallas de Mike Modano et d’Ed Belfour, son ancien coéquipier à Chicago. Le match 6 de cette finale, qui donne le titre aux texans, est connu pour une erreur d’arbitrage suite à un but de Brett Hull après un rebond qui n’aurait jamais dû être validé. Cette décision arbitrale est contestée lorsque, pendant les réjouissances des Stars, la vidéo montre l’attaquant américain positionné dans la zone bleue. Gary Bettman n’en fera rien et les Sabres n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Hašek sort une masterclass lors du parcours de ces Séries : 1,77 buts encaissés à 93,9 %. S’en suivront deux saisons en Séries mais deux éliminations précoces. A l’été 2001 les Sabres de Buffalo sont en difficulté financière et doivent se séparer de leur gardien et de son contrat conséquent de 9,5 millions de $ sur la saison à venir. Après 9 saisons dans l’ouest de l’état de New York, Dominik Hašek est devenu une icône et enregistre une moyenne impressionnante de 2,20 buts concédés et 92,7 % d’arrêts de moyenne. Exceptionnel !

Source : Five Minutes For Fighting

2002 – Detroit Red Wings (Etats-Unis) 🇺🇸 – Première Coupe Stanley

A 37 ans le tchèque est échangé aux Red Wings de Detroit qui, après avoir remporté le titre en 1997 et 1998, ont buté deux fois face à l’Avalanche du Colorado de Patrick Roy, Joe Sakic et Peter Forsberg. Hašek rejoint une pléiade de vétérans stars dans le Michigan : Steve Yzerman, Nicklas Lidstrom, Brett Hull, Sergeï Fedorov, Igor Larionov, Chris Chelios, Brendan Shanahan, Luc Robitaille, rien que ça ! Les Red Wings finissent avec un bilan de 51 victoires et roulent sur la saison régulière. En Séries, les Canucks de Vancouver sont sortis en six matchs, les Blues en cinq. La finale de Conférence les voit affronter leur bête noire des dernières années, l’Avalanche du Colorado et ce sont les Wings qui remportent la série lors du septième match décisif sur un score sans appel de 7-0 ! Lors de la finale de la Coupe Stanley les Carolina Hurricanes ne font pas le poids et Detroit remporte en cinq matchs de nouveau le titre. Dominik Hašek annonce sa retraite sur ce trophée qu’il convoitait depuis son arrivée dans la ligue : « Je ne sens plus assez de feu en moi pour continuer la compétition au niveau que j’attend de moi-même. J’ai réussi mon ultime objectif et maintenant je veux passer du temps avec ma famille. »

Source : Pinterest

2005 – Ottawa Senators (Canada) 🇨🇦

Après une année sabbatique, Dominik Hašek resigne aux Red Wings qui se sont fait balayer au premier tour des Séries par les Mighty Ducks d’Anaheim de Paul Kariya. Malheureusement des problèmes de pubalgie, récurrent chez lui, ne lui permettent de jouer que 14 petits matchs. La saison 2004/2005 est annulée pour cause de lock-out et le tchèque débute son contrat avec les Sénateurs d’Ottawa pour la saison 2005/2006. Franchise prétendante au titre, le tchèque rejoint des joueurs tels que Eric Lindros, Zdeno Chara, Daniel Alfredsson ou bien Jason Spezza. Ses problèmes physiques le poursuivent, ne fait qu’une demi-saison et arrive blessé aux Jeux Olympiques de Turin qui devient un rendez-vous manqué pour des Tchèques annoncés dans les favoris au titre. Plus tard dans la saison, en Séries et mené 3-0 en finale de division face aux Sabres de Buffalo, il refuse de jouer car pas à 100 % de ses capacités. Cela sera mal perçu et son contrat ne sera pas renouvelé.

2008 – Detroit Red Wings (Etats-Unis) 🇺🇸 – Deuxième Coupe Stanley

Agé de 41 ans à l’orée de la saison 2006/2007, Hašek signe un contrat avec son ancienne franchise des Red Wings de Detroit et rejoint d’anciens coéquipiers : Chris Chelios, Nicklas Lidstrom, Pavel Datsyuk et des nouveaux : Chris Osgood, Henrik Zetterberg. Le tchèque arrive dans une équipe qui avait dominé la saison d’avant mais s’était faite sortir au premier tour par les Oilers. Les Red Wings font un beau parcours en Séries, grâce aux performances entre autres du gardien, mais échoueront en finale de Conférence face aux Ducks d’Anaheim de Teemu Selänne, Scott Niedermayer, futurs champions. La saison 2007/2008, Hašek rempile une nouvelle fois et (re)devient numéro 2 au poste derrière Chris Osgood pendant les Séries. Du banc il assiste au sacre de son équipe face à une jeune équipe des Penguins de Pittsburgh de Sidney Crosby et Evgeni Malkin. Suite à cette deuxième Coupe Stanley, Dominik Hašek annonce quelques jours plus tard à 42 ans qu’il prend sa retraite.

La deuxième Coupe Stanley – Source : Pinterest

2009 – Pardubice 🇨🇿 et Spartak Moscou 🇷🇺 – La dernière danse européenne

Sa deuxième retraite n’aura duré qu’une seule année et Hašek revient jouer dans son club de coeur le HC Pardubice pour la saison 2009/2010. Influent dans le vestiaire et performant sur la glace à 44 ans (!) avec 2,24 buts pris à 92,1 %, il remporte son troisième titre de champion de République Tchèque. Il signe la saison suivante, qui sera sa « vraie » dernière saison professionnelle, avec le HK Spartak Moscou dans la toute nouvelle ligue russe, la KHL. Hašek réalise un exercice honnête par rapport à sa carrière : 2,45 buts concédés à 91,5 % d’arrêts mais le courant ne passe pas avec son entraîneur.

Le 3ème titre avec sa ville natale – Source : Hokej Pardubice

Ce n’est qu’en octobre 2012 que Dominik Hašek annonce pour une belle et dernière fois sa retraite alors qu’il est âgé de 47 ans. Il est intronisé au Temple de la Renommée en 2014, son numéro 9 est retiré à Pardubice et son numéro 39 par les Sabres de Buffalo. Le tchèque a toujours essayer de transmettre le fait qu’aimer son sport et le faire en s’amusant permet de lier talent et travail. Sa carrière aurait pu être encore plus exceptionnelle s’il avait eu un supporting cast plus conséquent à Buffalo. En effet ses concurrents contemporains directs évoluaient dans des équipes beaucoup plus dense en terme de talent. Avec sa grille faciale caractéristique et ses parades non-conventionnelles, Dominik Hašek a ébloui le monde du hockey pendant près de 30 années et s’est imposé comme l’un des meilleurs gardiens de tous les temps. Il fait partie de la caste des Jacques Plante, Terry Sawchuk, Patrick Roy ou Martin Brodeur. Mais ne serait-il pas le meilleur de cette sélection exceptionnelle ? Le débat est ouvert !

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