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EURO 2020 : Slovaquie, l’éternelle reconstruction

Après l’Euro 2016, la Slovaquie s’apprête à disputer la deuxième compétition européenne de son histoire. De son passé tchécoslovaque à la rivalité entre le Slovan Bratislava et Spartak Travna, le pays de 5 millions d’habitant possède un patrimoine footballistique aussi riche que méconnu.

Une histoire fragmentée

Le football slovaque, comme de nombreux sports dans de divers pays, est un miroir de l’histoire de la nation. Les fusions et scissions successives entre les pays tchèques et la Slovaquie ont largement impacté sa structure au fil des ans.  Après la Première Guerre mondiale et la chute de l’Empire Austro-Hongrois, la Slovaquie et les pays tchèques créent la Tchécoslovaquie en 1918. Alors que des clubs slovaques comme le DAC Dunajska Streda sont créés dès 1903, le premier championnat national de tchécoslovaquie se joue en 1925. Cependant, aucune équipe slovaque n’est invitée à y participer avant 1933, symbole d’une Tchéqui plus développée que la Slovaquie. Les clubs du pays non conviés organisent donc un championnat amateur où se dégage déjà la supériorité du Slovan Bratislava ( CsSK Bratislava à l’époque ) qui remporte 5 titres sur les 8 possibles.

C’est lors de la saison 1935-1936 que la première division tchécolslovaque accueille pour la première fois un club situé en Slovaquie. Ce club n’est autre que le CsSK Bratislava. Toutefois, il ne parviendra pas à mettre fin à l’hégémonie du Slavia Praha qui domine sans partage le football Tchécoslovaque. Cependant, l’entrée des clubs slovaques ne sera que de courte durée.

En 1939 après les accords de Munich qui signent en réalité le démantèlement de la Tchécoslovaquie, la Slovaquie, avec la protection de l’Allemagne nazie, déclare son indépendance. Le pays, désormais gouverné par le prêtre catholique Jozef Tiso, devient donc un état satellite du Troisième Reich et prend part à la guerre aux côtés de ce dernier. L’indépendance slovaque et la disparition de la Tchécoslovaquie forcent donc la création d’un championnat de Slovaquie. Dans un pays qui collabore, l’antisémitisme finit inévitablement par infiltrer le football. Les juifs sont exclus de toute activité sportives professionnelle, à l’image de Jozsef Braun qui doit quitter son poste d’entraîneur mais aussi le ville de Bratislava. Jusqu’à la chute de l’Allemagne Nazie et l’entrée de l’armée soviétique dans la capitale, Le SK Bratislava et le OAP Bratislava se partagent 5 des 6 titres pendant cette période.

Jozsef Braun ( Crédit : Wikipédia )

Après la reconstitution de l’État Tchécoslovaque, le championnat de football national reprend. La première édition de l’après-guerre se joue en 1945 et elle accueille 20 équipes. Un format comprenant 6 clubs slovaques, dont le SK Bratislava et le TSS Trnava font bien évidemment partie. De 1945 jusqu’à la séparation de la Tchécoslovaquie en 1993, le championnat se joue sans interruption et les clubs de Prague ainsi que le Slovan Bratislava imposent de plus en plus leur supériorité. Pendant ces 48 ans de compétition, seuls 5 clubs n’étant pas situés dans les capitales tchèque et slovaque parviennent à remporter le championnat national. Il s’agit du FC Hradec Králové, du Baník Ostrava, du Zbrojovka Brno, du TJ Vitkovice et du Spartak Trnava, seul club slovaque de cette liste.

Le 1er janvier 1993, 4 ans après la “Révolution Douce” qui met un terme au régime communiste Tchécoslovaque, la République Tchèque et la Slovaquie se séparent. Ainsi, dès la saison 1993-1994 est créé le championnat slovaque où 12 équipes s’affrontent. C’est d’ailleurs au cours de l’année 1994 que la Slovaquie intègre officiellement la FIFA et l’UEFA.

Manifestation des bougies , 25 mars 1988 à Bratislava ( Source : TPE )

Slovan Bratislava, le géant Slovaque

Si en Allemagne il y a le Bayern Munich, si en Italie il y a la Juventus de Turin, en Slovaquie, il y a le Slovan Bratislava. Depuis la création du football slovaque et malgré ses multiples changements de nom, le club bleu ciel fait figure de géant. Il est tout simplement le club le plus titré de Slovaquie depuis 1925 mais également depuis la création du championnat national en 1993. Fondé le 3 mai 1919, le club a remporté 10 fois le championnat depuis l’indépendance et 18 si l’on prend en compte le championnat tchécolslovaque. 

Équipe du Slovan Bratislava en 1919 ( Source : Wikiwand )

Le Slovan est également le recordman de victoires en Coupe de Slovaquie après avoir soulevé 16 fois le trophée. À noter que cette coupe a seulement été créée en 1961. Le vainqueur de cette compétition se voyait affronter le vainqueur de la Coupe de Tchéqui dans une confrontation unique afin de soulever la coupe de Tchécoslovaquie. Un trophée que les ciel et bleu ont remporté 5 fois.

Au-delà de son statut de mastodonte sur la scène nationale, si les supporters du Slovan clament fièrement leur supériorité face au reste de la ligue Slovaque, c’est en partie dû à son succès en Coupe des Clubs vainqueurs de Coupe en 1969. Cette finale se dispute devant 19 000 spectateurs le 21 mai et oppose le club slovaque au grand FC Barcelone. Après avoir sorti le FK Bor, Porto, le Torino et Dunfermline, Bratislava s’impose 3 buts à 2 face aux Espagnols. Il s’agit ici de la seule victoire en Coupe d’europe dans l’histoire du football Slovaque. De plus, avec ce trophée, le Slovan Bratislava devient aussi la première équipe d’un pays de l’Est à remporter une compétition européenne.

La fin des années 60 jusqu’au milieu des années 70 représente sûrement la période la plus faste du football slovaque mais aussi du Slovan Bratislava. C’est au cours de ces années que se construit la rivalité avec le Spartak Trnava. Entre 69 et 75, les deux clubs se partagent les titres dans le championnat tchécoslovaque, 5 pour le Spartak et 3 pour le Slovan. À noter que le club de la capitale passe l’année civile 75 sans concéder la moindre défaite. Autre preuve de cette émergence, 17 footballeurs slovaques sont convoqués avec la Tchécoslovaquie pour jouer le Mondial de 1970 au Mexique. L’Euro 1976 vient ponctuer cette période dorée du Slovan Bratislava qui voit 5 de ses joueurs être titulaires lors de la finale remportée au tirs au but face à l’Allemagne. Cette présence du Slovan Bratislava se poursuit encore un peu aujourd’hui. En effet, il est le seul club slovaque représenté dans la liste des joueurs appelés avec l’équipe nationale en 2021.

Depuis l’indépendance, le Slovan domine le championnat avec ses 10 titres de champions. Malgré tout, le club a connu des déboires au milieu des années 2000. Minés par des problèmes d’argent et de corruption, le club se voit relégué en 2004 et passe 2 ans en deuxième division avant de remonter. Le Slovan renoue avec le succès en 2008 lorsqu’il remporte le championnat. Plus que jamais souverain, il est actuellement le double tenant du titre et est en très bonne voie pour réaliser le triplé.

Trnava, la Rome de Slovaquie

Si le Slovan Bratislava est sans conteste le plus grand club de Slovaquie de par son palmarès, le Spartak Trnava occupe lui aussi une très grande place dans le patrimoine footballistique du pays. Fondé en 1923, le club possède un passé glorieux et fait figure de principal rival au Slovan.

Spartak Trnava

Il n’a pas fallu attendre les années 70 et les 8 titres remportés par les deux clubs pour que cette antagonisme se crée. Le premier match entre les deux équipes remonte à 1926 où Trnava s’était imposé 3 buts à 1 face à Bratislava. Après des batailles pour le titre et quelques transferts houleux entre les deux clubs, la rivalité prend de l’envergure. De plus, elle est amplifiée par le contexte économique et culturel qui oppose les deux villes. Bratislava, en plus d’être la capitale politique, fait partie de la région la plus riche de Slovaquie mais est aussi la ville qui centralise une grande partie du patrimoine culturel. Tandis que Trnava, qu’on appelle “la Rome de Slovaquie”, est une ville très religieuse avec de nombreuses églises et fait partie de la plus grande région agricole du pays.

Comme son ennemi d’antan, le Spartak Trnava a connu son âge d’or dans les années 60-70 avec notamment 3 titres de champion de Tchécoslovaquie d’affilée entre 71 et 73. Un succès en partie dû à Anton Malatinszky, joueur et entraîneur de légende ayant porté la tenu du Spartak Trnava et du Slovan Bratislava. Cependant, après cette ère marquée par les succès nationaux, le Spartak va lentement décliner au fil des années. Jusqu’à connaître la relégation lors du dernier championnat de l’histoire Tchécoslovaque.

Spartak Trnava ( Source : Spartak.sk )

Dans le championnat slovaque, Trnava peine à retrouver de sa superbe mais échoue surtout deux fois d’affilée tout proche du titre. Notamment en 1997 lorsqu’une défaite lors de la dernière journée les prive du titre au profit du FC Kosice. Après ces échecs, le club connaît une descente en deuxième division en 2000 avant de remonter pour la saison 2002/2003. S’ensuit alors des années d’anonymat où le club peine à se faire une place en haut du tableau.

En 2015 est inauguré le City Arena, nouveau stade du club avec une capacité de 19 000 spectateurs . Avec cet édifice, les dirigeants entendent raviver la passion d’un public endormi, qui a longtemps été connu comme peut-être le plus chaud de Slovaquie. Il faut croire que ce pari a été payant, puisqu’en 2018, après 45 ans de disette, le Spartak Trnava renoue avec le succès et remporte le titre de champion de Slovaquie. Dans une ambiance incroyable, les quelques 17 000 supporters présents ce jour-là envahissent la pelouse au coup de sifflet final, laissant place à des scènes de liesse dans l’enceinte du Spartak.

Bien que méconnue, le football slovaque possède une longue histoire qui regorge de récits très intéressants. Comme celle de l’Inter Bratislava, ancien champion et ennemi historique du Slovan, qui a connu une faillite en 2009 avant d’être sauvé par ses fans ainsi que ses anciens joueurs. Aujourd’hui le club se bat pour remonter en deuxième division et s’est également engagé dans une lutte contre le racisme et la xénophobie, qui gangrène les mouvements ultras en Slovaquie. Quoi qu’il en soit, avec une équipe construite autour de cadres comme Hamsik, Lobotka ou encore Skriniar, les Tigres des Tatras espèrent au moins atteindre à nouveau les huitièmes de finale de l’Euro, comme ce fut le cas en 2016.

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