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EURO 2020 : Danemark, une rivalité séculaire à perpétuer

Un derby en huitièmes de finale du prochain Championnat d’Europe ? C’est peu probable, mais espérons-le pour le football scandinave. Voyez-vous où je veux en venir ? Oui, comme à l’Euro 1992 et à l’Euro 2004, un Danemark-Suède est techniquement possible, après la phase de poules. L’histoire aurait pu être encore plus belle si l’affrontement avait pris place au Parken Stadium de Copenhague, là où les Rouges et Blancs jouent leurs matchs depuis septembre 1992. Année de leur titre de champion d’Europe…en Suède, le destin fait bien les choses parfois. Pouvons-nous donc imaginer une belle, en guise de revanche, dans quelques semaines ?

Le tableau de la phase finale de l’Euro 2020 est construit et il se peut que la Suède joue son 1/8e de finale dans l’antre de son rival danois, à condition que les coéquipiers de Zlatan Ibrahimović finissent deuxième de leur poule. Ils affronteront alors le deuxième du groupe D, soit l’Angleterre, la Croatie, l’Écosse ou la République Tchèque.

Mais revenons à notre rêve de derby. Il y a deux possibilités de le voir se réaliser au sortir des poules. La première est d’espérer voir le Danemark finir premier de son groupe, qui rappelons-le, est composé de la Belgique, la Russie et la Finlande, tout en constatant la Suède finir troisième de sa poule. Le second cas est du même acabit. Les Bleus-Jaunes doivent finir premier, tandis que les Danois doivent terminer troisième. Mais il ne faut pas oublier qu’il existe un tableau de confrontations défini pour les adversaires des sélections finissant troisième. Cela dépendra de ces résultats, les probabilités sont donc minces.

Zlatan Ibrahimović recroisera-t-il la route du Danemark à l’Euro 2020 ? Le 22 juin 2004 à Porto, lors du dernier match de poule du groupe C, Ibra, ici à gauche, est au duel avec Martin Laursen. Score final : 2 – 2. Les deux sélections sont qualifiées pour les quarts. (news.ladbrokes.com) (Photo by Sandra Behne/Bongarts/Getty Images)

Il existe deux autres cas de figure possibles en quart de finale. Néanmoins, on commence réellement à parler de foot-fiction, mais tentons le pari. Si les deux nations terminent respectivement 2e et 3e de leurs groupes, ou inversement, et franchissent les 1/8, alors nous pourrions les voir s’affronter soit à Saint-Pétersbourg, soit à Bakou. Enfin, la dernière option est de les voir réaliser une superbe compétition afin d’assister au derby en demi ou en finale, mais là, nous sommes sur un pari semblable à celui de Leicester champion d’Angleterre 2015-2016.

Un derby historique…

Nous avons posé le cadre, maintenant regardons dans le rétro. Il faut savoir que le football au Danemark est plutôt enraciné. La Fédération danoise de football a été créée en 1889, la troisième de l’histoire après la FA (Football Association) et l’IFA (Irish Football Association). Le contexte est important puisque le football a été introduit dans ce petit pays scandinave par des marins anglais durant la seconde moitié du XIXe siècle. La logique est trouvée. Dans le même temps, la Suède n’est pas épargnée, car sa fédération est fondée en 1904, année de la création de la FIFA. Les deux pays en sont des membres fondateurs. Plus tard, ce sera également le cas pour l’UEFA en 1954.

Les premiers matchs officiels arrivent durant la décennie 1900 et les deux nations se croisent sans se jouer. C’est le Danemark qui prend toute la lumière grâce à ses très belles performances lors des tournois olympiques. Compétitions qui font office de Coupe du monde avant l’heure, puisqu’on sait qu’elles réunissaient les meilleurs pays du monde. C’est ainsi que lors des Jeux olympiques de 1908 et 1912, respectivement à Londres et Stockholm, on retrouve le Danemark échouer deux fois en finale par la Grande-Bretagne. Les terres suédoises réussissent décidément bien aux descendants de Ragnar Lothbrok. Dans le même temps, la Suède participe également à ces deux phases finales, mais n’obtient pas d’aussi bons résultats que son voisin scandinave.

Les premières confrontations entre les deux pays interviennent juste avant la Grande Guerre. Le premier match est un amical qui se déroule à Copenhague le 25 mai 1913 durant lequel les visiteurs se font étriller 8 à 0. La rivalité commence bien pour les Danois, puisque jusqu’en 1916, après cinq rencontres disputées, les Suédois n’en ont pas gagnées et n’ont pas inscrit le moindre but. La rectification est faite cette même année après une victoire 4 à 0 sur leurs terres à Stockholm le 8 octobre. Il faut se souvenir que ces deux nations scandinaves ne participent pas à la Première Guerre mondiale et c’est donc pour cette raison, que le football peut continuer.

Sophus Erhard « Krølben » Nielsen (1888-1963), fut sans aucun doute l’un des meilleurs joueurs danois du début du XXe siècle. (mmm.dk)

Jusque-là, seize affrontements ont été joués, le Danemark s’est imposé onze fois, la Suède trois fois, pour deux matchs nuls. C’est durant les années 1910 que les Rouges et Blancs présentent le meilleur bilan de leur histoire. Avec 30 matchs joués dont 23 victoires, un nul et 6 défaites, ils totalisent 108 buts marqués et 33 encaissés avec une moyenne de 2.33 points par match. En 1924, la rivalité prend une allure plus compétitive. Un championnat nordique est fondé. Il réunit lors de la première édition seulement le Danemark, la Suède et la Norvège. La Finlande n’arrive que lors du deuxième tournoi, en 1929. Un point étymologique s’impose. Il faut différencier « Scandinavie » et « pays nordiques ». Le premier terme regroupe la Norvège, le Danemark et la Suède, tandis que le second introduit la Finlande, l’Islande et trois territoires associés, que sont le Groenland, les Iles Féroé et Åland.

La première édition se déroule sur quatre ans. Jusqu’en 1928, les deux nations s’affrontent cinq fois et à l’arrivée, c’est le Danemark qui triomphe avec trois petits points d’avance sur son rival. La Norvège finit loin derrière avec un nul et neuf défaites en dix rencontres. Ce championnat, la Scandinavie va s’atteler à le perpétuer, sans forcément avec régularité. Il se tient jusque dans les années 80, avec des formats plus ou moins allongés, mais ne sert pas de référence pour ces pays, qui doivent nécessairement se concentrer sur des compétitions continentales et internationales, à raison. Après 1985, ce championnat nordique revient uniquement pour la saison 2000-2001. Depuis, il a été dissous, pour des logiques sportives évidentes.

Si l’on doit tirer un bilan de ces multiples confrontations, il s’avère que la Suède a largement pris le dessus, emportant neuf des quatorze éditions jouées. Une domination marquée par ces neuf titres gagnés de suite de 1933 à 1972. Quant au voisin danois, il a soulevé trois trophées. Le rapport de force s’est-il inversé depuis l’entre-deux-guerres ? Pas nécessairement.

Brian Laudrup (avec son numéro 11) célébrant le deuxième but, synonyme d’égalisation, lors du quart de finale face au Brésil, à la Beaujoire le 3 juillet 1998. (goal.com) (Photo by Marcus Brandt/Bongarts/Getty Images)

Il est difficile d’établir un éventuel ascendant sur l’autre. Ces deux nations ont connu leurs heures de gloire respectives. Mais rentrons dans le détail, avec comme point de mire : ces deux confrontations en phase finale de deux Euro au tournant des années 2000.

Tout d’abord, les Jeux olympiques. Le Danemark a brillé par sa domination et sa régularité à une certaine période, mais la Suède a fait peut-être mieux : les gagner. Chacun jugera de la valeur intellectuelle, mais les Bleus-Jaunes ont remporté ce tournoi en 1948, en éliminant leur rival en demi-finale sur le score de 4-2. Leur rival, justement, termine le tournoi à la troisième place. Chacun récolte ses médailles et lorsqu’il s’agit de dresser un bilan, on se rend compte que le Danemark a récolté trois médailles d’argent et une médaille de bronze et la Suède quant à elle, a glané une médaille d’or et deux médailles de bronze… le tout en 113 ans de Jeux olympiques.

En Coupe du monde, l’écart est plus conséquent. La Suède a participé à onze phases finales. Le pays a accueilli l’édition 1958, célèbre pour avoir été le premier sacre du Brésil, mais surtout, les Suédois ont réalisé le meilleur résultat de leur histoire : une place de finaliste, perdue 5 à 2, elle aussi bien connue pour avoir révélé Pelé. Il faut noter également que les Bleus-Jaunes ont réussi à finir deux fois troisième et une fois quatrième. Plus récemment, les coéquipiers d’Emil Forsberg ont été éliminés en quart de finale de la dernière Coupe du monde en Russie. Une histoire conséquente en somme. Pour le Danemark, c’est un peu moins rempli, avec cinq phases finales disputées. Le point d’orgue ? Ce quart de finale au mondial 98 durant lequel ils se font éliminer par le Brésil dans un match à rebondissements, où Rivaldo et sa troupe sortent vainqueurs. Pas vraiment une histoire d’amour cette relation scandinavo-brésilienne… Enfin, nous n’avons jusqu’à maintenant, pas eu la chance d’assister à un derby nordique dans cette compétition, mais attendez, le meilleur arrive.

L’Euro 92, un précieux jalon ?

On ne va pas revenir dessus en profondeur, le Danemark a sûrement écrit la plus belle page de son histoire lors de cette compétition. D’autant que la sélection scandinave n’avait pas réussi à se qualifier à la régulière. La Yougloslavie – qui avait fini devant les Danois en éliminatoires -, est exclue à cause des sanctions de l’ONU (nous sommes à ce moment-là en pleine guerre de Yougoslavie). On connaît la suite : le Danemark remporte le Championnat d’Europe face à l’Allemagne 2 à 0 en finale.

Mais il est intéressant de souligner deux choses. Premièrement, les Danois soulèvent le trophée en terre suédoise, cela représente beaucoup symboliquement. Seconde chose, le deuxième match de poule est un… Suède-Danemark. Ironie de l’histoire, les Rouges et Blancs perdent cette rencontre sur le score de 1 à 0 grâce à Tomas Brolin, alors joueur de Parme. À ce moment-là, personne n’imagine le Danemark aller loin dans le tournoi puisque les frères Laudrup avaient fait match nul lors de leur match d’ouverture face à l’Angleterre. Le destin fait bien les choses, car à l’arrivée, les deux voisins scandinaves se qualifient pour les quarts et le succès est total.

Les Danois exultant lors de la finale 92. (talksport.com)

Ce match et cet Euro constituent un moment tout particulier pour le football danois et pour l’histoire qu’il entretient avec son rival suédois. Il représente un accomplissement pour une génération entière, celle qui a tenté de reprendre fièrement l’héritage laissé par le Danemark de la première moitié du XXe siècle. On pense notamment au fantastique numéro 10 Michael Laudrup qui a réussi cette mission, lui qui a si bien incarné ce football des années 90, qui constitue pour beaucoup, la dernière période romantique du football moderne.

Une revanche à l’Euro 2004 ?

Entretemps, le Danemark et la Suède tentent de capitaliser sur leurs victoires. Le premier ne parvient pas à se qualifier pour la Coupe du monde 1994, échoue en poules de l’Euro 96, puis réalise sa meilleure Coupe du monde en 1998. En 2000, les Danois restent de nouveau bloqués à l’issue de la phase de groupes et en 2002, lors de la première Coupe du monde en Asie, la formation scandinave est éliminée 3-0 en huitième de finale, par l’Angleterre de Michael Owen. Ce qui est plutôt amusant durant ce laps de temps, c’est l’arrivée au poste de sélectionneur d’un Suédois, un certain Bo Johansson. Il dirigea l’équipe de 1996 à l’Euro 2000, menant donc le pays rival à un quart de finale de Coupe du monde. Sacré clin d’œil. La Suède de Johansson, elle, n’a jamais été chapeautée par un Danois, c’est peut-être ce qui lui a manquée… ou nous allons peut-être un peu loin dans le corporatisme… Quoi qu’il en soit, le Danemark a toujours fait confiance en ses hommes, au même titre que son voisin du nord.

La Suède, donc, enchaîne l’Euro 92 avec une très belle demi-finale au mondial Américain de 1994. Malheureusement, l’élan s’arrête là, puisqu’elle ne parvient pas à rallier les phases finales de l’Euro 96 et de la Coupe du monde 1998. En 2000, elle ne passe pas les poules et en 2002, elle échoue en huitième comme le Danemark.

Bo Johansson, l’unique Suédois à avoir été le sélectionneur du Danemark, le pays voisin, et pourtant rival historique. (pinterest.com)

Douze ans après donc, les deux pays nordiques se retrouvent, une nouvelle fois lors de la phase de poules. À ce moment-là, cela fait quatre ans qu’ils ne se sont pas affrontés et la dernière victoire des Danois remonte à août 1996. Dans un groupe C où un certain Zlatan Ibrahimović est en train d’exploser aux yeux de l’Europe (voire du monde), la rencontre fait figure de finale, car elle est le dernier match de la poule. Auparavant, le Danemark a fait match nul 0-0 contre l’Italie et est sorti victorieux de son match contre la Bulgarie 2 à 0. La Suède, quant à elle, a gagné contre cette même Bulgarie 5 à 0 et a fait match nul 1-1 face à l’Italie. La journée du 22 juin est décisive, les deux matchs restants sont joués tous deux à 19h45. Pendant que l’Italie fait match nul 1-1, le Danemark mène 2-1. Mais tout change dans les derniers instants et le pire se produit pour la Squadra Azzura. Le seul scénario dans lequel les deux nations rivales pouvaient se qualifier était un 2-2… et devinez quoi ? À la 89e, Mattias Jonson, alors joueur de Brøndby, égalise et permet à son pays de se qualifier. Le but d’Antonio Cassano à la 94e ne change rien, son pays est éliminé.

Nous sommes heureux, la Scandinavie a triomphé, mais nous n’avons pas de gagnant. De plus, le Danemark était à quelques minutes de prendre sa revanche. La suite est dommageable, puisque les deux sélections sont éliminées dès les quarts, par les Pays-Bas pour les Suédois et par la République Tchèque pour les Danois. Malgré tout, ce match est nécessairement rentré dans la mémoire collective de ces deux belles nations de football.

Nous aurions pu parler d’un autre match historique, malheureusement, le souvenir n’est pas heureux. Soyons brefs. En juin 2007, les deux pays s’affrontent dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2008, le match aller est à Copenhague, mais tourne au vinaigre. 3-3 au score d’affichage à l’issue du match, mais sera annulé au profit d’un 3-0 sur tapis vert en faveur de la Suède. La raison ? Un hooligan danois est rentré sur la pelouse dans le but d’agresser l’arbitre. Le scandale est total. La vidéo ci-dessous parle d’elle-même.

Depuis, deux autres confrontations aller/retour se sont jouées, une pour le compte des éliminatoires à la Coupe du monde 2010 et une autre lors des barrages des éliminatoires à l’Euro 2016. C’est la Suède qui sort victorieuse de ce combat haletant, chipant alors le ticket pour l’Euro au nez et à la barbe de son rival danois.

Après 108 ans de confrontations et 107 matchs – un 108e lors de l’Euro 2020 serait un beau clin d’œil -, le derby Danemark-Suède est à l’avantage des Bleus-Jaunes. 46 victoires pour eux, 20 nuls et 41 victoires pour les Rouges et Blancs. En compétition officielle, la Suède a l’avantage avec 4 victoires, tandis que le Danemark en a remporté 2, pour 3 matchs nuls. L’écart reste serré lorsqu’on se fit à l’histoire, nul doute alors qu’un affrontement lors du prochain Championnat d’Europe, serait passionnant.

Un lien culturel important

Il n’y a pas que le football qui unit ces deux pays, il y a aussi leur histoire et leur culture commune. Celles d’un passé relativement lié dont sont témoins leurs paysages respectifs. C’est en cela qu’il est pertinent et surtout passionnant de vous montrer un symbole fort : le pont de l’Øresund.

Construit de 1995 à 2000, ce pont, qui franchit le détroit de l’Øresund, relie le Danemark et la Suède. Plus exactement, ce pont se situe entre deux provinces, le Seeland, qui est danois, et la Scanie, qui est suédoise. Un prolongement est fait par une île artificielle puis par un tunnel, qui permet de joindre deux villes majeures : Copenhague et Malmö. Ce pont se nomme officiellement Øresundsbron, résultat d’un compromis linguistique entre les deux pays puisqu’il est orthographié de manière à pouvoir employer deux termes danois et suédois. Encore un signe d’une rivalité saine et amicale. Ce pont a été créé pour faciliter les échanges économiques et de facto culturels. Il est à deux niveaux : sur la partie supérieure, se trouve l’autoroute E20 et sur la partie inférieure, la ligne ferroviaire Copenhague-Malmö. L’architecture est singulière et symbolise la modernité technologique incarnée par ces deux nations scandinaves.

Le pont de l’Øresund. (arqhys.com)

Enfin, cela nous a inspiré et nous avons décidé de chercher la trace d’un éventuel affrontement entre les deux villes concernées. Et il se trouve que les deux clubs, que sont le Malmö FF et le FC Copenhague, se sont rencontrés en phase de poules de Ligue Europa 2019-2020. C’était donc durant l’automne et le score a tourné à l’avantage des Suédois, puisque que le match aller au Swedbank Stadion s’est conclu sur un match nul 1-1, tandis que le retour au Parken Stadium s’est soldé par une victoire 1-0 des visiteurs. Mais comme toutes histoires dano-suédoises, elle s’est bien terminée, car les deux clubs se sont qualifiés pour la phase à élimination directe. Souvenons-nous, Copenhague est même parvenu en quart de finale, défait par Manchester United.

L’histoire d’une rivalité scandinave va plus loin, elle entretient une relation culturelle forte et durable. Mais surtout, ce qui anime ce peuple, est son attitude respectueuse, dans la sincérité la plus exemplaire. Dans quelques semaines, si l’une des deux nations voit son parcours s’arrêter prématurément, elle n’hésitera pas à soutenir sa rivale, signe d’une amitié certaine…

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