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Corentin Moutet, Roland en ligne de mire

Alors que la saison sur terre battue bat son plein, les grosses échéances comme le Masters 1000 de Rome et surtout Roland-Garros approchent à grand pas. Et à l’heure où l’on se parle, l’hypothèse de voir au moins un représentant français en deuxième semaine du Grand Chelem parisien paraît plus que compromise, entre joueurs en manque de confiance sur la surface ou à court de forme. Coup de projecteur aujourd’hui sur un joueur de l’ombre dont on parle peu mais qui affiche un niveau de jeu encourageant sur ocre. Corentin Moutet, meilleure chance tricolore pour aller loin Porte d’Auteuil ?

Arrivé au troisième tour à Roland en 2019, le Français peut-il arriver en deuxième semaine du Grand Chelem parisien cette année ? ( Source: Sport.fr)

Un joueur qui petit à petit, engrange de l’expérience

Brillant en juniors, Corentin Moutet fait son entrée sur le circuit Challenger lors de la saison 2017-2018 avec l’étiquette du grand espoir français. Mais c’est bien l’année suivante que le natif de Neuilly éclate aux yeux du grand public. En 2019, il se hisse jusqu’au troisième tour de Roland Garros après avoir battu Alexey Vatutin puis Guido Pella et remporte ensuite le Challenger de Lyon, le quatrième de sa carrière, faisant une entrée fracassante dans le top 100. Alors coaché par Emmanuel Planque (qui a notamment couvé Lucas Pouille), il enchaîne avec une qualification pour le tableau principal de Wimbledon où il réussit l’exploit de battre Grigor Dimitrov d’entrée. Mais il reste une interrogation: le jeune joueur n’a toujours pas remporté le moindre match sur dur sur le circuit ATP. À l’automne 2019, il met fin à sa collaboration avec Emmanuel Planque. C’est au début de l’année 2020 que Moutet prend son envol et prend peut-être conscience qu’il peut performer sur n’importe quelle surface: il réalise une semaine exceptionnelle lors de l’ATP 250 de Doha où il sort dans un premier temps des qualifications en battant notamment Alexei Popyrin. Puis enchaîne: Sandgren, Raonic, Wawrinka et Verdasco subissent la loi du jeune gaucher. Le Français perdra en finale face au joueur de 2020: Andrey Rublev. Déclic ou pas, Moutet est désormais plus constant sur dur, comme l’atteste son troisième tour à l’US Open l’an passé ou sa tournée australienne du début d’année: il se hissa en demi-finale de l’ATP 250 de Melbourne puis tomba au deuxième tour du Grand Chelem sous les coups de Milos Raonic, qu’il aura tout de même fait douter, après être sorti vainqueur d’un match marathon en cinq sets contre l’accrocheur John Millman.

A ce jour, la semaine à Doha en 2020 reste la plus belle performance de la jeune carrière de Corentin Moutet. (Source: FFT)

Un style de jeu calibré pour la terre battue

Coaché depuis 2020 par Laurent Raymond, un entraîneur avec lequel il a déjà collaboré, Corentin Moutet enchaîne les matchs sur le circuit et semble entrer dans une période importante de sa carrière. Il est nécessaire pour lui de franchir un palier tout en continuant à développer son jeu. Lorsqu’on le regarde jouer, cela saute aux yeux: du haut de ses 1m75, le jeune français semble programmer pour performer sur ocre. Incroyablement endurant et mobile, Moutet représente l’essence même du terrien: un joueur combatif qui court sur n’importe quelle balle, cherchant à mettre du rythme dans le match et qui se retrouve souvent embarqué dans des rencontres disputées. Le dernier exemple en date ? Son premier tour lors de la précédente édition de Roland Garros, où il bataille pendant plus de 6 heures face au modeste italien Lorenzo Giustino et s’incline au bout du cinquième set, 18 jeux à 16. Certes, il ne dispute pas tous les jours des matchs aussi longs, mais cela illustre un des axes d’amélioration du jeune français: être constant durant tout un match.

Car tennistiquement, Corentin Moutet a de sérieux arguments à faire valoir : une patte gauche exquise, un revers fiable, ainsi qu’une vraie solidité en fond de court en plus d’une intéressante capacité à se projeter et attirer son adversaire au filet. Un jeu varié, qu’il doit cependant perfectionner pour atteindre ses objectifs, à commencer par son service. En bon terrien qu’il est, sa première balle est encore perfectible et il doit trouver les solutions pour se faire breaker moins facilement et avoir plus de points « gratuits ». On a aussi parfois la sensation qu’il pourrait frapper plus fort lorsqu’il mène l’échange, qu’il devrait chercher un peu plus le coup gagnant, quitte à prendre parfois plus de risques. En somme, le gaucher est un guerrier dans l’âme, solide dans les longs échanges et qui cherche à apporter de la variété à son jeu. Il a les armes pour embêter les meilleurs joueurs du circuit comme le montre sa dernière victoire en date, contre le 14 ème mondial Denis Shapovalov à Estoril. Mais s’il y a bien une surface où le français est capable de bousculer la hiérarchie, c’est sans aucun doute la terre battue.

« Ça fait du bien d’être sur terre battue, une surface sur laquelle on peut plus s’exprimer tactiquement et faire des amorties »

Corentin Moutet après sa victoire face à Daniel Evans au deuxième tour à Barcelone;
Le type de séquence que Moutet doit chercher à reproduire, avec une belle prise de risque pour conclure.

Une personnalité affirmée

Sur le court, Moutet fait le show grâce à son tennis, mais aussi parfois par le biais de son caractère de compétiteur. S’il n’hésite pas s’encourager de vive voix lorsqu’il est bien dans son match, le nouveau 67 ème mondial (son meilleur classement) a aussi la fâcheuse tendance à dégoupiller très rapidement. Et ce tempérament peut s’avérer à double tranchant. Il peut s’appuyer sur cette mentalité pour aller puiser dans ses ressources dans des matchs accrochés, mais cette auto-flagellation parfois trop récurrente peut évidemment le faire sortir du match. Récemment, on l’a vu vite trop vite s’énerver lorsqu’il affronta Schwartzman ( à Barcelone) ou Ramos Vinolas (à Estoril), et perdre de ce fait le fil du match. C’est donc à lui de trouver le juste milieu à l’avenir pour garder cette envie de bien faire sans tomber dans le piège de la colère excessive. Car malgré ce caractère bien trempé sur le court, le garçon a la tête sur les épaules. Animé depuis très jeune par cette soif de victoires, il sait comment y parvenir. Vrai besogneux à l’entraînement et passionné par son sport, Moutet veut se donner les moyens de performer. Il sait aussi se ressourcer en se réfugiant vers son autre grande passion: la musique, avec laquelle il identifie des « passerelles ». Un joueur qui a donc besoin de son équilibre pour performer au plus haut niveau. Car avec un tel talent comblé avec cette exigence qui le caractérise, nul doute que Corentin Moutet a les moyens de rallier le top 30 à court terme.

Véritable enfant prodige, Moutet passe beaucoup de temps derrière le micro, son autre grande passion. ( Source: VIPZONE)

Prochaine échéance pour lui ? Les qualifications du Masters de Rome 1000 où il est tout à fait capable de franchir un ou deux tours dans le tableau final. S’il performe en terre italienne et y emmagasine de la confiance , cela sera intéressant pour lui dans le but d’arriver aux Internationaux de France avec de vraies certitudes. A lui maintenant de capitaliser sur ce qu’il a produit ces dernières semaines pour faire une belle fin de saison sur terre. Et aller jusqu’en deuxième semaine à Roland ?

Joueur marchant énormément à la confiance, Moutet est à l’aise sur le court depuis que la saison sur terre a démarré. Au vu de l’état de forme des cadors tricolores, entre un Monfils en reprise et un Ugo Humbert qui s’améliore mais qui manque encore de repères sur la surface, on se dit que Corentin Moutet a tout pour faire un beau parcours à Roland-Garos. Et même si son parcours s’arrête prématurément, on sait qu’il retournera au travail pour continuer à acquérir de l’expérience sur le circuit. Car à seulement 22 ans, le prodige français a toutes les cartes en main pour se construire un avenir radieux.

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