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Giro 2021 – Diego, libre dans sa tête

Stratosphérique sur le Giro 2020 qui eut lieu en octobre dernier, une fois n’est pas coutume, Diego Ulissi semblait à l’apogée de son niveau sur un vélo. Mais il est des nouvelles que l’on n’aime pas apprendre. La révélation d’une myocardite (inflammation du muscle cardiaque) courant décembre chez le métré 75 pour la soixantaine de kilos en faisait partie. Bilan des courses : mise entre parenthèses d’une carrière certes riche mais qui aurait gardé un goût d’inachevé. Dieugo soit loué, on l’a vu de retour à bicyclette deux mois plus tard après le feu vert des médecins de l’équipe UAE. A maintenant 31 ans, tout n’est que bonus pour le Toscan. Retour sur une carrière atypique, en attendant le Giro 2021 qui débute demain.

Fier de ses couleurs, fier de ses valeurs

Double champion du monde junior 2006-2007 en Belgique puis au Mexique devant deux de ses compatriotes, l’italien était promis à un avenir radieux. Et il n’a pas déçu. Loyal à la Lampre depuis 2010 et ses débuts professionnels, puis à l’UAE Team Emirates qui reprit le flambeau de l’équipe italienne en 2017, le natif de Cecina est également fidèle à son cyclisme et à son Italie natale : un final vallonné et il sera dans les premiers, vallonné en Italie et ce sera le premier prix. Doté d’un punch incroyable sur de courtes côtes, il possède également une très bonne pointe de vitesse qui peut lui permettre de régler des arrivées en petit comité, après une sélection par l’arrière sur des tracés plus ou moins montagneux, lui qui passe assez bien la plupart des difficultés. Véritable amoureux de son pays, en témoigne ses multiples victoires sur les courses d’un jour italiennes de Milan-Turin à la Coppa Sabatini en passant par le Giro dell’Emilia, ainsi que son succès sur la 1ère étape du Tour de Pologne en 2013 qui s’achevait à Madonna di Campiglio, Diego Ulissi c’est 39 victoires parmi 64 podiums chez les professionnels dont 38 podiums en Italie, en 10 ans de carrière. « Excusez du peu » ajouterait notre Titi Adam national.

Mais dire qu’il ne sait performer que dans la Botte serait en partie faux : sa 3ème place en 2019 derrière Julian Alaphilippe et Jakob Fuglsang sur la classique ardennaise qui lui correspond le mieux ; la Flèche Wallonne, fait mieux que nous le rappeler. Et sans des Alaphilippe ou autres maillots arc-en-ciel tels Valverde ou Philippe Gilbert, le célèbre Chemin des Chapelles aurait très bien pu s’appeler Mur d’Huylissi. De plus, rares sont ceux qui comme l’italien peuvent se targuer d’avoir gagné au moins une course chaque saison depuis leur passage chez les pros. Série à poursuivre cette année, sur le 104ème Tour d’Italie à venir par exemple.

Diego Ulissi célèbrera-t-il une nouvelle victoire d’étape sur le Giro cette année ? (Photo : Copyright BELGA)

Deux premières semaines de Giro taillées à sa mesure

Du vallon, du vallon, du vallon et devinez quoi ? Encore du vallon ! Tel est le résumé des deux premières semaines du Giro qui nous attendent. En effet, de la 3ème étape à la 12ème étape, pas moins de sept étapes peuvent aisément se voir ranger dans la catégorie des tracées vallonées. Parmi elles, deux paraissent parfaitement correspondre aux qualités du sprinteur en côte toscan. Tout d’abord, l’étape 4 entre Piacenza et Sestola, qui se conclut par le Colle Passerino, une pente raide de 9,5% de moyenne sur environ 4 kilomètres avec des passages à plus de 12%, suivi d’un replat sur deux kilomètres jusqu’à la ligne d’arrivée. Ainsi, on peut largement supputer que les sprinteurs ne pourront suivre dans ce final, et que s’il ne fait pas déjà la différence dans la montée, l’italien sera potentiellement le plus fort au sprint dans le groupe de tête restant si arrivée groupée il y a, même si un Dan Martin pourrait tout à fait venir contrecarrer ses plans.

Concernant l’autre étape qu’il a certainement cochée dès la révélation du tracé de ce Giro 2021, il s’agit de la huitième entre Foggia et Guardia Sanframondi, du nom de la côte finale et ses 3 kilomètres et demi à 6,7% avec 500 derniers mètres un peu plus doux à 4,2%. Une vraie course de côte en prévision qui n’est pas sans rappeler la victoire de l’italien à l’issue de l’étape 2 du dernier Giro lors de laquelle il devança Peter Sagan et Mikkel Frølich Honoré – tous deux de nouveau présents cette année sur les routes italiennes – en haut de la côte d’Agrigento (3,7 kilomètres à 5,9% dont les 700 derniers mètres à 3,1%).

Résumé de l’étape 2 du Giro 2020 remportée par Ulissi (Vidéo : chaîne Dailymotion officielle du Giro d’Italia)

Au sein d’une formation UAE au fort accent italien taillée pour aller chercher des étapes – tel le chasseur de prime d’un western spaghetti – et même si un Davide Formolo peut tout à fait prétendre à une bonne place au classement général final, le double vainqueur d’étape sur le dernier Giro aura quoi qu’il arrive largement sa chance. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à l’exclusion de son premier succès sur la 17ème étape du Giro en 2011 suite au déclassement de son compatriote Giovanni Visconti, maillot de champion d’Italie sur le dos à l’époque et qui l’avait poussé de sa ligne dans le sprint final, Don Diego di Cecina a conquis toutes ses étapes en première ou deuxième semaine de course.

La squadra alignée par l’UAE Team Emirates, capable de faire une razzia d’étapes (Photo : uaeteamemirates official website)

Mais sera-t-il en condition pour aller lever les bras à la force de ses cuissots ? Rien n’est moins sûr après sa reprise tardive de la compétition et surtout son arrêt total de l’entraînement pendant les deux premiers mois hivernaux suite à son problème cardiaque. Malgré tout, ses performances lors du Tour de Romandie la semaine passée ne peuvent que nous rassurer sur son état de forme. Il a suivi les meilleurs dans les étapes de vallon, se mêlant par deux fois à des sprints en comité réduit avec une 6ème place sur la troisième étape, remportée en solitaire par Marc Soler (leader annoncé de la Movistar sur le Giro 2021), et surtout un top 5 lors de la deuxième étape entre Neuveville et Saint-Imier, seulement devancé par des sprinteurs de métier ; Sagan et Colbrelli en tête, et par son jeune coéquipier Marc Hirschi, 3ème ce jour-là, et pour lequel l’expérience d’un Diego Ulissi ne peut être que bénéfique pour la suite.

D’autres victoires pour entrer dans la légende

S’il est sûr que le puncheur a déjà marqué l’histoire du Giro avec ses 8 victoires d’étapes en autant de participations, dont deux en 2020, 2016 et 2014 (avant son abandon puis son contrôle positif à un bronchodilatateur, qui lui valut six mois de suspension purgée entre la fin de saison de la même année et le début de la saison suivante) et une en 2015 et lors de son premier Giro en 2011, il n’a certainement pas dit son dernier mot dans les autres compétitions. A seulement 31 printemps, on lui souhaite forcément d’ajouter plein d’autres victoires à sa besace déjà bien garnie. Mais quels succès pourraient permettre de faire entrer définitivement l’un des meilleurs puncheurs de sa génération au panthéon du cyclisme ?

En premier lieu, pourquoi pas un des deux monuments italiens. En effet, s’il surperforme en Italie sur les courses d’un jour, Ulissi n’a jamais fait mieux qu’une 8ème place l’an dernier sur le Tour de Lombardie malgré 9 participations. Et en 8 participations à Milan-San Remo, ses résultats ne sont guère brillants avec une anodine 40ème position en 2017 pour meilleur résultat. D’autre part, l’acquisition du maillot tricolore de champion transalpin, autour duquel il tourne depuis ses débuts professionnels avec une 2ème place en 2017 derrière Fabio Aru et une 3ème place en 2015, parachèverait sa renommée nationale. On pourrait dès lors dire que si nul n’est prophète en son pays, Diego Ulissi.

« Mon objectif sur les Grands Tours est généralement toujours le même : […] viser les victoires d’étape »

DIEGO ULISSI

Ensuite, empocher l’une des Ardennaises serait vraiment un bel accomplissement de parcours pour le toscan, tant elles correspondent à ses qualités. Enfin, pourquoi pas tenter de s’imposer sur des étapes des deux autres Grands Tours. L’italien déclarait d’ailleurs à ce sujet en juillet dernier sur le site de son équipe : « Mon objectif sur les Grands Tours est généralement toujours le même : aider au maximum mes coéquipiers et viser des victoires d’étape. Les arrivées en côte me conviennent bien et je cherche toujours à être compétitif dans les étapes qui correspondent à mes caractéristiques ».

Pour l’instant, en une seule participation au Tour de France et au Tour d’Espagne, il est allé chercher deux 2èmes places, ce qui est plutôt encourageant. D’abord sur la 19ème étape de la Vuelta 2013, 11 secondes derrière le petit espagnol grand par le talent Joaquim ‘Purito’ Rodriguez, puis sur la 15ème étape du Tour 2017, 19 secondes derrière le néerlandais Bauke ‘Jeramènetoutlemonde’ Mollema, qui sera présent avec l’équipe Trek-Segafredo sur ce Giro.

Si toutes les possibilités qui viennent d’être énumérées restent exhaustives, il paraît certain qu’elles couronneraient une carrière déjà très riche et plus que respectable. Et rien ne paraît inatteignable pour un coureur de son calibre qui, s’il parvenait à remporter en ce beau mois de mai une nouvelle étape sur le bitume du Tour d’Italie, rejoindrait un certain… Purito, et ses 9 étapes sur son tour national.

Si Diego est déjà un grand du cyclisme tant par son palmarès – Heureux qui comme Ulissi, a fait une belle carrière – que par son punch foudroyant, le débat reste ouvert quant à un potentiel statut de superstar, qu’il a déjà largement acquis auprès des tifosi. Mais une chose demeure certaine : dossard 228 dans le dos, il participera dès demain à son neuvième Giro. Pour une neuvième victoire d’étape ?

Crédit image miniature @FABIO FERRARI, ASSOCIATED PRESS

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