Foot Premier League

James Maddison, le diamant a fini de polir

Dans la famille des jeunes meneurs de jeu anglais de talent, je voudrais James Maddison. Pour sa troisième saison dans l’élite, le numéro 10 des Foxes à confirmé tous les espoirs placés en lui lors des dernières saisons. Derrière l’inoxydable James Vardy, Maddison a fait son trou et se place aujourd’hui comme un des meilleurs créatifs de Premier League. Du haut de ses 24 ans, celui qui a connu tous les échelons de la League One à la première division, espère bien accrocher l’Euro avec les Three Lions.

Le gamin de Coventry

James Maddison est né à Coventry, ville de 300 000 habitants plus connu pour son club de rugby, les Wasps, que pour sa culture football. Pourtant, l’Anglais n’a jamais hésité un seul instant. Alors qu’il est encore à l’école primaire, il intègre l’Académie de football de Coventry City. Malgré un physique qui se développe sur le tard, il se démarque déjà par sa technique soyeuse et s’affiche comme un des plus grands espoirs du club qui évolue en League One (Troisième division anglaise). Ses entraîneurs lui confient d’ailleurs le brassard de capitaine dès les plus jeunes catégories.

En avance sur tout le monde, James Maddison est un joueur pressé. À seulement 17 ans, il entre en jeu lors d’une défaite en League Cup contre Bristol (2-1) en août 2014. Cependant, c’est deux mois plus tard que son aventure chez les professionnels commence réellement. Tout chétif et flottant dans son maillot floqué numéro 36, Maddison foule la première fois les terrains de League One. Le milieu de terrain entre en jeu à 11 minute du terme au cours d’une défaite face à Crew Alexandra. Des minutes qui en appellent d’autres, puisque à peine une semaine plus tard, il sort du banc face à Bristol et délivre sa première passe décisive. Au match suivant, Maddison montre à nouveau qu’il n’est pas comme les autres en inscrivant son premier but en carrière… sur coup-franc. On pense alors que le jeune joueur a lancé sa formidable épopée, mais une longue blessure vient lui couper l’herbe sous le pied.

Il démarre la saison suivante sur les chapeaux de roues avec 4 titularisations pour 3 passes décisives, mais là encore une nouvelle blessure vient ralentir sa progression. Pourtant, cette indisponibilité va lui permettre de côtoyer un certain Joe Cole. À cette époque, l’ancienne gloire anglaise joue pour les Sky Blues et prend le jeune Maddison sous son aile. “Quand je suis arrivé le coach m’a dit : “Écoute j’ai ce numéro 10, c’est un excellent joueur. Observe le pendant les entraînements, regarde ce qu’il fait et sur quoi il peut progresser.” Trois jours plus tard, je suis retourné le voir et je lui ai dit qu’il faisait tout bien et qu’il devait juste jouer. C’est ce qui s’est passé et il a fini par prendre ma place (rires).” déclare Joe Cole en septembre 2019 avant un match de Leicester contre Tottenham.

“Joe est arrivé à Coventry quand je n’étais encore qu’un jeune garçon et on a passé beaucoup de bons moments. Je me remettait encore de ma blessure et j’essayais de passer du temps avec lui et de prendre exemple sur lui, sans avoir trop l’air d’être un petit fan. Il a été un vrai modèle pour moi”

James Maddison, septembre 2019

L’exil avant le saut dans le grand bain

Malgré cette indisponibilité, Maddison finit par s’installer dans le 11 de Coventry en deuxième partie de saison. Avec ses cheveux rangés derrière son élastique, le milieu de terrain prend de plus en plus d’épaisseur. C’est donc logiquement que des écuries de Championship viennent lorgner sur la pépite qui affole la League One. En hésitant pas à lâcher 2,5 millions d’euros, c’est Norwich qui finit par attirer le numéro 10 dans ses rangs. Cependant, dès ses premières semaines sous la tunique des vert et jaune, Maddison se rend compte qu’il ne rentre pas dans les plans d’Alex Neil, coach de Norwich. À même pas la vingtaine, il sait qu’il a besoin de temps de jeu pour progresser et demande donc à partir en prêt. Il atterrit ainsi en Première Division Écossaise, au Aberdeen FC. Un choix de carrière payant, puisque pendant 6 mois, le jeune anglais va affoler les pelouses d’Écosse. Étincelant au milieu de terrain, Maddison démontre même la finesse de son pied droit en inscrivant le coup franc de la gagne face aux Rangers. Un passage gagnant que le jeune anglais garde en mémoire, notamment grâce à la finale du Cup contre le Celtic Glasgow.

“J’avais déjà joué en League One, mais ça m’a donné un nouveau défi. Jouer contre des équipes comme le Celtic, les Rangers, c’était totalement différent, avec des grands public comme on en voit pas forcément en League One. Je me suis vraiment épanoui pendant mon séjour à Aberdeen. Ça a été un vrai tournant dans mon apprentissage. J’étais un joueur de 18 ans qui jouait devant 60 000 personnes en finale de League Cup contre le Celtic. C’est une expérience que je n’oublierai jamais et que je n’aurais jamais eu si j’étais resté dans les divisions inférieures en Angleterre.”

James Maddison pour The Guardian en octobre 2018

La saison suivante, il parvient à s’imposer chez les Canaries et inscrit 14 buts pour 8 passes décisives en 44 matchs de Championship. Cette année est également celle de la reconnaissance par ses pairs, puisqu’il est élu joueur de Norwich de la saison mais fait aussi partie de l’équipe type de l’année en Championship. Un exercice abouti pour le jeune joueur, qui voit des équipes de Premier League venir lui faire la cour, dont Leicester. Les Foxes jettent leur dévolu sur l’habile meneur de jeu et posent 25 millions d’euros sur la table pour s’attacher les services de Maddison.

Fidèle à lui-même, James Maddison ne prend pas le temps de s’acclimater et se fend de débuts fracassants avec Leicester. Sur les 7 premiers matchs de championnat, il est décisif à 5 reprises en inscrivant 3 buts et 2 passes décisives. Toujours confiant et sûr de lui, le numéro 10 s’est vite senti chez lui sur les pelouses de Premier League, “Il y a eu un moment pendant l’échauffement à Old Trafford, quand les tribunes se remplissaient, où j’ai réalisé que c’était la Premier League. Tu vois toutes ces caméras autour du terrain, ce que tu n’as pas en Championship, et j’ai pensé :”J’ai travaillé dur pour en arriver là, je mérite d’être là, c’est là que j’appartiens””.

Le numéro 10 moderne

Sous les ordres de Claude Puel puis de Brendan Rodgers, le numéro 10 s’est imposé comme le maître à jouer des Foxes. Malgré un physique fragile qui le contraint malheureusement à rater plusieurs matchs par saison, Maddison réalise deux saisons convaincantes avant de réellement exploser cette année. Auteur de 11 buts et 10 passes dé, le natif de Coventry est tout simplement  le leader technique de son équipe. Rayonnant grâce à son toucher de balle et son élégance sur le pré, Maddison est un poison lorsqu’il évolue entre les lignes. Au-delà de sa capacité à trouver la dernière passe, une fois le ballon dans ses pieds, il est très compliqué de lui reprendre. En moyenne, l’Anglais aux dribbles fantasques obtient 2,5 fautes par match, un chiffre plus élevé que celui d’un Riyad Mahrez ou d’un Bruno Fernandes (1,1 et 1,5).

La heatmap de James Maddison, illustration de sa liberté et de son souhait de recevoir entre les lignes

Bien souvent aligné en position de numéro 10 ou dans le trio d’attaque de Rodgers, l’Anglais de 24 ans se plaît à naviguer dans les trentes derniers mètres adverses. Toujours avec le souci de regarder ce qu’il se passe autour de lui, ses déplacements sont faits dans l’optique de mettre ses coéquipiers dans les meilleures dispositions. Bien qu’il s’épanouisse avant tout dans l’axe, il n’hésite pas à venir chercher le ballon dans les demi-espaces, afin de trouver des positions de centre ou de frappe. Cette capacité à se retrouver dans des zones de tirs est une des conséquences directes du travail acharné mené par Maddison.“Je regarde toujours les matchs après les avoir joués. Je me rappelle qu’après un match contre Sheffield, Jamie Carragher a dit qu’il me faut de meilleures statistiques si je veux être appelé avec la sélection et qu’on parle de moi au même titre que les autres top joueurs. Donc moi, le coach et l’analyste avons discuté sur comment je pouvais marquer plus de but. Je joue donc un plus haut, j’essaye d’arriver lancer et de sentir où va être le jeu.”

Maddison se propose au coeur du jeu, se retourne pour attirer la défense et ainsi de lancer Justin dans les meilleures conditions.
Une fois son ballon lâché, Maddison reste acteur dans la phase de jeu et propose une solution en retrait.
Le centre est mal renvoyé et Maddison à tout le temps d’ajuster le gardien, c’est but.

En plus d’être décisif haut sur le terrain, Maddison apprécie tout particulièrement décrocher pour organiser et renverser le jeu depuis la ligne médiane. Son incroyable qualité de jeu long aidant, le joueur des Foxes est également un superbe tireur de coup de pied arrêté mais également un danger permanent aux abords de la surface. En témoignent les 10 coups francs qu’il a inscrit au cours de sa jeune carrière, mais également ses 11 buts inscrit à l’extérieur de la surface depuis son arrivée en Premier League. Sur cette période, personne ne fait mieux. Si les qualifications en Ligue des Champions se jouent sur des détails, avoir un frappeur de qualité en est un.

Frasques et ambition internationale

Depuis longtemps nous sommes habitués à voir les joueurs anglais défrayer la chronique. Tantôt à cause d’une bagarre comme pour Pickford, tantôt à cause d’une sortie alcoolisée comme pour Rooney, ou encore pour avoir percé la bulle sanitaire comme Messieurs Greenwood et Foden. James Maddison, lui, n’a pas dérogé à cette règle. En octobre 2019, alors qu’il est appelé avec l’Angleterre, James Maddison, malade, doit renoncer au rassemblement. Alors que ses coéquipiers sont en train de perdre face à la République Tchèque, le numéro 10 est aperçu au casino. Un événement qui a fait la une des tabloïdes anglais, mais qui n’a pas pour autant endommagé durablement l’image du jeune anglais. Défendu par Brendan Rodgers dans les semaines qui ont suivi, sa mentalité et son naturel souriant ont fait le reste.

Si cette frasque à bien évidemment marqué les esprits, son caractère de gros bosseur parle pour lui. En témoigne ses séances en plus devant le but qu’il s’impose à chaque fin d’entraînement. Éternel insatisfait, James Maddison vise haut, très haut. Il est d’ailleurs toujours en course pour accrocher une place à l’Euro 2020, mais nous le savons tous, les places coûtent cher en équipe nationale, surtout à ce poste chez nos voisins anglais. Avec une seule sélection au compteur, le petit prince de Leicester doit faire avec la concurrence d’autres joueurs de talent comme Foden, Mount, Grealish, Sancho, Sterling, ou encore Saka. Attraper le train de l’Euro ne semble donc pas forcément acquis pour le numéro 10, d’autant plus qu’il s’est à nouveau illustré le mois dernier en brisant le protocole sanitaire de Leicester. Une situation qui n’a pas du tout plu à Gareth Southgate et qui amenuise un peu plus ses chances de participer à l’Euro. 

Sur le terrain, rien ne semble pouvoir empêcher James Maddison de prétendre à aller plus haut, cependant, son physique souvent capricieux n’a eu cesse de ralentir sa progression. Blessé à la hanche pendant quasiment deux mois, il n’a pas eu l’occasion d’être décisif depuis son retour. Quelle meilleure occasion que de l’être ce mardi face à Manchester United, dans un match importantissime dans la course à la Ligue des Champions.

Source illustration : Twitter OptaJoe

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :