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Giro 2021 – Ça va Bardet !

PRATI DI TIVO, ITALIE - 13 MARS : Arrivée de la 4ème étape de Tirreno-Adriatico (Photo by Tim de Waele/Getty Images)

Romain Bardet fait partie des meilleurs coureurs français. De ceux que tout le monde connaît. Au moins de nom. Et pour cause, il a passé la première partie de sa carrière à courtiser le Tour de France, qui parle à tout le monde. Pas de meilleure scène pour écrire son histoire. Il y a brillé de toutes les manières possibles, si ce n’est en jaune. Pois. Étapes. Général. À 30 ans, il a fait le choix courageux de l’expatriation vers la formation DSM. Une nouvelle aventure. Un nouveau chapitre qui s’ouvre. Et une première pour lui, en ce moment-même, sur les routes du Giro. Le Bardet nouveau est arrivé. On en parle.

Romain Bardet sur la sixième étape du Tour de France cycliste entre Mulhouse et La Planche des Belles Filles, le 11 Juillet, 2019. (Photo : Anne-Christine POUJOULAT / AFP)

Première Vie

Romain Bardet est un pur produit, et était jusqu’à cet été la tête de gondole, de l’équipe savoyarde des AG2R. L’enfant de Brioude, en Haute-Loire, a fait ses classes dans le club de chez lui, avant de passer un an dans le réputé club formateur de Roanne, puis d’intégrer la section U23 d’AG2R. Nous sommes en 2010, il a 20 ans et signera ensuite professionnel dès 2012.

Sous le maillot AG2R, Romain va donc devenir un homme. Et un des meilleurs coureurs du peloton. Après de belles performances en amateur, il fait sa mue tranquillement dans le petit cocon conçu par Vincent Lavenu pour faire incuber les talents. En 2013 déjà, il remporte par exemple le Tour de l’Ain. Course de second plan mais aux profil et casting toujours intéressants. En 2015, on commence à le voir de plus en plus : 6ème à Liège, 6ème du Dauphiné, 9ème au Tour de Romandie et prix de la combativité, une étape et 9ème place sur le Tour de France – premier top 10. Le Tour, il y prend goût et il en fait son objectif annuel affiché.

Il développe pendant ces années-là un grand professionnalisme allant chercher jusque dans les moindres détails scientifiques, diététiques, technologiques la clé de performances optimisées au maximum. Et grand bien lui en prend. Il se construit un beau palmarès. Sur le Tour : 2ème en 2016, 3ème en 2017, 6ème en 2018, maillot à pois en 2019. Il a aussi deux podiums sur le Dauphiné (2ème en 2016, 3ème en 2018), une quatrième place au Lombardie (2016), un podium sur Liège (3ème en 2018) et la même année une place de 2nd aux Strade Bianche (qu’il retrouvera sur ce Giro) et une médaille d’argent aux Mondiaux de Innsbruck remportés par Valverde.

Romain Bardet en compagnie d’un coéquipier sur le Tour d’Occitanie lors de ses années chez AG2R (Photo by Tim de Waele/Getty Images)

Après avoir beaucoup vécu avec son équipe, beaucoup donné, et après une année 2020 compliquée par la pandémie et une blessure, il a senti qu’il était temps de tenter une nouvelle aventure.

L’Expatriation

Ainsi Bardet s’en est-il allé sous de nouveaux horizons. Des horizons germano-bataves, chez la Team DSM.

« La vie est faite de cycles et parfois il faut trouver une autre énergie pour avancer »

Romain Bardet – La Montagne

Après 10 années passées sous un même maillot, sans doute guettait une pointe de lassitude, le démon de l’habitude. Celle-là même qui endort. Et sape l’énergie de qui se laisse happer par elle. C’est en tout cas ce qu’il laissait entendre au moment en pré-saison d’expliquer son choix : « La vie est faite de cycles et parfois il faut trouver une autre énergie pour avancer » déclarait-il pour La Montagne.

Il précisait ensuite : « J’ai pu discuter avec de nouvelles personnes et avoir ainsi une nouvelle vision du sport et de la performance. Tout cela est très enrichissant. Et cela me motive complètement pour la préparation, l’hiver à venir et bien sûr la saison qui s’annonce ».

PRATI DI TIVO, ITALIE – 13 MARS : Romain Bardet à l’arrivée de la quatrième étape de Tirreno-Adriatico à Prati di Tivo 1450m (Photo by Tim de Waele/Getty Images)

On sait Romain Bardet féru d’une approche scientifique du vélo, un esprit d’ingénieur au service de la performance, et son choix porté vers la DSM semble aussi trouver dans ces éléments une part de justification. « L’entreprise va servir de pilier dans l’innovation en matière de matériaux, de produits soutenables mais aussi dans le domaine de la nutrition » confessait-il au sujet du nouveau partenaire de sa nouvelle équipe, DSM. Puis de détailler : « C’est une manière différente de travailler. La performance est divisée dans des domaines d’expertise bien spécifiques. Ils sont chacun pris en main par des personnes particulières. Celles-ci collaborent d’une façon très professionnelle. Ils connaissent parfaitement leur domaine. Et le fait d’avoir ce découpage en secteurs d’expertises nous occupe bien. On se rend compte que dans le vélo il y a beaucoup de points annexes où l’on peut progresser ».

De nouvelles méthodes de travail qui semblent aller comme un gant au Romain que l’on connaît. Du neuf. Du frais. Et un travail d’une minutie qui lui sied à merveille. Il trouvait ainsi auprès de la DSM un nouveau souffle et une seconde jeunesse pour attaquer cette saison 2021. Jusqu’à s’élancer pour la première fois sur les routes du Giro à Turin, le week-end dernier.

Nouvelle vie : début de saison & Giro

En ce début de saison 2021, Romain Bardet est revenu avec un niveau de performance plutôt encourageant. On l’a vu finir 20ème aux Strade Bianche avant de se classer 8ème à Tirreno-Adriatico puis 9ème au Tour des Alpes dans la dernière ligne droite avant le Giro.

Sur ce Tour d’Italie justement, si on observe de plus près ses temps de passage, on pourra constater qu’il a bien su gérer ces 6 premiers jours de course. Et qu’il se présente au départ de cette septième étape bien posté, à la 14ème place, au contact d’autres favoris.

Romain Bardet sur ce Giro 2021 (Photo @TeamDSM)

« C’était une étape assez difficile avec la forte pluie qui est tombée toute la journée et plusieurs ascensions difficiles. Mais je pense que cela s’est plutôt bien passé pour nous. Je n’étais pas très loin de la tête de course quand les attaques ont commencé donc je crois qu’au final c’est une bonne étape. […] Je pense que nous pouvons construire là-dessus et les jambes sont bonnes et nous allons nous améliorer jour après jour. C’était une belle journée et nous avons hâte de connaître la suite »

Bardet après la 4ème étape vers Sestola, premier test montagneux – Propos rapportés par la DSM

On l’a vu concédé un peu de temps lors de l’étape vers Sestola, une dizaine de secondes sur Bernal et quelques autres. Hier sur la 6ème étape se terminant à Ascoli Piceno (San Giacomo), il s’est porté vers l’avant durant la course, se faisant la malle dans la descente en compagnie de Bettiol et Ciccone – un Bardet d’un style nouveau, offensif loin du but, peut-être un des premiers éléments caractéristiques de sa nouvelle vie de coureur chez DSM. À l’arrivée, après la montée finale, dans une étape courue dans des conditions dantesques, il perdra encore quelques poignées de secondes (28, exactement) sur des Bernal ou des Remco. Regrettant au passage cette petite dépente d’énergie finalement pas forcément utile. D’autres lui reprendront un peu de temps aussi (Ciccone, Soler, Yates), mais pas son coéquipier Jai Hindley, 2ème du Giro l’an passé, qui termine à presque deux minutes derrière lui.

« J’ai perdu beaucoup d’énergie à essayer de prendre davantage d’avance et c’est ce qui m’a manqué dans les 600 derniers mètres. J’ai perdu quelques secondes pour ça, c’est vrai que j’étais un peu vidé sur la fin après les efforts. Mais voilà, c’est une belle course, on a du mal à prévoir ce qui peut se passer, on voit qu’il y a de l’action. Je ne suis pas très loin au final, donc ça reste une bonne journée. J’espère qu’il y aura d’autres opportunités »

Romain Bardet à l’arrivée de la 6ème étape du Giro 2021 – Eurosport

Bardet s’impose donc à la pédale comme le leader de sa formation. Au général, il compte environ une minute de débours sur Remco et Bernal. 14Éme à 1’14 du premier, Attila Valter, il est toutefois placé (au contact des Soler, Yates et autres) et la route est encore longue. Il le sait, lui, l’habitué des formats trois-semaines. Sans compter que la très haute montagne, son terrain de jeu privilégié, n’a pas encore fait officiellement son apparition. Même si cette 6ème étape était déjà un bon test (tout comme celle de mardi). En cette fin de première semaine, l’heure est à l’optimisme. Vivement la suite !

Le Romain Bardet nouveau est donc bien arrivé sur les routes transalpines et affiche un niveau de forme très intéressant pour la suite. Transfuge de l’été en quittant l’équipe de sa vie, la AG2R, il a bien digéré sa mue internationale. Coureur mature, expérimenté, et avec une motivation retrouvée comme aux premiers jours, on a hâte de voir ce que la suite du Giro lui réserve. Entre enchaînement de cols, luttes en altitude, descentes endiablées et même une incursion sur les chemins terreux des Strade Bianche où il se classait 2ème en 2018… Continuer comme ça. Et s’il est toujours placé à ce niveau avant la troisième semaine, ce pourrait être le feu. Ça va Bardet ! On a hâte.

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