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Giro 2021 – Giulio Ciccone : le trouble-fête

Italien, membre de la Trek-Segafredo, pratique un cyclisme offensif. Non, nous ne parlons pas de Vincenzo Nibali mais bien du jeune Giulio Ciccone. A 26 ans, l’homme de Chieti s’affirme comme le meilleur élément transalpin en ce début de Giro. Depuis le départ de Turin, ce jeune bambin né en plein cœur de l’Italie ne cesse d’animer la course, tentant de perturber l’ordre établi.

Une Italie en manque de renouveau

Le cyclisme italien est à un carrefour important de son histoire. Fabricant de légendes comme le campionissimo Fausto Coppi, Felice Gimondi, le pirate Marco Pantani ou encore les sprinteurs Mario Cipollini et Alessandro Petacchi, il est actuellement dans une période moins fructueuse que par le passé.

Après une décennie 2010 marquée par l’ère Vincenzo Nibali, le phénomène Fabio Aru et l’avènement de quelques bons sprinteurs (Viviani, Nizzolo, Modolo, Cimolai, Colbrelli), la nation transalpine entame les années 2020 avec une certaine inconnue. L’Italie regorge de bons puncheurs (Formolo, Ulissi, Conti, Ciccone et bien d’autres) et a la chance d’avoir dans ses rangs un phénomène de l’effort solitaire, Filippo Ganna.

Après Vincenzo Nibali, qui pour devenir la figure de proue du cyclisme transalpin ? (Photo : Getty Images)

Mais pour les classements généraux de grands tours, le vide est proche. Nibali n’a plus 25 ans, Aru ne vaut guère grand-chose depuis plusieurs saisons et le reste du contingent italien est encore loin d’être mûr. La lueur d’espoir est venue de Fausto Masnada, qui a fini neuvième du Giro l’an dernier, mais qui est sur cette édition cantonné au rôle d’équipier pour le phénomène Evenepoel.

Quelques références sur trois semaines

Avant ce Giro 2021, Giulio Ciccone a fait ses crocs sur ses premiers grands tours. Dès sa première participation au Tour d’Italie en 2016, il remporte une étape sous le maillot de Bardiani CSF. Après deux éditions sans succès, le coureur de Chieti est revenu par la grande porte en retrouvant le succès et remportant haut la main la tunique de meilleur grimpeur. Quelques semaines plus tard, Ciccone s’est même offert le luxe de porter le maillot jaune sur le Tour de France 2019 durant deux petits jours.

Des circonstances qui poussent sur le devant de la scène

Dans ce Tour d’Italie 2021, la formation Trek- Segafredo a sorti l’artillerie lourde. Le duo Nibali-Mollema a été choisi pour mener la formation américaine. Un duo alléchant qui a vite montré que le classement général ne semblait pas une certitude. Mollema a vite perdu du temps, visant désormais les victoires d’étapes. Il n’est pas passé loin jeudi lors de la victoire du Suisse Gino Mader. Le Néerlandais a par le passé gagné une étape sur le Tour et la Vuelta ; seul le Giro manque à son tableau de chasse.

Vincenzo Nibali a lui vu sa préparation perturbée par une chute lors d’un entraînement. Résultat, une fracture au radius au niveau du poignet droit. Il a finalement pris part au Giro. Diminué, il se situe aujourd’hui à 2min12 du leader Egan Bernal. Hier et après une étape où il a goûté au bitume, le requin de Messine a déclaré sur le media officiel de l’équipe : « Nous avons dans l’équipe Giulio Ciccone qui va très bien. Il est juste de rester proche de lui et de le soutenir. Demain (dimanche) sera une étape difficile et importante. Concentrons-nous sur l’objectif de l’équipe« . De quoi donner des indications sur la suite de la course de la formation Trek-Segafredo.

Je suis surpris par ma condition, et nous allons maintenant continuer à suivre notre plan, journée par journée, en espérant gagner des étapes la semaine prochaine

Giulio Ciccone, propos relayés par cyclismactu.net

Avec tout ce foutoir, c’est le petit Ciccone qui tire son épingle du jeu. Offensif au possible, il anime le Tour d’Italie dès que la route s’élève. Dans la sixième étape menant à Ascoli Piceno, il a anticipé en partant dans une descente avec Bettiol et Bardet. Rattrapé, l’Italien n’a pas craqué dans la dernière difficulté et a terminé dans le groupe des costauds composés uniquement de Bernal, Evenepoel et Dan Martin. Ce dimanche, il a montré sa bonne forme dans l’arrivée à Campo Felice. Le jeune transalpin se situe à 36 secondes du maillot rose Egan Bernal au classement général. Très prometteur.

Vers une transition puncheur – grimpeur ?

Solide Grimpeur, la qualité première de Giulio Ciccone reste les profils vallonnés. Par le passé, l’Italien s’est montré à l’aise sur ce type de course, remportant en 2020 le Trofeo Laigueglia et terminant 5e du Tour de Lombardie. Mais Ciccone a aussi prouvé qu’il aimait grimper les cols et savait lutter en très haute montagne. En amateur, il avait remporté la Bassano-Monte Grappa, une course qui se termine au sommet du Monte Grappa (1775 mètres d’altitude) et qui a vu triompher des grands montagnards comme Gino Bartali, Gilberto Simoni ou encore Damiano Cunego.

Sur les routes du Giro, Giulio Ciccone a déjà prouvé ses qualités de grimpeurs. (Photo : @giroditalia)

Mais attention, les signaux positifs envoyés par Giulio Ciccone sont à confirmer. L’Italien a été parmi les meilleurs dans des étapes dites de moyenne montagne. La grande altitude arrive cette année dans une troisième semaine qui s’annonce dantesque et mettra tout le monde à sa place. Les arrivées au sommet, dans lesquelles on retrouve des gros morceaux comme le Monte Zoncolan (étape 14) et le Sega Di Ala (étape 17) vont permettre de situer les limites de Ciccone sur ce Tour d’Italie 2021. 

En attendant, Giulio Ciccone continue son petit bonhomme de chemin et de faire une course quasi parfaite. L’étape 11 sur les terres blanches peut convenir à son profil de puncheur et lui permettre de prendre du temps sur les autres concurrents général au classement. Le marquage entre certaines grosses pointures pourraient aussi lui être bénéfique.

Giulio Ciccone est l’une des grandes satisfactions de ce début de Giro de l’autre côté de la frontière. Par la pratique d’un cyclisme offensif, comme ses illustres aînés, le bambino de Chieti fait frémir le cœur des nombreux tifosis à la recherche de leur nouvelle idole. Commençant le Tour d’Italie comme chasseur d’étapes, le coureur de la Trek-Segafredo peut-il rêver plus grand ?

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