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Roland-Garros : France et terre battues

A quelques jours du début de la quinzaine porte d’Auteuil, les Français sont à la peine sur le circuit ATP. Entre Mousquetaires résistants et nouvelle génération timide, le public tricolore ne sait pas vraiment sur qui miser pour vibrer jusqu’en deuxième semaine. Le début de saison sur terre n’a pas été une franche réussite, tout comme la saison 2021 dans son ensemble jusqu’alors. Toutefois, si les pronostics ne sont pas des plus encourageants, il faut garder à l’esprit que les courts de Roland sont souvent le théâtre de performances insoupçonnées de la part de nos joueurs nationaux.

Le public français cherche depuis longtemps maintenant un successeur à Yannick Noah. En effet depuis 1983, aucun Français ne s’est imposé sur le Central. Si Henri Lecomte s’était hissé jusqu’en finale cinq ans plus tard, il n’avait pu venir à bout de Mats Wilander, le Suédois remportant ainsi son troisième titre en six finales disputées. En 2000, Mary Pierce remportait le tableau féminin, mettant fin à 33 ans de disette. Depuis, les Internationaux de France sont désormais orphelins d’un champion bleu-blanc-rouge, ce que le grand public ne manque pas de relever chaque année. Trop dure avec ses champions, la France l’est sûrement. « On juge souvent la carrière des Français par rapport à Roland. Même si l’on fait une demi-finale, quand on regarde ce qui se dit c’est nul alors qu’en fait c’est monstrueux. 95% des joueurs rêveraient avoir la même carrière qu’un Tsonga, alors qu’aujourd’hui on lit juste que sa carrière n’est pas terrible car il n’a pas gagné Roland-Garros » nous confiait Grégoire Barrere en avril dernier.

Ignorant parfois volontairement la domination outrageuse d’un Rafael Nadal, que même les Federer, Djokovic et Murray n’ont pas su freiner dans sa conquête de 13 coupes des Mousquetaires, la France veut voir l’un des siens briller sur l’ocre parisienne. Sur ces dernières années, quelques athlètes tricolores ont pourtant réalisé des parcours brillants, mais pas de quoi étancher la soif de victoire de spectateurs (très) ambitieux et (souvent) chauvins.

Demi-finale : le plafond de verre

A 21 ans, le tout jeune Gaël Monfils avait surpris son monde à l’occasion des Internationaux de France 2008. Imprévisible sur le terrain, Monfils écartait successivement Clément, Horna, Melzer et Ljubicic pour accéder aux quarts de finale. Pas encore membre du Top 20 mondial, le Parisien est alors opposé à David Ferrer valeur sûre du tennis mondial et plus encore sur terre battue. S’il parvient à écarter le n°5 mondial, 6/3 3/6 6/3 6/1, il ne peut rien en revanche face à Roger Federer au tour suivant. Arrêté dans sa course par le premier joueur mondial, Gaël Monfils se révèle aux yeux du grand public et lance alors une folle carrière. Au cours de celle-ci, il a souvent été vu comme la principale chance française de surprendre à Roland-Garros. En 2021 encore la créativité et l’athlétisme de Gaël Monfils sera appréciée porte d’Auteuil, mais les chances de le voir briller s’amenuisent avec le temps. Cette saison, il n’a pas encore réalisé de performance marquante.

Son compère Jo-Wilfried Tsonga a lui aussi été projeté comme un potentiel vainqueur de Roland. Sa puissance et sa domination sur le court ont rapidement fait de lui la principale chance française de briller sur le toit du monde. Finaliste de l’Open d’Australie en 2008 à la surprise générale, Jo est alors propulsé au 18ème rang mondial, et élevé au rang de nouvelle coqueluche française. S’en suivent trois autres demi-finales de Grand Chelem : une de plus à Melbourne en 2010, puis deux à Roland-Garros, en 2013 et en 2015. Lors de la première, il rencontrait David Ferrer. C’est l’Espagnol qui l’emporta, prenant ainsi sa revanche sur la France en demi-finale de Roland. Lors de la seconde, c’est à Stan Wawrinka qu’il fut opposé. Au top de sa forme, le Suisse écarta son adversaire et s’envola vers son premier et seul titre porte d’Auteuil, en battant Djokovic en finale. Il serait déraisonnable d’attendre de Jo-Wilfried Tsonga qu’il réitère de telles performances cette année. De retour sur le circuit après une longue absence, le Manceau peine à retrouver confiance et succès. Une seule victoire, face à Feliciano Lopez à Marseille, et 5 défaites dont un forfait.

Que faut-il attendre des Bleus ?

Doit-on alors se résoudre à voir briller des tennismen venus de l’étranger sur la terre battue de Paris ? Aucun Français ne fait figure de favori à la victoire finale, c’est un fait. Mais de nombreux joueurs tricolores viendront défendre leurs chances, à commencer par Ugo Humbert, auteur d’une saison 2020 plus qu’encourageante. S’il éprouve plus de mal à confirmer cette année, notamment sur terre battue où il n’a remporté qu’un match sur cinq, face à Marco Cecchinato à Estoril. Défait par Davidovich-Fokina, Karatsev, Sinner et Nishioka, le jeune joueur de 22 ans peine à battre des joueurs mieux classés sur cette surface. Pierre-Hugues Herbert avait su montrer un visage conquérant en début de saison sur dur, battant notamment Stefanos Tsitsipas à Marseille pour se hisser jusqu’en finale pour livrer une belle opposition à Daniil Medvedev. Mais depuis, il peine à briller. Pourront-ils tous les deux inverser la tendance à Roland-Garros, poussés par leur public domestique, et accéder pour la première fois en deuxième semaine de Grand Chelem ?

La cote est intéressante, mais semble trop risquée. Alors pourquoi ne pas aller encore plus loin et miser sur une épopée de Corentin Moutet ? 70ème à l’ATP, le jeune joueur de 22 ans n’a pas encore exploité son potentiel en Grand Chelem. S’il a déjà prouvé qu’il était un battant et un joueur caractériel, Moutet semble passer un cap cette année, et enfin s’offrir des succès de marque. Après son élimination épique au premier tour de Roland-Garros l’an dernier (défaite en 5 sets face à Lorenzo Giustino en 6 heures et 5 minutes de jeu), le jeune Français aura à cœur de montrer qu’il peut être LA sensation tricolore de Roland, comme l’a été Hugo Gaston l’an dernier. Seul Français engagé au troisième tour de l’édition 2020, on lui prédisait une cinglante défaite face à Stan Wawrinka, mais il n’en a rien été. En 5 sets, il élimina le Suisse, lui infligeant même 6/0 lors de l’ultime manche. Surfant sur la vague, il mettait en difficulté Dominic Thiem, le poussant là encore jusqu’à une cinquième manche décisive.

Après son épopée en 2020, Hugo Gaston sera attendu par le grand public. Trop, peut-être. (Image : Eurosport)

La jurisprudence Gaston peut inciter à l’espoir, tout comme elle doit prévenir des éventuelles surperformances. Il ne faut pas attendre du Toulousain qu’il réédite à tout prix un parcours aussi brillant que l’an passé. Ce sera peut-être à un autre novice de briller cette fois-ci. Pourquoi ne pas voir en Arthur Cazaux la prochaine belle histoire de Roland ? Pourquoi ne pas croire en Arthur Rinderknech, brillant sur le circuit Challenger depuis plus d’un an, et impressionnant pour ses débuts en ATP. Récent vainqueur de Jannik Sinner à Lyon, il arrivera à Roland avec l’ambition de confirmer ses prédispositions en France. Enfin, comme pourrait-on balayer d’un revers de main la présence de l’ancienne génération, venant à Roland avec l’ambition de briller en France : Richard Gasquet vient de battre Diego Schwartzman à Lyon, s’offrira-t-il un baroud d’honneur sur l’ocre parisienne ? Jérémy Chardy fait preuve de régularité et de détermination cette saison. Avec un tableau favorable, il pourrait se défaire de quelques adversaires et entrevoir une belle quinzaine. Enfin, demeure l’énigme Benoit Paire. Sans cesse décrié par les journalistes et une partie du public français, il n’en reste pas moins un joueur talentueux, qui lorsqu’il est pleinement concentré est capable de mettre en déroute bon nombre d’adversaires. Devant un public en jauge réduite mais bien présent, peut-être pourra-t-il réaliser une bonne première semaine. Voire plus…

L’édition 2021 de Roland-Garros ne s’annonce pas des plus reluisantes pour le tennis français, manquant cruellement de résultats sur les compétitions majeures ces derniers temps. Le passé nous a prouvé qu’il fallait parfois se laisser surprendre pour vibrer, et ne pas trop en attendre des joueurs annoncés têtes de série. Après une belle et longue apogée des Mousquetaires, ce sont maintenant aux jeunes pousses de faire leur trou. Avec du temps, du travail, et un peu de chance, rien n’est impossible. Mais il faudra compter sur cette dernière cette année.

(1 commentaire)

  1. Les « mousquetaires » (Tsonga, Monfils, Gasquet…) ont égaré leurs épées depuis quelques temps.
    Place à la génération nouvelle et prometteuse. A eux de ré-inventer un terme qui remplacera celui de mousquetaire qui date des années 30 !!!

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