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Joe Sakic, le stratège de l’Avalanche

Peu de joueurs peuvent se vanter d’avoir réussi leur après-carrière. Joe Sakic fait partie de cette catégorie restreinte. Ancien joueur des Nordiques puis de l’Avalanche après le transfert de la franchise québécoise, il a ébloui de son talent les glaces de la NHL. En 20 ans de carrière, il a inscrit 1641 points dont 625 buts, le neuvième meilleur pointeur de l’histoire. Double vainqueur de la Coupe Stanley, vainqueur du Conn Smythe ou encore le Hart, Joe Sakic fait partie des plus grands joueurs de l’histoire. Mais son après-carrière renforce encore plus sa dynastie. Après avoir grimpé les différents échelons, il est devenu le directeur général de sa franchise de toujours. Avec lui, elle est devenue une équipe prétendante à la victoire finale. Des sélections lors des repêchages aux échanges, il a bâti cette équipe d’une main de chef. La rédaction vous propose de revenir sur le directeur général Joe Sakic.

Une expérience acquise au sein de l’organisation de l’Avalanche  

Joe Sakic a tout gagné avec l’Avalanche. Il est la légende de cette franchise et probablement l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de la ligue mais son histoire avec le monde du hockey n’est pas prêt de prendre fin. Si certains joueurs décident de devenir consultants ou alors entraîneurs, Joe Sakic a lui opté pour un rôle dans la direction de la franchise. Après deux années passées à l’écart du monde du hockey pour récupérer de ses 20 années sur les patinoires nord-américaines, il est nommé conseiller exécutif. Un retour pour apporter son expérience à sa franchise de toujours et ainsi découvrir une nouvelle facette du jeu: « J’avais le sentiment que c’était le temps pour un nouveau challenge. Deux ans après m’être retiré du jeu, et avoir eu l’occasion de participer au Bord of Governors Meeting, je me suis senti motivé pour être plus impliqué au sein de l’organisation. Le fait que l’Avalanche m’ait donné une opportunité montre combien ils ont confiance en mon expérience dans le hockey. J’ai hâte de m’impliquer dans ce nouveau rôle dans la franchise.” ( Joe Sakic ).

Après deux ans au sein de l’organisation, il est nommé vice-président de la franchise. Un rôle encore plus important pour lui à côté de Greg Sherman. Malgré ce poste, il est celui qui prend toutes les décisions, Greg Sherman étant là pour apporter son expérience dans ce domaine. Le premier mouvement de Joe Sakic est de nommer un ancien gardien de la franchise: Patrick Roy qui partagera avec lui ce poste de vice-président. Un choix naturel pour l’attaquant canadien: « Patrick possède une bonne tête de hockey, c’est un excellent entraîneur et il n’y a personne de plus passionné que lui par ce sport (… ). Il était notre premier candidat tout au long du processus et nous sommes heureux qu’il ait accepté notre offre » ( Joe Sakic traduction Le Journal de Montréal )

JACK DEMPSEY/Associated Press

Un nouveau départ pour les deux anciens joueurs de l’Avalanche qui vont devoir construire une équipe capable de jouer le titre. L’année suivante, Joe Sakic est définitivement nommé directeur général de la franchise. Après avoir monté les différents échelons, il est prêt à prendre la tête d’un projet ambitieux autour de nombreux joueurs talentueux. Un long chemin l’attend désormais pour faire retrouver à l’avalanche la Stanley Cup. Après l’avoir gagné en tant que joueur, il va tenter de la remporter en tant que directeur général. Un défi à la hauteur du talent de l’ancien attaquant canadien. 

La construction d’une équipe prétendante

Le travail d’un directeur général est de construire une équipe capable de lutter dans un premier temps pour les séries avant de devenir une équipe en mesure de remporter le Graal: la Stanley Cup. Le parcours a été long entre sa nomination en 2014 et cette saison. Franchise dominatrice depuis sa délocalisation dans le Colorado, l’Avalanche est en grande difficulté depuis le départ de ses joueurs vedettes. Absente des séries de 2010 à 2013, ils font un petit retour lors des séries de 2014 avant de repartir vers une longue traversée du désert jusqu’en 2018. Pendant ces années, Joe Sakic a dû trouver les solutions pour bâtir un effectif digne de succéder à celui des années 90. Ancien joueur plusieurs fois vainqueur de la Stanley Cup, il connaît les clés du succès. Il doit donc, en tant que directeur général, ramener dans le Colorado tous les ingrédients nécessaires pour faire de l’Avalanche une équipe dominatrice. 

Avec des saisons aussi compliquées, la franchise est souvent dans les bas fonds du classement de la ligue. Au lieu de lutter pour les séries, elle lutte pour obtenir la place la plus haute pour les repêchages. L’arrivée de jeunes joueurs n’est jamais un gage de réussite. Il faut prendre les bonnes décisions pour les développer et en faire les meilleurs joueurs possibles au sein de la ligue. Le directeur général doit faire des choix cruciaux au risque de gâcher son tour des repêchages. L’Avalanche a déjà réalisé du très bon travail avant son arrivée en tant que directeur général. Avec la présence de joueurs comme Matt Duchene, Nathan MacKinnon ou encore Gabriel Landeskog, la franchise s’oriente vers le développement de jeunes joueurs devenus aujourd’hui des têtes d’affiche de la ligue. Un solide noyau pour commencer une reconstruction avec des joueurs qu’il connaît puisqu’il faisait déjà partie de l’organisation lors de leur repêchage. Sous son mandat de directeur général, il continue d’orienter sa reconstruction sur les repêchages de jeunes joueurs. On peut penser à Mikko Rantanen, Tyson Jost ou encore Cale Makar. Trois joueurs ayant eu un impact dans la remontée de l’Avalanche. 

Mais, les repêchages ne suffisent pas toujours à créer une équipe. Dans le processus de reconstruction, il faut aussi se séparer de certains joueurs et en acquérir. Parmi les transactions marquantes de son début de mandat, on peut citer le départ de Ryan O’Reilly chez les Sabres pour se libérer d’un gros salaire après l’arrivée de Carl Soderberg. Des choix nécessaires pour permettre un meilleur rendement au sein de la franchise. 

Du côté des résultats, la franchise est encore loin de jouer les premiers rôles. Après une première saison convaincante avec 63 points dont 24 buts, la jeune star Nathan MacKinnon a baissé de rythme en raison de blessures, ne dépassant pas les 53 points sur ses 3 saisons suivantes. Une production en baisse expliquant les résultats difficiles de la franchise du Colorado. Une attaque loin des attentes tandis que la défense peine à convaincre malgré les bonnes performances de Varlamov. Finalement, à l’issue de la saison 2015/2016, Patrick Roy, entraîneur de l’Avalanche depuis trois saisons, décide de quitter son poste au sein de cette franchise. Il explique alors ne plus être d’accord avec les choix faits au sein de la franchise: « L’Avalanche et moi avions une philosophie différente. Je souhaitais quitter l’organisation en bons termes et conserver une bonne relation avec Joe Sakic. Toutefois, c’est difficile de quitter mes joueurs, car je les aimais. »

Une rupture compliquée pour l’Avalanche alors que l’ancien gardien du Canadien de Montréal réalisait un bon travail malgré les blessures de ses cadres. C’est le premier coup d’arrêt pour le projet. Joe Sakic s’est alors tourné vers Jared Bednar, récent vainqueur avec les Monsters de Cleveland du championnat AHL. Un entraîneur sans expérience en NHL pour redresser une franchise à la recherche d’un nouveau souffle. Un pari risqué de la part de Sakic: « La fiche de Jared à titre d’entraîneur-chef dans la Ligue américaine parle de lui-même, et il est perçu comme l’un des meilleurs jeunes entraîneurs en chef dans notre sport » ( Joe Sakic, traduction RDS ).

Une nouvelle aventure pour l’Avalanche commence avec ce nouvel entraîneur. Les résultats ne sont pas forcément la priorité de la franchise. Le principal objectif est de continuer à progresser pour devenir une équipe prétendante dans 2/3 ans. La première saison est une nouvelle fois difficile et Joe Sakic décide de se séparer de certains joueurs pour récupérer des tours de repêchage. Ainsi Jarome Iginla est envoyé aux Kings au cours de la saison en échange d’un quatrième tour des repêchages 2018. L’année suivante c’est Matt Duchene qui est envoyé aux Sénateurs dans un échange à trois équipes où l’Avalanche récupère des jeunes joueurs dont un certain Samuel Girard et des tours de repêchages. La fin d’une époque avec ce départ de Matt Duchene. L’un des meilleurs attaquants de la franchise ces dernières années mais qui ne permettaient pas à la franchise d’entrevoir ses objectifs de victoires. Il montre par ce mouvement que personne n’est intouchable et si une bonne affaire peut-être faite, il est prêt à sacrifier un de ses cadres.

Ce départ n’aura pas de répercussion sur les résultats de la franchise et verra même Colorado retrouver les séries. Cette année est probablement celle du renouveau. Les jeunes joueurs commencent à s’affirmer et les choix de Sakic portent leurs fruits. Le trio dominant commence à s’imposer avec 97 points dont 39 buts pour MacKinnon, 84 et 62 pour Rantanen et Landeskog. Le jeune défenseur Samuel Girard pourtant âgé de seulement 19 ans est lui aussi convaincant pour ses débuts avec 20 points. Malgré une défaite au premier tour des séries contre les Predators, l’Avalanche semble prêt à devenir cette équipe prétendante chaque saison. 

La consécration en ligne de mire

L’année suivante, les performances sont similaires et l’équipe se qualifie une nouvelle fois pour les séries. Cette fois-ci, ils passent le premier tour contre les Flames en cinq matchs mais échouent au tour suivant contre les Sharks. Encore une fois, Sakic aura été déterminant dans cette saison en récupérant l’été précédent Philipp Grubauer pour venir concurrencer Varlamov au poste de gardien. La signature du défenseur expérimenté Ian Cole pour 3 ans et 12,75 millions de dollars aura aussi été un atout précieux dans cette défense en difficulté ces dernières années. Le pari Derick Brassard a été moins concluant, la contrepartie étant faible, la prise de risque a été minime, néanmoins Joe Sakic sait que son équipe ne peut pas se permettre de stagner. Après deux belles qualifications pour les séries et des matchs d’anthologie, il doit trouver les moyens de faire passer un palier supplémentaire à l’Avalanche. 

L’été suivant, Carl Söderberg est échangé contre Kevin Connauton aux Coyotes pour libérer de la place dans la masse salariale. Ils récupèrent aussi les droits d’André Burakovsky en échange de tours des repêchages mais aussi Nazem Kadri en échange de Tyson Barrie en retenant la moitié du salarié de son ancien défenseur. Des mouvements importants pour renforcer la profondeur offensive de l’équipe. Il prend un risque en allant chercher un attaquant au tempérament difficile comme Kadri mais le directeur général préfère ironiser sur la situation:

Joe Sakic répondant à une question concernant le comportement de Kadri

Cette fois-ci, Joe Sakic ne cherche plus à développer des jeunes mais à entourer ses stars de joueurs d’expériences capables de produire et d’apporter une certaine profondeur. Il recherche les bonnes affaires dans les franchises cherchant à se séparer de joueurs pour des tours de repêchages ou des jeunes joueurs.

Il laisse aussi partir Varlamov après avoir prolongé Grubauer pour 3 ans et 10 millions de dollars l’été précédent. Avec l’entrée dans la grande ligue de Makar, l’Avalanche est prêt à dominer la NHL. Que ce soit offensivement ou défensivement, la franchise du Colorado est au sommet. Les ajustements réalisés l’été précédent ont une nouvelle fois porté leurs fruits avec un Cale Makar auteur de 50 points et logiquement récompensé par le trophée Calder. Andre Burakovsky aura parfaitement compensé l’absence de Rantanen avec 45 points tout comme Kadri et ses 36 points. Le Français Pierre-Edouard Bellemare a apporté son expérience avec 22 points inscrits dont 9 buts. Défensivement, l’équipe se classe cinquième avec les grosses présences de Ian Cole, Ryan Graves ou encore Samuel Girard. Enfin au poste de gardien, Philipp Grubauer et Pavel Francouz se sont partagés les filets avec des statistiques similaires. 

Dans une saison marquée par la pandémie, l’Avalanche a une nouvelle fois échoué au second tour des séries. Après avoir été menés 3/1 dans la série contre les Stars, la franchise de Joe Sakic est remontée à 3/3 mais s’est finalement inclinée lors du « Kiviranta game » où le jeune joueur inscrit 3 buts dont celui vainqueur en prolongation. Une grosse déception pour la franchise et Nathan MacKinnon. 

Cette année, Joe Sakic a poursuivi sur le marché des bonnes affaires en récupérant des joueurs de profondeur. Il récupère des joueurs comme Devon Toews ou encore Brandon Saad. Pour compenser ces arrivées, il se sépare de Ian Cole en janvier. Des choix à nouveau payants puisque l’Avalanche est parvenue à se qualifier pour les séries. Cette fois-ci, les coéquipiers de Nathan MacKinnon n’ont pas prévu de laisser passer leurs chances. Ils font partie des favoris pour la Stanley Cup et se sentent prêts à relever ce défi. Après sept années à son poste, Sakic peut voir son travail réalisé se concrétiser et atteindre la récompense suprême. Quoi qu’il arrive, son parcours depuis sa nomination mérite d’être félicité tant il a réalisé des coups de maitre digne des meilleurs stratèges de la ligue. 

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