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TACTIQUE : comment les Hawks ont verrouillé Julius Randle sur le Game 1

15 points, 12 rebonds, 4 passes décisives. Jusqu’ici, c’est honorable. Il suffit dans un second temps de regarder les pourcentages au tir pour se prendre d’effroi. Julius Randle, le joueur star de Knicks ô combien séduisants, a shooté à 6 sur 23 sur ce game 1 des playoffs. Plutôt que de s’apitoyer sur le sort de l’ailier fort new yorkais, il est intéressant de voir comment Atlanta a réussi à réduire à (quasi) néant l’impact de la plaque tournante des Knicks.

Percussion au cercle, side step, recherche de ses zones préférentielles, Julius Randle a très bien fait les choses cette saison lorsqu’il a fallu gonfler son total de points. En saison régulière, les deux équipes se sont jouées à trois reprises, et à chaque fois, l’ailier fort drafté par les Lakers en 2014 a été performant.

  • 5 Janvier (victoire 113-108) : 28 points, 17 rebonds, 9 passes
  • 16 Février (victoire 123-112) : 44 points, 9 rebonds, 5 passes
  • 22 Avril (victoire 138-128, après OT) : 40 points, 11 rebonds, 6 passes

Comment expliquer qu’il ait été aussi bien limité dans son pourcentage au tir ?

Première mi-temps : un contre un, et précipitation

Pendant les premières minutes de jeu, Julius Randle essaye de mettre son équipe en confiance en prenant ses responsabilités. Il tente beaucoup (8 tirs dans le premier QT) et Atlanta choisit de défendre en un-contre-un en responsabilisant le jeune De’Andre Hunter, un poste 3 de 2,03m capable d’apporter de la vitesse dans la latéralité et de gêner le tir avec ses longs bras. Le premier choix de Nate McMillan, donc, est d’éviter à John Collins d’être face à Randle, un duel pourtant naturel.

Lors des trois matchs en régulière, la tendance a été d’offrir à Randle une match-up nommée Collins ou Capela, parfois Gallinari (pour un résultat peu satisfaisant). Sur ce match de playoffs, la chance a été d’abord donnée à Hunter, donc. Et ç’a été un choix payant. John Collins peut pêcher physiquement à l’impact et a trop tendance à mordre aux – nombreuses – feintes de Randle. Capela, même s’il est plutôt rapide pour un poste 5 à l’ancienne, est trop court lorsqu’il est dépassé. Gallinari n’est pas un défenseur de renom.

En regardant les extraits ci-dessous, la domination de Julius Randle sur l’ailier italien est nette, tout comme sur l’intérieur bondissant. Mais lorsqu’Hunter est face à lui, Randle est mieux tenu, moins confortable. Le trois points rentré sur Hunter est très difficile, et il suffit de regarder les aptitudes de son défenseur pour voir qu’il n’a pas pris ce shoot dans un fauteuil. Pourquoi, alors qu’il a été face à des match-up dites favorables, l’ailier fort est rentré aux vestiaires avec un total de 3/10 au tir ?

Les tirs de Julius Randle en première mi-temps. Crédit vidéo : nba.com

Il semble qu’il s’est mis une grosse pression mais sur ses tirs. Julius Randle a semblé tendu. Il n’a pas le relâchement habituel sur sa pose d’appuis et sur sa gestuelle de tir. La plupart des shoots extérieurs sont pris sur des appuis simultanés instables, avec un très faible rééquilibrage du corps. Et le shoot, c’est avant tout une affaire d’équilibre. Julius Randle, en voulant se simplifier la vie en scorant vite (comme il l’a fait lors du deuxième match en régulière, 17 points dans le seul premier QT), se l’est compliquée.

Quoi qu’il en soit, en première période, Atlanta n’a pas révolutionné sa méthode pour contenir Julius Randle. La parole a été donnée au un-contre-un, avec une rotation de joueurs au profil différent pour tenter de contenir la puissance et la vitesse du n°30 new-yorkais. Bogdan Bogdanovic a été aussi mandaté pour défier l’intérieur, ce qui peut donner plus de garanties qu’un Gallinari. Il serait intéressant de voir, plus longtemps encore, un duel face à De’Andre Hunter.

Deuxième mi-temps : semi trappe, l’embouteillage parfait

3/10 en première période, 3/13 en deuxième période. Julius Randle n’a pas trouvé la faille après la pause et après les premiers ajustements. Pire, Atlanta, tout en continuant de proposer une défense en un-contre-un, a évolué dans son approche en mettant en place une semi-trappe lorsque Randle est en possession du ballon avant dribble. Extraits vidéo.

Les tirs de Julius Randle en deuxième mi-temps. Crédit : nba.com

Sur le premier extrait, le décalage de Capela dans l’axe panier-panier lui permet de proposer une aide, au cas où Randle décide d’attaquer la ligne de fond. Le parti pris de McMillan, c’est de ne plus demander au défenseur de défendre de front, mais de flanc, pour ouvrir une solution à Randle. Ce dernier, en s’y engouffrant, ferait face alors à non pas un mais deux joueurs qui l’accueillent au cercle.

Ce type de défense a été mise en place lorsque Randle reçoit le ballon en poste bas, pour couvrir la ligne de fond, ou lorsqu’il est face au cercle, entre la ligne de lancers francs et la ligne à trois points. Il est suicidaire, avec un passeur de la trempe de Randle, de trapper à trois points, l’intervalle devant une autoroute vers le soleil pour les coéquipiers du n°30. Plus l’espace est réduit, plus la trappe gagne en pertinence et donc, en efficacité.

La trappe a été parfois oubliée, exemple à 66-64 pour Atlanta (40′ sur l’extrait ci-dessus). Randle se retrouve dans le coeur du jeu, défendu par Collins et Huerter n’est pas venu gêner la solution par la droite, où Randle finit par choisir le jumper sur un side-step. Collins défend pourtant très bien, mais ça fait deux points supplémentaires pour New York. Ce n’est pas comme si l’intérieur affectionnait cette zone mid-range…

Shotchart en saison régulière 2020-2021 de Julius Randle. Source : nba.com/stats

À la lecture de cette shotchart, Julius Randle fait de la zone à 5/6m une zone privilégiée dans son jeu. La trappe prend tout son sens, également à ce niveau-là. Lorsque Randle a été aiguillé vers la trappe des Hawks, il a été mis en difficulté puisque c’est un avaleur d’espace, redoutable en transition. Plus la pace est basse, plus Atlanta peut mettre en place cette défense alternative.

Dans l’exemple ci-dessous, la trappe est plus visible. Capela délaisse son joueur, et tout s’organise ensuite. En plus, Alec Burks n’a pas de défenseur sur le corps et reste vissé dans le corner alors que l’angle de passe est impossible, et RJ Barrett se place au mauvais endroit pour libérer cette passe transversale. Derrick Rose (à gauche) essaye de faire bouger Tony Snell pour faire remonter Burks, mais Lou Williams est très bien placé et verrouille la diagonale. Randle, esseulé et bloqué, n’a pas d’autre choix que de faire une passe en sautant, contrée par Gallinari. Attaque manquée, trappe réussie.

Perte de balle de Julius Randle après avoir subi une trappe dans le petit corner. crédit : nba.com

Julius Randle fera mieux lors du match 2, c’est une quasi-certitude. Mais de son côté, Atlanta a peut-être trouvé de bons ressorts pour essayer de limiter l’impact de l’intérieur new-yorkais dans cette série de playoffs. De’Andre Hunter mérite sa chance sur d’autres séquences de jeu, et cette trappe qui n’est pas trop agressive (entraînant une aide de l’aide épuisante et difficile à réussir dans la répétition) a donné des réponses encourageantes. C’a été un vrai match de playoffs alors messieurs, régalez-nous.

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