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Comment Tuchel a sorti Chelsea de sa torpeur

Ce samedi soir, Thomas Tuchel va vivre sa deuxième finale de LDC en deux ans. Arrivé sur le banc de Chelsea en janvier dernier, le coach allemand a su bâtir un projet de jeu cohérent pour s’inviter tout en haut du gratin européen. Des individualités qu’il a su relancer, à la solidité conférée à une équipe réputée friable, l’ex entraîneur du PSG à quasiment tout bon depuis qu’il est à la tête des Blues.

Lors de son arrivée sur les bords de la Tamise, ils auraient été peu nombreux à parier sur Chelsea en finale de LDC et quatrième de Premier League. Pourtant, force est de constater que depuis sa prise de fonction Thomas Tuchel a su se mettre les fans et les observateurs dans la poche. Souvent pointé du doigt pendant son aventure parisienne pour son système qui a trop longtemps reposé sur des individualités, le néo-coach des Blues a mis en place une des animations les plus cohérentes de cette deuxième partie de saison.

Au moment de son arrivée, Thomas Tuchel récupère une équipe qui est engluée dans le ventre mou de Premier League et qui n’a plus connu la victoire depuis 4 matchs. Handicapés par une défense poreuse et une attaque sur courant alternatif, les Blues voient donc se profiler une fin de saison morose. Pourtant, l’effet Tuchel va tout de suite se faire sentir. Le coach allemand débute son mandat par une série de 10 matchs sans défaite, le tout pour 8 clean sheets. Soit deux de plus que le Chelsea de Lampard sur l’ensemble de première moitié du championnat. Avec aucun changement au mercato, comment TT est-il parvenu à relancer un effectif en perte totale de vitesse ?

Avoir le ballon pour mieux défendre

Pour commencer, exit le 4-3-3 pointe basse instauré sous Lampard. Tuchel met un place un 3-4-2-1, une composition de départ qu’il a désespérément tenté d’installer durant son aventure parisienne. Deux hommes font principalement les frais de ce changement de système. Kurt Zouma, qui perd sa place au profit de Antonio Rüdiger et Mateo Kovacic qui se voit relégué dans la rotation au milieu de terrain. Dans un premier temps, on pense également voir Hudson-Odoi s’installer comme piston droit mais c’est finalement Reece James et plus récemment Azpilicueta qui s’imposent à ce poste. Au fil des matchs un XI type se dégage.

Le XI type de Chelsea depuis quelques semaines

D’emblée, le coach impose une forte identité de jeu basé sur la possession de balle. Sous Tuchel, Chelsea joue haut et profite de toute la largeur du terrain avec ses pistons très excentrés. Pistons qui ont un rôle primordial dans la construction du jeu, puisqu’ils servent bien souvent de relais au milieu et aux attaquants lors de leurs courses verticales. De plus, cette organisation en 3-4-2-1 offre une grande facilité à progresser jusqu’au 30 derniers mètres adverses. Jouer avec trois centraux à la relance mais également avoir des joueurs avec le bagage technique de Kanté, Jorginho où Mount permet de faciliter la construction. Lorsque son équipe récupère le ballon bas, Tuchel préconise un jeu de relance court dans les pieds pour faire sortir le bloc adverse. Ainsi, les centraux jouent très écartés et les milieux redescendent pour trouver des solutions de passes derrière le pressing adverse.

Lors d’un six mètres, les centraux sont écartés et les milieux descendent pour créer le surnombre. Kovacic joue ainsi vertical pour le décrochage de Havertz (hors champ) (Source illustration : BT Sport)

En plus de briser le pressing, cette capacité à trouver les joueurs avec ces passes verticales, leur permet de se mettre face au jeu avant de progresser balle au pied et ainsi faire reculer le bloc adverse. Dans ces phases de construction, l’élaboration de triangles de jeu est également primordiale. Bien souvent, ces circuits de passes qui se mettent à place sur les ailes permettent à Chelsea de contourner le bloc adverse, comme ce fut le cas contre le Real.

Une fois le premier rideau brisé, Chelsea s’installe dans le camp adverse et les milieux de terrain font circuler le ballon dans la largeur avant de trouver cette passe verticale au cœur du jeu et ainsi créer le décalage. Pour se faire, Thomas Tuchel a instauré un jeu de position dans lequel l’occupation des 5 couloirs du terrain est primordiale. Si les pistons évoluent bien évidemment sur les ailes, les soutiens de l’attaquant de pointe (Mount, Pulisic, Havertz, Ziyech) occupent les demis-espaces et ne dézonent que rarement. Werner, quant à lui, occupe le couloir central du terrain et à pour rôle d’étirer le bloc adverse grâce à ses appels en profondeur, offrant ainsi de l’espace à ses soutiens. À minima, les Blues attaquent à 5 mais le plus souvent à 6 ou 7 grâce aux montées des défenseurs centraux.

Responsabiliser pour rassurer

Comme indiqué précédemment, Thomas Tuchel a hérité d’une équipe en perte de confiance totale dans le secteur défensif. Pourtant, l’ancien coach parisien n’a pas cherché à bétonner pour sécuriser son bloc. Au contraire, il a ouvert le jeu, forçant ainsi ses défenseurs à s’affirmer. La plus belle illustration de ce regain de confiance est sans aucun doute Antonio Rüdiger. En perdition sous Lampard et relégué sur le banc, le colosse Allemand a été complètement relancé par Tuchel. Agressif, teigneux et véritable leader derrière Thiago Silva, Rüdiger apporte cette pointe de méchanceté dont Chelsea a cruellement manqué par le passé. Comme pour le reste, cette prise de confiance s’est faite balle au pied, car afin de parer les équipes qui parviennent à museler le double pivot du milieu, Thomas Tuchel demande bien souvent à ses centraux de porter le ballon très haut et d’attaquer l’espace libre. Une responsabilisation des centraux à la relance qui a amené un net regain de confiance à cette défense, mais qui diversifie aussi la palette des Blues à la construction.

Azpilicueta est servi et s’apprête à attaquer l’espace libre (Source illustration : BT Sport)
Azpilicueta n’hésite pas et porte le ballon au delà du dernier tiers adverse (Source illustration : BT Sport)

Si l’assise défensive de Chelsea a progressé d’une manière fulgurante, ce n’est pas seulement parce que les défenseurs ont regagné en solidité dans le duel. La récupération du ballon est le fruit du travail de toute une équipe et c’est pour cela que Tuchel impose à ses joueurs un très gros contre pressing dès la perte de balle. Bien souvent, les Blues finissent par récupérer le ballon où bien commettent une petite faute afin de casser le contre adverse. Cette faculté à récupérer vite et bien le ballon s’illustre par les statistiques. Bien que Chelsea soit seulement la 11e équipe à réaliser le plus de presses en Premier League (5386 sur la saison), elle est pourtant la 6e équipe avec les presses les plus efficaces du championnat. Une énergie notamment insufflée par Mason Mount. Avec 687 presses sur le saison, le baby blues est le 4e joueur de Premier League à en réaliser le plus.

Classement de Premier League par pourcentage de presse réussi. Chelsea se classe à la 6e position avec 31% de réussite (Source : fbref.com)

Si Chelsea est aussi solide c’est également grâce à la grande flexibilité qu’offre le système de Tuchel sans possession. Si l’organisation de base est un 3-4-2-1, lorsque le jeu le demande, cette équipe se mue en 5-3-2 . Cette modification de l’animation défensive permet ainsi aux Blues de défendre en nombre dans l’axe, tout en ayant les pistons qui n’hésitent pas à sortir très haut pour bloquer la progression adverse.. Une capacité à s’adapter qui les rend particulièrement difficile à manœuvrer pour les équipes qui aiment jouer haut. Car bien qu’ils préfèrent avoir le contrôle du ballon, les Blues sont également très performant en contre, à l’image de leurs performances récentes contre Manchester City ou le Real Madrid.

Chelsea sans le ballon face au Real Madrid (Source illustration : BT Sport)

Poussif dans les 30 derniers mètres

Si Chelsea brille par sa solidité défensive et sa capacité à dicter le rythme du match, les Blues peuvent cruellement manquer de tranchant dans les 30 derniers mètres. Une fois cette portion du terrain atteinte, les protégés de Tuchel semblent sans idées. De plus, ils ne sont pas aidés par la méforme d’un Werner que la réussite fuit inlassablement. Pourtant, il serait cruel de mettre tous les torts sur le dos de Werner, puisque les autres cadres offensifs de Chelsea n’ont pas non plus apporté satisfaction face aux buts. De plus, Tuchel a dû composer avec les blessures de ses offensifs comme Pulisic mais aussi celles Ziyech et Havertz, qui ont vu leur adaptation au championnat anglais être ralentie. Le fait que Jorginho soit le meilleur buteur de Chelsea en Premier League avec 7 petits buts, démontre parfaitement le manque d’efficacité des Blues.

Heatmap de Chelsea lors de la victoire 2-1 face à Leicester, où l’on peut voir les difficultés des Blues à pénétrer dans les 30 derniers mètres.

Un mal qui s’illustre plus largement, puisque en 29 matchs à la tête des Blues, Thomas Tuchel a seulement vu une fois son équipe s’imposer avec plus de 2 buts d’écart (victoire 4-1 contre Crystal Palace). Bien qu’ils soient souverains sur la plupart des matchs, les joueurs de Tuchel peuvent donner l’impression de ronronner et de ne bénéficier que d’une petite marge lors de certaines victoires.

Ce samedi face à Manchester City, Thomas Tuchel a l’occasion d’offrir à Chelsea la deuxième coupe d’Europe de son histoire. Ça tombe bien, puisque le tacticien allemand a déjà battu deux fois le City de Guardiola cette saison. Tuchel connaît donc la marche à suivre pour faire déjouer les Sky Blues. En revanche, il ne faut pas s’attendre à une rencontre avec des buts en pagaille puisque City et Chelsea sont les deux meilleures défenses de Premier League.

Source Illustration : Twitter Getty Images

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