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Qhubeka Assos : le Giro du bonheur

Il y a encore quelques mois, la structure Qhubeka-Assos, en proie à des difficultés financières, a bien failli disparaître. Aujourd’hui, l’équipe sud-africaine sort d’un Tour d’Italie accompli qui a donné du baume au cœur à ses sponsors et tous les fans de cyclisme sud-africain. Pas la plus connue du cyclisme mondial et sans grandes vedettes, la formation est arrivée discrète en terre transalpine, pour repartir couverte de lauriers.

Une structure en constante progression

Si la formation Qhubeka Assos est connue dans le gratin du cyclisme mondial depuis seulement quelques années, son histoire commence à l’aube de l’an 2000. C’est en 1997 que la structure est créée par le jeune Douglas Ryder (26 ans). La particularité de cet homme ? Lors de la création de la structure et pendant quelques années (jusqu’en 2003), il a eu la double casquette coureur-propriétaire.

Pendant une dizaine d’années, la formation sud-africaine était une simple équipe de club évoluant à un niveau que l’on pourrait qualifier de modeste. La folle histoire va s’accélérer à la fin des années 2000. Qhubeka-Assos passe dans la division continentale en 2008 et en continentale pro en 2013, devenant la première structure africaine à atteindre ce niveau.

La décennie 2010 est une point d’ancrage important dans l’histoire du cyclisme sud-africain. Par ses individualités, quand, lors du Tour de France 2013, Daryl Impey devient le premier coureur africain à revetir le maillot jaune. Mais aussi dans le développement structurel avec deux années plus tard la team Qhubeka Assos (alors MTN Qhubeka) qui devient la première équipe africaine à prendre part au Tour de France. Entre-temps, elle a claqué un petit Milan-San Remo 2013 par l’intermédiaire du sprinteur allemand Gerald Ciolek. 

Milan-San Remo 2013 : premier grand succès pour la formation sud-africaine. (Photo : Tim de Waele)

A partir de là, la cueillette va être bonne sur les grands tours. Dès sa première participation, elle triomphe par le biais de Steve Cummings dans cette fameuse étape de Mende où le britannique a coiffé sur le fil Pinot et Bardet. L’année d’après et alors qu’elle est devenue UCI World Team, elle remporte cinq étapes sur le Tour de France (4 pour Mark Cavendish et 1 pour Steve Cummings) et le sprinteur de l’Ile de Man passe une journée en jaune. Boasson Hagen triomphe l’année suivante.

En dehors de la Grande Boucle, la formation sud-africaine a également gagné des étapes sur les autres grands tours (2 sur le Tour d’Italie et 3 sur le Tour d’Espagne) avant ce Giro. La dernière en date ? La victoire de Ben O’Connor sur l’édition 2020 du Tour d’Italie. Depuis l’Australien s’est envolé du côté d’AG2R Citroën.

En 2021, on compte sur les Italiens

Quand on regarde l’effectif de Qhubeka Assos pour cette saison 2021, il n’y a pas de quoi être émerveillé. Les figures de proue pour les classements généraux sont l’ex prodige Fabio Aru et le vieillissant Domenico Pozzovivo. La plus belle carte transalpine de l’équipe est Giacomo Nizzolo. Le champion d’Europe 2020 est souvent placé dans les sprints massifs, comme l’en attestent ses deux victoires sur le classement par point du Giro en 2015 et 2016 , mais n’a pas encore réussi à trouver la mire.

Pour ce Tour d’Italie 2021, les deux derniers cités sont têtes d’affiches de la formation sud-africaine. Pozzovivo sort d’une 11e place au général du Giro tandis que Nizzolo avait couru une semaine sur le Tour de France. Derrière les ritals, quelques coureurs au palmarès assez maigre comme Wisniowski, Frankiny, Walscheid ou Lindeman. Les autres coureurs de l’équipe sont le jeune suisse Mauro Schmid qui découvre une course de trois semaines et l’excellent rouleur belge Victor Campenaerts.

Giro 2021 : la razzia des gens heureux

Pour la team Qhubeka-Assos, le Tour d’Italie a commencé comme on pouvait s’y attendre, Nizzolo est passé prêt dans la victoire, buttant sur plus fort que lui en terminant deuxième de l’étape 2 (victoire de Merlier) et de l’étape 5 (victoire d’Ewan). Oui mais voilà. L’équipe sud-africaine est venue avec l’objectif d’arracher une victoire d’étape. Sans grand leader, l’équipe détient quelques libertés dans sa façon de courir. Les coureurs ont carte blanche. Deux objectifs : jouer les sprints avec Giacomo Nizzolo et se glisser dans les échappées.

En cyclisme, l’audace paie, parfois. Dans la (terrifiante) onzième étape empruntant des portions de terres blanches et menant à Montalcino, le juvénile Mauro Schmid a choisi son jour de gloire. L’échappée prend de l’avance, ça va se jouer devant ! Le Suisse gère son effort, quand d’autres durant l’étape ont complétement explosé, et s’impose au sprint devant un autre jeune coureur, Alessandro Covi. Une victoire surprise donc sur un parcours très contraignant, mais qui va donner un coup de boost au moral de cette formation.

Mauro Schmid, le triomphe de la jeunesse. (Photo : RCS)

Deux jours plus tard, sprint massif dans les rues de Vérone. Affini tente de perturber l’ordre établi et attaque dans les derniers hectomètres. Gaviria, pas des plus inspirés sur ce Tour d’Italie, fait l’effort. Giacomo attend son heure. Le bon moment. Celui qui va enfin le faire passer dans une autre dimension. Il dégaine, laisse les autres sprinteurs sur place, dépasse le coureur de la Jumbo-Visma (Affini) à toute vitesse et s’envole vers la victoire sur une étape de grand tour. La première, après 16 podiums sans bouquet. Le soulagement, et la récompense pour un formidable sprinteur.

On dit souvent que les victoires amènent les victoires. Un moral au beau fixe peut permettre de voir plus grand. Chez la Qhubeka, c’est le cas. Deux succès, un contrat bien rempli, pour une équipe qui a failli disparaître avant la saison 2021. Schmid, Nizzolo, et pourquoi pas nous, se disent les autres membres de l’équipe.

Deux jours plus tard… Campenaerts, Victor Campenaerts. Un nom connu du cyclisme mondial à ranger dans la catégorie des machines à rouler. Troisième du contre la montre des championnats du monde 2018, ça classe un coureur. D’habitude, on voit le Belge se mettre en valeur dans l’effort solitaire. Cette fois-ci, que nenni ! On le retrouve souvent dans les échappées prend l’air à l’avant de la course. Attaquant à plusieurs reprises dans une final compliqué à négocier, il s’impose au sprint devant Oscar Riesebeek lors de la quinzième étape.

Une première année pour le sponsor Assos qui ne s’attendait certainement pas à enfiler trois victoires de prestige lors de ce Tour d’Italie 2021. Trois succès, trois coureurs différents qui triomphe pour la première fois sur une course de trois semaines. La formation sud-africaine a montré qu’avec des tactiques de course clairvoyantes, de la prise de risque et de l’intelligence sur le vélo, on pouvait récolter les fruits de ses efforts sans bénéficier des plus grands cadors de la planète.

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