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Randall Cunningham, double menace

En NFL, les plus grandes légendes finissent au Hall of Fame, ce n’est un secret pour personne. Mais qu’en est-il des presque légendes ? Des monstres pas assez chanceux pour avoir évité les blessures ou les équipes mal construites ? Des excellents joueurs trop peu réguliers qui ont tout de même marqué des générations entières de fans ? Aujourd’hui, il est temps de leur rendre hommage : bienvenue dans le Hall of Very Good.

Chef d’orchestre de l’une des meilleures saisons offensives de l’histoire avec les Vikings en 1998, Randall Cunningham a passé la majorité de sa carrière à Philadelphie. Là-bas, le Quarterback élusif aura tout connu : l’anonymat, la célébrité, les critiques, et un paquet d’actions plus incroyables les unes que les autres. Trop juste pour terminer sa vie à Canton, il reste l’un des joueurs les plus fun à voir jouer de l’histoire de la NFL.

Randall qui ?

Comme pour beaucoup d’autres Quarterbacks noirs de son époque, la carrière de Randall Cunningham commence par une injustice. Dans son lycée de Santa Barbara, le jeune homme est excellent dans son rôle de chef d’orchestre, à tel point qu’après sa dernière saison, les offres de bourses affluent des quatre coins du pays. Mais au lieu de l’accueillir à bras ouverts comme toutes les autres stars du circuit, les facs conditionnent leurs propositions à un changement de position pour le numéro 12. Tant pis pour les paillettes, Cunningham ne se trahit pas et décide de rejoindre l’une des seules universités qui croient en son talent de passeur : l’Université de Nevada Las Vegas.

Quatre ans plus tard, peu de choses ont changé aux États-Unis. Alors malgré une carrière universitaire marquée par 8 290 yards, 61 touchdowns et un titre de joueur offensif de l’année, toutes les franchises NFL passent leur tour lors de la draft 1985. Il faudra ainsi attendre le début du deuxième round pour connaitre la prochaine étape de son parcours : direction Philadelphie et la place de remplaçant chez les Eagles.

Backup, Cunningham ne le restera pas très longtemps à Philly. Enfin, pas vraiment. Dès sa deuxième saison chez les pros, le nouveau coach des aigles Buddy Ryan décide de se servir de lui comme d’un joker. Toujours sur le banc pendant la plus grande partie du match, le jeune passeur rentrerait en jeu lors des situations de 3e tentative et plus de 7 yards à parcourir. Il faut dire qu’avec sa capacité d’improvisation géniale, Randall était le joueur parfait pour sortir son équipe des situations les plus périlleuses. Une course spectaculaire par-ci, une longue passe sortie de nulle part par-là, si ses tentatives n’étaient pas toujours les plus orthodoxes, elles avaient le mérite de marcher… la plupart du temps.

En 1987, finis les débats, finis les spéculations douteuses sur la capacité des Afro-Américains à jouer au poste de Quarterback, Randall Cunningham devient le titulaire chez les Eagles. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il aura su saisir l’opportunité mieux que quiconque :

Week 12. 1988. Randall Cunningham casse le plaquage du LB Carl Banks pour offrir la victoire aux Eagles devant les yeux de millions de personnes. Le Monday Night Football crée des vedettes. Le statut du Quarterback changera à tout jamais après cette action.

Les chiffres

En 1988, celui qui se fait désormais appeler « Rumbling Randall » est définitivement sorti de l’anonymat. Avec un roster de plus en plus étoffé à ses côtés, il est élu au premier Pro Bowl de sa carrière après une campagne à 3 808 yards et 24 touchdowns, tout en menant les Eagles à leur premier match de playoffs en huit ans.

L’année suivante, bis repetita. Avec son style explosif et ses passes précises, il porte l’attaque de Philly sur son dos et récolte 11 succès dans une division East particulièrement relevée.

En 1990, ça y est, il est enfin au sommet de son art : 30 touchdowns pour seulement 13 interceptions. Pour la troisième fois consécutive, les Eagles finissent avec plus de 10 victoires et pour la troisième fois consécutive, il est élu au Probowl. À la fois dangereux au sol et dans les airs, il est devenu l’arme ultime sur les terrains professionnels.

 Malheureusement, en NFL, le succès peut s’en aller aussi vite qu’il est arrivé. Alors que les Eagles font figure de favoris grâce à la montée en puissance de leur défense, Cunningham sort sur blessure dès le premier match de la saison 1991 et manque tout le reste de la saison. Fini le nombre de yards et de touchdowns, c’est désormais son nombre de matchs disputés qui seront comptés par les fans : un seul en 1991, 15 en 1992, 4 seulement en 1993 puis 14 en 1994.

Finalement, à la fin d’une saison 1995 où il peinera à s’adapter à la West Coast Offense mise en place par le jeune esprit offensif Jon Gruden, Randall Cunningham prendra sa retraite avec un goût d’inachevé. Il aura été le messie de Philadelphie le temps de quelques années, il quittera l’équipe dans l’amertume la plus totale, décidé à ne plus jamais entendre parler du football.

La renaissance Minnesota

Seulement voilà, comme on dit outre-Atlantique, vous pouvez retirer Randall Cunningham du football tant que vous voudrez, mais vous ne pourrez jamais retirer le football de Randall Cunningham.

Après un an de retraite, son bras le démange. Son esprit de compétition aussi. À l’occasion d’un tournoi de flag football caritatif, il fait part à Dennis Green, alors coach des Vikings, de son envie de revenir dans la grande ligue.

Ni une, ni deux, le contrat est signé. Cunningham endosse un nouveau numéro, le 7, et une nouvelle couleur : le violet.

D’abord remplaçant de Brad Johnson, le Quarterback aura rapidement l’occasion de retrouver ses anciennes sensations. Pendant les playoffs 1997, il efface un retard de 16 points contre les Giants et égale son record de victoire en postsaison.

L’année suivante, c’est enfin l’heure de la rédemption pour Cunningham. Aux côtés de Cris Carter et d’un Randy Moss encore rookie, il terrorise toutes les défenses de la NFL et fraye son chemin jusqu’à un bilan record de 15-1. Et peu importe si les Vikings seront battus en finale de conférence par des Falcons underdogs, avec un record de 556 points inscrits pendant l’année et une première sélection dans la 1 st Team All-Pro de la ligue, l’ancien joueur de UNLV atteint enfin le pic suprême de son incroyable carrière.

Le style de jeu

La mobilité :

Aujourd’hui, après les passages en NFL des Michael Vick, Lamar Jackson et autres Robert Griffin, notre œil commence à s’habituer à voir des athlètes extraordinaires au poste de Quarterback. Mais il faut bien comprendre qu’à son époque, Randall Cunningham présentait un profil complètement inédit, un bug dans la matrice. Avec sa capacité d’improvisation et son sixième sens dans la poche, il a été l’un premier QB à faire faire des cauchemars aux linemens défensifs adverses.

La vitesse :

Car les aptitudes physiques de Randall Cunningham n’étaient pas limitées à la poche de passe, ni même au backfield de manière générale. Si Fran Tarkenton avait déjà ouvert la voie aux passeurs mobiles quinze ans plus tôt, Cunningham aura été le premier à être efficace en tant que coureur. Si bien qu’aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de 1 st down que le numéro 12 a réussi à convertir avec ses jambes.

Pour le nombre de yards, on a bien un chiffre : 4 928. C’était tout simplement le record historique pour un QB au moment de sa retraite.

Spectaculaire :

Forcément, avec de telles capacités, le jeu de Cunningham était des plus spectaculaires. Cassage de plaquage par ci, plongeon dans la endzone par-là, tous les dimanches, les fans des Eagles en avaient pour leur argent.

Le bras :

Parce que Rumbling Randall était loin d’être qu’une simple paire de jambes. Avec un canon à la place du bras, il était capable de lancer des passes de plus de 50 yards, parfois même en pleine course, et de tirer son équipe vers le haut dans le jeu de passes.

Précision dans la redzone :

Un peu moins précis que la moyenne dans le jeu intermédiaire, Randall Cunningham était vraiment au sommet de son art quand son équipe approchait la terre promise. Balles dans la course, backshoulder, patience dans la poche, tout était réuni pour faire de lui le parfait finisseur de drives.

Collectivement

Toujours à la pointe de la ligue individuellement, Cunningham n’aura jamais réussi à porter les Eagles vers le top une fois les playoffs arrivés. Seuls de faibles Saints seront écartés par Philly en 1992 pendant sa carrière. Il faudra attendre ses 35 ans et un changement de franchise pour le voir briller au mois de janvier.

Contre les Cardinals, le nouveau numéro 7 portera en effet l’attaque violette et blanche avec une belle fiche à 3 touchdowns pour une petite interception. Score final : 41-21 et une deuxième et dernière victoire en playoffs pour la double menace.

Fin de carrière :

Après la déception de 1998 en finale de conférence, la carrière de titulaire de Randall Cunningham prendra fin pour de bon. L’année suivante, il ne jouera que 6 matchs avant de rejoindre les Cowboys le temps d’un an et de prendre sa retraite avec les Ravens en 2001.

Aujourd’hui un pasteur dans son État natal de Californie, Randall Cunningham restera dans les mémoires comme l’un des joueurs les plus explosifs de tous les temps. Arrivé par la petite porte au milieu des années 1980, il aura réussi à franchir toutes les barrières mises en travers de sa route pour établir une nouvelle norme au poste de Quarterback : celle des doubles menaces.

Si son CV garni de 207 touchdowns et 29 979 yards est un peu trop juste pour finir dans les armoires de Canton, son passage chez les pros restera gravé dans la légende… et dans le Hall of Very Good.

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