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Barrage Ligue 1 – Ligue 2, ou comment sauver un club élite

Existant depuis de nombreuses années, les matchs de barrage sont le reflet de l’évolution du fossé entre première et deuxième divisions. Preuve une nouvelle fois avec l’échec de Toulouse face à Nantes, le 3ème échec de montée d’un club de Ligue 2 en 3 saisons.

En réintroduisant les barrages en 2016, la Ligue de Football Professionnelle a fermé des places à des équipes venant de division inférieure. En effet, lorsque 3 d’entre elles montaient automatiquement auparavant ce n’est désormais plus systématique.

Le même phénomène se retrouve en Allemagne où les barrages ont été réintroduits en 2009, limitant l’accès à la première division à 2 clubs + 1.

En revanche aux Pays-Bas, une décision inverse vient d’être prise. Alors que 2 places se jouaient en barrage, depuis cette saison, il n’y en a plus qu’une, le 2ème de Eerste Divisie bénéficiant d’un billet direct pour l’élite.

Mais pour la France comme l’Allemagne, les barrages ne sont pas une invention. En effet, ils ont fait partie intégrante de l’histoire des championnats depuis leurs créations respectives.

La renaissance des matchs de barrage

En France, les matchs de barrage existent depuis 1951, mais la forme a beaucoup varié en fonction des époques. Il y a également eu plusieurs interruptions des matchs de barrage comme entre 1957 et 1963.

Parmi les différentes formes prises au cours du temps, ont pu être utilisés :
– Matchs aller-retour entre le 3ème de Ligue 2 et les 18ème de Ligue 1.
– Matchs en aller-retour entre les 2ème et 3ème de Ligue 2 et les 18 et 19ème de Ligue 1 : Dans cette confrontation chaque équipe de Ligue 1 affrontait en aller-retour chaque équipe de Ligue 2 et inversement et les 2 meilleurs montaient à la fin.
– Lorsqu’il y avait deux groupes en 2ème division les 2ème et 3ème des poules A et B s’affrontaient en 2 tours (d’abord 2 contre 3, puis gagnant des 2 matchs l’un contre l’autre) et puis le gagnant de Ligue 2 affrontait l’équipe de Ligue 1, toujours dans un match aller-retour.

Remis au goût du jour en 2016, les matchs de barrage voient d’abord les 4ème et 5ème s’affronter, puis les 3ème et le vainqueur du précédent match. Le gagnant rencontre ensuite l’équipe de Ligue 2 en match allers-retours.

En Allemagne, comme cela avait pu être le cas en France, les matchs de barrage ont existé entre 1982 et 1991. Ils avaient la même forme que celle désormais reprise : des matchs en aller-retour entre 3ème de 2. Bundesliga et 16ème de Bundesliga.

28 mai 2017, dernière image en date d’un club de Ligue 2 réussissant à monter en Ligue 1 pendant un match de barrage (AFP / Jean-Sébastien Evrard)

Un moyen de fermer l’Elite ?

Lorsque l’on regarde les résultats des barrages d’accession dans les deux pays depuis leur remise au goût du jour, le résultat est sans équivoque :  les barrages sont favorables à l’équipe de 1ère division. Ainsi depuis la réinstauration des barrages seul Troyes a réussi à monter en Ligue 1. C’était en 2017 et ils avaient pour cela battu Lorient. A l’époque, le barrage consistait à un match aller-retour entre 18ème de Ligue 1 et 3ème de Ligue 2. Depuis la nouvelle formule, c’est toujours le club de Ligue 1 qui a été gagnant. 

En Allemagne, le même phénomène se retrouve. Dans 78% des cas, c’est l’équipe de Bundesliga qui se maintient. Mais contrairement à la France, déjà dans les années 80, le barrage était favorable à l’équipe de Bundesliga avec 70% de maintien.

Ce phénomène peut être expliqué par deux phénomènes principaux : les calendriers pas favorables à l’équipe de 2ème division et les écarts économiques grandissants.

La question du calendrier

Dans les deux pays, le calendrier est favorable à l’équipe de haut de tableau. En Allemagne, la Bundesliga finit avant la 2. Bundesliga, laissant un jour de plus de repos. En compensation, l’équipe qui a le moins de temps pour se reposer reçoit en dernier, ayant l’avantage du public.

En France, on trouve le même phénomène avec une équipe de Ligue 2 qui a toujours un calendrier plus resserré que l’équipe de Ligue 1. Ainsi, elle a environ 3 jours de récupération supplémentaires en fin de saison par rapport à l’équipe de Ligue 2. Cette année encore, Toulouse a joué 4 matchs en 13 jours, quand Nantes a joué le même nombre de matchs mais en 15 jours. De plus, c’était la première fois que l’équipe de Ligue 1 avait moins de temps de repos entre le dernier match de championnat et celui de barrage.

Scènes de liesse lors de la montée de l’Union Berlin, vainqueur de son barrage face à Stuttgart en 2019 (AFP)

Contrairement à ces deux pays, aux Pays-Bas depuis 2009, les équipes d’Eredivisie ne se sont maintenues que dans 39% des cas. Sur les 11 dernières années, seule une année a vu les 2 équipes de 1ère division se maintenir et par 3 fois, ce sont 2 équipes de 2ème division qui sont montées. Aux Pays-Bas, contrairement à la France ou l’Allemagne, le calendrier des dernières années est favorable aux équipes de 2ème division.

Un autre exemple allant dans ce sens est le match de barrage entre l’équipe de 3. Liga et de 2. Bundesliga. Alors que c’est à nouveau celle de 2ème division qui a le moins de temps de préparation, elle ne se maintient que 30% du temps depuis la réinstauration des barrages.

L’augmentation de l’écart entre 1ère et 2ème division

Le calendrier n’est pas le seul élément pouvant justifier les résultats favorables à la 1ère division. En effet, lors des 1ers barrages en Ligue 1 entre 1951 et 1993, les chances de montée et descente étaient équivalentes avec 50% de clubs de Ligue 1 se maintenant.

Désormais, les écarts de budget se creusent entre les deux divisions. Ainsi, le budget moyen des clubs de Ligue cette année était de 109 millions d’euros, quand il n’était que de 13 millions chez les clubs de Ligue 2. En parallèle, le plus faible budget de Ligue 1 était de 35 millions quand le plus haut de Ligue 2 était de 27 millions. On retrouve le même phénomène en Bundesliga, où les équipes de 2ème division ont également du mal à monter.

Mais aux Pays-Bas, pays peu dépendant des droits TV (environ 4 millions €/an en moyenne avec les petits ne touchant qu’1 million de ceux-ci), les écarts de budgets bien qu’existants sont bien plus faibles. Le budget moyen d’Eredivisie est de 26 millions. Mais lorsque l’on supprime les 3 « gros » du championnat (Ajax, PSV, Feyenoord), le budget est de 15 millions, avec les plus petits tournants autour de 7 millions. Les écarts de budget et donc de moyens avec la 2ème division sont donc bien moins importants.

A l’heure où la Ligue 1 vient de voter le passage à 18 clubs, limitant ainsi son accès, il est intéressant de constater qu’en réintroduisant les matchs de barrage supprimés depuis pratiquement 20 ans en 2016, elle avait déjà commencé à le faire. En effet, avec un calendrier favorable et des moyens non équivalents, ce match n’est pas vraiment un barrage d’accession à l’élite, mais plutôt un match de la dernière chance où tous les éléments sont réunis pour voir le club de première division se sauver.

Image titre : SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP

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