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Panenka : histoire d’un geste inédit et légendaire

Le plus grand exploit d’Antonin Panenka n’est pas d’apparaître dans des sons de Gradur, Lorenzo ou des Casseurs Flowters. Son exploit, c’est d’avoir tenté un geste qu’il a lui-même inventé pour faire gagner l’Euro a son pays. Et comme la 16e édition du tournoi arrive à grands pas, c’est le bon moment pour tout vous expliquer sur un geste qui a marqué l’histoire du football. Retour en arrière : 20 Juin 1976, prolongations de la finale du 5e Euro de l’histoire, RFA – Tchécoslovaquie.

Même sans avoir perdu depuis 20 matchs, la Thécoslovaquie n’est pas favorite de cet Euro. Bien qu’immense pays de football, elle demeure néanmoins une surprise à ce niveau de compétition. Pour autant, équipe équilibrée aux individualités fortes, les Tchévoslovaques se qualifient pour la phase éliminatoire aux dépends de l’Angleterre. En quart, elle élimine l’URSS, avant de sortir les Pays-Bas en demi (les Oranges étant finalistes de la coupe du Monde 1974). Se dresse alors, en finale, l’immense RFA, de Franz Beckenbaeur, Sepp Maier et consorts, vainqueur des Oranges en finale du dernier mondial.

« Soit fou, soit génial. »

Le match va dans tous les sens : les tchécoslovaques, vêtus de rouge, mènent 2-0 à l’heure de jeu. Mais la RFA réduit le score, et pousse jusqu’à la fin du match afin de marquer. Mais, comme en demi-finale, les Allemands rattrapent leur deux buts de retard, cette fois ci à la dernière minute. Un corner qui sera vite oublié. Après des prolongations nulles et vierges, place donc, aux premiers tirs aux buts en finale de l’histoire. Les 7 premiers tireurs inscrivent leur tir au but, jusqu’à ce qu’Uli Hoeness frappe le sien bien au dessus.

Antonin Panenka

« Je savais que les gardiens choisissaient toujours un côté, et si tu frappe trop fort au milieu ils peuvent la contrer avec la jambe. Mais, en frappant de manière plus légère, il ne peut pas replonger au milieu s’il a choisi un côté. »

S’avance alors Antonin Panenka. Le tchèque est confiant : « J’étais 100% sûr que je tirerai le pénalty de cette manière et que je marquerai. » Une confiance qui vient des heures d’entraînement aux pénaltys avec le gardien de son club, le Bohemian Prague. Bon tireur de coup de pied arrêtés, Panenka est le tireur de pénalty attitré. Alors, après chaque entraînement, il défie son gardien dans une série de 5 pénaltys. S’il marque les 5, il sort vainqueur du défi et son coéquipier lui offre alors des bières, du chocolat … En revanche, s’il en loupe un, c’est lui qui offre. Problème : il ne sort pas souvent vainqueur. Joueur inventif, le milieu de terrain va alors réfléchit à une nouvelle manière de tromper le portier.

Car, d’après ses propres mots, son gardien « était assez bon aux tirs aux buts. Je restais éveillé la nuit, en pensant à tout ça. Je réfléchissais aux manières de devenir meilleur que lui et récupérer mes pertes. » Il va, pour se faire, inventer cette nouvelle technique, visant à tirer au milieu du but. Une technique définie par Pelé comme étant utilisée par quelqu’un « soit fou, soit génial« , mais qui reste la plus logique pour Panenka. « Je savais que les gardiens choisissaient toujours un côté, et si tu frappe trop fort au milieu ils peuvent la contrer avec la jambe. Mais, en frappant de manière plus légère, il ne peut pas replonger au milieu s’il a choisi un côté.« 

Confiance et personnalité

Très vite, devant la réussite de son geste, Panenka décide de le tenter en match amical, puis en championnat. Sa technique s’améliore, sa confiance grandit, et ce même si les gardiens du championnat commencent à connaître sa malice. « J’ai toujours essayé de tromper le gardien avec mes mouvements ou mes yeux. Je voulais qu’il aille ou j’avais décidé. » De plus, en raison de la non mondialisation du foot et des rares retransmissions TV, la technique d’Antonin n’a pas franchi les frontières de la Tchécoslovaquie. Le monde n’est pas au courant qu’à Prague, le joueur des Bohemians peaufine une technique qui marquera l’histoire.

Une moustache t’as peur. (Crédits : The18)

Viens alors cette finale d’Euro 76. Après le raté d’Uli Hoeness, Panenka est le 5e tireur et peut offrir le titre à son équipe. Décontracté, il effectue une longue course et arrive vite au ballon, ce qui laisse penser à Maier qu’il risque de tirer fort sur un côté. “Ca m’as donné le temps de voir ce qu’il était en train de faire et comment il réagissait. » Le gardien Allemand s’étend sur la droite tandis que le ballon entame sa courbe lente vers le milieu du but, un peu excentré sur la droite. Le ballon caresse tout doucement le filet tandis que les Tchécoslovaques explosent de joie. Panenka a gagné : « Ca a toujours été un combat entre le tireur et le gardien : qui peut garder ses nerfs le plus longtemps ? Aucun gardien ne reste au centre. C’est là-dessus que j’ai basé ma stratégie.« 

De par cette confiance infinie en son idée et ses capacités, Panenka a réinventé le pénalty. Par la suite, il la tentera encore 35 fois, pour 1 seul loupé. Mais c’est lui qui nous parle le mieux de comment la panenka incarne sa personnalité : « Je me voyais comme un homme de spectacle et j’ai considéré que ce penalty serait un reflet de ma personnalité. Je voulais donner aux supporters quelque chose de nouveau, créer un événement dont ils pourraient parler, venir avec un truc que personne n’attendait… Je voulais qu’avec moi, le football soit autre chose que quelques coups de pied dans un ballon.« 

Et si la Panenka n’avait jamais vu le jour?

Pourtant, le geste n’a failli jamais connaître cette destinée-là, et ce pour plusieurs raisons. Déjà, parce que Neeskens avait réalisé un geste similaire en demi-finale de Coupe du Monde 1974. Hésitant, le néerlandais change d’avis durant sa course et décide de tirer à droite, et plus à gauche. Résultat : gardien battu, mais un ballon qui se dirige vers le centre du but, et non sur un côté. Mais la tentative reste « manquée » : l’exécution n’était ni voulue, ni réussie. Le geste n’est ni retenu, ni retenté par la suite.

« Avant même qu’on lui attribue un nom, il (ndlr: Antonin Panenka) a réalisé la panenka parfaite« .

Ben Lyttleton, dans son ouvrage Twelve Yards.

Et même si Panenka a marqué ce pénalty décisif, 3 scénarios différents auraient pu arriver. Déjà, si Panenka avait décidé d’écouter son gardien, qui l’avait, la veille, menacé de ne plus lui parler s’il tentait ce geste lors de la finale. Ensuite, si la finale ne s’était pas disputé aux tirs aux buts. Parce qu’en 1976, jamais une finale n’avait été décidée aux tirs aux buts. Mais devant les organismes fatigués de ces joueurs, le président de la fédération Allemande obtient que la finale soit jouée aux tirs aux buts – et non rejouée-. Les joueurs apprennent la nouvelle seulement à l’échauffement, à mois d’une heure du coup d’envoi! Troisième scénario : et si le pénalty avait été loupé…

Mais si l’on y réfléchit plus en amont, même ratée, la Panenka aurait existée par la suite. Sous un autre nom, certes, mais la logique qui a mené à son invention (le gardien plonge toujours d’un côté) aurait forcément amené son invention. Avec, notamment, l’avènement des stats, le fait de tirer au milieu aurait forcément été tenté. Mais avec autant de style ? Peut-être pas.

Une trace dans l’Histoire

Parce que c’est une partie du geste qu’on ne peut occulter : son héritage. Il y a d’abord son utilisation lexicale : dans le monde du foot d’abord, via le geste qu’il désigne. Mais pas uniquement : le nom – et le geste qui lui est attribué – a donné des idées en termes de Marketing. Des blogs, des entreprises d’entertainement ont réutilisé ce nom afin de coller une certaine image à leur marque. Pour autant, son héritage ne peut être détaché du rectangle vert. D’abord par ce qu’il représente : le panenka est une forme d’humiliation, qui a un impact psychologique, sur le gardien comme sur le reste de l’équipe.

La réaction de Joe Hart veut tout dire. (Crédits : RTBF)

La technique est la confiance demandée par le geste le réserve aux très grands. Zidane, Totti, Pirlo … L’ambiance qu’entoure une panenka est particulière : celle de la lenteur dans un foot toujours plus vif, celle de l’apesanteur quand le ballon au sol reste la norme, celle de la feinte, de la tromperie, qui reste la base du jeu. L’histoire de la panenka est loin de sa fin : elle reste un geste hors-norme, qui se doit de rester rare, et qui ne demande qu’à être exploité. Pour autant, il sera compliqué de faire mieux : comme l’écrit Ben Lyttleton dans l’ouvrage Twelve Yards, « avant même qu’on lui attribue un nom, il (ndlr: Antonin Panenka) a réalisé la panenka parfaite ».

Pour en savoir plus : La vidéo Youtube sur Antonin Panenka du Corner
Antonin Panenka and the greatest Penalty of all time, de These Football Times.
Pénaltys de Légende, 3e : Antonin Panelka, de SoFoot.

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