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Les pépites ukrainiennes à l’assaut de l’Euro

Placée dans le groupe de l’Autriche, des Pays-Bas et de la Macédoine du Nord, la sélection ukrainienne peut légitimement espérer sortir des poules et ainsi réaliser la meilleure performance de son histoire lors d’un Euro. Afin d’y parvenir, elle peut s’appuyer sur un noyau dur venant du Dynamo Kyiv. Pour l’Euro, Andriy Chevtchenko a appelé 10 joueurs du club qui a su reconquérir le trône d’Ukraine après des années de domination du Shakhtar Donetsk. Derrière les noms connus comme Zinchenko, Yarmolenko ou Malinovski, des nouvelles têtes poussent et viennent bonifier ce collectif. Présentation de trois jeunes Ukrainiens à surveiller lors de cet Euro.

Vitaly Mykolenko, la gauche caviar

Latéral gauche de métier, Mykolenko a intégré l’Académie du Dynamo Kyiv dès ses 13 ans. En avance sur les autres, il n’a pas attendu pour se démarquer et il fait aujourd’hui parti des plus grands espoirs européens au poste d’arrière gauche. Il fait ses débuts avec Kyiv en août 2017 lors de la victoire 4-1 face à Stal Kamyanske. Cette saison est placée sous le signe de l’adaptation puisque, du haut de ses 18 ans, il joue peu de matchs avec les pros. Le jeune Ukrainien peut tout de même compter sur la coupe d’Ukraine pour grappiller du temps de jeu. C’est d’ailleurs dans cette compétition qu’il inscrit sa première passe décisive en carrière. Pour sa première saison dans le monde professionnel, Mykolenko joue un total de 7 matchs mais dévoile déjà des qualités qui laissent présager d’un avenir radieux.

La saison suivante est celle de l’éclosion. Il dispute 32 matchs et commence à se forger une expérience européenne avec de nombreuses titularisation en Europa League. Il fait d’ailleurs une sortie remarquée lors d’une victoire 3-1 contre le Stade Rennais où il inscrit 1 but et 1 passe décisive. Ces bonnes performances lui permettent d’être sélectionné avec les A de l’Ukraine et il honore ainsi sa première cape le 20 novembre 2018 lors d’un amical contre la Turquie (0-0). Cet exercice aboutit lance définitivement la machine et projette Mykolenko sur le devant de la scène ukrainienne. Il gagne en épaisseur et devient de plus en plus en plus décisif. La saison suivante il passe un véritable cap en prenant part à 36 rencontres et en étant décisif à 11 reprises avec 4 buts et 7 passes décisives. Cette saison, Mykolenko, à seulement 22 ans, affirme encore un peu plus son statut de taulier de l’effectif. Lorsqu’il est en état de jouer, le gaucher est systématiquement titulaire. En septembre 2020, il porte même le brassard de capitaine pour la première fois face au PFK Lviv.

Prépondérant dans la reconquête du titre qui a échappé pendant 4 ans au Dynamo Kyiv, Mykolenko est l’archétype du latéral moderne. Vif, mobile, fin techniquement et avec un gros coffre, le latéral offre de grosses garanties à la construction, comme nous le confirme @Zagrenko, spécialiste du football ukrainien : C’est un très bon joueur malgré son jeune âge. Déjà un pilier à Kyiv, il aime aller au contact, possède une vision du jeu et est un très bon dribbleur, ce qui est plutôt rare pour un défenseur. Il est surtout très polyvalent.” Polyvalence qui s’est révélée cette année où il a été aligné à plusieurs reprises en défense centrale, avec succès. Toutefois, il n’est pas encore un produit fini et peut encore s’améliorer sur certains aspects du jeu, notamment dans son repli défensif qui laisse parfois à désirer. De plus, il doit désormais pleinement prendre la mesure de son rôle de leader en défense comme nous le confie @Zagrenko: Il doit encore progresser dans son leadership. En tant que boss de la défense en club et en sélection, c’est très important. Il a tendance à subir les événements plutôt qu’à donner des directives pour rebooster ses coéquipiers.

Mykolenko et la sélection, c’est une affaire qui roule. Il a connu tous les niveaux depuis les U17 et a été appelé pour la première fois par Shevchenko à seulement 19 ans. Depuis, il s’y est installé en tant que titulaire au poste d’arrière gauche. Il aurait pourtant pu avoir du souci à se faire avec la présence de Zinchenko, mais le sélectionneur ukrainien préfère aligner le Citizen au poste de milieu de terrain. Dans le marché très fermé des latéraux de qualités, Mykolenko a une carte à jouer lors de cet Euro et pourrait bien être une révélation pour le grand public. Avec de bonnes performances, le latéral ukranien peut espérer voir de grosses écuries s’intéresser à lui.

Shaparenko, la promesse de Kyiv

On avance d’une ligne et on passe désormais au milieu de terrain pour se pencher sur Mykola Shaparenko. Ce joueur de 22 ans a été formé au FK Mariupol, club avec lequel il dispute ses deux premiers matchs en professionnel à seulement 16 ans lors de la saison 2014-15. Il inscrit d’ailleurs son premier but en carrière lors de son deuxième match contre l’Olimpik Donetsk. Après ces débuts remarqués, il s’engage libre avec le Dynamo Kyiv. Dans le club de la capitale ukrainienne, Shaparenko n’intègre pas directement l’équipe première et on l’envoie s’aguerrir pendant deux saisons en équipe jeune. Il y joue d’ailleurs les poules de l’UEFA Youth League.

C’est lors de la saison 2017-18 que Mykola Shaparenko fait ses débuts avec l’équipe pro du Dynamo Kyiv. Le milieu de terrain réalise une saison assez aboutie malgré une fracture à la clavicule qui l’embête pendant un temps de la saison. Il joue un total de 25 matchs, avec notamment la finale de Coupe d’Ukraine perdue contre le Shakhtar Donetsk (0-2) et inscrit son premier but avec Kyiv contre son club formateur le FK Mariupol. Lors de la saison suivante, le jeune milieu de terrain explose réellement malgré un début de saison délicat où il alterne titularisation, banc et tribunes. Pourtant, le numéro 10 de Kyiv prend feu à la mi-novembre en étant décisif à 8 reprises en 8 matchs (5 buts et 3 passes dé). Des performances remarquées qui lui valent d’honorer sa première sélection avec l’Ukraine lors d’un amical contre le Maroc. En revanche, il s’essouffle un peu lors des playoffs et finit par perdre sa place de titulaire.

La saison 2019-20 est beaucoup plus compliquée pour Shaparenko. Pas en odeur de sainteté sous Oleskiy Mykhalychenko, il doit attendre la fin octobre pour jouer ses premières minutes. Malgré un but pour sa première titularisation de la saison, Shaparenko perd sa place de titulaire et doit se contenter de bouts de matchs. En revanche, avec l’arrivée de Mircea Lucescu au poste d’entraîneur, Shaparenko reprend sa progression. Le coach roumain en fait l’un des hommes de base de son système en le titularisant au milieu de terrain, le rendant ainsi décisif dans la reconquête du titre.

Mais quel est le profil de Mykola Shaparenko ? S’il a le numéro 10 floqué dans le dos que ce soit en club ou en sélection, il est en revanche un milieu de terrain qui aime jouer plus bas sur terrain avec le jeu face à lui. Très sûr techniquement dans le dribble et dans la passe, Shaparenko est un joueur primordial à la sortie de balle. “C’est un profil à la Verratti, il n’a pas peur quand il est entouré de 5 joueurs qui le pressent. Il arrive même souvent à s’en sortir en trouvant une ligne de passe vers l’avant. Il a une bonne vision du jeu”, nous confie @Zagrenko. Avec son mètre 78, Shaparenko est un joueur très utile pour orienter et faire progresser le jeu. Il s’est également illustré grâce à sa très bonne frappe de balle, notamment sur coup de pied arrêté. Joueur complet et capable de se projeter balle au pied, Shaparenko possède une bonne marge de progression qui laisse présager du meilleur.

Aussi prometteur soit-il, il ne faut pourtant pas s’attendre à le voir titulaire lors de cet euro. En concurrence avec des joueurs qui jouent dans des clubs du Top 5 européen, Shaparenko va devoir batailler pour gratter du temps de jeu, comme nous l’explique @Zagrenko : Ça m’étonnerait qu’il joue beaucoup à l’Euro. Shevchenko lui a accordé du temps de jeu par défaut parce que l’Ukraine a été très durement touchée par le Covid. Le milieu de terrain devrait être composé de Malinovsky et Zinchenko en 8, qui sont intouchables, et de Sydorchuk ou Stepanenko en 6. Après, Shevchenko est capable de tout. Le champion d’Ukraine ne devra donc pas laisser passer sa chance lorsque le sélectionneur fera appel à lui.

Tsygankov, l’attraction numéro 1

Deuxième joueur avec la plus grosse valeur marchande de l’effectif ukrainien, l’ailier de 23 ans risque d’être scruté avec attention sur chacune de ses prises de balles de lors de l’Euro. L’histoire de Viktor Tsygankov est celle d’un garçon pressé et en avance sur les autres. Bien qu’il soit né en Israël le 15 novembre 1997, l’Ukrainien entre dans le centre de formation du Nyva Vinnistya en 2009 mais il n’y reste pas longtemps. Ses qualités tapent directement dans l’œil du Dynamo Kyiv qui lui propose d’intégrer son académie en 2010. Rapidement, il se démarque et se fait surclasser dans les catégories jeunes. À peine âgé de 16 ans, il participe à ses premiers entraînements avec l’équipe première.

Il réalise ses débuts avec les A du Dynamo Kyiv à 18 ans en entrant en jeu contre Stal Kamyanske. Il ne lui en faut pas plus pour se lancer puisque c’est lors de son 3e match de championnat qu’il inscrit son premier but chez les pros. À noter qu’il réalise sa première passe décisive quelques jours plus tôt contre le Napoli en Ligue des Champions. Il gagne ainsi sa place de titulaire et boucle sa première saison avec 5 buts et 6 passes décisives. C’est d’ailleurs au cours de cette saison qu’il honore sa première sélection lors d’une victoire 1-0 contre le Finlande. Cet exercice abouti est vite éclipsé par sa saison suivante où il inscrit 17 buts et 14 passes décisives TCC. Toujours en avance sur le reste, il devient cette année là le plus jeune capitaine de l’histoire du Dynamo Kyiv.

Insatiable, Tsygankov est tout simplement le joueur impliqué sur le plus de buts au Dynamo Kyiv depuis la saison 2017-18. Depuis ses débuts, avec le club de la capitale, le gaucher a inscrit 74 buts et 54 passes décisives en 188 matchs TCC. À noter également sa saison 2018-19 exceptionnelle avec 20 buts et 17 passes décisives. Pourtant, Tsygankov ce n’est pas qu’une affaire de statistiques. Le numéro 15 ukrainien pèse dans le jeu de son équipe et possède une large palette de compétences, si bien qu’il est compliqué de lui trouver de réel défaut comme nous l’explique @Zagrenko : Il a presque tout pour lui. Intelligence de jeu, vitesse, accélération, bonne finition de loin comme de près et il sait aussi faire la dernière passe. Il peut jouer partout, ailier gauche, ailier droit, buteur et même plus bas milieu droit ou gauche. La seule chose qui lui manque c’est sans doute un bon jeu de tête, il a tendance à se faire manger dans les airs.” 

Seule véritable ombre au tableau, son physique parfois capricieux qui ne semble pas vouloir le laisser tranquille. Sa participation aux premiers matchs de l’Euro est d’ailleurs menacée puisqu’il traîne une blessure qui l’a empêché de participer aux matchs de préparations. Si son état de forme suscite donc quelques interrogations, il faudra tout de même se méfier de lui s’il venait à entrer en jeu. Quoi qu’il en soit, il ne serait pas surprenant de voir des clubs du Top 5 européen se pencher sur ce joueur qui a tout pour s’imposer au plus haut niveau.

Parmi les petites nations, l’Ukraine est sans doute celle qui a la plus belle génération de jeunes joueurs. Nous aurions pu également citer Ilyas Zabarnyi, impressionnant défenseur central de 18 ans, titulaire au Dynamo Kyiv comme en sélection, ou encore Georgiy Sudakov, milieu offensif de 18 ans ultra-prometteur et véritable surprise de la liste de Shevchenko. Ce vivier de jeunes joueurs sera-t-il suffisant pour faire de l’Ukraine la surprise de l’Euro ?  

Source illustration : Wikipédia/Dynamo.kiev.ua

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