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[Dossier] RC Narbonne : la renaissance d’un club historique

Malgré la défaite du week-end passé en finale de Nationale face à Bourg-en-Bresse, le RC Narbonne va retrouver la Pro D2. Retour sur le parcours semé d’embûches de ce club mythique.

Un monument du rugby français

Avant de parler des résultats de cette année, revenons sur l’histoire de ce bastion du rugby français. Le Racing Club Narbonnais fêtait son centenaire en 2007 par une triste descente en Pro D2. Avant ça le Racing avait ramené deux Brennus à Narbonne en 1936 et 1979, et remportait 9 challenges Yves du Manoir, un record absolu. En 2001 le club parvenait même à disputer une finale de Coupe d’Europe face aux Harlequins, avec dans ses rangs des grands noms comme Quesada, Corleto, Merle ou encore Ledesma. Le club narbonnais a aussi formé de nombreux internationaux français : Spanghero, Codorniou, Labit, Tournaire, ou encore Rattez et Barassi plus récemment.

Les supporters narbonnais paradent fièrement avec le bouclier de Brennus en 1979. (Crédit photo : L’Equipe)

Le club occupe donc le devant de la scène dans les années 70 et 80 et lors du début des années 90. Le RCN dispute 13 finales entre 1973 et 1992, remportant un Brennus, une Coupe de France et 8 challenges Yves du Manoir durant cette période. Mais avec l’arrivée du professionnalisme, comme pour beaucoup de clubs historiques tel que Lourdes ou Béziers, cela va devenir de plus en plus compliqué pour le Racing d’occuper les premiers rôles.

La descente aux enfers

En 2007, le club que l’on appelle RCNM à l’époque, fête son centenaire. Mais l’heure n’est pas aux célébrations en coulisses et sur le terrain. Des conflits se créent entre la direction, les joueurs et le staff. Christian Labit, Frédéric Lartigue et Franck Tournaire sont alors licenciés par le président Gilbert Ysern. Le Racing termine la saison en dernière position et par conséquent est relégué en Pro D2 pour la première fois de son histoire. Entre 2007 et 2011 le club audois parvient à survivre en Pro D2 sans véritablement briller. A l’été 2011, la relégation financière en Fédérale 1 est évitée de justesse, des investisseurs australiens prennent le contrôle du club. En 2014 le travail semble porter ses fruits puisque le club se qualifie en demi-finale de Pro D2, avant d’être éliminé par le SU Agen.

L’espoir est de courte durée, lors des saisons qui suivent le club peine à se maintenir. En 2017, le manager Christian Labit est démis de ses fonctions après un mauvais début de saison. Il rejoint alors l’USC qui occupe la dernière place du classement. Il parvient à sauver le club carcassonnais et Narbonne est relégué en Fédérale 1, après une défaite 52-17 face à… Carcassonne coaché par Nacho. Le club parvient à conserver quelques bons joueurs et ambitionnent de pouvoir jouer les premiers rôles en Fédérale 1 lors de la saison 2018/2019. Le Racing doit terminer dans les deux premiers de sa poule pour se qualifier en quarts et espérer retrouver la Pro D2. Mais grosse déception pour les Orange et Noir, ils terminent la saison 5e de leur poule.

Un nouveau souffle avec l’arrivée du club des cinq

Durant l’intersaison qui suit, en mai 2019, cinq hommes vont décider de prendre la présidence du club pour lui permettre de retrouver des couleurs. Les co-présidents sont tous des anciens joueurs du RCN attachés à ce club, à son histoire. On retrouve donc Gilles Belzons, Marc Delpoux, Jean Ormières, Philippe Campos et Xavier Marco à la tête du Racing. Dès leur arrivée, le club récupère son ancienne appellation, ne l’appelez plus RCNM mais bien RCN. Il en sera de même pour le logo, un choix qui laisse à désirer d’un point de vue esthétique. Les ambitions vont être revues à la hausse, et Marc Delpoux va user de se cellule de recrutement pour amener de la qualité dans l’effectif. Lors de la saison 2019/2020 on retrouve des grands noms dans l’équipe comme David Smith ou Sione Piukala. D’autres joueurs vont être recrutés en Fédérale et se montrer intéressant, c’est le cas de Pierre-Hugo Ducom et de Boris Goutard.

Gilles Belzons, l’un des co-présidents en compagnie du président de la FFR, Bernard Laporte. (Crédit photo : Brice Ivanovic)

Le RCN change de staff, le regretté Jean Anturville est remplacé par par Patrick Pezery, ancien coach de Provence Rugby, club dans lequel il a connu Marc Delpoux. Le changement de présidence va porter ses fruits, le RCN performe et pointe à la seconde place au classement de sa poule derrière Bourg-en-Bresse. Mais comme de nombreux clubs, le Racing va connaître un coup du sort, la saison de Fédérale 1 est stoppée à quelques semaines de la fin à cause de la pandémie mondiale de Covid-19. De nombreux clubs vont demander à la LNR et la FFR de finir la saison suite au déconfinement pour qu’il y ait deux montées en Pro D2, mais la LNR va refuser. Nouveau coup du sort pour le RCN qui avait réussi à gagner à nouveau des matchs et fait revenir un peu de monde au Parc des Sports et de l’Amitié. Il faut alors remobiliser les troupes pour la saison suivante.

Au revoir la Pro D2, bonjour la Nationale

Le 16 juin 2020 Bernard Laporte l’officialise, un nouveau championnat est créé en troisième division, il s’agit de la Nationale. La FFR propose aux 18 premiers de la dernière saison de Fédérale 1 d’y participer, quatorze clubs répondent favorablement. On retrouve des clubs historiques comme Albi, Bourgoin, Dax et Narbonne. Chaque week-end un gros match attend chaque équipe, la saison est longue et il est plus difficile de faire tourner tout en restant compétitif. Le RCN va donc largement remanier son effectif avec 18 départs, et des arrivées de joueurs qui ont déjà évolué au niveau supérieur comme Mohamed Kbaier, Pierre Justes ou encore Julien Dumoulin.

Le début de saison est plutôt timide, les joueurs se cherchent encore sur le terrain, puis la saison est suspendue début novembre avec l’instauration du second confinement. Le RCN pointe alors à la 9e place au classement à ce moment-là. La reprise est annoncée pour le 9 janvier 2021 avec des changements dans l’organisation. Les journées 8 à 13 sont gelées et seuls les quatre premiers du championnat pourront se disputer la montée, sur des demi-finales qui ne se feront pas sur une confrontation aller-retour finalement. La tâche s’annonce ardue pour le Racing. Les Narbonnais ont rendez vous à Tarbes pour la reprise du championnat, il reste 15 matchs à jouer donc rien n’est fait dans ce championnat, il est toujours temps de renverser la vapeur.

Une seconde partie de saison tonitruante

Lors de ce match de reprise la neige s’invite en Gascogne dans un stade à huis-clos. Mais les Narbonnais ont bien géré la période de confinement et infligent aux Tarbais la première défaite à domicile de leur saison 6-15. Les Audois vont enchaîner en tout six victoires de rang en janvier et février, de quoi se replacer dans la course aux phases finales. Mais en mars et avril le RCN va connaître trois défaites en quatre matchs, avant que l’effectif soit touché par le Covid. Alors que tout allait bien, cela se complique pour les Orange et Noir au moment d’entamer le sprint final. Tandis que les joueurs ont très peu d’entraînements collectifs dans les jambes, ils doivent se déplacer chez l’ogre niçois qui domine le championnat. Ce match sera marqué hélas, par la terrible blessure aux cervicales de James Lasis toujours hospitalisé à l’heure actuelle. Ce sera aussi la première défaite à domicile de la saison pour le Stade Niçois, le Racing s’impose 19-24.

Après cette victoire, le Racing doit remporter deux matchs sur trois à domicile face à Bourgoin, Massy et Bourg-en-Bresse. Une équipe surprenante du CSBJ va venir embêter les Orange et Noir qui s’en sortent in-extremis 25-18. Le RCN joue donc un véritable quart de finale face à Massy. L’affaire est mal embarquée peu avant la mi-temps, mais une bagarre juste avant la pause va remettre les Narbonnais dans le match. Au retour des vestiaires les Audois inscrivent deux essais par l’intermédiaire de Sese et Nueno pour reprendre l’avantage. Mais les Massicois poussent, ils ne veulent pas dire adieu à la qualification en demi-finale. Et tout va se jouer au bout du bout sur la dernière action du match.

C’est bien le troisième ligne Valentin Sese qui « a sauvé Narbonne » avec son grattage sur la dernière action. (Crédit : Série Rugby)

A l’image de la saison, cette équipe narbonnaise ne va rien lâcher jusqu’au bout, et va être récompensée par sa défense héroïque en fin de match, comme face à Bourgoin. Pour le dernier match, le staff décide de faire tourner afin de reposer les cadres et éviter de remplir une infirmerie déjà bien pleine. Face à Bourg-en-Bresse, le RCN s’incline logiquement 14-38 malgré un joli match des jeunes pousses narbonnais.

Un héros innatendu

Tout au long de la saison, les supporters narbonnais n’ont cessé d’apporter leur soutien aux joueurs malgré le contexte et les matchs à huis-clos. Pour la demi-finale à Nice ils sont quelques 350 heureux à pouvoir faire le déplacement. L’enjeu de ce match c’est donc d’obtenir une place en finale mais surtout d’obtenir son ticket pour la prochaine saison de Pro D2. Très peu de grandes envolées dans ce match serré, accroché et tendu, le score est de 9-9 à quelques minutes de la fin de la rencontre. Mais à la 78e minute, l’arbitre Mr. Dufort siffle une pénalité à 40 mètres des poteaux, excentrée sur la gauche. L’ouvreur remplaçant Boris Goutard a l’opportunité au bout du pied d’envoyer le RCN en Pro D2.

Boris Goutard a fait chavirer le coeur des Narbonnais, et sur un air de Titanic c’est encore plus joli.

Le remplaçant de Raynor Parkinson ne cède pas face à la pression et enquille cette pénalité. Quelques minutes de temps additionnel suivent après cette pénalité, mais le Racing résiste. Les Niçois leaders à l’issue de la phase régulière s’inclinent pour la seconde fois de la saison à domicile. Et une nouvelle fois face à cette équipe de Narbonne, qui a sans douté été plus maligne et plus pragmatique. Arrivé en 2019 en provenance de la Fédérale 2 et de Coarraze-Nay, Boris Goutard est donc le héros inattendu de cette remontée du RCN en Pro D2, il a su grâce à son coup de pied, récompenser les efforts de tout un groupe, de tout un staff, de tout un club.

Pas de cerise sur le gâteau

Les Narbonnais sont rentrés tard dans la nuit dans la sous-préfecture de l’Aude, mais cela ne les a pas empêché de fêter cette victoire historique pour le club, et de prolonger les festivités jusqu’au lendemain, voire surlendemain. Mais il a fallu très vite se remobiliser parce qu’il restait un match à jouer, et quel match ! La première finale de Nationale de l’histoire dans le stade Pierre-Rajon à Bourgoin. Entre les suspendus et les blessés, le Racing est obligé de faire appel à deux espoirs pour disputer la finale, Baptiste Abescat (20 ans) est propulsé titulaire au poste de troisième ligne centre, et Bill Caffo (21 ans) se retrouve remplaçant au poste de seconde ligne, lui qui est habituellement aligné au poste de flanker avec les espoirs.

Le RCN entame bien la rencontre grâce à un essai de Faleafa, mais les Orange et Noir vont vite accuser le coup d’une longue saison et d’un début de semaine festif. Ils perdent rapidement plusieurs joueurs sur blessure et vont écoper d’un carton jaune. A la mi-temps, le Racing est toujours dans le coup, mais en début de seconde mi-temps les joueurs vont écoper d’un second carton jaune, avant de céder sur un maul peu après l’heure de jeu. L’équipe de Bourg-en-Bresse était trop forte pour un Racing affaibli par les blessures et les suspensions, elle l’emporte 26-16. Les Maké, Baron, Huggett, Bessaguet, Recordier, Parkinson, David Smith et Griffoul disent au revoir au club au terme d’une finale perdue, mais avec le sentiment du devoir accompli après avoir réussi à faire remonter le club en Pro D2.

Le résumé de la finale.

Le RCN armé pour survivre en Pro D2 ?

La remontée en Pro D2 est à peine acquise, que déjà un nouveau défi attend les cinq co-présidents, installer le club dans l’antichambre du Top 14. Philippe Campos, l’un des présidents déclaraient chez nos confrères de L’Indépendant que « le projet a toujours été de remettre le club à sa place ». Maintenant que le RCN est à sa place, il faut s’y installer confortablement et durablement. Pour cela Marc Delpoux et ses collègues ont déjà frappé fort sur le marché des transferts avec les arrivées de joueurs comme Louis-Benoit Madaule, Paul Belzons, Carl Axtens ou encore JJ Taulagi. A l’heure actuelle le staff devrait être composé de Julien Seron et Brice Mach. Ils remplaceront Laurent Balue et Patrick Pezery qui quittent le club à cause de divergences avec la municipalité. La formation narbonnaise quant à elle, a aussi fait ses preuves puisque les espoirs vont retrouver le plus haut niveau en Elite. Les hommes de Sébastien Buada ont remporté la demi-finale d’accession face à Nevers, mais comme leurs homologues de la première, handicapés par des blessures, ils ont du s’incliner en finale face à Vannes 14-10.

Les espoirs narbonnais et vannetais ont partagé un moment ensemble à l’issue de la finale.

A quelques jours de la demi-finale, le président Philippe Campos se montrait déjà rassurant lorsqu’il était interrogé par L’Indépendant : « On fera partie des budgets moyens avec 5-6 millions. Paradoxalement, un budget à 5-6 millions en Pro D2 est plus réalisable avec l’aide de la LNR, les droits télé, qu’un budget de 3 millions en Nationale. Oui, on sera prêt. On s’organise, on se structure, on crée une structure professionnelle pour faire face à une montée dès la saison prochaine. » Jacques Pairo, adjoint au maire délégué aux sports a lui aussi tenu un discours rassurant dans L’Indépendant en ce qui concerne la mise aux normes du Parc des Sports et de l’Amitié : « Actuellement, nous sommes à 600 lux d’éclairage. Pour répondre aux normes de la Pro D2 et du diffuseur, Canal +, il faudra atteindre les 1200 ou 1400 lux« . Les travaux débuteront « à partir de septembre-octobre pour finir début 2022. On va d’abord mettre en place une solution transitoire, avec des éclairages additionnels provisoires sous forme de grues par exemple« .

« Et quand la Clape se met à chanter… » ou bien « Il est là Jean-Pierre de Narbonne ! », mais aussi le vent tourbillonnant du Parc des Sports et de l’Amitié. Autant de petites choses qui manquaient à ce championnat de Pro D2 depuis la descente du club en 2018. Le RCN, a une importance toute particulière pour la ville de Narbonne mais aussi dans l’histoire du rugby français. C’est pour cela que cette remontée du club orange et noir est accueillie avec joie par les observateurs et les fans. Je sais que même vous les Biterrois vous êtes ravis, les derbies Narbonne-Béziers ça vous avait manqué !

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