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La Turquie prête à croquer l’Europe

Ce vendredi soir, la Turquie ouvrira l’Euro face à l’Italie. Sans un bruit, cette sélection s’est parfaitement préparée pour la compétition, à tel point qu’elle a de quoi faire peur à de nombreuses équipes. Entre individualités en pleine bourre et projet de jeu cohérent, la troupe du sélectionneur Şenol Güneş est prête à rugir sur l’Europe.

Individualités au top de leur forme

À la recherche du temps perdu, la Turquie espère revivre une épopée au moins aussi palpitante que celle qu’elle a pu vivre lors de l’Euro 2008. S’ils font figure d’épouvantails dans cette compétition, c’est avant tout parce que leurs hommes forts sortent tous d’une saison aboutie avec leur clubs. À commencer par les joueurs du secteur défensif. Le portier, Uğurcan Çakir, a été auteur d’une saison pleine à Trabzonspor où il a d’ailleurs récupéré le brassard de capitaine. Du haut de son mètre 91, il est tout simplement un des gardiens les plus fiables de d’Europe. Avec 79,9% de tirs arrêtés en Süper Lig Turque, seul Navas, Oblak et Courtois font mieux dans le Top 5 européen.

Si le poste de gardien de but est bien assuré, que dire de la défense centrale de la lune aux étoiles ? Emmené par son leader Çağlar Söyüncü, qui, malgré quelques pépins physiques venus l’embêter pendant le début de saison, réalise un exercice 2020-21 plus qu’aboutit. Âgé de seulement 25 ans, il fait déjà partie des tous meilleurs défenseurs de Premier League et semble avoir encore une grosse marge de progression. Serein et rassurant pour l’ensemble de son bloc, il est également parfaitement secondé par Merih Demiral. Même s’il n’a pas énormément joué cette saison avec la Juventus, le défenseur central de 23 ans à toujours répondu présent avec sa sélection. Rugueux dans le duel et bon dans les airs, Demiral est une valeur sûre sous la tunique Turque.

« Je me sens très chanceux de travailler avec Şenol Güneş. Je ne l’ai jamais vu se tromper dans son analyse. Nous avons des joueurs très spéciaux de tous les postes. Nous sommes une équipe qui donne du plaisir quand nous jouons. Tout le monde dit que nous avons un environnement agréable. Je J’ai de la chance d’être dans cette équipe. »

Çağlar Söyüncü

La présence de Celik n’est pas à négliger. Un des meilleurs latéraux de Ligue 1 depuis plusieurs saisons, avec l’Euro, il a l’occasion d’exploser aux yeux du grand public et pourquoi espérer viser un top club européen. Solide défensivement mais également très portés vers l’avant, il est capable de coup d’éclats comme en témoigne son but contre Nice en fin de saison. Ultra fiable dans son couloir droit, le joueur de Lille est à surveiller. À noter également la possibilité d’intégrer Ozan Kabak dans la rotation en défense centrale. Le joueur de 22 ans, prêté à Liverpool pour la deuxième partie de saison, a connu un exercice mitigé sur les bords de la Mersey. Toutefois, en prenant part à des sommets de Premier League et de Ligue des Champions, le jeune central s’est forgé une bonne expérience au plus haut niveau européen. En évoluant au sein d’un collectif qui pratique un jeu qui l’expose moins que celui de Liverpool, Kabak doit pouvoir tenir son rang sans trop de difficultés.

Pour ce qui est du milieu de terrain, la Turquie a là aussi des individualités qui sortent d’une saison pleine et qui ne demandent qu’à briller lors de l’Euro. Si on doit citer un homme fort de ce milieu, difficile de penser à quelqu’un d’autre que Hakan Çalhanoğlu. Le meneur de jeu viens de réaliser un exercice aboutit où il a porté le Milan vers sa première qualification en Ligue des Champions depuis 2013-14. Décisif 6 fois lors de ses 4 dernières sorties avec la Turquie, le numéro 10 du Milan s’est imposé comme le maître à jouer de la sélection. De plus, sa qualité sur coup de pied arrêté est une arme de choix pour les Turcs qui ont démontré leur capacité à marquer sur phases arrêtées au cours des derniers mois.

Avec Çalhanoğlu, les Turcs possèdent déjà un formidable meneur de jeu, mais ils peuvent également se targuer de le voir associé à Yusuf Yazici. Tout juste auréolé de son titre de champion de France avec le LOSC, le gaucher de 24 ans est un atout de choix pour l’animation offensive des Turcs. Toutefois, s’il a été étincelant lors de la fin d’année 2020 avec notamment un triplé sur la pelouse de San Siro, le numéro 12 du LOSC a connu une fin de saison plus compliquée notamment à cause d’un Covid lourd et l’affirmation de Jonathan David. Si son état physique représente une petite inconnue, sa polyvalence à tous les postes de l’attaque est une vraie plus value. Capable de jouer meneur de jeu, sur l’aile, mais également en soutien de l’attaquant, Yazici est un couteau suisse offensif. De plus, tout comme Çalhanoğlu, le lillois possède une très belle frappe de balle. À cela viennent s’ajouter des jeunes talents comme Orkun Kökcü et Abdülkadir Ömür. Respectivement âgés de 20 et 21 ans, ces formidables manieurs de ballons portés vers l’avant ne demandent qu’à éclore aux yeux de l’Europe.

Si il y a bien un joueur Turc que tout le monde attend sur cet Euro, c’est évidemment Burak Yilmaz. Capitaine de la sélection et un des principaux artisans du titre lillois, il est le leader de cette équipe à bien des égards. Depuis le début de l’année, le Roi Burak marche sur l’eau. Doyen du vestiaire à 35 ans, il n’est pas seulement un leader mental pour son équipe, c’est un joueur extrêmement complet. Adroit face au but, au service du collectif, disposant d’un énorme coffre et extrêmement intelligent dans le jeu, il risque de poser de nombreux soucis aux défenses de cet Euro. Comme si la Turquie n’avait pas assez de Çalhanoğlu et Yacizi, Burak Yilmaz est également un superbe tireur de coupr-franc. Les Pays-Bas et l’Olympique Lyonnais peuvent témoigner. Fer de lance de cette sélection Turc, le lillois à tout pour réaliser une grand euro. Son expérience est d’autant plus importante qu’il est entouré de jeunes joueurs n’ayant pas l’expérience de grandes compétitions. Notamment, Kerem Atürkoglu, ailier prometteur et virevoltant de Galatasaray. Droitier mais disposant également d’un très bon pied gauche, le joueur de 22 ans est capable de faire basculer un match en un éclair même s’il manque encore de consistance. À noter également la présence de Cengiz Ünder, très peu utilisé à Leicester qui a à cœur de rebondir lors de cet Euro.

Un projet de jeu bien défini

Au-delà de ses individualités en grande forme, si la Turquie est une équipe que de nombreuses équipes espèrent éviter c’est aussi à cause de la qualité du football proposé. Meilleure défense des éliminatoires européens, les coéquipiers de Yilmaz sont très durs à bouger. Organisée en 4-1-4-1 sans le ballon, la Turquie privilégie un bloc médian avec un marquage individuel sur les milieux adverses. Un partie pris qui paralyse souvent l’adversaire à la construction et l’empêche de passer dans l’axe. Cependant, cette approche défensive nécessite une grande rigueur puisqu’il suffit d’un trou dans le pressing pour exposer tout le bloc turc.

Animation du bloc Turc avec marquage individuel

Sur le plan offensif, la Turquie est tout aussi intéressante. Tranchante offensivement, la lune aux étoiles s’est illustrée par son jeu de transition tout au long des éliminatoires. Avec des latéraux qui n’hésitent pas à se projeter et Çalhanoğlu ainsi que Yacizi qui jouent les quarterback, la recherche de la verticalité est au cœur du projet de jeu de Şenol Güneş . La capacité de Burak Yilmaz à décrocher et à participer à la construction est également une arme de plus au sein de la machine Turque.

Yilmaz décroche et Söyüncü joue vertical vers lui au coeur du jeu. Yacizi en profite pour attaquer la profondeur.
Çalhanoğlu fait l’appel au premier poteau et le milieu de terrain Tufan suit l’action pour venir conclure

Avec des joueurs très libres sur le plan offensif, les meneurs de jeu n’hésitent pas à permuter sur le front de l’attaque. De plus, la Turquie combine souvent sur les ailes en constituant des triangles de jeu. Le dépassement de fonction des milieux de terrain est également une donnée récurrente dans le jeu des turcs. Il n’hésitent pas à se projeter et finir leurs courses dans la surface adverse.

La Turquie a crée son triangle de jeu et aspire les Pays-Bas sur l’aile. Le milieu en profite pour se projeter dans l’espace libre.

Malgré un effectif moins ronflant que la France, l’Angleterre ou l’Allemagne, la Turquie fait bien partie des principaux outsiders de cet Euro. Portée par un Burak Yilmaz rayonnant au cœur d’un collectif bien huilé, la sélection emmenée par Şenol Güneş peut être la surprise de la compétition. Le premier match de l’Euro contre l’Italie, une équipe également joueuse, a des chances d’être une des plus belles affiches du tournoi.

Source illustration : EPA

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