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Pays-Bas v République Tchèque 2004, le hors-d’œuvre de la première phase

Les compétitions internationales sont toujours l’occasion de revenir sur les matchs qui ont fait leur légende. À l’occasion de cet Euro 2021, retour sur quelques matchs qui restent, encore aujourd’hui, dans les souvenirs de chaque passionné. Au programme de ce jour, le Pays-Bas v République Tchèque de 2004. 

La compétition n’avait commencé que depuis une semaine au Portugal. On venait à peine de commencer l’entrée que, déjà, les Néerlandais et les Tchèques nous réservaient ce qui pourrait s’apparenter à un hors d’œuvre. Ce n’est qu’une rencontre de poule, mais il semble d’une toute autre importante. Pourtant, c’est bien dès le 19 juin 2004, à Aveiro, que les hommes de Dick Advocaat et de Karel Brückner nous offrent l’un des plus beaux matchs de l’histoire de l’Euro

À l’aube de la compétition, les Néerlandais font office de grand favori. Dans leur rang, difficile de mesurer le talent tant il est omniprésent. Edwin Van der Sar, Jaap Stam, Clarence Seedorf, Philipp Cocu, Edgar Davids, Arjen Robben, Ruud van Nistelrooy. Tous sont alignés dès le départ. De quoi en faire pâlir plus d’uns.

Si la force collective semble moins importante, du côté tchèque, il n’en reste pas moins que sur le terrain, outre Pert Čech, Tomáš Rosický ou Jan Koller, il y a un homme, avec le brassard de capitaine autour du bras et le numéro 11 dans le dos. Pavel Nedved, ballon d’or en titre

Le XI des Pays-Bas (Crédit : UEFA;.tv)
Le XI de la République tchèque (Crédit : UEFA.tv)

Et sans trop de surprise, c’est la sélection Oranje qui prend le match à son compte. Par Arjen Robben, tout juste transféré à Chelsea. Si les plus sceptiques ont un peu de mal à voir l’intérêt de son transfert dans l’ouest-London, ils comprendront vite pourquoi. Dès la quatrième minute, le néo-Blues enroule parfaitement un coup franc, obtenu par Heitinga, sur la tête de Bouma, qui la croise parfaitement. 1-0.

Les hostilités sont lancées. Mais le match est haché (24 fautes au total à la mi-temps) et les Tchèques ont du mal à tirer correctement les coups de pied arrêtés. Pourtant, dans l’entre-jeu, un joueur fait déjà preuve de son talent. Milan Baroš touche énormément de ballons et chaque action dangereuse passe d’abord par lui. S’il joue très haut, aux côtés de Koller, il n’hésite pas à redescendre pour faire progresser son équipe. En face, on est craintif. Cocu est souvent situé entre ces deux défenseurs centraux et une défense à 5 se met en place. 

Pavel Nedved au duel avec Edgar Davids (Crédit : Gettyimages.ru/Alex Livesey)

Une erreur qui relance la partie

À la 19e minute, on retrouve Davids, qui délivre une passe parfaite dans le dos de la défense, trop haute, et dans le dos de Grygena, qui laisse filer Robben. Encore lui. Le travail est fait. Il n’a plus qu’à faire un de ces mouvements dont raffole les joueurs de FIFA et PES, un petit ballon latéral pour son attaquant, lui aussi esseulé. Et pour cause, quelques secondes auparavant, van Nistelrooy réclamait un penalty et s’est fait oublier dans la surface. Malin. Au tableau d’affichage, le mal est fait. 2-0. 

L’équation était pourtant simple pour les Tchèques. Avec leur victoire sur la Lettonie lors du premier match et les deux matchs nuls entre l’Allemagne et les Pays-Bas puis de l’Allemagne face à la Lettonie, plus tôt dans la journée, une victoire, ce soir, leur assure la qualification. Il y a un homme sur la touche qui le sait mieux que personne. Brückner, déjà, envoie à l’échauffement Šmicer. 

Petr Čech était dans un grand soir (Crédit : Henri Szwarc/Bongarts)

Les Néerlandais sont plus à l’aise techniquement, ils communiquent énormément derrière. Et ça fonctionne. Jusqu’à un certain point. Car il ne suffit que d’une erreur, celle de Cocu, pour remettre les adversaires du soir dans le match. Une perte de balle sur la ligne médiane, alors que son équipe était haute, ce qui permet à Milan Baroš d’aller défier Stam. Ce dernier manque de chance et, sur le crochet du Liverpuldien, permet à ce dernier de transmettre à Koller qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide. 2-1. 

Et si ce match n’était pas fini ? Šmicer, qui s’échauffait, entre à la place de Grygera. Un choix offensif par un coach qui n’a pas froid aux yeux. Ce changement audacieux est un énième indice que l’on est en train d’assister à un chef d’œuvre. Le rentrant prend le couloir gauche, ce qui décale Nedved au centre, Rosicky à droite et Poborský dans une tâche plus défensive. 

Un choix qui aura bien failli permis aux Néerlandais de mettre le coup de grâce. Par van Nistelrooy, d’abord, qui demande un second pénalty. Il n’est pas écouté, mais avait sûrement raison. Par Heitinga, ensuite, qui oblige Čech à se détendre pour enlever sa reprise qui filait détruire la toile d’araignée de sa lucarne droite. Par Seedorf, après, qui voit son ballon passer à quelques millimètres du poteau droit. Par Davids, enfin, qui fracasse le montant. 

Le coup de maître de Brückner

La seconde période commence comme a terminé la première : offensivement, et des deux côtés cette fois. Les deux gardiens sont au rendez-vous, et repoussent, l’un après l’autre les tentatives adverses. À l’heure de jeu, second choix très fort de Brückner. Galásek cède sa place à Marek Heinz. Un milieu défensif cède sa place à un attaquant. Vous le sentez venir ? La République Tchèque joue maintenant avec trois défenseurs, quatre milieux à vocation offensive et trois attaquants. Est-il audacieux ou inconscient ? 

On a des indices quelques minutes plus tard. Véritable festival offensif de Heinz sur son côté gauche qui offre une position plus qu’intéressante à Šmicer. Van der Sar est obligé de s’étendre de tout son long pour sortir la frappe du bout des gants. À la vue de la tactique adoptée, ce n’est pas étonnant de voir les Tchèques appliquer un pressing haut et soutenu, tentant de récupérer la balle dès la perte de balle. Puis, on a la réponse à notre question, dix minutes après se l’être posée. Brückner est audacieux. Nedved délivre une pépite de ballon sur la poitrine de Koller qui avait vu Baroš proposer en retrait. D’une touche, il la lui remet et le futur-Lyonnais envoie une cacahuète qui vient flirter avec la transversale d’Edwin. Il n’y avait rien à faire, mais le match est plus que relancé. Brückner peut lever les bras. Il sait. 2-2

Brückner adopte un coaching audacieux, mais gagnant (Crédit : Andreas Rentz/Bongarts)

Il reste quelque 20 minutes. Les Pays-Bas recommencent à jouer, à combiner, à se montrer dangereux. Čech s’emploie. Puis c’est au tour de l’arbitre de la rencontre, Manuel Mejuto González, de se montrer, par le carton rouge qu’il brandit à Heitinga. Il n’y a pas grand-chose sur ce deuxième jaune, mais les Oranje termineront bien la rencontre à 10. Sur le coup-franc, Van der Sar s’illustre de nouveau en réalisant une double parade incroyable. Quelques minutes plus tard, c’est sa transversale qui le sauve. Mais ça chauffe de plus en plus. 

La qualification du mérite

De l’autre côté du terrain, la défense très compacte des Tchèques arrive à étouffer le porteur de balle, rendant les offensives néerlandaises caduques. Puis, le coup de grâce, à la 88e minute. Baroš trouve Heinz à l’entrée de la surface qui déclenche une frappe surpuissante au ras du sol. Van der Sar ne peut que repousser sur Poborský qui remet à Šmicer. Il n’a plus qu’à la pousser au fond des filets. 3-2. Le coup de poker tchèque a fonctionné.

Tomáš Ujfaluši, Tomáš Rosický et Pavel Nedved célèbrent le 3-2 devant Jaap Stam (Crédit : UEFA.tv)

Dans les arrêts de jeu, il ne manque que deux pointures de chaussures à van Nistelrooy pour égaliser. Mais c’est bien la République Tchèque qui ressort vainqueur de cette rencontre. Comme une revanche sur le match, quatre ans auparavant, qui avait vu les Oranje remporter les trois points sur un pénlaty à la 89e minute. 

La République Tchèque, avec quatre points d’avance sur l’Allemagne, devient la première nation qualifiée pour les ¼ de finale de la compétition. Le réalisateur ne se trompe pas et braque sa caméra sur Milan Baroš. Il a été énorme ce soir. 

Au classement, les Tchèques prennent quatre points d’avance sur le deuxième et s’assurent la première place (Crédit : UEFA.tv)

La suite de l’histoire, on la connaît. Une victoire 3-0 contre le Danemark puis une défaite en ½ finale contre les futurs vainqueurs de la compétition : la Grèce. Mais l’Histoire retiendra ce match. Car il faut deux équipes pour que le match devienne historique, et ce 19 août 2004, les 22 acteurs, les 6 remplaçants et les deux coachs nous ont régalé. Et rassasié. 

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