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Allemagne & Pays-Bas, même(s) combat(s)

L’Allemagne et les Pays-Bas ont régné sur le début de la décennie. Pourtant, à l’aube de l’Euro, ils semblent être en proie à des démons équivalents. Retour sur la situation de deux pays à la tête du football mondial entre 2010 et 2014 et qui sont en pleine phase de reconstruction, avec des problèmes relativement similaires.

La rédemption nationale

Que ce soit l’Allemagne ou les Pays-Bas, l’équipe se doit d’avoir un résultat à l’Euro. En effet, les deux équipes sortent de prestations catastrophiques ces dernières années.

Le début de la décennie a été dominé par 3 pays : l’Espagne qui a fait le triplé euro 2008, mondial 2010, euro 2012, les Pays-Bas avec sa finale en 2010 et sa troisième place en 2014, et l’Allemagne, 2ème à l’euro 2008, 3ème en 2010 et 2012 et championne en 2014. Mais, en 2021, malgré leurs légendes respectives, ces deux dernières nations ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

Alors que l’Allemagne est passée à côté de son mondial en 2018, étant éliminée pour la première fois de son histoire en phase de poules, les Pays-Bas n’étaient même pas qualifiés pour cette compétition, tout comme pour le précédent Euro, ce qui était une première depuis 1984.

En effet depuis 2016, les deux pays font face à la fin de leur génération les ayant mis au plus haut niveau avec les départs en retraite successifs d’un côté de joueurs comme Bastian Schweinsteiger, Philipp Lahm ou encore Miroslav Klose et de l’autre d’Arjen Robben et Robin Van Persie par exemple.

Et si sur le papier, les nouvelles générations allemandes et néerlandaises n’ont pas grand-chose à envier à d’autres avec des pépites dans beaucoup de secteurs du terrain, la transition avec les plus jeunes est plus compliquée que prévue à gérer. Cela est notamment dû à des manques dans certains secteurs, notamment offensif et défensif. Et avec les résultats obtenus depuis quelques années, les sélectionneurs nationaux n’échappent pas aux critiques.

« J’ai lu ce qu’a dit le pire entraîneur de l’histoire de la Premier League »

Jose Mourinho à propos de Frank de Boer en 2018

Sélectionneurs sous le feu de la critique

Aux Pays-Bas, le passage de Ronald Koeman à Frank de Boer l’été dernier, suite à son départ pour le FC Barcelone, a entrainé un retour en arrière. Artisan d’une magnifique période post-mondial avec une finale de Ligue des Nations et un jeu proposé porté sur l’offensif, le changement d’entraineur a subitement stoppé la dynamique enclenchée. Alors que l’animation de l’équipe nouvelle génération fonctionnait, celui-ci est passé à un système plus défensif, faisant notamment régresser son équipe dans le jeu. Mais ce n’est pas l’unique raison de sa position inconfortable. En effet, en parallèle, il s’obstine devant les médias à défendre coûte que coûte son système ayant du mal à prendre et est l’auteur de nombreux coups d’éclat. On a par exemple pu le voir plusieurs fois inverser le nom de ses joueurs en conférence de presse, confondant Klaassen et Van de Beek tout d’abord, puis Quincy Promes et Queensy Menig.

Il fait désormais face aux critiques, des supporters allant jusqu’à acheter un avion pour lui demander de jouer en 4-3-3, le système de jeu attendu et développé par l’équipe néerlandaise, et son propre frère disant que « Johan Cruyff se retournerait dans sa tombe ».

« Frank. Simplement 4-3-3 » dit un avion envoyé au dessus du terrain d’entrainement de l’équipe néerlandaise

En Allemagne, Joachim Löw a été confirmé en 2018 malgré son mondial catastrophique. Il s’en suit 3 années très compliquées. En effet, sa décision d’exclure Mats Hummels, Jerome Boateng et Thomas Müller de l’équipe nationale est incomprise par la plupart des supporters, mais également des consultants, joueurs, anciens joueurs et dirigeants des clubs à qui ils appartiennent. Et personne n’hésite à le faire savoir après chaque match raté.

Pourtant, le choix initial pouvait s’expliquer, celui-ci sachant son équipe vieillissante et cherchant à lancer un nouveau cycle en la rajeunissant. Néanmoins, les prestations compliquées entrainent des débats après chaque trêve internationale. Souvent vainqueure face aux petites équipes, l’Allemagne a en effet beaucoup de mal face aux nations de son niveau, en témoignent le bilan de 1 victoire, 1 nul, 2 défaites face aux Pays-Bas, mais également la défaite 6-0 face à l’Espagne contre qui elle n’aura obtenu que le nul au match à domicile.

Sous le feu des critiques nombreuses appelant à son départ, il annonce qu’il se retirera à la fin de l’Euro. La clarté sur la situation, avec Hansi Flick annoncé en tant que remplaçant, ainsi que le choix de rappeler Thomas Müller et Mats Hummels à la dernière minute a eu pour effet de calmer pour partie les esprits.

L’avantage de la structure équipe

Malgré leurs difficultés respectives, les deux pays peuvent compter sur des joueurs se connaissant parfaitement. Aux Pays-Bas, Frank de Boer peut compter sur 9 joueurs de formation Ajax ou y ayant joué. Equipe ayant des principes de jeu clairs, les automatismes auraient donc dû facilement se retrouver sur terrain. Néanmoins, le changement de système tactique n’est pas forcément adapté à tous et certains ont dû mal à prendre leurs marques.

La Mannschaft possède le même avantage grâce à sa colonne vertébrale issue du Bayern Munich. Pour eux, ce sont 8 joueurs qui sont actuellement dans le club bavarois. On peut même en compter 4 qui devraient être titulaires : Neuer, Kimmich, Müller et Gnabry ; alors que Sané, Goretzka et Süle auront certainement du temps de jeu.

Pourtant, malgré des joueurs excellents et cet avantage lié aux clubs, les deux pays sont bien loin d’avoir des certitudes pour cet Euro.

La problématique des gardiens

Au sortir de la coupe du monde 2018, la question est née en Allemagne : Marc-André Ter Stegen ou Manuel Neuer ? Une question complexe à gérer par Joachim Löw. Neuer sortait d’une saison compliquée 2017-2018 où il avait été longuement blessé, mais avait pris repris son poste de titulaire pour le mondial et Ter Stegen avait quant à lui fait une belle saison à Barcelone. Mais, comme dans toute équipe, il est difficile de mettre un capitaine sur le banc.

« Nous n’accepterons jamais cela. Avant que cela n’arrive, nous n’enverrons plus aucun de nos joueurs en équipe nationale. »

Uli Hoeness, alors encore président du Bayern Munich, à propos d’une éventuelle place de n°2 pour Manuel Neuer en septembre 2019

La question était tellement clivante que le Bayern Munich s’en est mêlé, avançant qu’il n’enverrait plus leurs joueurs en équipe nationale si Neuer n’était plus dans les buts. Un chantage dont ils n’auront au final pas eu à user. Au rassemblement suivant, Neuer a été particulièrement brillant quand il était dans les buts, Ter Stegen un peu moins sur le match qui lui avait été confié. Et la question ne s’est plus jamais posée après la saison 2019-2020 du portier bavarois.

Si le problème s’est résolu de lui-même en Allemagne, il est né sur le tard aux Pays-Bas. En effet, la question était inexistante jusqu’au test positif au Covid-19 de Jasper Cillessen. Suite à celui-ci, c’est Maarten Stekelenburg, 38 ans et gardien remplaçant de l’Ajax, qui se retrouve dans les buts. Une situation imprévue et potentiellement problématique pour la formation batave. En effet, avant la suspension pour contrôle anti-dopage positif d’Andre Onana, il n’avait joué que 8 matchs en club depuis fin décembre 2016. En concurrence avec lui, on retrouve Tim Krul, gardien de Norwitch City en championship et moins habitué aux grandes compétitions.

La fébrilité défensive

Les deux équipes aiment posséder le ballon et se retrouvent régulièrement à l’assaut des défenses adverses. En contrepartie, elles se retrouvent particulièrement friables sur contre-attaque, comme a pu être victime l’Allemagne lors de sa défaite face à la Macédoine 2-1. D’un côté comme de l’autre, les formations n’ont cessé de changer pour tenter d’obtenir la meilleure défense possible, mais elles restent très fébrile et n’ont pas encore fait leurs preuves face à de gros adversaires.

Les Pays-Bas doivent faire face à la blessure de Virgil Van Dijk qui a préféré se concentrer sur sa récupération suite à sa rupture des ligaments croisés à l’automne dernier. Mais la défense est également mise en danger par l’absence en début de tournoi de Matthijs de Ligt, et les incertitudes concernant Daley Blind, tout juste remis de blessure et qui a été sorti à la 64ème minute dimanche (préventif et/ou en lien avec l’accident d’Eriksen, Daley Blind ayant admis après le match avoir longtemps hésité à jouer, lui-même ayant un pacemaker depuis l’année dernière et étant un proche du danois). Il s’agit d’un problème récurrent pour cette nation puisque depuis un an, les joueurs enchaînant les blessures à tour de rôle. Ainsi depuis septembre 2020, il n’y a eu que 2 matchs avec la même défense d’alignée.

En Allemagne, les départs de Mats Hummels et Jérome Boateng ont laissé un vide que les plus jeunes n’ont jamais réussi à combler. Après trois années de divers tests, avec des matchs à 3 ou 4 défenseurs, Joachim Löw semble enfin avoir trouvé sa formule. Pour cela, il a rappelé son ancien leader défensif Mats Hummels et pourra compter sur Antonio Rüdiger, sortant d’une très bonne deuxième partie de saison à Chelsea sous les ordres de Thomas Tuchel, évoluant lui aussi avec une défense à 3, et Matthias Ginter, valeur sûre du Borussia Mönchengladbach (il a joué les 90 min sur l’ensemble des matchs de Bundesliga, DFB-Pokal et Champions League la saison dernière).

Sur les côtés, le choix semble enfin avoir été fait. Et ce sont Robin Gosens, habitué au rôle de piston dans le 3-4-3 de l’Atalanta, et Joshua Kimmich, longtemps arrière-droit de l’équipe nationale et du Bayern avant d’être replacé milieu de terrain, qui seront en charge de défendre et animer les ailes. Le choix de repositionner le milieu du Bayern Munich en défense pourrait résoudre une bonne partie des soucis sur les côtés, que Joachim Löw décide de jouer en défense à 3 ou à 4. Cela est d’autant plus intéressant qu’il y a trop de joueurs pour le nombre de places au milieu. Et avec ces choix de pistons, l’équipe comptera des latéraux pouvant aider dans les phases d’attaques.

La certitude du milieu

D’un côté comme de l’autre, le milieu est rodé. Aux Pays-Bas, Wijnaldum et De Jong sont indéboulonnables. Depuis septembre 2018, ils n’ont manqué que 2 matchs chacun avec l’équipe nationale. Ils sont souvent alignés aux côtés de Martin de Roon. Mais sur le banc Gravenberch et Koopmeiners peuvent entrer, tout comme Davy Klaassen auteur d’une très belle saison avec l’Ajax cette année. Ils auraient également pu compter sur Donny Van de Beek, forfait de dernière minute, mais sortant quant à lui d’une saison beaucoup plus compliquée à Manchester United.

De Jong et Wijnaldum, les deux inséparables du milieu des Pays-Bas (Rico Brouwer/Soccrates/Getty Images)

En Allemagne, la composition est plus changeante d’un match sur l’autre, les milieux ayant été plus régulièrement blessés au cours des dernières années. Mais elle tourne toujours autour des mêmes joueurs : Kimmich, Kroos, Goretzka, et Gündogan se sont régulièrement partagés le milieu de terrain depuis 3 ans. De plus, ils sortent tous de belles saisons dans leurs clubs respectifs. Néanmoins, le retour de Thomas Müller dans un éventuel système à 4 défenseurs et surtout le système en 3-4-3 travaillé lors des derniers matchs diminue les places au cœur du jeu. Avec Goretzka trop juste physiquement et Kimmich certainement repositionné en défense, ce devrait être Gündogan et Kroos qui débuteront face à la France ce soir. Le retour de Müller permettra également de voir Goretzka dans un rôle moins offensif que celui qu’il occupait régulièrement avec la Mannschaft et plus proche de celui qu’il peut tenir aux côtés de Kimmich au Bayern.

L’attaque non létale

L’Allemagne tout comme les Pays-Bas tentent beaucoup en match. Malheureusement, ils sont rarement récompensés pour leurs efforts en attaque. Ainsi, face à la Slovénie en mars, les Pays-Bas n’avaient gagné que 2-0 alors qu’ils avaient tenté plus de 30 tirs. En Allemagne, le même phénomène se retrouve régulièrement, notamment face à des nations regroupées en bloc bas qu’ils ont beaucoup de mal à perforer.

« Nous avons ce problème depuis longtemps. Nous nous procurons un grand nombre d’occasions, sans être suffisamment récompensés. »

Joachim Löw, après le nul face au Danemark en préparation, à propos des problèmes de finition de l’équipe d’Allemagne

Pour la Mannschaft, l’efficacité a notamment disparu avec la retraite internationale de Miroslav Klose, dernier vrai avant-centre de l’équipe et meilleur buteur de l’histoire de la coupe du monde. Néanmoins, s’ils arrivent à se trouver, le danger peut venir de n’importe qui, preuve en est les 7 buts marqués par 7 joueurs différents lors de leur dernier match de préparation.

Le retour de Thomas Müller chez nos voisins Outre-Rhin devrait apporter de la créativité sur toutes les zones de l’attaque. Si Joachim Löw a sous-entendu qu’il serait positionné dans l’axe, le bavarois apporte beaucoup par sa mobilité, sa science du placement et son leadership. Et être aligné aux côtés de Serge Gnabry et/ou Leroy Sane, ses coéquipiers en club sera un avantage.

L’attaque Havertz-Müller-Gnabry qui devrait être celle sur qui comptera Joachim Löw pendant l’Euro (Odd ANDERSEN / AFP)

Le flou reste présent sur le joueur qui les accompagnera, mais ce sera certainement Kai Havertz, Timo Werner n’ayant jamais tellement convaincu sous les couleurs allemandes. En effet, avec 16 buts et 3 passes décisives en 39 matchs, il est bien moins efficace que Gnabry et ses 16 buts et 6 passes décisives en 22 matchs ou Havertz et ses 9 passes et 3 buts en 14 matchs mais ayant un rôle différent dans le jeu. Si aucun des trois joueurs n’est avant-centre, ils permutent beaucoup et ont déjà joué à ce poste. C’est d’ailleurs à ce celui-ci que s’était révélé Thomas Müller lors ses débuts en équipe nationale pendant le mondial 2010, dont il avait fini meilleur buteur.

Sur le banc, on trouvera également Kevin Volland, sortant d’une saison intéressante à l’AS Monaco, ou encore Jamal Musiala, le jeune américano-allemand du Bayern Munich. Dans tous les cas, les forces offensives sont là et à l’image du trio Benzema, Griezmann, Mbappé en France, les allemands devraient beaucoup intervertir.

Le même souci d’absence d’attaquant létal se présente chez les néerlandais. Alors qu’au début de la décennie sévissaient Robin Van Persie, Klaas-Jan Hunterlaar et Arjen Robben respectivement 1er, 2ème et 6ème au classement des meilleurs buteurs de l’histoire des Pays-Bas, ils manquent désormais de buteurs. Frank de Boer a donc fait le choix d’appeler Wout Weghorst, auteur d’une saison à 20 buts avec le VfL Wolfsburg en Bundesliga. Jamais dans les plans des sélectionneurs ou de l’équipe avant cet Euro, il aura la tâche d’animer l’attaque aux côtés de Memphis Depay, homme le plus prolifique de la sélection sur les dernières rencontres avec 7 buts sur les 8 derniers matchs.

A quelques heures du début de la compétition pour l’une des deux équipes et après un unique match pour la seconde, il est difficile de savoir ce que vont donner les sélections allemandes et néerlandaises. Face à de nombreux défis, plus ou moins résolus, elles s’avancent sans aucune certitude dans la compétition. S’il est difficile de ne pas avoir du spectacle avec l’une comme l’autre, preuve en est le match des néerlandais face à l’Ukraine dimanche soir, leurs stabilités défensives restent de grandes inconnues. Quant à leurs attaques, oscillant entre très prolifiques et quasi-muettes en fonction des adversaires, des joueurs ont été rappelés pour combler les vides. Il leur faudra prouver que leurs sélectionneurs, tous deux critiqués, n’ont pas fait appel à eux en vain. En attendant, leurs deux peuples n’attendent qu’une seule chose, la rédemption de leur équipe nationale après des échecs internationaux majeurs.

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