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Coupe Davis, ATP Cup, JO : quand le tennis se cherche une coupe du monde

En cette année olympique, les esprits peinent encore à imaginer une fête populaire comme il en est l’habitude. Toutefois, nul doute que l’été venu ravivera les fiertés nationales et les espoirs de nombreux habitants du globe. Le sport, qu’il soit individuel ou collectif n’implique pas seulement les seuls sportifs. Supporters passionnés ou occasionnels aiment se rassembler derrière leurs athlètes, réunis sous une même bannière, généralement celle d’un pays. Mais alors que de nombreuses disciplines comptent des grandes messes mondiales réputées, le tennis se cherche une vitrine internationale depuis la profonde réforme de la coupe Davis.

A l’heure de l’Euro de football, les plus fortes fiertés nationales s’expriment derrière les sélections qualifiées. Dans les tribunes, les drapeaux sont légion, les chants retrouvent un écho, et les joueurs se démènent. Pour un athlète, défendre le maillot national a toujours une saveur particulière. En tennis toutefois, les occasions de se battre pour son pays sont moins nombreuses, et tendent peu à peu à s’effacer. Après la réforme contestée de la Coupe Davis, l’ATP Cup a pris la place de compétition internationale de référence. Mais ce format-ci permet-il encore une représentation affirmée et prestigieuse de ses couleurs nationales ?

Pour les Français que nous sommes, la Coupe Davis a toujours eu une place particulière. Mais pour ses dernières années, cette compétition pourtant prestigieuse ne semblait plus faire rêver que nous. Le point d’orgue de cet amour est indubitablement le sacre des Bleus en 2017. Conclu par Lucas Pouille, le beau parcours de nos Français avait permis à la France de fêter un temps ses Mousquetaires, qu’elle a si souvent contesté. Ce titre, le dixième de l’histoire pour la France, place les Bleus au troisième rang des nations les plus titrées, derrière les Etats-Unis (32) et l’Australie (28). Les Français partagent la dernière place du podium avec les Britanniques (10). La question qui se pose est la suivante : quelle importance peut-on accorder à la Coupe Davis depuis sa profonde réforme de 2018 ?

Devant son public Lillois, Pouille offre à la France la Coupe Davis 2017 en battant le Belge Steve Darcis (Image : PurePeople)

Délaissant le format historique et les rencontres échelonnées au fil de la saison, les organisateurs de la compétition ont voté en faveur d’un nouveau format, compacté en une semaine à la fin de l’année civile. Cherchant à endiguer la fuite des spectateurs et des sponsors, ces organisateurs n’ont fait que s’attirer les foudres des joueurs et des amoureux du tennis, critiquant une décision éminemment financière et peu cohérente sportivement. En 2019, c’est l’Espagne qui remporte la compétition, à domicile, mais dans l’indifférence la plus totale de la part d’un public étranger peu friand de ce nouveau calendrier. Chez les dames, la Fed Cup persiste dans son format historique.

Pour combler le vide laissé par la Coupe Davis, l’ATP a relancé une compétition annuelle, ayant lieu en début d’année, avant l’Open d’Australie. Si les principaux défauts de la Coupe Davis sous son format précédent étaient une demande physique trop élevée et un manque de rétribution au niveau des points ATP, c’est précisément sur ce point que l’ATP a agi. Sorte de répétition générale avant le premier Grand Chelem de l’année, l’ATP Cup offre une préparation poussée ainsi que des points ATP à aller chercher pour ses participants. Ainsi, les organisateurs espèrent voir les leaders du tennis mondial venir s’affronter sur les terrains de Melbourne. En 2021, Novak Djokovic, Alexander Zverev, Stefanos Tsitsipas et Dominic Thiem ont pris part à cette compétition par exemple.

Andrey Rublev et ses coéquipiers ont régné sur l’ATP Cup cette année (Image : ATP Tour)

En sacrant la Russie, au terme d’une finale vite expédiée face à l’Italie de Fabio Fognini et Matteo Berrettini, l’ATP Cup a le mérite de mettre en avant la nation possédant les meilleurs joueurs. Andrey Rublev et Daniil Medvedev, tous deux membres installés du Top 10 ainsi qu’Aslan Karatsev, révélation de ce début de saison, sont des joueurs très talentueux et dominants. De ce fait, l’ATP Cup renvoie une résultat factuel intéressant : en permettant à la nation la plus fournie et la plus homogène de s’imposer, la logique sportive semble respectée. Les deux joueurs de simple jouent un match chacun (contre deux anciennement en Coupe Davis, permettant à une nation comptant un excellent joueur seulement de plus facilement s’imposer), et le double vient départager les deux nations en cas d’égalité. Grâce à moins de matchs, et à des matchs plus courts, cette compétition attire un nouveau public et les joueurs peuvent s’en servir comme d’une répétition générale avant le Grand Chelem australien. Tout le monde y trouve son compte.

L’ATP Cup a-t-elle alors d’ores et déjà remplacé l’historique Coupe Davis ? N’y a-t-il aucune autre alternative à cette compétition à la peau neuve pour valoriser les appartenances nationales sur le circuit tennistique mondial ? Depuis quelques années maintenant, la Laver Cup tend à se faire une place parmi les compétitions attendues. Suivant le format de la Ryder Cup, compétition de référence lorsque l’on parle de golf, cette Laver Cup oppose l’Europe au reste du monde. Ainsi, les meilleurs joueurs de la planète trouvent tous une place de choix dans un tournoi All-Star. Si l’Europe a trusté les trois éditions jusqu’à présent, il pourrait en être autrement dès ce mois de septembre, à Boston.

Abattu après sa défaite à Rio, Novak Djokovic est en quête de la médaille d’or cette année (Image : Eurosport)

Sport individuel de référence, le tennis est-il compatible avec une compétition internationale ? Si l’ATP Cup tend à faire pencher la balance en faveur du « oui », ce n’est qu’une seule et unique compétition parmi des tournois bien plus prestigieux. Délaissée, la Coupe Davis n’attire plus. Restent alors les Jeux Olympiques pour réveiller des consciences nationales. Si l’on connaît les qualifiés français, quelques interrogations subsistent sur le casting global. Après les forfaits de Rafael Nadal et de Dominic Thiem, on peine encore à entrevoir l’allure du tableau principal à Tokyo. Pourtant, c’est bien la bannière d’un pays que l’on va défendre au Japon. Même si la médaille est individuelle, les athlètes engagés font partie d’une délégation, participent aux résultats d’un pays, et défendent leurs couleurs. Suffisant pour parler d’équipe nationale ? Peut-être pas. En effet, Novak Djokovic et Roger Federer semblent chercher une récompense personnelle plus que nationale lors d’un tel évènement. A chacun il leur manque ce titre pour étoffer définitivement un palmarès déjà gargantuesque.

N’y a-t-il alors qu’un Grand Chelem à domicile pour fédérer un pays derrière ses joueurs ? En France, cela y ressemble, surtout depuis la demi-extinction de la Coupe Davis. Les Jeux Olympiques auraient pu cette année réveiller ces ardeurs patriotiques mais l’ambiance crépusculaire à prévoir ne permet pas un enthousiasme fou. Quelles solutions adopter pour revoir le tennis déchaîner les passions au niveau national ? Est-ce encore possible ?

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