Basket NBA

Que doivent faire les Sixers avec Ben Simmons ?

Les années se suivent et se ressemblent à Philadelphie. Pleins d’ambitions cette saison encore avec la venue de Doc Rivers, Joël Embiid et les siens se sont encore retrouvés déçus en playoffs. Le revers en demi-finale de conférence face aux Hawks (4-3) fait réagir. Un homme est au centre des débats, Ben Simmons, particulièrement critiqué dans la défaite.

Trust the Process, mais pour combien de temps encore ? Les Sixers se sont de nouveau fait sortir des playoffs, cette fois par les Hawks, alors qu’ils partaient logiquement favoris. Leaders de la conférence Est cette saison, Ben Simmons and co sont au milieu d’une phase assez étrange. Un moment où, après la déception, des questions se posent quant au réajustement de l’équipe. Que changer dans l’effectif pour aller enfin au bout ? Le meneur australien est d’ailleurs au milieu de la discussion, puisqu’il est pointé du doigt comme un de ceux qui ont failli face à Trae Young et Atlanta.

Symbole des lacunes de l’équipe

Alors que les Sixers viennent de s’incliner sur son terrain face aux Hawks, lors d’un Game 7 sous haute tension, la frustration parle du côté des hommes de la Pennsylvanie. « Je vais être honnête, prévient Joël Embiid. Pour moi, le tournant du match, c’est le moment où on a laissé passer un dunk ouvert et on n’a mis qu’un lancer au final. »L’action que le pivot camerounais décrit ici, c’est celle de Ben Simmons. En fin de match, alors qu’il y a un écart de deux points au score, le meneur polyvalent travaille Gallinari au poste et impose sa puissance pour arriver au cercle. Seul sous le panier, il décide étonnamment de ne pas finir mais de délivrer une passe à Matisse Thybulle. Ce dernier sera bousculé et ne rentrera qu’un seul lancer : Phili reste derrière au score et ne remontera pas.

Une action qui témoigne surtout du manque de confiance de Simmons, pris à partie par une partie des observateurs. Il faut dire que depuis le premier tour de la campagne de Playoffs, « Fresh prince » catalyse les critiques, alors même que les mauvais résultats des Sixers sont avant tout collectifs. Doit-on parler du banc, qui n’a jamais réussi à créer une différence en l’absence d’Embiid ? Des rôle-players, qui n’ont pas réussi à apporter ? Ou encore de l’équilibre de l’équipe, qui reste très critiquable ? Mais ce qui marque le plus les fans et qui vaut à Simmons beaucoup de railleries, c’est cette fameuse difficulté aux lancers-francs. Dès le premier tour, les Wizards avaient utilisé cette technique, qui vise à envoyer le maladroit gaucher sur la ligne, afin de limiter les points de Philadelphie.

Une stratégie qui s’avère en plus gagnante, puisqu’au cours de ces playoffs, Simmons n’a rentré que 34% de ses lancers. Oui oui, 34%, soit 25 réussis sur 73 tentés. Une statistique dingue pour un joueur de ce calibre. L’Australien tourne pourtant à 61% en saison régulière, mais la pression qui lui a été mise par les adversaires était trop forte. Shooter des lancers-francs en fin de match, en sachant que l’on peut faire perdre son équipe, alors qu’il est loin d’être un spécialiste : mission impossible. Le hack-a-Simmons a donc aussi été utilisé par les Hawks, a bon escient. « Il galère sur la ligne des lancers-francs et c’est devenu un poids dans cette série », lançait Doc Rivers après le match 7.

Ces ratés ont, en plus, entraîné un gros manque de confiance chez le meneur, incapable de réciter son jeu correctement. Si on laisse de côté ce mauvais choix lors du Game 7, c’est durant tous les playoffs qu’il a sous-performé. 11,9 points, 2,3 turnovers, et beaucoup de mauvais choix et d’actions peu naturelles. Malgré ça, Simmons reste, Simmons. Un bon joueur, puissance, rapide, avec du skill et du Q.I basket. Ses 8,8 passes décisives et 7,9 rebonds ne sont pas anodins. Sans oublier le défenseur qu’il est, lui qui se classe deuxième cette saison dans la course au DPOY. Mais même lorsqu’il se défend, en vantant les mérites de sa défense, il reste raillé. Il avait subi de nombreuses critiques pour avoir simplement dit : « J’ai le sentiment d’être le meilleur défenseur de la ligue, je peux défendre sur les postes un à cinq ». Une phrase qui sent un peu l’égocentrisme, mais qui reste globalement assez vraie.

Comment le mettre en valeur ?

Et ces qualités précédemment citées ne sont d’ailleurs pas à négliger. Indéniablement, un Ben Simmons à son niveau apporte beaucoup plus qu’il ne pénalise. Ce n’est pas pour rien si les Sixers sont cette saison le deuxième defensive rating de la ligue, juste derrière les Lakers. Mais l’apport défensif des joueurs en NBA étant largement sous-estimé, Simmons ne brille pas par cette qualité. Ensuite, c’est au niveau offensif que l’Australien a besoin d’avoir un rôle plus précis, pour que son équipe puisse pleinement exploiter les capacités folles de son meneur. Son poste d’ailleurs, est une des premières interrogations à souligner.

En 2021, il est très compliqué en NBA de posséder un meneur qui ne shoote pas. Simmons possède donc un rôle hybride sur le terrain, se positionnant un peu partout. Tantôt meneur remontant le ballon, tantôt ailier-fort travaillant son adversaire au poste, et à l’affût près du cercle. Sa taille imposante lui permet de jouer comme un big man, en aide de ses coéquipiers. Il est le deuxième guard avec le plus de screen-assists cette saison, derrière Bruce Brown. Même si cette polyvalence est intéressante, elle doit être limitée afin que l’Australien trouve ne soit que fondu dans le schéma de jeu des Sixers.

Comme ici face à Clint Capela (Atlanta Hawks), Ben Simmons (Philadelphie Sixers) utilise beaucoup le jeu au poste. Credit: Bill Streicher-USA TODAY Sports/Sipa USA – Icon Sport

Pour cela, il doit d’abord être entouré de shooteurs extérieurs, mais aussi de ball-handlers. Cela lui permettrait de se pérenniser à l’intérieur, tout en gardant ses qualités de meneurs. En somme, puisque qu’il doit absolument jouer à l’intérieur pour marquer des points, il regrouperait sa puissance, son hustle avec ses skills et son Q.I basket. Avec un meneur en plus, Simmons aurait peut-être moins d’organisation à gérer, mais serait dans un profil qui lui correspond mieux dans la NBA moderne.

En tout cas, Simmons a la chance d’avoir le soutien global de son organisation. Malgré les lacunes affichées en playoffs, Daryl Morey a soutenu qu’il avait confiance en son joueur. De son côté, Doc Rivers s’est exprimé a confirmé que « Fresh prince » faisait encore clairement partie du projet, et que le travail allait payer. « Je crois toujours en lui mais on a du boulot. On va devoir aller à la salle et travailler dur. Je ne peux pas imaginer ce qu’il vient de traverser. Je vois ça comme un grand défi, mais un défi réalisable. »

De la compassion donc mais surtout des preuves de confiance qui doivent rassurer Simmons, alors que des rumeurs de trade apparaissent en cette fin de saison.

La solution extrême : un trade pour rebâtir ?

Parce que forcément, pour beaucoup, cette saison était la dernière pour Trust the Process. Et même si Daryl Morey et Doc Rivers ont déclaré vouloir le conserver, Simmons pourrait être une monnaie d’échange importante afin de rapatrier du monde à Philadelphie, autour de l’indéboulonnable Joël Embiid. Dans ce cas un peu extrême, il faut se poser la question : de quoi ont besoin les Sixers ? En cas de départ de Simmons, il faudrait forcément un meneur capable de distribuer le jeu, mais surtout de scorer.

Parce qu’Embiid s’est retrouvé trop souvent trop seul offensivement, la dimension du scoring doit être importante dans les arrivées. Il manque ces joueurs créateurs, qui peuvent faire la différence seuls pour soutenir le Camerounais. Tobias Harris, qui est loin de faire ses meilleurs playoffs cette année, pourrait aussi être dans le package. Aussi, une aide en sortie de banc pourrait ne pas être négligeable pour les Sixers. Cette année, Shake Milton a semblé un peu seul au scoring dans la second unit.

Mais pour aller chercher ces joueurs, il faut déjà savoir la côte de Simmons. Cette dernière est en baisse depuis les playoffs, mais elle ne semble pas si basse que cela. L’Australien est tout de même une denrée rare, rookie de l’année en 2018, trois fois all-star, all-NBA third team en 2020 et all-nba first defensive team en 2020 et 2021. À seulement 24 ans, il a encore du temps pour travailler un shoot qui lui permettrait de devenir un joueur encore plus complet.

En ayant ça en tête, il est possible que Simmons soit envoyé à plusieurs endroits. Pourquoi pas à Washington (en compagnie d’un autre joueur ?) en échange d’un Bradley Beal assoiffé de victoire. Il faudrait quand même ici voir l’intérêt de Washington, qui compte déjà Westbrook. Alors pourquoi pas chez une des équipes prioritaires à la draft 2021. Au vu de la cuvée exceptionnelle annoncée, un trade serait tout à fait possible contre un des premiers choix, ainsi qu’au moins un autre joueur. Tout ceci reste bien sûr des suppositions hâtives, qui n’ont pas demandé trop de réflexion. Mais alors, si Ben Simmons est tradé, contre qui pourrait-il être échangé ? Et ce trade serait-il la solution aux problèmes des Sixers ? Rien n’est moins sûr…

Ben Simmons est un excellent joueur. Un monstre capable d’être un lieutenant hors-pair. Mais Philadelphie a besoin de faire des réajustements pour pouvoir aller plus loin en playoffs. Le jeu de Simmons sera forcément impacté, et ce n’est pas plus mal, pour lui qui a besoin de trouver sa véritable identité.

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