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TDF 2021 – Ineos Grenadiers : trouver la bonne formule

Vainqueur de sept Tour de France sur les neufs dernières éditions, la super team Ineos-Grenadiers arrive sur cette Grande Boucle avec un goût de revanche. L’an dernier, elle n’avait pas pesé sur la lutte à la victoire finale, perdant son leader durant la troisième semaine. Cette année, elle revient avec les crocs et ne compte pas laisser passer deux années de suite son précieux.

Une formation toujours impressionnante

La formation britannique n’a pas été au rendez-vous l’an dernier sur les routes du Tour avec un Bernal diminué et dépassé contraint d’abandonner. Mais cette vision d’une bête blessée n’a en rien enlevé l’esprit glouton de la formation de Dave Brailsford. Quelques semaines après cette situation inhabituelle vécue sur les routes françaises, Ineos – Grenadiers remportait le Giro en faisant émerger un énième talent dans les hauteurs du cyclisme mondial, Tao Geoghegan Hart.

Cette année encore, Ineos – Grenadiers a établi une véritable razzia sur les courses à étapes à l’aube de la 108e Grande Boucle. Tour de Catalogne, Tour de Romandie, Tour d’Italie, Critérium du Dauphiné et Tour de Suisse. Cinq victoires avec cinq coureurs différents (Adam Yates, Geraint Thomas, Egan Bernal, Richie Porte, Richard Carapaz). Une performance inédite qui montre la force collective et la capacité de bon nombre de ses coureurs à s’élever comme meilleur élément d’une course World Tour.

Ineos – Grenadiers, c’est au minimum un grand tour remporté par saison depuis 2015. La série continue. (Photo : AFP)

Tadej Pogačar, Primož Roglič et Maximilian Schachmann sont les seuls coureurs des autres formations à avoir remporté une course à étapes du calendrier WT. Ces succès et cette confiance engrangée font d’Ineos – Grenadiers une équipe qui arrive avec de grandes ambitions dans ce Tour de France 2021.

Un monstre à plusieurs têtes

Contrairement au Giro où Bernal avait par son passif l’étiquette d’unique leader de la formation britannique, Ineos – Grenadiers arrive sur le Tour de France avec une stratégie autour de plusieurs coureurs. Dans les éditions précédentes, l’équipe de Dave Brailsford avait commencé par courir avec un leader unique en la personne de Bradley Wiggins ou Christopher Froome. 

Dès 2018 et l’ombre d’une non-participation de Froome, elle avait misé sur Geraint Thomas, se retrouvant quelques jours avant le début de l’épreuve à apprendre qu’elle devrait gérer deux leaders, dont un Chris Froome et son statut important. Cela fut également le cas en 2019 avec le duo Geraint Thomas – Egan Bernal. A chaque fois, le staff d’Ineos Grenadiers et notamment le regretté Nicolas Portal avait su gérer ces situations.

Nicolas Portal, formidable stratège de Sky/Ineos Grenadiers de 2011 à 2020. RIP. (Photo : EFE – Luis Eduardo Noriega A.)

Pour cette édition, ce n’est pas un ni deux mais trois coureurs qui se présentent avec le statut de leader. Un monstre à trois têtes composé de Geraint Thomas, Richie Porte et Richard Carapaz. Tao Geoghegan Hart – vainqueur du Giro en 2020 – arrive avec moins de références cette année et peut être considéré comme un équipier de luxe. Autour de ces quatre talents, la formation peut compter sur Castroviejo, Kwiatkowski, Rowe et Van Baarle, valeurs sûres d’Ineos Grenadiers pour protéger les leaders dans la plaine et travailler dans les cols.

Une hiérarchie à établir

Avec trois coureurs légitimes pour pouvoir atterrir sur le podium final de ce Tour de France, la formation de Dave Brailsford va devoir faire un grand travail de relations humaines durant les trois semaines. Lors des courses à étapes d’une semaine, les enjeux sont moins grands. Chacun travail sa préparation, les formes ne sont pas toujours les mêmes et travailler pour l’autre se fait plus naturellement. Mais dans un grand tour, objectif principal de la saison pour ses trois coureurs, chacun peut vouloir sa part du gâteau.

L’Equatorien Richard Carapaz n’avait pas pu défendre son Giro en 2020. N’arrivant pas prêt physiquement pour le Tour de France, il a dû jouer les équipiers de luxe pour Bernal avant de tenter en vain de remporter une victoire d’étape. Sur la Vuelta, l’équipe autour de lui était très faible.

Geraint Thomas, vainqueur du Tour de France 2018, a été gentleman en 2019 sur la Grande Boucle et a abandonné très tôt l’an dernier sur le Tour d’Italie. Ces deux coureurs sont très revanchards, d’autant que Geraint Thomas a 35 ans et ses années se comptent sur les doigts d’une main pour espérer un nouveau grand résultat sur les épreuves de trois semaines.

Geraint Thomas espère remporter un second Tour de France. (Photo : Marco Bertorello/AFP)

Richie Porte a semble-t-il atteint son plafond de verre en montant enfin sur le podium du Tour de France l’année dernière. Mais sa victoire impériale sur le Critérium du Dauphiné peut lui redonner de l’appétit dans ses ambitions personnelles.

Le parcours du début de Tour avec des étapes pour puncheur sur les terres bretonnes et un contre-la-montre dès le cinquième jour de course pourrait dessiner une certaine hiérarchie. L’effort solitaire de 27,2 kilomètres avec un tracé fait pour les spécialistes a de quoi faire quelques écarts, et permettre à des rouleurs comme Geraint Thomas et Richie Porte de prendre un longueur d’avance sur leurs coéquipiers. Le premier week-end alpin suivi de la double ascension du Mont Ventoux le mercredi 7 juillet vont définitivement mettre en avant les plus costauds en montagne.

Tous ces éléments vont amener Ineos – Grenadiers à gérer les ambitions personnelles de leurs coureurs leaders de les mettre à profit pour le collectif. Une chose que Nicolas Portal avait parfaitement su réaliser par le passé.

Les épines Roglic et Pogacar

Ils sont les deux meilleurs de courses à étapes du monde depuis plusieurs saisons. Quand Tadej Pogacar et Primoz Roglic sont présents sur ce type d’épreuve, les adversaires sentent très rarement l’odeur de la victoire finale. Richard Carapaz n’était pas passé loin sur le dernier Tour d’Espagne.

L’an dernier, Richard Caparaz a failli faire plier Primoz Roglic sur la Vuelta. (Photo : Photo News)

Pour ce Tour de France 2021, Ineos – Grenadiers va devoir adopter une stratégie offensive. Dave Brailsford l’a déclaré lors de la présentation de la start-list de l’équipe, “Nous ne gagnerons par le Tour de France en restant dans les roues”. Le message est clair. Ineos – Grenadiers doit perturber l’évidence, faire travailler les autres équipes en leur mettant la pression avec un surnombre pouvant étouffer l’adversaire. Les grimpeurs Geoghegan Hart et Carapaz seront dans cette optique des éléments clefs.

Ineos – Grenadiers s’apprête à disputer son douzième Tour de France. Après des années de gloire sous forme de dictature, elle arrive pour la première fois depuis bien longtemps avec des coureurs au statut d’outsider à la victoire finale. Les britanniques souvent ingénieux par le passé pour faire basculer du bon côté la course vont devoir une nouvelle fois se creuser la tête pour remonter sur le trône de France.

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