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La F1 en Autriche – terre de rebondissements

Pour la 35e fois de l’histoire, les montagnes Styriennes vont accueillir un rendez-vous du Championnat du Monde de Formule 1, avant la 36e dès le week-end prochain, toujours sur le tracé du Reb Bull Ring à Spielberg. Un circuit qui a connu plusieurs évolutions ces dernières décennies, et qui, même si on l’oublie, n’a pas été le seul à accueillir la manche autrichienne du mondial. Retour sur près de 60 ans d’histoire de l’Autriche en F1, à travers 8 Grand Prix marquants…

1964 – Première et dernière fois à Zeltweg

L’Autriche accueille pour la première fois un rendez-vous du Championnat du Monde, sur le tracé de Zeltweg. Un circuit de 3200m monté sur un vieil aérodrome désaffecté, et composé de seulement 4 virages et 4 lignes droites. Sur la piste, c’est Graham Hill qui se montre le plus rapide en qualification sur sa BRM, il boucle le tour en moins d’une minute dix à une vitesse moyenne de 165km/h. En course, nombreux sont les abandons (11), le tracé met les F1 de l’époque à rude épreuve. C’est finalement l’italien Lorenzo Bandini, pilote Ferrari, qui parvient à terminer le 105e et dernier tour en tête, afin de devenir le premier vainqueur du Grand Prix autrichien ! Avec seulement 9 voitures à l’arrivée, le circuit est loin de faire l’unanimité, il n’est pas adapté à ces monoplaces, et la F1 ne retournera plus à Zeltweg…   

1970 – Un Österreichring flambant neuf

6 ans plus tard, l’Autriche fait son retour au calendrier sur le tout nouveau circuit de Spielberg, situé non loin de Zeltweg, sur l’autre versant de la montagne. Un retour qui est en partie dû aux performances de Jochen Rindt, leader du Championnat du monde qui créé un fort engouement dans son pays. C’est un tracé moderne, fait de grandes courbes rapides, il s’impose rapidement comme un des favoris des pilotes, et devient incontournable. Ce week-end, tout le monde souhaite voir Rindt l’emporter à domicile, une victoire qui pourrait lui assurer le titre mondial. Le samedi étant perturbé par des averses, ce sont les résultats du vendredi qui sont utilisés pour former la grille de départ, Rindt décroche sa 10e pole en F1, devant les Ferrari de Regazzoni et Icks. Doublé dès le départ par les deux pilotes rouges, Rindt peine à remonter et voit son moteur rendre l’âme, il ne gagnera pas son Grand Prix national ! Devant, les Ferrari tiennent jusqu’au bout pour réaliser le doublé, Icks précédant Regazzoni. Personne ne le sait encore, mais Jochen Rindt vient de disputer sa dernière course, il décédera lors du prochain week-end à Monza, faisant de lui en fin de saison, le seul et unique Champion du Monde posthume de l’histoire…   

Jochen et Nina Rindt au Grand Prix d'Autriche de Formule 1 l'Österreichring à Spielberg.
Jochen Rindt et sa femme lors du Grand Prix d’Autriche 1970.
Crédit : Rainer Schlegelmilch/Getty Images

1980 – La première victoire française

Après un week-end délicat en Allemagne pour Renault, marqué par des défaillances de ressorts de soupapes, l’équipe française, par l’intermédiaire de Gérard Larousse et Bernard Dudot, ordonne à ses pilotes Jabouille et Arnoux de se limiter à un régime de 10 400 tours/minute, soit quatre cents de moins que d’habitude. Les motoristes espèrent que l’altitude du circuit autrichien compensera ce handicap en avantageant leurs blocs turbocompressés. Le week-end est d’abord marqué par le gros accident de Jochen Mass le vendredi, qui détruit sa monoplace dans le champ de maïs. Heureusement, il peut compter sur Prost, Lammers, Watson, et Villeneuve, pour l’aider à sortir indemne. En qualification, les Renault survolent, les Ligiers soupirent. Arnoux décroche la pole devant Jabouille ! Malgré un départ moyen, les deux français parviennent à remonter aisément, Arnoux en chef de file. Mais ses pneus vont progressivement l’abandonner et devra effectuer au total trois arrêt pour en changer. Jabouille n’en demandait pas tant, malgré une certaine dégradation, il tient bon pour décrocher sa deuxième et dernière victoire en carrière. Arnoux lui, dit définitivement adieu au titre…

1984 – Lauda en héro

En 13 ans, Lauda n’est pour l’instant jamais parvenu à remporter son Grand Prix national. Cette année, le titre se jouera entre lui, et son coéquipier Alain Prost. Les McLaren-TAG-Porsche étant les grandes favorites, Ron Dennis a délivré une consigne à ses pilotes : ceux-ci auront le droit de se battre jusqu’à dix tours du but. A ce moment-là les positions devront se figer afin de ménager la consommation en essence et assurer les résultats. Mais lors des qualifications, c’est Piquet sur sa Brabham qui vient chiper la pole, profitant des petits ennuis techniques de McLaren. Avant le Grand Prix, on s’échange les bons procédés entre Lauda et Prost, qui se respectent énormément. Lauda casse la fermeture éclair de sa combinaison et doit emprunter celle de Prost. Quelques instants plus tard, après son tour de présentation, Alain n’est toujours pas satisfait de son nouveau moteur. Il aurait besoin d’une nouvelle boucle de rodage. Lauda lui offre alors son casque et lui permet ainsi d’effectuer son tour de parade à sa place… En course, Prost doit conduire avec une main en permanence sur le levier de vitesse à cause d’un problème de boîte, il finit par partir à la faute et abandonner. Le même problème survient sur la monoplace de Lauda, qui, surmotivé par ses supporters venus en masse, tient pour s’imposer pour la première fois de sa carrière à domicile. Un grand moment pour lui et pour l’histoire de la F1 (400e GP), c’est également le tournant du Championnat entre les deux pilotes McLaren…

Le départ a été donné à nouveau mais le chaos persiste au Grand Prix d'Autriche de Formule 1 1987.
Le chaos au départ de l’édition 1987.
Crédit Rainer Schlegelmilch/Getty Images

1987 – Dernière danse sur la version longue

Ce Grand Prix a de fortes chances d’être le dernier couru sur cette configuration du tracé. Jugé moins adaptés aux F1 modernes, les accidents du week-end vont confirmer cette hypothèse. Dès le vendredi matin, Stefan Johansson débouche au sommet de la bosse sans visibilité qui précède la Rindtkurve, lorsqu’un chevreuil décide de traverser la piste, il heurte la bête à plus de 240km/h et détruit sa McLaren. Avec la pluie du samedi, Piquet empoche la pole avec son chrono du vendredi, moins d’un dixième devant Mansell. Après ces essais, de nombreux pilotes pestent contre le déficit de sécurité patent de l’Österreichring. L’accident de Stefan Johansson soulève évidemment la plus grande polémique surtout que l’animal avait été repéré par des commissaires quelques minutes avant l’accident, sans que la direction de course ne soit prévenue ! De plus, les voitures sont souvent mal évacuées, et les pilotes dénoncent aussi l’asphalte bosselé et les rails de sûreté ridiculement bas. La course ne va rien arranger puisque l’on assiste à deux carnages, premièrement Martin Brundle heurte une foule de ses concurrents sur la ligne droite et lors du nouveau départ, Nigel Mansell et Gerhard Berger partent prudemment, et se font rentrer dans l’arrière par la meute à leurs trousses. Plus de dix voitures sont endommagées dans les deux collisions. Mansell l’emporte sur sa Williams et est le dernier vainqueur sur la version longue du circuit…

1999 – La remonté de Mika Hakkinen

Désormais couru sur l’A1 Ring, un tracé beaucoup plus court de 4319m, cette 22e édition du Grand Prix d’Autriche est le premier disputé après le gros accident subit par Michael Schumacher à Silverstone. Le champion allemand souffre d’une double fracture tibia-péroné et sera éloigné des paddocks pendant plus de 4 mois, ce qui laisse le champ libre à son rival finlandais. Ce dernier signe la pole devant son coéquipier Coulthard, et devant Eddie Irvine, propulsé par défaut nouveau leader de la scuderia. Alors qu’une démonstration d’Hakkinen semble se préparer, il est harponné dès le deuxième virage par son coéquipier, et doit repartir en queue de peloton ! En pleine possession de ses moyens, l’irlandais Irvine offre un récital en deuxième partie de course, fait buter Coulthard, et signe la deuxième victoire de sa carrière pour revenir à quelques points d’Hakkinen au championnat. Hakkinen justement, réalise une course incroyable pour finalement terminer sur la troisième marche du podium. Il envoie un signal fort et s’impose définitivement comme l’homme à battre en l’absence de Schumacher…

Les pilotes Michael Schumacher et Rubens Barrichello au Grand Prix d'Autriche de Formule 1 2002.
Schumacher et Barrichello sur le podium du GP d’Autriche 2002.
Crédit Getty Images

2002 – La honte Ferrari

Ce Grand Prix d’Autriche 2002 représente une des tristes pages de l’histoire de la F1 sur le plan sportif. Rubens Barrichello, coéquipier de Schumacher chez Ferrari, réalise un week-end tout simplement parfait. Il réalise d’abord la pole avec près de trois dixièmes d’avance sur Ralf Schumacher, et relègue Michael à plus de six ! En course, c’est un nouveau récital, mais au moment de franchir la ligne, le brésilien ralentit afin de laisser passer Schumacher, sur ordre de l’équipe… On assiste alors à un des moments les plus étrange de la F1 dans son ère moderne, mêlant incompréhension et malaise. Schumacher est hué par les spectateurs au moment de monter sur le podium, les médias se déchainent contre la scuderia, « ils ont bafoué le sport ». Une décision aussi surprenante que précoce dans la saison. Sur TF1 à l’époque on peut entendre, « Quelle horreur, cette course, pour un champion comme Schumacher ». L’allemand avait-il vraiment besoin de cela ? Apparemment très gêné, il laisse monter Barrichello sur la première marche du podium pendant que l’hymne allemand est entonné. Ferrari revendique sa stratégie et affirme qu’elle pourra être répétée si cela peut permettre à Schumacher de se rapprocher du titre. Après ce triste épisode, une nouvelle réglementation sur les consignes d’équipe sera appliquée…

2016 – Sous haute tension

Sur un Red Bull Ring refait à neuf, Hamilton et Rosberg se donnent rendez-vous pour le 9e épisode de la lutte pour le titre. Ultra favorites, les Mercedes signent aisément les meilleurs chronos des qualifs, Hamilton en pole, Rosberg relégué à la 6e place avec sa pénalité. Hamilton maîtrise la course jusqu’à ce que Vettel explose un de ses pneus. La voiture de sécurité entre en piste, ce qui permet à Rosberg de prendre la tête grâce à une stratégie différente. Les deux Mercedes se tiennent jusqu’au bout, l’allemand qui rencontre des problèmes de frein est en sursis. Dans le dernier tour, Hamilton est dans la boîte de vitesse de son coéquipier et l’attaque à l’extérieur du virage 3. L’allemand ouvre sa trajectoire pour pousser Hamilton dans l’échappatoire, mais casse son aileron ! Le britannique s’impose en Autriche, Rosberg finalement 4e. Sur le podium, Hamilton reçoit une grosse bronca de la part du public (beaucoup d’allemands devaient avoir fait le déplacement). Contrairement à Barcelone ou les torts pouvaient être partagés, ici c’est clairement Rosberg qui a écarté Hamilton de la trajectoire. Toto Wolff, passablement énervé, déclare que des décisions d’équipe seront désormais prises…   

Le Grand Prix d’Autriche nous a toujours offert de belles courses, encore ces dernières années avec les succès de Max Verstappen, le podium de Lando Norris… Aujourd’hui pourrait bien représenter le premier break au classement en faveur du Néerlandais, pourra-t-il offrir à Red Bull une 4e victoire consécutive ?   

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