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Roger Craig, Facteur X

En NFL, les plus grandes légendes finissent au Hall of Fame, ce n’est un secret pour personne. Mais qu’en est-il des presque légendes ? Des monstres pas assez chanceux pour avoir évité les blessures ou les équipes mal construites ? Des excellents joueurs trop peu réguliers qui ont tout de même marqué des générations entières de fans ? Aujourd’hui, il est temps de leur rendre hommage : bienvenue dans le Hall of Very Good.

Tout le monde connait la dynastie des 49ers des années 1980. Avec quatre titres de champions et un jeu révolutionnaire, les hommes de Bill Walsh sont souvent cités parmi les meilleures équipes de l’histoire. Mais alors que Jerry Rice, Joe Montana, Ronnie Lott ou encore Dwight Clark sont largement reconnus par le grand public, c’est peut-être Roger Craig, le Runningback, qui est le meilleur symbole de la franchise californienne à cette période de l’histoire.

Roger qui ?

En 1983, les 49ers sont à un croisement dans leur histoire. Deux ans plus tôt, la nouvelle paire Bill Walsh et Joe Montana avait pris de court le monde du football en remportant le premier titre de l’histoire de San Francisco derrière une attaque révolutionnaire, la West Coast Offense. Mais désormais, après une campagne 1982 plus que décevante, le génie et son magicien se retrouvaient face à un défi des plus compliqués : rebondir et prouver la pérennité de sa philosophie de jeu.

Pour cela, Bill Walsh n’a que peu de munitions. À l’époque, la Free Agency libre n’existe pas, il est donc inimaginable de renforcer son effectif avec des vétérans. Et pour ce qui est des rookies, les 49ers ne sont même plus propriétaires de leur premier choix de la draft 1983. Autrement dit, il fallait réussir un véritable coup de poker pour renforcer les rangs de San Francisco à long terme cette année-là. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Walsh a joué la main de sa vie au meilleur des moments.

Avec le pick 49 (au deuxième tour), The Genius choisit alors Roger Craig, un Runningback de Nebraska qui avait terminé ses trois ans de carrière universitaire avec 2 446 yards et 26 touchdowns à son compteur. Jusqu’ici tout va bien. Mais alors que le jeune joueur correspond parfaitement au profil du coureur de l’époque (1m83, 101 kg et une bonne lecture de jeu), les observateurs restent sceptiques sur un point : en trois ans, Craig n’avait attrapé que 16 passes en tout et pour tout. Pas idéal quand on rejoint une équipe comme les 49ers.

Roger Craig sous le maillot de l’université de Nebraska

En 1983, les 49ers m’ont pris avec leur premier choix et je me suis dit « Woaw, il faut que j’apprenne à attraper un ballon ».

Roger Craig

Les chiffres

En NFL, on reconnait aussi les grands joueurs à leur capacité d’adaptation. Et Dieu sait que l’adaptation de Roger Craig a été radicale en 1983. Positionné dans le backfield comme titulaire, le jeune coureur a triplé son nombre de réceptions (48), engrangé plus de 1 150 yards au total, inscrit 12 touchdowns et est devenu le leader de l’attaque rouge et or. San Francisco craignait de sombrer après la saison 1982, Craig les a fait rebondir jusqu’en finale de conférence un an plus tard.

C’est finalement en 1985 que la double menace atteindra son apogée. Après avoir participé à la saison all-time des 49ers conclue par un titre un an plus tôt, Roger Craig explose tous les records dans le jeu offensif :

  • 92 réceptions (record pour un coureur à l’époque et plus haut total de la ligue cette année là)
  • 1050 yards à la course et 9 touchdowns
  • 1016 yards à la réception et 6 touchdowns
  • Une première sélection au Pro-Bowl
  • 4,9 yards par course et 11 yards par réception

Devenu ainsi le premier joueur de l’histoire à dépasser les 1 000 yards à la fois au sol et dans les airs, Roger Craig va continuer de dominer dans tous les aspects du jeu jusqu’à son départ de San Francisco en 1990.

Capable de dépasser les 1 500 yards (1988) comme d’attraper plus de 70 balles par saison, il restera à jamais le symbole de la West Coast Offense, une attaque fondée sur les petites passes et le gain de yards après la réception.

Le style de jeu

L’apport dans le jeu à la passe

Impossible de parler de Roger Craig sans évoquer son incroyable apport dans le jeu de passe. Que ce soit par de petits lancés dans le backfield ou de longs missiles au milieu du terrain, Joe Montana parvenait toujours à le trouver dans les meilleures conditions.

En 1985, ses 92 réceptions mènent la ligue entière et ses 1 016 yards le classaient aux portes du top 10. Avant l’éclosion d’un certain Jerry Rice, c’était Roger Craig, le meilleur receveur de San Francisco.

La puissance

Pour autant, l’ancien joueur de Nebraska était loin de ressembler à un 3rd down back moderne. Avec un gabarit plus proche du poste de Fullback, il était à son meilleur une fois la balle entre ses mains et les défenseurs en face de lui.

Pas la peine d’essayer de le plaquer de front, Roger Craig vous roulait dessus sans même vous avoir remarqué.

Les block :

Si Marshall Faulk et Christian McCaffrey sont parvenu à atteindre la barre des 1000 yards à la course et à la réception par la suite, seul Roger Craig l’a fait au poste de Fullback.

Et oui, on peut l’oublier mais jusqu’en 1988, le numéro 33 n’était même pas la première option dans le backfield rouge et or et avait pour principale mission de bloquer des Linebackers ou des Linemens défensifs un peu trop ambitieux.

L’explosivité :

Pas besoin de s’étendre sur la question. Craig était tout aussi capable de rouler sur les défenseurs que de les prendre de vitesse une fois un trou ouvert. All-Purpose Back évidemment, mais All-Skilled back, aussi.

L’équilibre :

En NFL, certains coureurs sont plus agréable à regarder que d’autres, c’est comme ça. Et avec son équilibre parfait, Craig donnait l’impression de s’adonner à un numéro de funambule à chaque action, une prouesse particulièrement satisfaisante à observer.

Collectivement

A-t-on réellement besoin de rappeler ce qu’étaient les 49ers dans les années 1980 ? Entre la sélection de Roger Craig en 1983 et son départ de la Baie sept ans plus tard, San Francisco a remporté pas moins de trois Super Bowl et a atteint la finale de la conférence NFC à deux autres reprises.

Pour autant, le coureur au numéro 33 n’a pas simplement joui du talent de ses coéquipiers, loin de là. Dans les moments les plus importants, il a toujours répondu présent et a marqué de son empreinte les Lombardi Trophy qui trônent aujourd’hui au Levi’s Stadium.

En 1984, contre les Dolphins d’un Dan Marino historique, il est passé à un cheveu du titre du MVP de la rencontre avec un total de 135 yards amassés en plus de trois touchdowns. Quatre ans plus tard, contre les Bengals, il aura été également un grand artisan du drive légendaire qui offrira à Bill Walsh une troisième bague en guise de cadeau pour son départ à la retraite.

Que ce soit en saison régulière ou en playoffs, il fallait toujours se préparer à affronter Roger Craig. Toujours. 

Fin de carrière :

En 1990, alors que l’effectif des 49ers commence à se délester de ses meilleurs élements, Roger Craig décide de suivre son coéquipier Ronnie Lott et de rejoindre les Los Angeles Raiders. Mauvaise pioche. A maintenant 31 ans, le Runningback a déjà largement dépassé ses plus beaux jours et ne terminera la saison 1991 qu’avec 590 yards à la course et, surtout, 136 yards dans les airs, le plus faible total de sa carrière.

C’est finalement à l’issue de la saison 1993, après deux ans sur le banc de Minnesota, que Craig raccrochera les crampons pour de bon, quittant alors la NFL avec près de 5 000 yards à la réception et une influence énorme laissée pour la génération future.

Près de 30 ans plus tard, l’absence de Roger Craig à Canton est encore un mystère. En une décennie, il aura donné une toute nouvelle facette au poste Runningback et aura accompagné l’une des plus grandes dynasties de tous les temps jusqu’à trois titres de champions. A jamais dans les coeurs des fans de San Francisco, il rejoint le Hall of Very Good haut la main, avec l’espoir de finir, un jour, avec un buste doré à son effigie.

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