NBA

La symphonie sans fausse note de Chris Paul

En mettant 41 points pour parachever la victoire finale des Suns dans la série face aux Clippers, Chris Paul est devenu le plus vieux joueur de l’Histoire à mettre deux fois 35+ points lors de close-out games en playoffs. 2021 est bel et bien l’année de l’apaisement pour le Point God, qui n’a jamais vu d’aussi près son objectif terminal : remporter un titre NBA.

Rares sont ceux qui, il y a encore deux ans, ne se sont pas rangés du côté des moqueurs. Un contrat en or massif, un niveau toujours satisfaisant mais des blessures – au pire moment – handicapantes, des performances malgré tout en dent de scie, … Chris Paul a cristallisé pendant quelques années les débats, souvent pour le plonger vers le bas. Depuis son départ à OKC et son arrivée aux Suns, c’est un Chris Paul qui fait l’unanimité qui jalonne les pistes des États-Unis pour écarter la concurrence. Ses playoffs 2021 ne sont rien d’autre une consécration, à 36 ans.

Sa carrière en playoffs, un scénario « Spike Lee-esque »

Un réalisateur de films peut aisément se servir des déboires de Chris Paul en playoffs pour un scénario haletant et au final heureux. En regardant en arrière, tout commence en 2014 lorsqu’il manque un premier rendez-vous, c’était face au Thunder du duo Westbrook-Durant. Le Point God a réalisé des erreurs qu’il n’a pas l’habitude de faire, encore moins dans un money-time. L’année suivante, patatras, le meneur se blesse contre Houston avec sa franchise des Clippers qui menait pourtant 3-1, et qui a finalement perdu en 7 manches. La fameuse époque des Corey Brewer, Dwight Howard entourant James Harden… Paul se blesse à nouveau en 2016 et en 2018, c’est sans conteste la blessure la plus difficile à digérer pour le meneur

Parti à Houston, il est avec son équipe prêt à mettre fin à la dynastie des Warriors dans une finale de conférence suffocante, tant les Rockets parviennent à pousser Golden State dans ses retranchements. Sur un appui simultané et un tir anodin pour lui, la cuisse le lâche et il doit sortir sur blessure en toute fin de rencontre. La poisse à son paroxysme. Sa blessure sape le moral des troupes, les Rockets perdent le match 6 et, lors du game 7, réalisent une contre-performance historique au tir (27 trois points manqués à la suite). Chris Paul a trop souvent laissé passer sa chance à cause de ses blessures. Mais sa carrière en sinusoïde devait connaître les joies des NBA Finals pour prendre une ampleur encore plus grande. C’est enfin chose faite.

Symbiose mentale et physique

36 points pour porter le coup fatal à des Nuggets dépassés, 41 points (31 en deuxième mi-temps!) pour enterrer les derniers espoirs de Clippers pourtant fort dangereux cette année, Chris Paul propose un récital de basket dès que l’orage gronde à l’horizon. Les souvenirs d’une blessure à l’épaule contractée face aux Lakers au premier tour semblent aujourd’hui si lointains… Non, le Point God ne s’est pas blessé, n’a pas claqué sa cuisse après un shoot qu’il a pris des milliers de fois dans sa carrière dans un game 6, face à l’une des dynasties les plus étourdissantes de l’Histoire de ce jeu. Non, le corps de Chris Paul ne l’a pas lâché dans un moment couperet. Pour preuve, le meneur des Suns joue en moyenne 35 minutes par match et sait se révéler lors des moments chauds, signe d’un apaisement physique et d’une fraîcheur mentale lui permettant d’être dominant même tard dans un match. Qu’est ce que cela traduit ? Prend-il plus soin de son corps, s’écoute t-il plus ? Le principal intéressé s’est confié en postgame, avec une certaine émotion.

« Au fil des années, les gens m’ont mal parlé et souvent, je leur répondais, mais j’ai changé un peu. Un peu, un petit peu. Et j’ai continué à penser que si nous faisons ce que nous sommes censés faire, j’aurais le dernier mot. Donc, si on garde le cap assez longtemps, on les fait craquer, et c’est ce qu’on a fait. J’étais juste heureux et fier de notre équipe. »

Chris Paul, après la série gagnée par Phoenix contre Los Angeles. 30/06/21

Chris Paul a changé. Et l’atmosphère des Suns n’y est pas pour rien. Le lien indissociable avec son coach Monty Williams, sa manière de faciliter le jeu pour Booker et d’utiliser à merveille Ayton ont permis à ces derniers d’évoluer et de devenir de meilleurs basketteurs, certes, mais aussi de meilleurs êtres humains. Booker a développé sa science du jeu, a gagné en efficacité puisqu’il porte moins le ballon et puisqu’il a moins à s’épuiser en attaque. Ayton, lui, a gagné en concentration, en agilité défensive et en tellement d’autres choses… Que vous pouvez retrouver dans la grosse analyse basket #3 en podcast sur toutes les plateformes :

Sa présence s’est aussi ressentie chez d’autres joueurs, la rédemption de Cameron Payne en est peut-être le plus bel exemple. C’est tout un groupe qui tire dans le même sens, qui se fait confiance et qui adhère aux principes du coach. Après la victoire des Suns lors du Game 2, toujours contre les Clippers, la vidéo du FaceTime des Suns pour son meneur était devenue virale. Cette communion l’est tout autant.

Paul et O’Brien, tous les deux destinés ?

Il flotte dans l’air une odeur qui ressemble à celle de 2019, avec une certaine équipe des Raptors de Toronto. Ce qui a fait des Raptors une équipe qui a, peu à peu, convaincu l’univers public de ses chances pour ravir le titre, c’est sa capacité à être implacable en fin de match, à avoir une défense imperméable et à avoir un effectif bâti pour gagner. L’effectif des Suns est plus jeune (5,4 années passées dans la Ligue de moyenne, 7 années pour le 5 majeur et 5 sans Chris Paul) que celui des Raptors à la même époque (6,3 années, 8 années pour le 5 majeur) mais l’équilibre des forces prévaut. Chaque membre du 5 majeur des Suns a un rôle défini mais est polyvalent. Pour un adversaire, il n’y a aucun joueur à laisser seul en attaque comme aucun joueur à favoriser sur une match-up défensive. Chris Paul n’a peut-être jamais eu dans sa carrière un 5 majeur autant fait pour lui. Et c’est toute une franchise qui ressort grandie de cette association de compétences.

Le Point God, toujours en postgame du match 6 contre les Clippers, se souvient déjà du chemin parcouru lors de ces playoffs, pour lui comme pour son équipe, et ne voit pas cette si belle aventure prendre fin à la dernière étape.

Bon sang, mec, j’ai eu le Covid. Il y a juste une semaine, j’étais ici à la maison. Je ne pouvais pas être avec mes coéquipiers. C’est ce qu’on appelle un travail d’équipe. Ils ont gagné deux matchs dans cette série sans moi, et ça vous montre à quel point c’est fou. La première série, c’est le culot. Je gagne la deuxième série et je finis avec le Covid. C’était beaucoup et je ne le désire pas seulement pour moi mais pour tout le monde dans ce vestiaire

Chris Paul, après la série gagnée par Phoenix contre Los Angeles. 30/06/21

Les Suns vont-ils le faire et aller chercher le premier titre de leur Histoire, comme l’ont fait les Raptors il y a deux ans ? À l’heure actuelle, les joueurs de Monty Williams ne savent même pas quel sera leur adversaire en Finals. Une chose est sûre, leur meneur star sera, lui, bien présent. Et il rayonnera sans aucun doute dans l’ultime série de ces playoffs NBA, une période qu’il n’a jamais connu mais qu’il a tant attendu… Comment peut-il passer à côté ? Il ne manque plus que la note finale pour que la symphonie soit complète et rentre à tous jamais dans les livres d’Histoire. Mr Chris Paul, à vous de jouer.

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