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Alexandre Ruiz : « La pression qui m’attend désormais sera encore plus forte »

A l’âge de 34 ans, l’arbitre français Alexandre Ruiz, figure du Top 14 depuis une dizaine d’années, a pris la décision de mettre entre parenthèses sa carrière d’arbitre, afin d’intégrer le staff du MHR. Le Biterrois a accepté de revenir avec nous sur ses expériences vécues en tant qu’arbitre et entraîneur, mais aussi de se projeter sur son avenir.

Bonjour Alexandre, vous avez décidé à 34 ans de mettre entre parenthèse votre carrière d’arbitre pour prendre en charge la défense du MHR, quand est-ce que vous avez pris cette décision ?

A.R : « J’aime bien l’expression « mettre entre parenthèses » parce que c’est le cas à ce jour. Je n’ai jamais dit que je partais en retraite. L’âge légal de la retraite pour l’arbitrage c’est dans 11 ans pour moi, donc pour l’instant j’ai juste décidé d’accepter la proposition de contrat de 2 ans de Montpellier. Ce qui m’empêche forcément durant cette période de continuer à arbitrer en Top 14. La décision je l’ai prise dans la semaine qui a suivi la finale de Coupe d’Europe environ. Dans les quinze jours avant il y avait des discussions, dans les quinze jours qui ont suivi il fallait que je me positionne, on ne pouvait pas non plus attendre très longtemps. Par contre une chose est sûre, quand c’est sorti dans la presse rien n’était signé, donc c’est dommage de ne pas avoir attendu un peu plus longtemps pour que je puisse m’exprimer réellement quand c’était le cas. Et ça a été le cas quand le MHR a communiqué dessus. »

« J’ai conscience du privilège que j’ai eu de pouvoir continuer à arbitrer durant un an et demi contrairement à mes collègues arbitres du secteur amateur. »

Vous avez eu la chance de vivre, et de participer à des grands moments de l’histoire du rugby grâce à l’arbitrage, vous arrivez à réaliser ?

A.R : « Je vais me répéter mais on parle là de mon début de carrière, parce que moi dans ma tête rien n’est arrêté. Peut-être que légalement je ne pourrai pas revenir ou que je n’en aurai pas la volonté mais pour l’instant j’en sais rien. J’ai surtout conscience du privilège que j’ai eu de pouvoir continuer à arbitrer durant un an et demi contrairement à mes collègues arbitres du secteur amateur. Pour répondre à la question sur ce que j’ai vécu, peut-être qu’on peut parler de chance, mais pas de privilège car ce sont des choses que j’ai le sentiment d’avoir mérité. Ce sont des choses pour lesquelles j’ai travaillé, pour lesquelles j’ai fait beaucoup de sacrifices familiaux et personnels. J’ai souvent tendance à dire que j’ai commencé l’arbitrage très tôt, et quand mes potes sortaient en boîte à l’Amnesia au Cap d’Agde le samedi soir, moi je restais chez moi dormir parce que le lendemain j’allais arbitrer. Donc ma jeunesse elle a aussi été dictée par l’arbitrage et ça m’a obligé à faire des sacrifices. Oui c’est vrai que j’ai participé à de grands événements, et j’en suis fier. Je pense à la coupe du monde en 2013 de rugby à 7, la Coupe du monde U20 en 2014 à Auckland, les JO de Rio en 2016 ou encore la Coupe du monde 2019 au Japon. En passant aussi par les demies et barrages de Top 14, ou les huitièmes et quarts de finale en Coupe d’Europe. C’est clairement une chance, mais pas un privilège car c’est quelque chose que je suis allé chercher, et j’ai savouré au maximum tous ces moments-là. »

Alexandre Ruiz avait représenté l’arbitrage français aux JO de Rio en 2016. Crédit Photo : tousarbitres.fr

Et vous terminez cette première partie de carrière sur un match incroyable avec ce derby basque qui s’est terminé par une séance de tirs au but.

A.R : « Oui carrément. Après comme j’ai pu le dire ces derniers jours, je ne savais pas au moment d’arbitrer que ce serait le dernier, puis c’est seulement le dernier match de cet épisode un. En effet c’était un match juste incroyable, avec un scénario fantastique et une atmosphère de malade. Je pense que ce match va rester dans l’histoire durant des années, et pour moi ça restera quelque chose d’inoubliable. »

Vous vous rendez compte sur le moment que c’est incroyable ce qu’il se passe ?

A.R : « Sur le moment on se dit qu’il se passe quelque chose, qu’est-ce qu’il s’est passé j’en savais rien. En terme de rugby bien sur que je savais, mais je ne me rendais pas compte de l’ampleur. Le soir je mesurais sans mesurer, c’est le lendemain que j’ai drôlement mesuré. Quand je suis rentré chez moi, j’ai mis Canal en replay et je me suis remis le match. J’ai fait quelque chose que je ne fais jamais, j’ai écouté le match avec les commentaires, et cette ambiance que met Philippe Groussard d’entrée, avec sa voix que j’adore c’était énorme. Je crois qu’à ce moment-là, il a entraîné toute la France du rugby avec lui. Dès qu’il a commenté, que c’est rentré sur le terrain, je me suis dit « waw waw waw ». Le tout amené par l’ambiance, les fumigènes, les pétards, les 4900 personnes (rires), c’est génial. »

Nous avons vu que Pascal Gaüzère quittait lui aussi le monde de l’arbitrage, tout comme vous et Jérôme Garcès il y a peu de temps. Êtes-vous plutôt inquiet ou optimiste pour l’avenir de l’arbitrage français ?

A.R : « Pascal Gaüzère comme moi, ça a été une petite surprise pour certains de le voir arrêter. Mais il aurait été arrêté dans un an par son âge. Est-ce qu’il a eu aussi une opportunité pour le travail, certainement. Après je suis très optimiste pour l’avenir de l’arbitrage français, c’est vrai que si l’on regarde en arrière vers la Coupe du monde 2019, sur les cinq arbitres français présents, il n’en reste plus que deux. Mais l’arbitrage français n’a jamais été dépendant d’un seul arbitre et c’est ce qui fait sa richesse. Donc bien évidemment que d’autres arbitres vont arriver et faire le travail. »

Pas inquiet pour l’avenir de l’arbitrage français, monsieur Ruiz avait tout de même tenté de recruter Rory Kockott.

On va parler maintenant un peu plus de cette nouvelle aventure qui vous attend. Qu’est-ce qui a motivé cette décision de rejoindre le MHR, le projet, le besoin de faire une pause dans l’arbitrage, ou les deux ?

A.R : « Il n’y avait pas de besoin de faire une pause ou de voir autre chose, je n’en ressentais pas le besoin. Finalement, ce qui a vraiment influencé mon choix, c’est la proposition. En fait j’ai toujours entraîné, ça fait quinze ans que j’entraîne, je l’ai jamais caché, tout le monde le sait. Je suis parti de la base, j’ai entraîné des jeunes, des cadets, jusqu’à intervenir ces derniers mois dans le club de Béziers. Donc j’ai le sentiment d’avoir rempli toutes les étapes à ce moment-là, j’ai le sentiment d’avoir fait le taf, et là j’ai le sentiment que c’est une bonne opportunité. Parfois le train passe et moins convaincu qu’il repasse, donc j’ai décidé de saisir cette opportunité. Est-ce qu’elle mettra fin à l’arbitrage, seul l’avenir nous le dira. »

Outres les critiques habituelles que les arbitres subissent, nous avons appris ces derniers jours chez nos confrères de Rugbyrama que même vos proches ont été visés par des insultes sur les réseaux sociaux. Vous subissez vous-même les critiques des joueurs, staffs, présidents, supporters et parfois même des médias. Est-ce que ça a joué dans votre prise de décision ?

A.R : « Non ça n’a pas joué, tout d’abord parce que les réseaux sociaux j’y vais sans y aller et la presse je ne la lis pas. La seule chose que je lis, c’est quand on attaque personnellement et directement les gens par le téléphone et ça je peux le maîtriser et le juger. Pour le reste, c’est plus facile d’être caché pour dire ce genre de choses, venir le dire en face c’est toujours plus compliqué. Donc la facilité des réseaux sociaux j’en ai conscience, mais en aucun cas cette pression ne m’a gêné. Puis, je pense que la pression qui m’attend désormais sera encore plus forte. »

« Le coaching c’est quelque chose qui m’anime. »

Vous connaissez donc déjà bien ce boulot d’entraîneur, vous avez même déjà remporté un titre de Champion du Languedoc niveau honneur avec Sète. Ce goût du coaching ça vient d’où ?

A.R : « Quand j’ai commencé à arbitrer en Fédérale 3, j’ai dû arrêter de jouer pour pouvoir arbitrer le dimanche. Au bout de deux mois, le manque du vestiaire, de la relation, des copains s’est fait ressentir. Comme à cette époque là mon père entraînait l’équipe de Thau rugby, ça m’a offert la possibilité d’aller entraîner les cadets. Après mon père est dans le coaching depuis très longtemps, je l’ai toujours accompagné depuis petit. C’est quelque chose qui m’anime, qui m’a animé et qui m’animera encore longtemps j’espère. »

Vous avez aussi connu le haut niveau en tant que coach avec l’Union Cognac- Saint-Jean-d’Angély, et depuis quelques mois avec l’AS Béziers Hérault. Que retenez-vous de ces expériences ?

A.R : « Avec l’UCS c’était une aventure extraordinaire, on a perdu en finale du challenge Yves-Du-Manoir contre Mâcon, ça s’est joué à pas grand chose. C’était une aventure humaine géniale et franchement l’une de mes plus belles saisons. L’année d’avant on était champion avec Sète en honneur donc je connais deux finales en deux ans. Ensuite à Béziers les quatre mois c’était quand le club connaissait des difficultés. Les présidents Michaël Guedj, Jean-Michel Vidal et le coach Pierre Caillet ont fait appel à moi pour leur amener un soutien sur les phases de rucks et la discipline. Je savais très bien que c’était du temporaire parce que je n’ai jamais eu de contrat avec ces clubs. Cela va être différent à Montpellier mais je suis toujours animé par cette volonté de réussir et de bien faire les choses. »

La joie d’Alexandre Ruiz au moment de fêter le titre en honneur avec Sète. Crédit vidéo : Série Rugby

Vous pouvez nous expliquer en détail quel sera votre rôle au sein du staff du MHR ?

A.R : « Je ne vais pas être en charge de la défense, c’est sorti dans la presse par erreur. Ce n’est pas du tout mon poste initial, après ça pourra évoluer. J’ai d’abord demandé à occuper un poste où je n’aurai pas à faire les choix d’équipe, je ne ferai pas la composition d’équipe, et ça pour moi c’est déjà un soulagement, ça me permet de me libérer d’un poids. Je vais m’occuper de tout ce qui est le plan serré, c’est à dire les phases de contact, les attitudes au contact, les duels et les phases de rucks, ça concerne l’attaque et la défense. »

Vous allez aussi avoir votre mot à dire sur l’arbitrage j’imagine…

A.R : « Bien évidemment, j’ai oublié de le dire mais oui ça fait partie de ma fiche de processus je serai en charge de la discipline. Je ne peux qu’essayer d’amener quelque chose en plus aux joueurs sur ce secteur en effet. »

Ce sera possible de vous voir pester au bord du terrain ou en tribunes contre certaines décisions arbitrales ?

A.R : « Comme je dis depuis que je me suis engagé, ce qu’attend le grand public c’est que je me trompe à ce sujet-là, que je lève les bras au ciel et que les caméras soit braquées sur moi. Je sais que les caméras vont être braquées vers moi et je pense que tout le monde peut bien les regarder parce qu’elles n’auront rien de moi. »

« Je suis plus que jamais passionné. »

Arbitre, puis entraîneur au plus haut niveau, vous auriez rêvé de devenir un jour joueur professionnel, de jouer avec le XV de France ou de soulever le Bouclier de Brennus ?

A.R : « Alors c’est quelque chose qui ne m’a jamais animé dans un sens où c’est l’arbitrage qui m’anime depuis mes 14 ans. Et depuis mes 14 ans je vis pour l’arbitrage, j’avais comme idole Raphaël Ibañez mais je n’ai jamais voulu devenir joueur pro. Je ne me suis jamais projeté sur ce que j’aurai pu être, je me demande toujours quelles sont mes opportunités et qu’est-ce que je peux faire, et je me dis prends le plaisir et régale toi. Donc l’opportunité que j’ai eu c’est de devenir arbitre en partant de la base tout en continuant à entraîner. Tout ça me passionne et le jour où ce sport ne me passionnera plus de cette manière, j’arrêterai. Mais aujourd’hui je suis plus que jamais passionné. »

Et vous occupiez quel poste en tant que joueur avant de devenir arbitre ?

A.R : « Le poste le plus pénible (rires). »

Demi de mêlée ?

A.R : « Exactement ! »

Donc vous arbitriez déjà un peu…

A.R : « C’est pas un peu, c’est beaucoup même (rires) ! »

Merci Alexandre d’avoir accepté de nous accorder un peu de votre temps. Nous vous souhaitons désormais bonne chance pour cette nouvelle aventure qui s’annonce avec le MHR !

A.R : « Merci à vous ! »

Propos recueillis par Lucas Jacquet

(1 commentaire)

  1. Cet arbitre a pourri le rugby pendant dix années, il est atteint de sliffonite aiguë, voit des fautes partout, hache les matchs, demande la vidéo pour un rien, et discute tout le match avec les joueurs…un vrai tyran et bon débarras !

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