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Euro 2004 : Les héros grecs sur le toit de l’Europe

Il y a dix-sept ans jour pour jour, la Grèce s’envolait vers les sommets en battant le Portugal en finale de l’Euro 2004. A quelques semaines de leurs Jeux Olympiques, les grecs étaient sur le toit de l’Europe en football. Un exploit digne des plus grands héros de leur mythologie tant l’exploit semblait impossible.

« Parfois, les moins bons gagnent. »

Otto Rehhagel, sélectionneur de l’équipe grecque pendant l’Euro 2004

Un football grec peu convaincant

Alors que l’équipe grecque débute l’Euro 2004, les attentes ne sont pas élevées. En effet, dans le pays de naissance des Jeux Olympiques, le football ne rime pas avec réussite. Au cours des phases de poule du mondial 1994 ou de l’Euro 1980, seules compétitions auxquelles les grecs ont participé, ils n’avaient gagné aucun match.

Et si le football reste le sport le plus populaire en termes de licenciés, les clubs ne font pas beaucoup mieux. Seul le Panathinaikos a atteint une finale de coupe d’Europe lors de la saison 1970-1971. Cela est bien loin des 6 victoires de ce même club en basket.

Les grecs sont donc loin de faire figure de favoris aux débuts de l’Euro 2004. Et l’objectif pourrait être à portée de main : enfin gagner un match lors d’une compétition internationale.

Pourtant, un choix fait par la fédération quelques années plus tôt, va être à l’origine du rêve.

Le choix « König Otto »

En 2001, la fédération grecque choisit Otto Rehhagel pour son équipe nationale. Il a la lourde tâche de relancer l’équipe, celle-ci étant déjà hors-course pour la coupe du monde 2002. Avec lui, elle fait le choix d’un entraineur étranger capable de sortir le meilleur de ses effectifs.

En effet, en tant qu’entraineur, il a été l’artisan de la décennie victorieuse du Werder Bremen en Allemagne. Il reprend le club en 2ème division au cours de la saison 1980-1981, après qu’il ait pendant longtemps joué les bas de classement de Bundesliga, ne dépassant pas le milieu de tableau depuis plus de dix ans. Il sera par la suite 2 fois champion d’Allemagne avec eux, gagnera 2 fois la coupe d’Allemagne, et gagnera également la coupe des vainqueurs de coupe en 1992.

« Il disait  la composition et nous faisions le reste. Tout le monde aidait en défense, même les attaquants, poursuivant le ballon dès qu’on l’avait perdu. […] Otto avait ce sens incroyable de la façon de construire une équipe. »

Olaf Marschall, attaquant de Kaiserslautern.

Après un échec relatif au Bayern (2ème en championnat mais vainqueur de la coupe de l’UEFA), notamment à cause de problème de gestion des égos, il est l’entraineur à la tête du 1. FC Kaiserslautern lors de leur titre de champion d’Allemagne pendant la saison 1997-1998. Cette victoire est un véritable exploit, le club restant à ce jour, le seul club promu ayant réussi à devenir champion juste après sa montée.

Pour réaliser cet exploit, il s’était basé sur une équipe où chacun donnait sans compter, faisant de celle-ci un très bon collectif. Au cours de cette campagne, de nombreux buts ont été mis en fin de match, montrant l’importance de l’équipe et des remplaçants dans son système.

Rehhagel champion d’Allemagne avec Kaiserslautern (DAPD)

En récupérant l’équipe grecque, il décide d’y appliquer une discipline de fer afin d’obtenir le maximum de son groupe parfois rongé par les individualités auparavant et pas le plus « concentré ».

« Mes joueurs étaient tous talentueux individuellement, mais ils ont dû réaliser que des règles existent. Qu’il y a un esprit de groupe à partager. »

Otto Rehhagel après France-Grèce.

L’Euro 2004, l’exploit du petit

La campagne de l’Euro avait pourtant mal débutée, la Grèce perdant 2-0 ses deux premiers matchs de qualification (face à l’Ukraine et l’Espagne). Mais déjà là, elle finit par être l’artisan d’un petit exploit en terminant devant l’Espagne avec 18 points (contre 17). Pour cela, elle gagne ses six matchs suivants, le tout sans encaisser le moindre but. Elle ne marque à cette occasion que 8 buts, contre 16 sur la même période pour l’Espagne. Mais c’est bien suffisant pour participer à l’Euro au Portugal.

De plus, sa victoire face à l’Espagne 1-0 durant ses qualifications font comprendre aux joueurs qu’ils ont le droit d’y croire et qu’ils peuvent gagner face à des « gros ».

Dans la poule du Portugal, de l’Espagne et de la Russie à l’Euro, Rehhagel décide de miser sur la stabilité défensive de son équipe. En effet, l’effectif ne rivalise pas avec ses concurrents en termes de qualité technique individuelle. C’est donc grâce au collectif qu’il faudra les battre.

Onze grec aligné lors de la finale face au Portugal, très proche de celui utilisé pendant l’ensemble du tournoi.

L’effectif de la Grèce compte 15 joueurs évoluant dans le championnat national. Face à elle, on retrouve au long de l’Euro notamment :

  • Le Portugal, à domicile et doté d’un effectif composé de Luis Figo, du jeune Cristiano Ronaldo et de 5 titulaires évoluant au FC Porto vainqueur de la Ligue des Champions cette année-là.
  • L’Espagne avec Iker Casillas, Carlos Puyol
  • La France, championne d’Europe en titre comportant des joueurs évoluant dans les plus gros clubs européens comme Zidane, Henry et Trezeguet pour ne citer qu’eux
  • La République Tchèque de Pavel Nedved, Jan Koller, Tomas Rosicky et Petr Cech.

Des équipes avec des effectifs bien plus impressionnants que le sien et tous parmi les favoris à la victoire finale. Elle va pourtant les faire déjouer tour à tour grâce à sa supériorité numérique en défense. En effet, la Grèce adopte un marquage individuel face à ses adversaires avec toujours un défenseur supplémentaire pour faire la couverture. Elle n’hésite pas à défendre en nombre une fois qu’elle a marqué, son jeu très défensif se faisant particulièrement critiquer.

Dans sa poule composée du Portugal, de l’Espagne et de la Russie, dont les deux premiers sont favoris, elle arrive à s’imposer face au Portugal lors du match d’ouverture de l’Euro. Un nul face à l’Espagne alors que la Grèce est dominée et la victoire des portugais sur leurs voisins espagnols les envoient en huitième de finale. La Grèce ayant perdu face à la Russie elle a le même nombre de points et la même différence de buts que l’Espagne. On fait alors face à la première surprise de l’Euro lorsqu’elle se qualifie en quart grâce à sa meilleure attaque (4 buts marqués contre 2).

« Il sait utiliser les joueurs à sa disposition. Avec nous, il savait que nous devions attaquer […] Avec la Grèce , il s’est rendu compte que tant qu’ils étaient solides à l’arrière, ils marqueraient d’une manière ou d’une autre. »

Ciriaco Sforza, milieu de terrain de Kaiserslautern

En quart face à la France, demi-finale face à la République Tchèque, elle adopte la même tactique visant à empêcher les adversaires de se rapprocher de son but en défendant bas et compact, toujours en surnombre. Face à la France et la République Tchèque, la Grèce oscillera ainsi entre le 5-3-2 et le 3-5-2 en fonction des phases de jeu. Et aucun des deux pays ne parviendra à contourner sa défense avant de finir par tomber sur l’une des rares occasions grecques du match.

Souvent malmenés, les joueurs défendent avec beaucoup de cœur, en équipe soudée pour éviter de se faire rattraper au score, avec Antonios Nikopolidis dans les buts finissant meilleur gardien du tournoi en récompense de son œuvre.

Angelos Charisteas célébrant son but lors de la finale face au Portugal (AP Photo/Armando Franca)

Elle ne perdra pas sa capacité à marquer sur le peu d’occasions qu’elle se procure lors des matchs à élimination directe, se contentant de contre-attaques. Au cours de la phase finale, elle ne marque que 3 buts et n’en encaisse aucun. Tous sont marqués de la tête, et deux d’entre eux sur coups de pieds arrêtés.

Lors de la finale face au Portugal, elle subit 22 tirs et ne tire qu’à 5 reprises. Mais la tête sur corner de Charisteas terminant au fond des filets est suffisante. Et lorsque le coup de sifflet final retentit, un goût amer reste pour les portugais, comme ont pu le vivre les autres équipes avant eux : parfois, les moins bons gagnent. Leur finale est à l’image de leur Euro, peu clinquante et offensive, mais les grecs ont subit en équipe et leurs adversaires n’ont pas réussi à trouver la faille une fois de plus.

« Otto Rehhagel a changé notre façon de jouer. On dit que c’est une façon de jouer démodée, mais celui qui gagne a toujours la meilleure façon de jouer. »

Dabizas

Malgré son jeu peu beau à voir, la victoire de la Grèce à l’Euro 2004 fut un conte de fée dans le foot européen dont les plus gros sortent souvent vainqueurs. Mais le rêve fut de courte durée pour la sélection hellénique qui n’a pas réussi à renouveler son exploit. Après des qualifications aux différents tournois et des succès en phase de poule, ils ne parviennent plus à se qualifier en compétition internationale depuis le 29 juin 2014, date de leur élimination aux tirs au but face au Costa Rica lors du mondial brésilien. Mais leur histoire restera comme l’une des plus belles pages du football européen, celle où un petit bat un plus grand grâce à sa détermination, son envie, une équipe soudée faisant preuve de solidarité et soupçon de chance. Une histoire rappelant que rien n’est jamais joué d’avance et qu’il sera toujours permis de rêver.

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