EURO 2020 Foot

Björn Kuipers, lui aussi sur le toit de l’Europe

Si les joueurs sont les musiciens d’un match de football, l’arbitre en est le chef d’orchestre. Par ses coups de sifflets et à l’aide de ses cartons, il influe sur le rythme et sur l’intensité du match. Ce dimanche 11 juillet 2021, pour la finale de l’Euro 2020 entre l’Angleterre et l’Italie, c’est Björn Kuipers qui aura la baguette entre les mains. Et le sifflet entre les lèvres. Portrait.

L’histoire d’amour entre Björn et le football commence très tôt. Mais contrairement à beaucoup, c’est sur la touche qu’il découvre le football. Grâce à son paternel. « C’était un arbitre amateur, et j’allais souvent à des matchs avec lui », explique-t-il lors d’une interview à l’UEFA avant la finale de l’Europa League entre l’Olympique de Marseille et l’Atlético Madrid, en 2018. 

Puis c’est balle au pied qu’il fait ses premiers pas dans ce sport. Il joue alors dans l’équipe locale de Quick’20. Mais très vite, il perd l’intérêt qu’il avait jusqu’ici. Sa carrière ne dure que quelques années, mais c’est pour laisser plus de place à la seconde : celle d’arbitre. Et c’est à 16 ans qu’il prend le sifflet. Toujours grâce à son paternel. « Il m’a conseillé de m’essayer à l’arbitrage, que j’allais sûrement aimer ça. Et en effet, j’ai adoré », poursuit-il. 

Björn Kuipers, en 2011 (Crédit : ©Sportsfile)

Cependant, il ne s’attendait pas à atteindre les sommets. « J’ai eu de la chance, car j’ai été coaché et j’ai été guidé par de très bonnes personnes tout au long du processus. » Par son père, évidemment, par sa famille en général, et par Jaap Uilenberg, son compatriote néerlandais et membre de longue date de la Commission des arbitres de l’UEFA. Björn, l’assure, il a été une source primordiale, tant pour des conseils que pour les encouragements. 

Les études avant tout 

Au début des années 90, Björn est encore loin de cette finale d’Euro. Il est jeune, et surtout étudiant. Ce natif d’Oldenzaal, petite ville à l’est du pays, à la frontière allemande, s’inscrit à l’Université Radboud de Nijmegen, où il étudie l’administration des affaires. Et bien lui en a pris, car, aujourd’hui, Björn n’est pas seulement arbitre, mais également chef d’entreprise. Il est copropriétaire de plusieurs supermarchés C1000, rachetés en 2011 par Jumbo, dont son père était gérant avant lui. Il possède également un salon de coiffure dans sa ville natale. 

Outre les supermarchés et le salon, l’arbitre de la finale possède également une compagnie à son nom dans l’industrie alimentaire : la Kuipers Food Processing Machinery, ces derniers se décrivant comme « le spécialiste national de la transformation des noix »L’ensemble de ces affaires en font l’un des arbitres les plus aisés financièrement. 

Crédit : ©Iconsport.

Une destinée arbitrale

Mais malgré sa réussite dans ce domaine, sa passion reste le football. Il ne pouvait pas en être autrement. Car outre son père, le grand-père de sa compagne était lui aussi officiel. Andries van Leeuwen arbitrait déjà dans les années 1960.

Et à force de persistance et d’entraînement, il se fait remarquer, car à 29 ans, il débute sa carrière en seconde division néerlandaise. Le 20 septembre 2002, il est au sifflet de Stormogels Telstar – MVV. Le match se termine sur le score de 1 à 0 en faveur des locaux. Björn adresse cinq cartons jaunes en 90 minutes. 

Années après années, il prend l’habitude de regarder des vidéos des équipes qu’il arbitre pour pouvoir arbitrer du mieux possible en fonction du style de l’équipe. C’est de cette manière que lors d’un quart de finale de Ligue des champions en 2012, il a fait particulièrement attention à ne pas se retrouver dans les pattes des milieux de terrain barcelonais, alors adepte d’un jeu rapide et court.

Là encore, il ne tarde pas à monter les échelons. Trois ans plus tard, son nom fait partie de la liste A des arbitres de la Royal Dutch Football Association et est au sifflet, le 5 mars 2005, de sa première rencontre au plus haut niveau européen : Vitesse – Willem II, 2-0. Et depuis la saison 2005/2006, il n’a jamais arbitré moins de treize matchs lors d’une saison d’Eredivise. Preuve de sa régularité et de son niveau. 

Björn Kuipers lors de la Coupe du monde 2018.

Sa montée en puissance au niveau national ne passe pas inaperçue dans les rangs de l’UEFA. Qualifications d’Europa League en 2006/2007 (deux matchs), qualifications de Champions League en 2007/2008 (une rencontre), Europa League en 2008/2009 (dont le Napoli – Benfica en phase de groupe et le Shakhtar Donetsk – CSKA Moscou en huitième de finale). Puis la consécration lors de la saison 2009/2010. Björn est nommé sur cinq matchs de Champions League, quatre durant les phases de poule (Barcelone – Kiev ; Atlético Madrid – Chelsea ; Debreceni – Liverpool ; Wolsfburg – Manchester United) et une huitième de finale (Stuttgart – Barcelone). 

C’est fantastique de voir que l’UEFA estime à ce point Kuipers. L’instance désigne les arbitres en fonction de leurs performances et de leurs qualités. Le fait qu’ils aient choisi Björn pour ce match en dit long. Les arbitres néerlandais tels que Björn sont lentement formés et préparés pour être arbitre au plus haut niveau. Ils suivent un programme intensif durant lequel ils apprennent à gérer les erreurs. C’est ainsi que Björn a atteint le plus haut niveau. Cela peut sembler simple, mais seuls quelques-uns sont à la hauteur.

Dick van Egmond, coordinateur des arbitres de la fédération néerlandaise de football avant le match Barcelone – AC Milan, quart de finale retour de Champions League en 2011/2012.

Des erreurs, il en a commis, il en commettra 

Les erreurs justement, il en a commis, et des grossières. Parmi les plus retentissantes, et l’une de ses premières, celle concernant Luis Saurez, lors de l’Ajax – PSV du 20 novembre 2010. Dans une fin de match tendue entre les deux équipes (0-0), les fautes s’accumulent et Kuipers termine par expulser Rasmus Lindgren pour une faute sur Ibrahim Affelay. De là, les esprits s’échauffent encore un peu plus et Luis Saurez décide de mordre le cou d’Otman Bakkal, juste devant les yeux de l’arbitre. Mais lui ne voit rien et n’adresse aucune sanction à l’attaquant. Ce dernier sera finalement suspendu plusieurs matchs par la fédération, mais le mal est fait. Et Kuipers est sous le feu des projecteurs.

On pourrait citer le penalty accordé à Stuttgart lors de la rencontre de Champions League face au FC Barcelone (1-1), qui lui a valu de faire les gros titres le lendemain. 

Ou encore la rencontre entre le PSG et Manchester City de la saison dernière. Verratti était en colère au coup de sifflet final. En colère contre Björn, Kuipers. « Il m’a dit fuck you, deux fois. Moi, si je dis ça, je prends dix matchs ». Même son de cloche du côté d’Ander Herrera qui assure que l’arbitre de la rencontre a lâché un « fuck off » à destination de Leandro Paredes. 

Les Parisiens se souviennent aussi sûrement de cette autre rencontre, un soir de novembre 2018, lors du match nul 1-1 face à Naples. Ce soir-là aussi, Neymar s’était plaint des mots de l’officiel. « L’arbitre a dit quelque chose qu’il n’aurait pas dû me dire. C’était un manque de respect de sa part. Je n’ai pas envie de répéter ce qu’il m’a dit. J’espère que les gens au-dessus de lui peuvent agir. Il ne peut pas manquer de respect comme il m’a manqué de respect. » 

Un carrière tout en haut

Mais Björn Kuipers a toujours été soutenu par l’UEFA. Il reste l’un des arbitres les plus respecté et les plus efficaces. Il n’avait d’ailleurs pas hésité à haranguer Lionel Messi après une célébration qui lui semblait trop longue.

« Messi ! Allez ! Montre-leur un peu de respect. Allez ! Tu le fais à chaque fois. Pourquoi tu le fais ? Vas-y maintenant. »

Le secret de Kuipers pour garder ce niveau ? La force mentale. « C’est l’une des facettes les plus importantes pour un arbitre. Vous avez tellement de gens qui vous regardent et lisent à votre sujet lors d’un match, vous devez donc être fort et confiant dans tout ce que vous faites. » Un conseil qui s’applique aux arbitres professionnels comme aux arbitres amateurs. 

C’est en dressant le bilan de ses matchs arbitré que l’on se rencontre de l’importance qu’il a su prendre sur la scène internationale. Finale de l’Europa League en 2013, finale de la Champions League en 2014, finale de l’Europa League en 2018, finale de la Coupe du monde 2018, en tant que quatrième officiel, et bientôt finale de l’Euro 2020. Il est le seul à avoir réalisé de telles performances. 

Et fort à parier que l’on n’est pas près de le voir s’éloigner des terrains. Car à 48 ans, il en a encore sous la semelle, et dans le sifflet.

Quelques statistiques

Coupe du monde : 7 matchs, 16 cartons jaunes, 0 carton rouge. 

Qualifications Coupe du monde : 12 matchs, 48 jaunes, 0 rouge. 

Euro : 8 matchs (sans compter celui de ce soir), 30 jaunes, 0 rouge. 

Qualifications Euro : 12 matchs, 52 jaunes, 1 rouge. 

Champions League : 59 matchs, 216 jaunes, 11 rouges. 

Europa League : 23 matchs, 94 jaunes, 5 rouges. 

Eredivise : 313 matchs, 962 jaunes et 52 rouges. 

Total, toutes compétitions confondues : 636 matchs arbitrés, 2 075 jaunes, 106 rouges. 

Photo de couverture. Crédit : MARIUS BECKER / DPA.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :