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Euro 2004 : Lettonie, un pays des baltiques à l’Euro…

L’Euro 2020 est une occasion de se replonger dans des parcours fabuleux d’équipes surprises qui ont fait la légende de cette compétition. Si pour certaines équipes la surprise a été poussée jusqu’à la victoire ou la défaite en finale (telles que le Danemark 92, la République Tchèque 96 ou encore la Grèce 2004), pour d’autres, le simple fait d’avoir intégré la phase finale d’un Euro est un exploit. C’est le cas de la Lettonie, seul et unique pays des baltiques à avoir réalisé pareille prouesse en 2004, année de toutes les surprises.

Une histoire mouvementée

La Lettonie a obtenu son indépendance en 1918, à la fin de la Première Guerre Mondiale. Elle joue son premier match le 24 septembre 1922 à Riga, sa capitale, contre l’Estonie. Dès la fin des années 30, la Coupe des Baltiques va permettre à la Lettonie de se frotter annuellement à la Lituanie et l’Estonie. On vous en parlait il y a quelques semaines. Le pays s’est peu à peu imposé comme la meilleure nation des baltiques, remportant 14 des 28 éditions.

La Lettonie est un des nombreux voisins de la Russie actuelle (Crédit : Wikipédia)

La Coupe des Baltiques fut notamment mise en pause de 1940 à 1990, période pendant laquelle la Lettonie est passée sous influence soviétique. Redevenue indépendante en 1990, elle joue son premier match reconnu par la FIFA le 8 Avril 1992 face à la Roumanie. Le pays connait ensuite un « âge d’or » à son niveau durant les années 2000 (classée en moyenne autour de la 70ème place au classement FIFA), avant de redescendre dans la hiérarchie depuis 2012, au-delà de la 100ème place.

Pourtant, rien n’était gagné. Au début des années 90, la Lettonie est divisée. Certains joueurs sélectionnés sont nés en terre russe, créant une hostilité des fans, et le prix des billets au stade sont élevés pour l’époque. Ainsi, les premières années sont difficiles, avec beaucoup de défaites et peu de victoires et de supporters, avec en pont d’orgue ce mois d’avril 2001, où les lettons deviennent la seconde équipe, à l’époque, à ne pas s’imposer face à Saint-Marin (match nul 1-1 en qualification pour la Coupe du Monde 2002). Un énorme échec en forme de déclic.  

En ce mois d’avril 2001, la Lettonie réalise une des pires performances de son histoire (Crédit : Youtube/1986soccerman)

Une qualification en barrages au bout du suspense

La Lettonie tombe dans le Groupe 4 pour les éliminatoires à l’Euro 2004. A l’époque, la phase finale se joue à 16, il n’y a donc qu’un seul ticket direct par groupe de qualification, le deuxième devant passe par des barrages. Les lettons tombent avec la Suède et la Pologne, ayant participé à la Coupe du Monde 2002, mais aussi la Hongrie et Saint-Marin, adversaires de la honte pour les rouge-blanc-rouge ou « Sarkanbaltsarkanie ». Un groupe dans lequel la Lettonie devait au mieux se battre avec la Hongrie pour la troisième place.

Aleksandrs Starkovs devient le sélectionneur de la Lettonie en 2001 (Crédit : RTBF)

Un homme en a décidé autrement : Aleksandrs Starkovs. Le manager du club de Skonto FC accepte de prendre les rênes de la sélection en 2001. Il occupera d’ailleurs les deux postes jusqu’à faillite de Skonto FC. Rayonnant avec son ancien club, Starkovs connaît bien les contraintes de sa sélection : limitée par le nombre d’habitants du pays (2 millions), elle doit également faire face au vieillissement de ses cadres, et appelle donc à un rajeunissement de l’effectif, en capitalisant notamment sur les jeunes Juris Laizāns and Māris Verpakovskis. La mayonnaise prend.

Ceux qu’on surnommait également les Loups entament idéalement leur campagne de qualification en contenant les favoris suédois (0-0), dont un certain Zlatan, puis en enchaînant une victoire en Pologne (0-2) et deux victoires en forme de revanche contre Saint-Marin (3-0 et 0-1) : dix points en quatre matches.

Premier exploit pour la Lettonie avec cette victoire en terres polonaises 1 à 0 (Crédit : Youtube/sp1873)

Les défaites face à la Hongrie et la Pologne calment néanmoins les ardeurs lettones, avec comme seul point positif l’ouverture du compteur de la future star Māris Verpakovskis. Le reste appartient à l’histoire. L’attaquant letton est l’un des artisans de la victoire 3-1 à domicile face à la Hongrie avec un doublé. Il est également l’unique buteur d’une victoire historique en Suède, déjà qualifié pour l’Euro 2004, scellant la 2ème place du groupe pour la Lettonie et donc une qualification en barrage.

La Lettonie termine deuxième de son groupe de qualification (Crédit : Wikipédia)
La victoire face à la Suède au dernier match offre à la Lettonie le barrage ! (Crédit : Youtube/worldturnsonlv)

Le miracle d’Istanbul avant l’heure

Il reste néanmoins une marche immense à gravir pour atteindre le Graal : le barrage face à la Turquie en matches aller-retour. Une Turquie dans le top 6 au classement FIFA, qui sort d’une troisième place à la coupe du monde 2002, et qui n’a raté la qualification directe que d’un point derrière l’Angleterre. Sur le papier, l’écart est abyssal.

Sur le terrain, c’est une autre histoire. En plein mois de Novembre 2003, à des températures proches de zéro, les lettons réalisent le coup parfait face à une Turquie qui a sûrement sous-estimé son adversaire : Māris Verpakovskis marque un très beau en solitaire, puis la défense du 4-4-2 letton referme son piège défensif pour sécuriser une victoire 1-0. Devant un public letton de nouveau acquis à la cause des locaux, l’exploit est en marche.

Les joueurs lettons font le coup parfait face à la Turquie au match aller (Crédit : Youtube/archa000)

Le match retour quatre jours plus tard se déroule en Turquie dans une ambiance aussi bien incroyable qu’hostile : la tâche s’annonce compliquée. La Turquie ouvre le score en première mi-temps sur une reprise magnifique des 20 mètres d’Ilhan Mansiz et passe même en tête sur la double confrontation à la 64ème minute sur une erreur de la défense lettone, dans une ambiance de feu.

Fin de partie pour la Lettonie ? Au contraire, la fin de match est un exemple parfait du côté imprévisible que peut avoir le sport. Quelques minutes après le second but turc, la Lettonie obtient à coup franc. Un centre rentrant que personne ne touche et qui se loge dans les filets : 2-1. S’en suit un siège des buts lettons, dont la transversale repousse notamment une tentative turque. A la 76ème minute, sur une contre-attaque, Māris Verpakovskis crucifie tout un peuple et envoie la Lettonie à l’Euro. La défense de fer lettone tiendra pendant un quart d’heure interminable et au coup de sifflet final. La Lettonie devient le pays le moins bien classé au classement FIFA à atteindre l’Euro (hors pays hôte).

Dans un scénario dingue, la Lettonie se qualifie pour son premier Euro ! (Crédit : Youtube/sp1873)

En deux ans, la Lettonie est passée d’un match nul face à Saint-Marin à une qualification pour la phase de groupes de l’Euro. A Istanbul, deux ans avec la victoire mythique des Reds en finale de Ligue des Champions en 2005, un premier miracle s’est donc déjà produit.

Un Euro plus qu’honorable

L’histoire est taquine. Pour son premier Euro, la Lettonie tombe dans le groupe de la mort avec les Pays-Bas, l’Allemagne et la République Tchèque. Mais alors qu’on pouvait s’attendre à trois larges défaites logiques, la Lettonie va donner du fil à retordre à ses adversaires, à commencer par les Tchèques. La Lettonie ouvre le score en fin de première mi-temps contre toute attente, par l’infernal Māris Verpakovskis. En fin de match, Baros puis Heinz profitent d’un manque d’expérience letton pour offrir trois points à la République Tchèque, non sans mal.

Pour son 1er match à l’Euro, la Lettonie a longtemps fait douter la République tchèque, future demi-finaliste (Crédit : Ben Radford/Getty Images)

L’exploit du pays des baltique intervient lors du deuxième match face à l’Allemagne, finaliste de la coupe du monde deux ans auparavant. Dans un 4-4-2 devenu classique, les guerriers lettons résistent à l’armada allemande, Miroslav Klose en tête, et obtient un point du match nul en forme de victoire.

La défense lettone résiste l’Allemagne et permet au pays d’inscrire son premier point à l’Euro ! (Crédit : Baraque à Foot)

Encore en lice pour la qualification avant son dernier match, un exploit en soi, la Lettonie va malheureusement se heurter à la puissance néerlandaise, qui sécurise sa victoire 3-0 en première mi-temps avec un doublé de Van Nistelrooy. Les lettons quittent le Portugal derniers de leur groupe mais avec leur tête haute et des souvenirs pour des décennies. Pour certains anciens, c’est également le meilleur moment possible pour faire ses adieux à la sélection, tels que Blagonadezdins, Andrejs Stolcers ou encore Zemlinskis.

Une équipe de guerriers

Les joueurs mentionnés lors de la partie précédente ne sont pas connus, car la force première de cette équipe était son collectif rodé, parfait mélange entre vétérans expérimentés (de Premier League pour certains) et jeunes loups avec de l’énergie à revendre. Le tout organisé dans un 4-4-2 à l’assise défensive importante, peaufiné d’années en années par Aleksandrs Starkovs qui connaissait déjà bien certains joueurs. Au sommet de son histoire, l’équipe de Lettonie avait par ailleurs un accent très anglais.

La Lettonie était avant tout un collectif bien huilé (Crédit : Fan pictures)

Parmi les joueurs matures et vétérans, on peut mentionner Marian Pahars, héros du maintien en premier League de Southampton en 1999 et qui jouera pour les Saints jusqu’en 2006. Âgé de 28 ans en 2004, il a un rôle de remplaçant en fin de match.

Les plus anciens fans d’Arsenal ont forcément en tête Igors Stepanovs, grand défenseur central d’1m92 qui rejoint des Gunners à leur apogée en 2000. En trois saisons, il ne s’y imposera jamais et vadrouillera en Europe à partir de 2003. Il est néanmoins le roc de la défense lettone en 2004, régnant dans les airs.

Marian Pahars (à gauche) et Igors Stepanovs (à droite), deux vétérans de l’équipes en 2004 (Crédit : Daily Echo et Arsenal)

Comment ne pas évoquer le gardien Alexander Kolinko, remplaçant aux performances variables pendant trois ans à Crystal Palace. Si son passage anglais fut surtout marqué par le coup de poing reçu de son propre coach pour s’être moqué d’un but encaissé par les Eagles, il est capable d’élever son niveau de jeu lorsqu’il représente son pays. Son jeu au pied en contre-attaque est notamment une arme des lettons.

Enfin, le capitaine et vétéran de l’équipe n’est autre que Vitālijs Astafjevs, passé par les Bristol Rovers de 1999 à 2003. Milieu de terrain retraité en 2010, il a longtemps détenu le record européen de sélections nationales (165 matches en 16 ans) avant d’être détrôné par la légende Buffon en 2017.

Vitālijs Astafjevs (à gauche) et Alexander Kolinko (à droite), deux tauliers de l’équipe (Crédit : Alchetron et Wikipédia)

Pour finir, difficile de mentionner un autre « jeune » de l’épopée 2004 que Māris Verpakovskis. Jusqu’en 2003, à l’instar de certains de ses coéquipiers, l’attaquant d’1m73 joue à Skonto Riga, entraîné par son sélectionneur Aleksandrs Starkovs. Grand artisan de la qualification des lettons à l’Euro 2004 avec des buts aussi variés qu’importants, il est l’auteur du seul et unique but de l’histoire du pays en phase finale d’une compétition de grande envergure, face aux tchèques. Attaquant complet, il rejoint en 2004 le Dynamo Kiev avant d’enchaîner les prêts à partir de 2007, en Espagne, Croatie ou encore Grèce. Il est aujourd’hui encore le meilleur buteur de l’histoire lettone avec 29 réalisations.

Māris Verpakovskis est sûrement l’un des plus grands joueurs de l’histoire du foot letton (Crédit : Footballski)

A crépuscule de cet Euro 2020, difficile de ne pas faire un parallèle entre le parcours enchanté de la Macédoine du Nord et celui de la Lettonie à l’Euro 2004. Des nations non destinées à l’Euro mais qui y l’ont atteint au travers d’un collectif bien huilé et d’une volonté de jouer. L’épopée lettone est d’autant plus belle qu’à l’époque, seules 16 équipes intégraient la phase finale. Ce parcours aujourd’hui sans lendemain prend année après année plus de valeur, et pour bon nombre de fans lettons réconciliés avec leur sélection, c’est aussi l’occasion de dire « l’Euro 2004, j’y étais ».

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