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JO de Tokyo – Skateboard : À la rencontre de la culture skate française avec Sébastien Charlot

À moins d’un mois de l’ouverture des Jeux Olympiques, le CCS débute sa couverte de cet évènement sportif tant attendu. Parmi la quarantaine de disciplines présente lors de cette édition, le Skateboard fait sa première apparition et compte bien prouver qu’il mérite sa place tout autant que d’autres sports. Pour l’occasion, le CCS vous fais découvrir, à travers une série d’articles, les détails des compétitions à venir mais surtout en quoi ce sport véhicule parfaitement les valeurs olympiques.  

Après avoir présenté la discipline et ce qui nous attend à Tokyo, nous discutons aujourd’hui de la culture et de l’histoire du skate en France. Pour l’occasion, le CCS a eu la chance de s’entretenir avec Sébastien Charlot. Véritable référence dans les médias traitant du skate, il dirige le podcast Big Spin et le magazine Maelström.

Sébastien, pourriez-vous vous présenter brièvement et nous raconter votre implication dans le monde du skateboard?

S.C: « Au début des années 90, je découvre le skateboard dans ma banlieue qui touche la capitale, ainsi que sa culture, ses magazines et une communauté très liée. J’évolue dans ce petit monde à Paris, je passe beaucoup de temps dans la rue, je rencontre mes amis, entre 1995 et 2000 je travaille chaque samedi dans le skateshop Street Machine et, quand Benjamin Deberdt et Sébastien Caldas fondent le magazine papier SuGaR en 1997, j’y participe. J’en deviens rédac’chef en 2002, limogé en 2008. Je co-fonde un magazine généraliste dans lequel on parlera aussi de skate, Maelström. Et depuis trois ans, je fais le podcast Big Spin, des interviews des acteurs du skate français. »

Comment décririez-vous la culture du skate en France et comment a-t-elle évolué au fil des années?

S.C: « Dès l’apparition du skate, on a eu les yeux rivés sur ce qui se faisait aux Etats-Unis, et ça a été notre référence, on a baigné dedans, fortement, et on aimait y aller. On s’habillait, on écoutait, on skatait et on fantasmait l’Amérique. Donc en France, on retrouve des similitudes dans la manière d’appréhender le skate. Il y a un magazine dès 1989 en France, Noway, qui parle de l’Amérique et de la scène française.

En 1997, Jérémie Daclin fonde la marque de planches Cliché, et revendique un skate européen, ça décentre le skate, et vive émulsion à partir de ce moment. C’est aussi le renouveau des magazines français avec SuGaR, Tricks, Chill, avec des interviews et du skate, mais aussi beaucoup de cultures, de musiques, de graphisme et d’artistes liés au skate.

Peut-être que cette émulsion autour de la culture s’amenuise autour de 2010. Par contre une pratique très créative prend le dessus avec une nouvelle génération, alors que jusqu’ici on suivait les modes Américaines. Les magazines disparaissent et la vidéo devient instantanée via Instagram, on fait du skate et on se filme. Tout le monde prend la parole via son réseau social, l’info circule tellement rapidement que les intermédiaires, médias et autres n’ont plus le même rôle de “passeurs”.

En 2020, c’est encore différent, la pratique n’a jamais été aussi importante et diversifiée, le skate se démocratise et n’est plus vraiment un “lifestyle”, un mode de vie. C’est plus un sport et un hobby, facile d’accès, avec néanmoins toute une galerie de personnages haute en couleurs, qui balisent et préservent les us et les coutumes. »

Pensez-vous que cette culture et la façon de pratiquer le skate sont différentes d’un pays à un autre?

S.C: « La Californie a influencé la pratique. Autour de 1995, les magazines américains mettent en avant le skate de la côte Est, New York et Philadelphie. Plus rugueux, plus radical, avec des personnages plus clivants. Et pas les mêmes images, car pas de soleil éblouissant toute l’année. Et tout ça s’exporte, ce courant fonctionne bien à Paris notamment. Et en fonction des mœurs, de la météo, de l’architecture, du pouvoir d’achat, des politiques des villes, tout ça va fabriquer des scènes skate. Parfois plus techniques, plus axées sur la compétition, ou alors des pratiques en opposition aux courants dominants, qui seront plus chorégraphiques, esthétiques. Le skate à Londres est différent de celui de Barcelone, qui est différent de celui de Marseille. »

Image: Prado Skate Bowl de Marseille / Red Bull Skateboarding

Diriez-vous que le skate est considéré, par la société, comme un sport au même titre que des sports plus « traditionnels »? Pensez-vous que l’inclusion du sport aux J.O va faire changer les mentalités?

S.C: « Le skate reste une pratique différente, et la performance n’est pas toujours remarquable quand vous croisez une bande de skateurs dans la rue. Mais on m’a dit il y a quelques années que l’avènement de Youtube, et donc l’accès aux images de skate, avait contribué à ce qu’il soit bien plus accepté par les riverains, qui comprenaient enfin ce que les skateurs faisaient, et les encourageaient, les filmaient même. Au lieu de n’y voir que des casse-cous qui cassent le “mobilier urbain”.

Les J.O apportent un nouveau souffle, avec des performances, des notes, des catégories et la légitimité d’un sport officiel. C’est aussi un statut pour les compétiteurs, et tout un tas de choses et valeurs qui vont donner au skate de nouvelles perspectives et perceptions. C’est un changement de paradigme, que je ne perçois pas vraiment comme tel car je reste ancré à un skate de rue, parisien, de potes quarantenaires, qui nous apparaît comme une suite très logique à nos années 90. Mais ça change oui, et des grandes marques se retirent, des petites se créent, et des enseignes d’équipements sportifs entrent dans la ronde. Le skate n’est plus ni “underground” ni une subculture, mais reste synonyme de “cool”. »

Inversement, comment la communauté skate perçoit la participation de la discipline aux J.O?

S.C: « La communauté skate est critique en général face aux changements et à la récupération de l’image du skate. Mais elle constate aussi la lente progression du skate vers le domaine public et son acceptation par la société. Les J.O, ça reste gros à digérer, donc beaucoup de contestations et de discours. Par contre, les gens qui s’en occupent en France sont des militants acharnés et probes, et les jeunes de l’équipe de France qui ont un parcours de compétitions, sont aussi dans la rue (ou dans les bowls), les skateurs qui font l’opinion les connaissent et les côtoient, et tout le monde cohabite et se respecte.

Il me semble que c’est Victor Pellegrin qui a dit: “On critique les J.O, mais on sera tous devant notre télé pour encourager les Français !”. »

Pourriez-vous nous parler des skateurs/skateuses qui vont représenter la France?

S.C: « Je connais Vincent Milou et Shani Bru, que j’ai interviewés pour Big Spin, qui sont adorables et passionnés. Il y a Aurélien Giraud en tête de file qui fait déjà sensation auprès du grand public. Joseph Garbaccio est bon mais peut-être pas aussi aguerri que Vincent et Aurélien à ce petit monde des compétiteurs élitistes.

Pour les femmes, c’est plus compliqué il me semble, l’amplitude de niveau est beaucoup plus importante, et j’ai assez peu de vision sur la discipline “park”, donc je ne sais pas trop comment les placer.

Mon avis, et en exagérant un peu, est que ce sont Milou et Giraud qui ont des chances d’être remarquables, car en plus de leur niveau, ils ont peu de pression et une forte volonté de gagner, qui est une qualité rare en France. »

Pour terminer, avez-vous des conseils pour nous lecteurs qui souhaiteraient en apprendre plus sur ce beau sport?

S.C: « Aller sur Youtube et regarder les vidéos de Aurélien et Vincent, celles au Berrics, par exemple, où ils sont ensemble, et les vidéos où ils présentent des figures sur de la musique (on appelle ça une part’). Jeter un oeil sur Magenta Skateboards et leurs voyages, le skate chorégraphique de Léo Valls, les “slappies” de Jérémie Daclin, le doyen du skate français toujours en activité. Les vidéos de Lucas Puig et JB Gillet, qui sont nos skateurs les plus connus, et marquants. Les photos de Benjamin Deberdt, Clément Le Gall et Alex Pirès. Le magazine papier SuGaR qui est en kiosque, et bien sûr écouter Big Spin podcast ! »

Suite à cet entretien très enrichissant, nous souhaitons à nouveau remercier fortement Sébastien pour s’être prêter au jeu et nous avoir partagé sa riche expérience. Ne manquez pas la suite de cette série avec un troisième et dernier article où nous vous ferons découvrir la culture et la pratique du skate, à l’échelle mondiale, via l’émission « Skate le monde ».

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