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Rugby, un sport qui tue ?

Depuis le début du XXIe siècle, le rugby est devenu un sport de plus en plus violent marqué parfois par des drames que l’on ne voyait jamais auparavant. Explications sur les raisons de ces actes qui mettent en péril le rugby contemporain.


Sport de contact et d’évitement

Le rugby, ce sport qui nous fait vivre des émotions indescriptibles grâce à sa bonne humeur, son ambiance et sa convivialité. C’est le rendez-vous du dimanche après-midi dans les campagnes où se partage un verre après la rencontre qu’il y ait victoire ou défaite. Comme disent beaucoup d’amoureux de ce sport, c’est « l’école de la vie ». Ce sport où les spectateurs se réjouissent d’une percée fulgurante qui aboutit à l’essai ou d’un crochet dévastateur laissant son adversaire sur place. C’est ça le rugby. C’est la recherche des espaces pour faire avancer son équipe. Une recherche d’espace pour éviter le contact pouvant faire reculer. Malheureusement parfois ce contact est inévitable au grand bonheur du public qui s’empresse de crier un grand « ouuuh » au moindre plaquage rugueux ou à la moindre échauffourée qui démarre. Mais, ces derniers temps nous remarquons que ces actions sont de plus en plus fréquentes. A présent, une question se pose, est-ce que les joueurs n’oublient-ils pas les valeurs initiales de ce sport pour ne chercher que l’affrontement physique ? La culture des esprits désormais va dans ce sens. Chez les jeunes chacun pense être meilleur que son adversaire quand le dessus est pris physiquement sur lui. C’est-à-dire lorsqu’il y a résistance au plaquage, sans tomber ou en le faisant tomber lui. Chez les professionnels, l’esprit est de garder les pensées d’avant. Il faut encore trouver le trou dans les défenses, même si les chocs sont plus nombreux au fil du temps. A quoi cela est-il dû ?

Scène choquante en 2018, le clermontois Samuel Ezeala pris en charge par les secours à même la pelouse après une commotion cérébrale. Crédit photo Rugbyrama


Changements de physique, une cause

La cause principale de la hausse des chocs est sans doute le changement de carrure des joueurs. Avec le passage au professionnalisme en 1995, le physique des rugbymans a grandement évolué. Voici des chiffres scientifiques paru en 2019 dans un article du Figaro intitulé « Gabarits hors norme, blessures… Une histoire (scientifique et médicale) du rugby ». Ces chiffres sont appuyés par Jean Chazal et Jérôme Pérez médecins spécialisés dans le sport et dans le rugby : « En 24 ans les joueurs ont gagné 3 centimètres et 13 kg en moyenne. L’Indice de Masse Corporel (IMC) d’un joueur de première ligne est passé de 32 en 1997 à 34.8. Quand l’IMC se situe au-dessus de 30 on considère l’individu comme obèse. Mais chez les rugbymans le muscle a remplacé la graisse. Alors que la moyenne de masse graisseuse chez l’Homme est d’environ 17%, celle d’un joueur de rugby tombe à 10%« . Le gabarit physique des joueurs s’est donc fortement développé. Un développement dû à une préparation physique hebdomadaire hors norme. Les professionnels donnent une place primordiale à la musculation et au travail de leur physique (6 heures de musculation par semaine en moyenne au sein des clubs de l’élite). Ce lourd travail musculaire est dangereux pour la santé des joueurs. En effet, les muscles grossissent mais les tendons qui soutiennent les muscles eux ne grandissent pas ou très peu. C’est pourquoi, les blessures aux articulations sont de plus en plus fréquentes. De plus, les joueurs étant de plus en plus lourds, il est logique que l’évitement et la prise d’intervalle deviennent plus compliqués. Un joueur pesant plus de 100kg aura plus de chance de gagner du terrain en allant à l’affrontement direct avec son adversaire plutôt qu’en essayant de le contourner. Cela aboutit forcément à une hausse des commotions cérébrales, des traumatismes et des blessures sur un terrain. On a compté 97 sorties sur commotion cérébrale lors de la saison 2019/2020 de Top 14 alors qu’en 2012/2013 seulement 32 ! Même si les drames sont peu fréquents, ils n’ont pas été empêché. Louis Fajfrowski et Nicolas Chauvin ont perdu la vie à cause de plaquages. Ces évènements ont donc obligé les instances à prendre des décisions pour ne plus revivre de deuils comme ceux-ci.

Alexandre Ruiz a été le premier arbitre à sortir un carton bleu en Top 14. Image Canal+Sport


Drames et conséquences

L’été 2018 a plongé la grande famille du rugby dans le deuil. Louis Fajfrowski, jeune joueur de 21 ans est décédé lors d’un match amical de pré-saison opposant Aurillac à Rodez. Il a subi un plaquage appuyé l’obligeant à sortir du terrain avec l’aide de médecins. Au vestiaire, l’ailier aurillacois a perdu connaissance à plusieurs reprises et n’a pas pu être réanimé par les secours. L’autopsie a révélé que le décès était lié à une commotion cardiaque. Trois mois plus tard, c’est le même drame qui a frappé le Stade Français Paris avec la mort d’un de ses espoirs Nicolas Chauvin, âgé de 18 ans. Il a perdu la vie suite a un plaquage entraînant une fracture des cervicales et un arrêt cardiaque… Autant de drames qui font réfléchir et obligent à agir. La Ligue Nationale de Rugby s’occupant des deux divisions professionnelles de rugby en France (Top14 et ProD2) ainsi que la Fédération Française de Rugby ont pris des décisions communes afin de ne plus avoir à revivre ce genre de drame. Les mesures adoptées en 2019 ont eu un impact sur le déroulement des rencontres sportives. Un protocole « commotion » a été instauré. Il consiste à ce que lorsqu’un joueur subit un K-O, il sorte pour répondre à des questions impliquant sa mémoire. Si le joueur échoue, il ne peut pas reprendre la partie. Désormais, l’arbitre possède le carton bleu en plus du jaune et du rouge. Ce carton entraîne la sortie immédiate d’un joueur si l’arbitre juge que celui-ci n’est pas apte à continuer la rencontre suite à une blessure. Un médecin indépendant aux deux équipes a été ajouté lors de toutes les rencontres professionnelles. Ce médecin est en charge de déceler si un joueur pourrait être en situation de commotion au cours d’un match et que cela aurait échappé à l’arbitre. Sa décision entraîne le passage d’un protocole « commotion » par le joueur concerné. Enfin, une mesure a chamboulé le monde amateur. Aujourd’hui, il est interdit de plaquer au dessus du bassin dans les championnats amateurs. Tout plaquage au dessus de cette ligne est sanctionné d’une faute. Il est interdit également de plaquer à deux. L’ensemble de ces mesures a engendré une réadaptation des techniques pour tous les joueurs mais il en était nécessaire.

Pour en savoir plus sur ce sujet, nous sommes partis à la rencontre de… (réponse demain à la même heure)

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