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[Partie 1] Dans l’histoire du Hockey Féminin : 1889 – 1950, Des origines à l’oubli

Le 20 Août prochain, les championnats du monde élite de hockey féminin s’ouvriront à Calgary. D’ici là, nous allons vous faire découvrir les grands moments de cette discipline. Parler des grandes championnes mais aussi de l’avenir du hockey au féminin. Car l’histoire du hockey sur glace féminin, est une histoire de luttes, de résilience et d’espoirs parfois déçus.

Une famille importante dans le sport

Source image: bustle.com – Photographie d’un match de hockey féminin environ 1890 (en blanc Isobel Stanley)

La première partie de hockey féminin rapporté dans les médias, date du 8 Mars 1889, sur la pelouse (transformée en patinoire) du palais du gouverneur du dominion du Canada, à Rideau Hall à Ottawa, ce match oppose les dames du palais du Gouverneur du Canada et les dames du club de patinage de Rideau. Dans la liste des joueuses sur la glace, apparait une certaine Miss Isobel Stanley, fille du Gouverneur du Canada d’alors: Lord Stanley of Preston. Lors de cette partie, Isobel brillera sur la glace. Le deuxième match aura lieu en 1892, à Barrie dans l’Ontario, Isobel Stanley sera évidemment de la partie. Si le Lord Stanley restera célèbre avec le trophée à son nom, sa fille Isobel, elle sera remémorée en 2015, avec la Coupe Isobel, qui consacre l’équipe championne de la National Women’s Hockey League (NWHL).

Les premières équipes

Source image: bustle.com – Les « Morning Glories » du Queen’s University (1917)

Dans les années qui suivent, le nombre de « hockeyistes« (comme on les appelaient à l’époque) grandit au même rythme que leur homologues masculins. En 1894, la toute première équipe féminine de hockey est créée, au Queen’s University de Kingston, dans l’Ontario. Dès la création, les joueuses affrontent leurs plus grand adversaire: L’archevêque de Kingston. Pour qui « le désir des femmes de jouer au hockey offense l’ordre divin universel ». Prenant en considération les invectives de l’église, elles les tourneront en dérision en se surnommant les « Love-Me-Littles« . Malgré le manque de soutien, les joueuses de Kingston, s’entrainent dans l’enthousiasme, et se font désormais appeler les « Morning Glories » (« Belles-de-Jour »).

En 1896, les Morning Glories, joueront leurs 2 premiers matchs face aux « Blue and Black » du Ladies College d’Ottawa, les deux parties se soldent par une victoire de chaque coté. Ce mouvement qui était « immoral » pour l’église, se répand comme une trainée de poudre. Bientôt de plus en plus d’équipes féminines universitaires voient le jour à Montréal, à Laval et à Toronto. Les jeunes femmes s’organisent pour développer leur équipes. Si bien que la gente masculine qui, s’attendant à voir un spectacle comique voire pitoyable. Se prirent rapidement d’affection, voire d’admiration pour ces hockeyistes.

L’évolution de l’équipement

Au début du XXème Siècle, la mode forme deux mondes bien distincts. Sur la glace c’est pareil. Les femmes jouent avec des jupes longues, des chandails épais, et un bonnet à pompon (ou une tuque) attaché aux cheveux, par le biais d’un peigne. Les jupes entravent les mouvements et s’alourdissent au contact de la glace et de l’eau. Pourtant les gardiennes de but ne s’en plaignent pas, En effet, elles cousent dans l’ourlet, Eza. Comme ça la jupe reste bien au contact de la glace et ainsi couvre plus de surface. Elles portent également un plastron en cuir pour protéger la poitrine (contrairement aux hommes).

Si l’histoire du hockey retient le nom de Teiji Honma, gardien japonais qui portait un masque de receveur de baseball lors des jeux Olympiques d’hiver en 1936, Jacques Plante, des Canadiens de Montréal, pour avoir porté un masque, en 1959, lors d’un match officiel, ou encore Clint Benedict, des Maroons de Montréal, qui l’aurait également utilisé en 1930, pour protéger son nez cassé. Il se pourrait que tout le crédit soit à porter à Corinne Hardmann, gardienne de l’université de Cornwall, qui, en 1916, avait porté un masque pour se protéger des tirs adverses. Elizabeth Graham est souvent citée. La gardienne du Queen’s University a fait usage d’un masque d’escrime (imposé par son père, qui n’en pouvait plus des factures dentaires de sa fille) pour se protéger le visage en 1927.

Au fur et à mesure du temps, l’équipement a évolué. Les femmes utilisent des patins pour le hockey. Voire retirent les pics sur leurs patins de patinage artistique, qui sont beaucoup plus répandus. Des longues jupes, les joueuses sont passés aux pantalons de golf, rembourrées de papier journal. Puis aux culottes, tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les protections sont plus adaptés aux corps féminins, surtout au niveau de la poitrine et des hanches. Sans oublier le casque avec une grille métallique et une protection autour du cou.

L’apogée de la gloire

Petit à petit, le hockey féminin, se développe et attire les foules. Le hockey étant devenu un sport populaire, la version féminine suit cette tendance. Sa popularité va crescendo, pour atteindre l’apogée lors de la Première Guerre Mondiale. En 1914, la première ligue féminine de l’Ontario est créée. Il y aura même, en 1916, les premières rencontres internationales féminines, à Cleveland, entre des joueuses américaines et canadiennes. Tandis qu’en Décembre 1915, des businessmen de Montréal, ayant vus leurs joueurs partis combattre, créent à leur tour, une ligue féminine. La Eastern Ladies Hockey League, composée de 4 équipes, et jouant à la patinoire Jubilée de Montréal, ces jeunes femmes seront le poumon moral des Montréalais. Le succès est immédiat, ces joueuses font salle comble chaque soir.

« Ces joueuses de hockey semblent être plus en demande que n’importe qui d’autre dans la ville en ce moment… la moitié de mes gars ne pourraient pas jouer dans cette ligue »

– George Kennedy (DG des Canadiens de Montréal), Montreal Star, 2 Février 1916

Les 3200 spectateurs découvrent ébahis, l’éclosion d’une jeune joueuse de 17 ans, jouant aux Cornwall Victorias. Et qui deviendra la première grande star du hockey féminin: Albertine Lapensée.

« L’étoile des étoiles »

Crédit image: Le Devoir

Albertine Lapensée, née le 10 Aout 1898, à Cornwall, dans l’Ontario. Est la première grande vedette du hockey féminin. Lors de la première guerre mondiale, elle s’engage avec l’équipe des Cornwall Victorias dans la Eastern Ladies Hockey League (Qui compte aussi des équipes de Montréal, Ottawa et Pittsburgh). Albertine n’a que 17 ans. Et elle va éclabousser l’ELHL de son talent. Son équipe ne perdra aucune partie auquel elle participe. Soit 46 matchs, (45 victoires, dont 16 blanchissages et une partie nulle). Durant la saison 1916-1917, l’équipe de Cornwall marquera 226 buts, et en encaisse que 26 buts. Lapensée comptera à elle-seule 150 buts ! Lors d’une partie, remportée par les Victorias 21-0, Lapensée comptera 15 buts. Elle est rapidement surnommée la « Miracle Maid«  par l’entraineur des Victorias Ernie Runions ou « L’étoile des étoiles«  par la presse québécoise francophone.

Sa seule présence faisait déplacer les foules, certaines équipes avaient même fait signer un contrat aux Victorias qui assure la présence de Lapensée dans l’alignement. Lapensée était LA star de la ligue, et elle le savait très bien. A de nombreuses reprises, elle refusait de jouer. La raison était qu’elle exigeait la part des recettes revenant à ses coéquipières et a elle-même. Ce que tous les organisateurs faisaient sans broncher. A l’été 1916, Lapensée avait demandé une augmentation aux dirigeants de la ELHL. Vu ses statistiques affolantes, ce qui n’était pas anormal de la part d’une joueuse capable de scorer des buts et de remplir les estrades. A sa grande surprise, elle verra ses demandes refusées. Les dirigeants de la ELHL font fuiter dans le Montreal Star, les demandes « exorbitantes » de Lapensée, tout en la qualifiant de « Primadonna« ! Ce qui fera fuir les autres clubs désireux d’embaucher Lapensée.

A 18 ans, Albertine Lapensée prend sa retraite et disparait de la vie sociale. Personne ne sait ce qu’il lui est arrivée. Certaines rumeurs disent qu’elle est décédée lors de l’épidémie de la grippe espagnole. D’autres disent qu’elle s’est mariée et a vécu et même joué aux Etats-Unis, sous un pseudonyme (ce qui parait invraisemblable vu sa notoriété). Certains vont même a douter du genre d’Albertine Lapensée.

Les capacités et la réussite d’Albertine Lapensée, pose problème pour certains. A commencer par certains de ses adversaires, qui ont eu des doutes sur elle. Faisant vérifier la longueur de ses cheveux. Et des rumeurs commencent à circuler sur elle. Pour certaines mauvaises langues, elle serait un homme déguisé en femme pour éviter la conscription militaire. Voire qu’elle a eu recours à la chirurgie pour changer de sexe (ce qui est impossible dans les années 1910). D’autres, pointent du doigt son style de jeu « masculin ». Le père d’Albertine, ira jusqu’à fournir un certificat qui authentifie le genre de sa fille ! On ira également chercher dans le recensement de la ville de Cornwall (qui montrera qu’Albertine est bien née du sexe féminin).

Plus de 100 ans plus tard, certains doutent toujours de la véracité du genre d’Albertine Lapensée. Comme dans un article du Cornwall Standard Freehold de 2010, qui émet l’hypothèse qu’Albertine Lapensée était en réalité Albert, garagiste à Cornwall. La seule chose qu’on peut s’accorder, c’est qu’ Albertine Lapensée a été « l’étoile des étoiles » filantes dans le sport.

1920 – 1950 : Le déclin brutal du hockey féminin

Au sortir du premier conflit mondial, l’éphémère gloire du hockey féminin s’éteint petit a petit. Les joueurs masculins rescapés du combat, sont remis en avant, et les mentalités changent vis a vis des joueuses. L’ELHL ferme ses portes en 1920. Une des raisons est que les promoteurs refusent l’accès des patinoires aux joueuses (qui pourtant leur ont évité la banqueroute pendant la guerre). Pourtant, en Colombie-Britannique, les Vancouver Amazons remportent la Alpine Club Cup Championship 1922.

À la fin de la décennie, plusieurs ligues féminines se sont formées, mais comme l’a prédit la journaliste Alexandrine Gibb en 1934,

« Le hockey féminin commence tout juste à devenir un sport de compétition à l’échelle du Canada. Les pionnières du hockey vont aussi affronter des situations inattendues et non éthiques. »

En effet, le sport est, malgré tout, en déclin dans le pays, la crise des années 30 n’aidant pas pour financer une ligue féminine, digne de ce nom. Malgré le marasme social et économique, une équipe féminine va dominer l’Association de hockey féminin de l’Ontario. Les Preston Rivulettes vont dominer la scène locale remportant 10 championnats de l’Ontario de rang, 5 titres de champion de la ligue de l’Est du Canada et 4 titres du Canada. Le bilan de victoires est encore plus impressionnant. Sur les 350 matchs disputées entre 1930 et1939, les Rivulettes vont remporter 345 parties pour seulement 3 défaites et 2 parties nulles ! L’équipe sera même invitée a faire un tour d’Europe et même d‘affronter des équipes masculines, mais le déclenchement de la guerre et les difficultés économiques mettront un terme a cette idée.

Dans les années 1930, les mentalités sont encore assez Victoriennes, même si les femmes canadiennes ont obtenu le droit de vote (sauf au Québec qui l’accordera en 1940). La place de la femme dans la société évolue. En effet, la couronne Britannique accorde le statut de « personne » aux femmes canadiennes. Mais malgré tout, on voit un plus fort taux de chômage dans la gente féminine , Et à cette époque, on se préoccupe de la féminité et de la santé des joueuses. Comme dans cet extrait de presse :

« Le hockey sur glace est un jeu […] qui ne convient aucunement aux femmes, étant donné la chair tendre et molle dont la Nature les a équipées, pour ne rien dire de l’imprudence générale qui arme les membres du genre le plus ardent de bâtons à incliner au dessus de leurs belles têtes sûrement créées à des fins plus ravissantes. »

Les scientifiques ne sont pas en reste, déclarant :

« Qu’une activité physique aussi vigoureuse est dangereuse pour les organes féminins, en particulier pour l’appareil génital. En plus des torts physiques que causerait le sport, on croit que la mise en échec et la compétitivité cultiveraient des traits de caractère masculins indésirables. »

En 1938, la journaliste Alexandrine Gibb écrit dans le Toronto Star :

« Les filles doivent se contenter des restes. Des joueurs novices aux chevronnés, les garçons ont la prorités dans toutes les patinoires de la province. »

Deux ans plus tard, le monde bascule dans une nouvelle guerre mondiale. Cette fois, ce conflit semble avoir sonné le glas du hockey féminin, qui entre dans un long sommeil.

Les débuts du hockey féminin ont étés réussis. Grâce a une famille qui laissera sa marque sur le hockey mondial, et surtout grâce a des jeunes femmes intrépides. Malgré les regards obliques, et les moqueries de certains hommes. L’avenir radieux promis a ces dames, s’est brusquement assombri. Mais tel un phénix, le hockey féminin va renaitre de ses cendres. Et même si la route sera semée d’embûches. Le mouvement va s’enclencher. La suite de l’histoire du hockey féminin est à retrouver très vite sur le site du Café Crème Sport.

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