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Handball français et Jeux olympiques ; histoire d’amour et de frustrations

Demain, les Bleus feront leur entrée aux Jeux de Tokyo face à l’Argentine. Après des années de doute et de reconstruction, les deux équipes de France sont fin prêtes à conquérir la terre du Soleil-Levant. Chez les femmes comme chez les hommes, l’ambition est à la hauteur du palmarès du handball français : décrocher une médaille olympique. Avec, huit titres de champion.nes du monde, quatre championnats d’Europe et cinq médailles olympiques au compteur, l’équipe de France de handball est la nation la plus titrée de sa discipline. Retour sur les plus belles histoires entre les JO et le handball français.

1992 : les « Bronzés » de Barcelone

Cet été-là, seize hommes donnent au handball français un gain de popularité et une impulsion vers les sommets aujourd’hui atteints. Pensionnaires du Mondial A depuis deux ans, c’est dans le plus grand anonymat que les Français ce qualifient pour leurs premiers Jeux olympiques. Mais si peu de parieurs auraient misé un seul Franc sur une médaille française, les hommes de Daniel Constatini en ont décidé autrement. Dès l’entame de la compétition, les Bleus font sensation en se délectant des Espagnols, hôtes et figurant parmi les grands favoris du tournoi. En demi-finale, les hommes emmenés par Denis Lathoud butent face à une équipe Suédoise finalement battue en finale par l’Équipe unifiée (ex URSS). Mais deux jours plus tard, le 8 août 1992, les Français remportent leur première médaille olympique. Elle n’est certes, ni d’or ni d’argent mais la saveur est tout aussi belle. Pour leur première qualification au tournoi olympien, les Bleus sont médaillés de bronze après leur victoire 24-20 face à l’Islande. Mais ce qui frappe le plus autour de cette équipe de France c’est sa cohésion de groupe, un savoureux mélange de joueurs cadres d’expérience (avec notamment Pascal Mahé et Philippe Gardent) et de jeunes incarnant l’espoir du handball français : Stéphane Stoecklin, Laurent Munier, Frédéric Volle, Denis Lathoud ou encore Éric Quintin, natifs des années 1966-67. Les Bronzés font parler d’eux et on fait leur place sur le toit du monde.

Les « Bronzés » remportent leur première médaille olympique aux JO de Barcelone en 1992. Source (AFP)

1996 et années 2000 : la (re)construction d’effectifs combatifs

Aux Jeux d’Atlanta, l’attente et l’engouement autour de cette équipe de France est immense. Sacrés champions du monde un an plus tôt, les « Barjots » font partie des favoris au titre de champions olympique. Bien partis en phase de groupe, les Bleus chutent finalement en demi finale et ne parviennent à décrocher la moindre médaille. La quatrième place est d’autant plus amère que des piliers tels que Frédéric Volle, Denis Lathoud et Pascal Mahé annoncent dans le même temps leur retraite internationale.

Quatre ans plus tard, à l’occasion des Jeux olympiques de Sydney le handball français olympique s’accorde pour la première fois au féminin. Si depuis le début des années 1990 les Françaises sont installées dans le monde du handball international, celles-ci ne parviennent à se qualifier pour les Jeux de 1992 et 1996. En 1998, un certain Olivier Krumbholz reprend les commandes d’une sélection féminine un peu stagnante et offre un an plus tard un belle 2e place au mondial ce qui assure une qualification pour les JO de Sydney. Les Bleues terminent sixièmes du tournoi, une honorable place pour une première participation. La pivot française Véronique Pecqeux-Rolland figure même parmi l’équipe type de la compétition avec 38 buts inscrits.

Véronique Pecqeux-Rolland parmi l’équipe type des Jo de 2000. Source : IMHB

Chez les hommes, la déception est de mise pour ces Jeux de 2000. Éliminés en quart de finale par la Yougoslavie, les Bleus finissent au pied du podium, à la quatrième place. Les « Barjots » passent à côtés de leurs Jeux olympiques mais parviendront tout de même à remporter le mondial l’année suivante. L’ère Constatini se termine et à l’aube des Jeux d’Athènes, l’effectif est à reconstruire. Claude Onesta reprend les rennes de la sélection en 2001 et s’appuie immédiatement sur des jeunes pousses du nom de Nikolas Karabatic ou encore Thierry Omeyer. Dès l’entame des Jeux olympiques de 2004, les Bleus impressionnent : cinq matchs, cinq victoires. La doublette Karabatic/Richardson fonctionne à merveille et l’espoir de remporter une nouvelle médaille olympique est grandissant. Mais arrivés en phase finale, les Français tombent de haut et chutent en quart de finale face à la Russie. C’est la désillusion, les Bleus sont éliminés et Jackson Richardson tire sa révérence sans jamais avoir remporté l’or olympique.

En 2004, les handballeuses aussi déçoivent les supporters. Après avoir remporté le mondial de 2003, les Bleues, défaites de l’Ukraine et de la Corée du Sud signent une petite quatrième place. Mais lot de consolation, Véronique Pecqueux-Rolland termine une nouvelle fois dans l’équipe type de la compétition avec trente buts inscrits.

La légende du handball français, Jackson Richardson n’a jamais remporté l’or olympique. Source : FFhandball

Pékin 2008 et Londres 2012 : de l’or pour les Experts

Grande favorite du tournoi olympique à Pékin, l’Équipe de France masculine est à la hauteur des espoirs placés en elle. Le parcours est sans faute et les Bleus parviennent à se défaire de la Russie, bourreau des deniers JO. Les « Experts » sont en demi-finale et jouent leur place en finale face à la Croatie. Le match est fou. Thierry Omeyer auteur de dix-sept parades tient la baraque et Daniel Narcisse inscrit dans les derniers instants un but d’anthologie : sur un service de Guigou depuis l’aile, le demi-centre français alias « Air France » s’élance et réalise un kung-fu parfait. La France s’impose finalement 25 à 23, et accède ainsi à sa première finale olympique. En finale, les Bleus se défont aisément des Islandais : 28-23. L’Équipe de France de handball remporte son premier titre olympique au terme d’une compétition sans faute. L’effectif est bien rodé et rien ne semble pouvoir arrêter Claude Onesta et ses hommes.

Les « Experts » remportent leur première médaille d’or aux Jeux olympiques de Pékin en 2008. Source : (Le Parisien)

Tout semble sourire aux Bleus. Sacrés champions du monde pour la quatrième fois en 2011, les « Experts » sont injouables. Deuxièmes de leur poule, c’est face à l’Espagne que la place en demi-finale des Jeux de Londres se joue. Le match est serré, les Français souffrent mais Claude Onesta a vu juste. Au retour de la pause, le sélectionneur lache son jeune poulain, William Acambray, intégré à l’effectif suite à la blessure de Guillaume Joli. Comme un symbole, c’est le gamin formé à Nice, façonné à Montpellier, qui signe la défaite hispanique à la dernière seconde d’un match épique (23-22). Les Bleus filent en demi et retrouvent la chère et tendre Croatie. Dans un match maîtrisé, les hommes de Daniel Narcisse se qualifient pour la grande finale des Jeux de Londres face aux Suédois, finalistes surprise du tournoi. Malmenés mais devants durant toute la partie, les Experts ont su garder leurs nerfs et, plus important, leur avance au tableau d’affichage. La Suède a résisté mais Bis repetita, les Bleus tenant du titre, remportent leur deuxième titre olympique ! L’équipe de France masculine de handball est la première équipe dans l’histoire de la discipline à remporter deux titres consécutifs : phénoménal. À noter que Daniel Narcisse et Jérome Fernandez terminent tous deux meilleurs buteurs du tournois avec respectivement 32 et 30 réalisations.

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William Acambray homme de la demi-finale face à l’Espagne avec sept buts. Source : Eurosport

Côté féminin, les épopées de 2008 et 2012 sont bien moins glorieuses. Les filles d’Olivier Krumbholz se cherchent, réalisent de belles performances mais ne parviennent toujours pas à briller en phase finale. La transition entre les joueuses de la génération 90 comme Pecqueux-Rolland, Valérie Nicolas ou encore Isabelle Wendling et les jeunes joueuses non sans talent semble un peu brouillon. Car oui, les Jeux de Pékins sont les premiers JO d’Alexandra Lacrabère, Camille Ayglon-Saurina, Amandine Laynaud et Mariama Signate. Quatre ans plus tard, à Londres, les Françaises sont premières de leur poule, devant les Coréennes, Espagnoles et Norvégiennes. Alors que beaucoup ont y ont cru, les coéquipières de Lacrabère sont finalement éliminées en quart de finale face au Monténégro et finissent une nouvelle fois cinquièmes du tournoi. La dynamique et le collectif de l’équipe de France semble néanmoins de mieux en mieux rodé.

Rio 2016 : une double finale historique

Maîtriser le suspense et nous faire frissonner, les Bleu.es savent faire. Alors que les hommes enregistrent leur troisième qualification consécutive en finale des JO, les Françaises accèdent pour la première fois aux portes de la consécration. 

Une médaille d’argent au goût doré pour les filles 

L’entrée dans le compétition des Françaises est quasi-parfaite. Deuxièmes de leur poule suite à la défaite face à la Russie, c’est contre l’Espagne que les Bleues jouent leur place en demi-finale. La suite de l’aventure fait désormais partie de l’histoire. Au terme d’un match complètement fou, les filles d’Olivier Krumbholz se qualifient pour la demi finale des JO face aux Pays-Bas. Menées de sept buts à la pause (12-5), les Bleues, emmenées par une Allison Pineau (5 buts) et Alexandra Lacrabère (7 buts) de gala, rattrapent le retard et égalisent dans les derniers instants pour décrocher la prolongation. Le spectacle offert à la Future Arena est incroyable. Espagnoles et Françaises se rendent coup pour coup et les deux gardiennes livrent une prestation XXL. En fin de prolongation, Lacrabère sert parfaitement Pineau qui réalise un somptueux kung-fu et offre deux buts d’avance aux siennes une minute avant la fin de la rencontre. Les Françaises accèdent en demi-finale et peuvent désormais rêver de médaille olympique. Deux jours plus tard, face aux Pays-Bas de Tess Wester les Bleues réalisent une copie parfaite. Dans les derniers instants, alors qu’un seul but sépare les deux équipes, les poteaux de Laura Glauser repoussent le dernier assaut hollandais. C’est historique : pour la première fois dans son histoire, Olivier Krumbholz emmène ses filles en finale des Jeux olympiques ! Mais en finale, face à la Russie de Viakhireva, les Françaises laissent filer la médaille d’or (19-22). Mais en regardant les visages français, on comprend rapidement la fierté et la joie que cet effectif renversant ressent avec cette belle médaille d’argent qui, rappelons le, est la première médaille olympique du handball français féminin. À l’issu de ces JO, les Bleues semblent enfin avoir rompu avec des années de frustration olympique.

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Les Françaises réalisent un incroyable parcours et décrochent l’argent. Source Eurosport
L’Ogre danois brise les rêves français

Après s’être aisément défaits du Brésil en quart de finale, les Bleus s’apprêtent à réaliser un nouveau match d’anthologie en demi, face à l’Allemagne. Dominants sur la quasi-totalité du match, rien ne semblait pouvoir arrêter les Français : Thierry Omeyer est impérial, Niko Karabatic impressionne et le reste de l’effectif déroule solidement. Il reste vingt minutes à jouer, les hommes d’Onesta comptent sept buts d’avance, tout semble se dérouler à merveille. Mais attention, les Allemands, avec l’énergie du désespoir se remettent vite en selle recollent au score. Et lorsqu’à une minute de la fin du match l’ailier, Tobias Reichmann remet les compteurs à zéro (28-28), le banc de l’équipe de France est en apnée. La balle est Bleue, le dernier temps mort est pris. Il faut désormais prendre ses responsabilités, marquer un but, sauver cette équipe de France et rejoindre le Danemark en finale. Et qui d’autre que Daniel Narcisse, 36 ans, véritable taulier de cette équipe pour propulser les Bleus à un match d’une nouvelle médaille d’or ? Car oui, c’est (encore) lui, « Air France » qui s’élance à 9 mètres et pulvérise la cage allemande dans à deux secondes de la fin. La France est en finale pour la troisième fois consécutive. Mais si la troupe de Titi Omeyer est à soixante minutes d’un troisième sacre olympique, le Danemark de Mikkel Hansen en a décidé autrement. Le match est équilibré mais ce sont finalement les Danois qui récupèrent la couronne de champions olympique. La déception est grande mais la médaille d’argent est belle. L’équipe de France réalise un doublé historique et devient la première équipe du monde à décrocher l’argent dans le même tournoi chez les hommes et chez les femmes.

Les Bleus chutent en finale face au Danemark. Source : Olympics.com

Dans quelques jours, les deux équipes de France de handball on rendez-vous avec leur histoire. Après des matchs de préparation de grande qualité face à la Norvège, au Japon et au Monténégro, les Françaises donneront corps et âme pour tenter de remporter leur première médaille d’or olympique. Chez les hommes, le défi est de taille. Dans un effectif en pleine reconstruction, les Bleus peuvent tout de même espérer remporter une quatrième médaille olympique. Le programme des phases de poule est juste ici :

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