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JO Tokyo | Rugby à 7 : Jerry Tuwai et le Sevens, le réconfort des Fidji

Dans la panoplie de sports collectifs que proposent les Jeux Olympiques, le Rugby à 7 est l’un des plus récents. Ce sport si particulier répond parfaitement aux attentes du CIO dans leur quête d’expansion, de renouvellement et de modernisation des JO. Et ce sport est aussi une religion dans certains pays « atypique » sur la scène olympique, comme les Fidji. Après l’épopée de 2016 et cette première médaille d’or de l’histoire des Fidji, Jerry Tuwai arrivera-t-il à mener les « Flying fijians » une nouvelle fois vers les sommets pour offrir du bonheur à un pays sans réelles autres chances de victoire ?

Explosif, stupéfiant, indécis… le cocktail détonnant du Rugby à 7

Le rugby à 7 est le cousin excentrique du XV. Il en reprend les bases, bien sûr, ils viennent de la même famille, mais il apporte une petite touche d’extraordinaire en plus. Le terrain est le même 100m par 50m, les passes se font toujours en arrière et comme son nom l’indique deux équipes de 7 joueurs s’affrontent. Jouer sur un si grand terrain, à si peu, implique donc : beaucoup d’espaces, de la vitesse, de la technique et des actions très souvent létales. Pour ne pas tuer les joueurs à la tache les matchs ne durent « que » deux fois 7 minutes, rassurez-vous.

Avec toutes ces caractéristiques, lors d’un match de rugby à 7, le spectacle est souvent, si ce n’est absolument tout le temps, au rendez-vous. Les matchs basculent dans un sens puis dans l’autre à une vitesse folle et ne laissent pas de place à l’ennui. Le rugby à 7 est un sport parfait pour les Jeux olympiques modernes, rapide, facile de compréhension et de mise en place et diablement efficace. C’est en 2016 aux JO de Rio qu’il fait son entrée dans la liste des sports olympiques.

Il est important de rappeler que le rugby (à XV cette fois) était un sport olympique durant les 4 premières Olympiades modernes avant de quitter la liste en 1924. La faute à une finale entre français et américains mêlant cris, insultes, violence, sang… Rajoutez à cela qu’établir un tournoi de rugby sur 2 semaines est impossible* alors n’en jetez plus, la coupe est pleine. Néanmoins, l’internationalisation du 7 au début des années 2000 ouvra la possibilité puis la réalisation du retour du Rugby sur la scène olympique.

*Les Rugbymen qui jouent une rencontre par semaine se plaignent, à raison, de saisons trop longues et fatigantes pour les organismes

« C’est ce qu’on peut faire de mieux sans couteaux ni revolvers. »

Allan Muhr, international français et joueur de la finale olympique en 1924, à propos de cette finale

Un sport comme inventé pour les Fidjiens

Les Fidji sont un archipel du Pacifique avec une population avoisinant le million d’habitants. Sur ce million, il est possible de dénombrer 80 000 licenciés à la fédération fidjienne de rugby. Une miette comparée à beaucoup d’autres nations dans le monde. Pourtant, beaucoup de joueurs fidjiens trouvent preneurs dans les clubs européens. Il faut dire que leur physique attire. Souvent puissants, rapides, agiles, les Fidjiens apportent une plus-value certaine dans les duels frontaux du XV moderne. Cependant, pendant longtemps, le joueur fidjien a été raillé, moqué pour sa technique approximative portant son ballon à une main ou bien avec ses passes après contact osés à double tranchant. Cette attirance pour le jeu de mouvement et la vie du ballon au détriment de la conservation et de l’efficacité rebute certains quinzistes. C’est là que toute la force des flying fijians prend racine.

Avec les espaces et la vitesse du 7s, le jeu risqué est énormément récompensé. Sitôt qu’un break est fait ou qu’un homme est battu le désordre règne, et les Fidjiens jouent à la perfection dans le déséquilibre. Les passes qui étaient osées à XV deviennent lumineuses à 7 et les possibles interceptions adverses se transforment en essai de 80m, inlassablement. Les capacités physiques des fidjiens leur permettent de répéter les efforts, les courses de soutiens et les chevauchées solitaires pendant les 14 minutes du match. Le jeu est limpide avec eux. Bref, les Fidji sont faites pour développer un excellent rugby à 7 grâce à leur amour du mouvement, leur technique individuelle et leurs qualités physiques.

Les résultats chiffrés sont là aussi, depuis l’instauration du circuit mondial en 1999, les Fidji ont été titrées 4 fois (2006, 2015, 2016, 2019) ce qui en fait le 2e palmarès de la discipline derrière la Nouvelle-Zélande (12 titres) qui n’a plus gagné depuis 2014 tout de même. Les Fidjiens sont tenants du titre dans le circuit mondial mais aussi champions olympiques en titre.

En effet, en 2016, lors des Jeux de Rio, les Iliens ont frappé de leurs poings la compétition, 6 matchs, 6 victoires et une déculottée 43-7 infligée aux Britanniques en finale. Une équipe intouchable, en état de grâce qui ne laissa à ses adversaires que des larmes et le souvenir de leur sourire ravageurs après chaque essai. Oui, ce jour-là, c’était probablement la victoire de ceux qui aimaient le plus ce jeu et qui ramenaient alors la toute première médaille olympique de l’histoire des Fidji, une médaille en Or.

Cette année, les Fidjiens seront là pour défendre leur titre et entrer un peu plus dans la légende des Jeux. Forts de leur palmarès récent, ils seront les favoris pour la médaille d’or. Cependant, dans le groupe, on retrouve des joueurs de XV comme Tuimaba, Botitu ou Radradra. Mais c’est bien un enfant du 7 qui devra guider cette équipe vers le sommet olympique une nouvelle fois : Jerry Tuwai

L’icône Tuwai

Il est le seul présent dans le groupe pour les Jeux olympiques 2020 à avoir remporté la compétition en 2016. L’ultime rescapé d’une sélection historique composée d’entre autres, Kolinisau, Tuisova, Nakarawa, Kunatani… Cette année il sera le capitaine de ce nouveau groupe vierge de la pression des JO. Comme un symbole, pour marquer l’importance qu’aura le Rugby à 7 et lui-même pour les Fidji lors de cette édition, Jerry Tuwai était le porteur de drapeau de son pays lors de la cérémonie d’ouverture.

Avant d’arriver là, pour comprendre l’importance du rugby à 7 dans la vie de Tuwai et pourquoi cet homme est un exemple de courage et d’abnégation, il est important de connaître une partie de la vie du natif de Newtown.

Jerry naît dans une famille pauvre de la banlieue de Suna, vit avec ses parents et sa fratrie dans une maison composée d’une seule pièce, joue au rugby avec une bouteille en plastique et accompagne son père à la pêche à partir de 14 ans. Mais Jerry aime trop le rugby pour ne pas en faire et dès qu’il atteint la majorité il s’inscrit dans le club de son quartier. Il n’est pas très technique, donc comme tous les débutants il est placé à l’aile. C’est là qu’il épate grâce à sa vitesse et ses crochets. Ces aptitudes physiques couplées à sa petite taille (1m70) le rendent difficilement défendable.

Son aventure avec le 7 débute très peu de temps après, quand un entraîneur du club de rugby de Marist le repère lors d’un match où Jerry passe en revue la défense de… Marist, et l’invite à venir s’entraîner puis jouer pour son équipe de rugby à 7, l’une des meilleures formations du pays. Tuwai accepte, il adore jouer au rugby, n’importe quel rugby. A 7, il s’épanouit encore plus. Les espaces conviennent à sa vitesse et les passes sont plus rares, les matchs durent moins longtemps aussi, parfait pour le joueur sans grande endurance. Son niveau de jeu lui offre l’accès aux stages de sélections pour l’équipe nationale à 7.

Il y restera pour la première étape avant de se faire renvoyer car juger trop petit. Peu importe Marist le conserve et Tuwai continue de s’éclater. Deux ans plus tard, c’est le sélectionneur en personne, Ben Ryan, qui lui demande de venir s’entraîner avec l’équipe nationale, repérant le potentiel certain du joueur. Pendant un an, Tuwai travaille son endurance, sa technique sa défense, poussé toujours un peu plus par son coach qui ne le lâche pas malgré l’extrême timidité du joueur. Jerry se cache, sèche les entraînements, invente des excuses mais il se fait rappeler à l’ordre par un Ryan d’une extrême patience. Et au bout des efforts, Tuwai change de comportement, se fond dans le moule physique comme mental du rugby professionnel et en 2014 il fait ses débuts avec l’équipe de rugby à 7 des Fidji.

Il est élu meilleur rookie sur le circuit dès 2014 avec des prestations épatantes. Il ne sortira plus jamais de la sélection, remportant trois fois le circuit international, étant nommé 3 fois (co-record) pour le titre de joueur de rugby à 7 de l’année et le remportant une fois à 30 ans en 2019. Individuellement, Jerry Tuwai reçoit aussi le prix du meilleur joueur de rugby à 7 de la décennie (2010’s). Des récompenses qui résonnent pour un homme qui a construit sa vie autour d’un de ses seuls plaisirs.

Jerry Tuwai est donc le dernier meilleur joueur de rugby à 7 en date, il est aussi médaillé de l’ordre des Fidji et porte drapeau lors de ces Olympiades 2020. L’homme est passé d’une extrême timidité à un rôle de capitaine, de meneur d’hommes, de guide. Sa destination, l’Or, avec son équipe, pour l’offrir à nouveau à un pays qui au milieu de la crise sanitaire a plus que besoin de ce réconfort olympique.

Les belles histoires collent à la peau des Jeux olympiques, Le rugby à 7 à celle des Fidji, la médaille à celle du champion Tuwai.

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