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[Partie 2] Dans l’histoire du Hockey Féminin : 1950 – 1985, Renaissance et combats

Le 20 Août prochain, les championnats du monde élite de hockey féminin s’ouvriront à Calgary. D’ici là, nous allons vous faire découvrir les grands moments de cette discipline. Parler des grandes championnes mais aussi de l’avenir du hockey au féminin. Car l’histoire du hockey sur glace féminin, est une histoire de luttes, de résilience et d’espoirs parfois déçus.

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, le hockey reprend peu à peu ses droits. Enfin pour ce qui est du hockey masculin. Pour les femmes, par contre, c’est une autre histoire. Dû à l’effort de guerre, de nombreuses ligues et équipes féminines ont mis la clef sous la porte. Seules quelques équipes survivent, mais, les médias se détournent du jeu féminin. Mais la deuxième moitié du XXème siècle sera celle des luttes hors glace.

Le petit prince est une fille

Source image: à gauche: the City of Toronto Archives, à droite: Panthéon des sports canadiens – Abigail « Ab » Hoffman

Hiver 1956, dans la banlieue de Toronto. Les jeunes garçons de l’équipe mineure des TeePees de Saint-Catharines jouent une rencontre de la Ligue de Toronto de hockey. Dans l’alignement, un jeune défenseur, âgé de 8 ans se signale par son talent. Son nom : Abby Hoffman.
Hoffman, un petit défenseur par la taille, mais grand par le talent. Sa capacité pour défendre et pour faire perdre le contrôle du palet aux attaquants est inné. De plus il semble prendre un malin plaisir de bousculer ses adversaires dans les balustrades.
Au bout des trois mois que dure la saison, Abby se voit nommé dans l’équipe All-stars de la ligue. Mais au moment de s’inscrire pour les séries finales, on demande son certificat de naissance, et là, à la surprise générale, on découvre la véritable identité de Abby: Son vrai prénom est Abigail, et elle est une fille.

La retraite à 9 ans !

Tout d’abord très embêtés, les dirigeants de la Ligue de Toronto, complimentent la petite Abigail, disant que « personne ne pouvait se douter qu’elle était une fille, car elle ne jouait certainement pas comme une fille« 
La question qui brûle les lèvres, c’est comment a t’elle pu passer au travers ? Lors des détections, elle s’est présentée au milieu de 400 garçons, armée de sa coupe de cheveux courte et de son acte de naissance. Le recruteur, sans doute fatigué par l’agitation, n’a pas fait attention au prénom et au genre d’Abigail. De plus, à cet âge, beaucoup de joueurs viennent à la patinoire déjà habillés.
Al Grossi, le dirigeant des TeePees, prend sa défense en déclarant « Je mets n’importe qui au défi de dire qu’elle est une fille quand l’équipe est sur la glace » avant d’ajouter « Elle patine comme un garçon, joue de façon agressive, et n’hésite pas d’aller au contact des attaquants se présentant face à elle ». Abigail sera également soutenue par ses co-équipiers. Eux s’en fichent qu’elle soit une fille ou un garçon, elle fait partie de leur bande.

Source image: The Torontoist

Les médias nationaux s’intéressent tout de suite à la jeune phénomène. Elle reçoit un blouson des mains de Frank Selke (le directeur gérant des Canadiens de Montréal). Mais aussi, est invitée à rencontrer les joueurs du Canadiens de Montréal et des Toronto Maple Leafs. Elle est également faite membre honoraire des Mustangs de Winnipeg.
Les dirigeants de la ligue de Toronto annoncent tout d’abord qu’Abigail peut terminer la saison, et annoncent pour 1957, la création d’une ligue féminine, comme ça les filles pourront jouer au hockey et émuler Abigail.
Mais au fur et à mesure, les médias commencent à se détourner de l’histoire d’Abigail Hoffman. De plus la Ligue de Toronto revient sur sa promesse de créer une ligue féminine. Devant la pression des milieux conservateurs dans le hockey mineur ils votent l’interdiction aux filles de jouer au hockey avec les garçons. Avec cette décision, Abigail Hoffman est contrainte et forcée à raccrocher les patins, à l’âge de 9 ans! Dans une interview radio, sur la station CBC, Abigail déclare: « Certains messieurs de la Ligue de Toronto ne voulaient pas des filles car ça couterait trop cher en location de patinoire ».
Malgré tout Abigail Hoffman, deviendra une sportive accomplie en athlétisme, elle représentera le Canada à 4 reprises aux Jeux Olympiques. Elle sera également le porte-drapeau de la délégation Canadienne à Montréal en 1976. Mais surtout, son histoire a eu un retentissement médiatique instantané, publicisant la discrimination généralisée qui empêchait les jeunes filles de pratiquer le sport national canadien dans cette période d’après-guerre.

Une révolution en marche

Source image: kdshf.ca – Katherine « Cookie » Cartwright

Au début des années 60, l’image de la femme est avant tout celle de la ménagère, qui s’occupe de la maison, des enfants et de son mari. Il était impensable alors, que les femmes aient une carrière professionnelle, et encore moins être sportive de haut niveau. Et pourtant certaines vont faire bouger les lignes.
Les filles étaient toujours interdite de jouer au hockey avec les garçons. Mais rien ne les empêche de prendre leur destin en main. C’est exactement ce que va faire une étudiante de droit, de l’Université Queen’s de Kingston, Katherine « Cookie » Cartwright et ses camarades de classe ont la volonté de faire revivre l’équipe universitaire de hockey féminin.
En 2 ans, Cookie et ses camarades réussissent à relancer le programme. De plus le mouvement prend dans les autres universités. Petit à petit, le hockey sur glace féminin universitaire revit. Et en 1962, une première itération d’un championnat canadien féminin universitaire est remporté par les « Golden Gals«  de l’Université Queen’s de Kingston menés par Cookie Cartwright. Le hockey féminin se développe, ce qui n’est pas du goût de tout le monde, voici ce que les lecteurs du journal « La Patrie » pouvait lire en une.

« Ces dames quittent la cuisine pour la patinoire »

La Patrie – le 30 octobre 1966

Malgré, les critiques, en 1967, à Brampton dans l’Ontario, se déroule La Dominion Ladies Hockey Tournament. qui va devenir le plus grand tournoi de hockey féminin.
Cette première édition du tournoi regroupe 22 équipes, la plus jeune des joueuses est Lynn Franklin, âgée de 9 ans, et la plus âgée est Mabel Boyd, âgée de 50 ans.

Crédit image: Mississauga.com – Mabel Boyd, la mamie du hockey féminin

Dans les années 70, les choses commencent à vraiment accélérer. La plupart des provinces canadiennes ont établi des associations au cours de cette décennie pour régir les programmes de hockey féminin. Dans le même temps, plusieurs collèges et lycées américains forment des équipes universitaires et de clubs pour les joueuses. Et à l’étranger, des clubs et des ligues commencent à prendre forme dans des pays comme la France, la Finlande, le Japon, la Suède, la Chine, la Corée, la Norvège, l’Allemagne et la Suisse.

Fissurer le plafond de verre

Source Image: Collection personnelle du Dr. Justine Blainey-Broker

Au début des années 1980, le hockey féminin grandit exponentiellement, mais une affaire va lui rappeler des souvenirs douloureux. Mais cette fois, la lutte pour l’égalité va prendre des proportions impensables quelques décennies auparavant.

En 1981, Justine Blainey, à 8 ans, et elle vient de d’obtenir sa place dans l’équipe des Toronto Olympics, qui jouent dans la Metro Toronto Hockey League (MTHL). Le problème est que, malgré sa sélection, le règlement interdit aux femmes de participer à la ligue.

Contrairement a l’affaire Abigail Hoffman, la mère de Justine, s’adresse à la Commission des droits de l’homme qui leur rétorque que dans le Code des droits humains de l’Ontario, la discrimination sexuelle dans le sport est autorisée. S’engage alors un combat juridique de 4 ans entre la loi de l’Ontario et la petite hockeyeuse. Quand elle entend parler de cette affaire, Abigail Hoffman, lui apportera son soutien.

Un combat qui laissera des traces

A la fin, la Cour Suprême du Canada statuera que l’Association de l’Ontario de Hockey violait la Charte Canadienne des droits et libertés.
Après la procédure, Justine a joué avec les garçons pendant 3 ans. Mais elle a payé le prix de son combat. Elle a été agressée verbalement et physiquement. Les parents de joueurs lui ont jeté du café et du pop-corn.
Elle se retenait de pleurer à la patinoire, mais ses larmes ont coulé une fois rentrée à la maison.

Depuis cette affaire, Justine Blainey s’est confiée. Déclarant que la plupart de ses coéquipiers masculins étaient bons avec elle, mais que les parents et les autres filles étaient les plus méchants.
Y compris les organisateurs de programmes de hockey féminin se sont opposés à elle. Croyant que si les filles pouvaient jouer au hockey avec les garçons, les filles inonderaient les équipes de garçons, et videraient les programmes de hockey féminin. La suite prouvera que non.

«Je n’ai découvert que plus tard que les filles avaient rencontré quatre adultes pour une fille, leur disant de signer une pétition pour dire que je détruisais le hockey féminin»,

Justine Blainey-Broker – New York Times – Avril 2017

Par contre, pendant que son affaire était en cours, Justine a joué plusieurs niveaux au-dessus de son groupe d’âge dans le hockey féminin. Ce qui signifie qu’elle avait des coéquipières en âge de boire. Elle avouera qu’elle avait commencé à boire, dès l’âge de 12 ans !

Depuis Justine Blainey, a été une des pionnières d’une des premières ligues professionnelle de hockey féminin (la NWHL qui deviendra la CWHL) et aujourd’hui, elle est devenue chiropracteur et dirige son propre cabinet, à Brampton, dans l’Ontario . Elle continue à jouer dans une ligue amateur mixte avec son mari.

La deuxième partie du XXème Siècle a été marqué par les combats hors de la glace. Mais grâce à des femmes comme Abigail, « Cookie », Lynn, Mabel, Justine, et toutes les autres plus anonymes. Le hockey féminin à montré son esprit combatif. Se relevant, tel un phénix renaissant de ses propres cendres.
Maintenant l’objectif c’est de conquérir le monde et enfin briser le plafond de verre.

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