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JO Tokyo | Rugby à 7 : Portia Woodman, la revanche dans la peau

On l’appelle Wonder Woodman. Mais contrairement à la super-héroïne, Portia n’a ni arme ni super-pouvoir. Quoi que, pour les super-pouvoirs, cela reste à prouver. Dotée de qualités athlétiques extraordinaires, Portia Woodman a connu plusieurs graves blessures ces dernières années et revient le couteau entre les dents pour venger les Fougères Noires, « seulement » médaillées d’argent à Rio. (Getty Images)

C’est du 29 au 31 juillet que se dispute le tournoi féminin des Jeux olympiques de Tokyo. Les règles, l’esprit et les principes du rugby à sept vous ont été présentés dans l’article sur la légende vivante Jerry Tuwai. Chez les femmes, rien ne diffère si ce n’est les forces en présence. Les Fidji sont compétitives, certes, mais ce sont l’Australie, le Canada, la Grande-Bretagne et la Nouvelle-Zélande qui ont dominé le circuit ces dernières années. Cette dernière regorge de talents dans la discipline, à commencer par Sarah Hirini, désignée porte-drapeau de la délégation néo-zélandaise. À ses côtés, on retrouve trois anciennes « joueuse à sept de l’année World Rugby » : Portia Woodman (2015), Michaela Blyde (2017, 2018) et Ruby Tui (2019). La première citée est particulièrement attendue, elle dont le palmarès est aussi éloquent que Daniel Herrero.

Papa ! Je veux être Jonah Lomu ! En femme. »

Portia Woodman

Portia, fille de Kawhena et Kathryn Woodman – respectivement joueur de rugby et joueuse de netball – grandit à Kaikohe, petite ville de l’Île du Nord, au sein de la tribu maorie des Ngāpuhi. Alors âgée de quatre ans, elle découvre le rugby à la télévision, sur le canapé familial. « Ces images se sont imprimées en moi. Plus tard, quand j’ai eu dix ans, papa m’a vue jouer face à des garçons et a compris. Jusque-là, je crois qu’il ne m’avait pas prise au sérieux. » C’est la Coupe du monde 1995 et Lomu marche littéralement sur les Anglais. « Ces images se sont imprimées en moi. Plus tard, quand j’ai eu dix ans, papa m’a vue jouer face à des garçons et a compris. Jusque-là, je crois qu’il ne m’avait pas prise au sérieux. » raconte-t-elle pour le quotidien L’Équipe.

Marquer l’histoire

Comme sa mère et sa tante Aroha, Portia pratique le netball. Elle évolue au niveau semi-professionnel quand, en 2012, elle répond à l’initiative de la Fédération néo-zélandaise Go4Gold, visant à recruter des sportives pour former une équipe féminine compétitive à l’approche du retour du rugby au programme des Jeux olympiques d’été. Plus de 1 100 candidatures sont envoyées et parmi les heureuses élues figurent Portia Woodman et une certaine Kayla McAlister, petite sœur de Luke et coéquipière de Portia dans l’équipe de netball des Northern Mystics d’Auckland. Le reste n’est qu’insolence. Novice ou pas novice, Woodman envoie du bois. Meilleure marqueuse d’essais dès sa première saison en Women’s Sevens Series, championne du monde 2013 et nouvelle recordwoman d’essais marqués en Coupe du monde (12), on a vu pire comme débuts.

À Rio de Janeiro, l’ailière inscrit dix essais lors des six premières rencontres du tournoi olympique dont elle termine meilleure marqueuse. Mais il y a un hic. Malgré un essai de Woodman et un doublé de McAlister, la Nouvelle-Zélande est battue en finale par l’Australie (17-24). Au coup de sifflet final, une femme gît, inconsolable, sur la pelouse du stade de Deodoro. Portia Woodman a écopé d’un carton jaune et a le sentiment d’avoir abandonné ses coéquipières, comme elle le confie à Stuff. Mais pas l’temps pour les regrets, les erreurs n’appartiennent qu’à nous-mêmes, Portia Woodman est née pour amener sa part de progrès.

Kelly Brazier (debout) et Tyla Nathan-Wong (accroupie) tentent de réconforter Portia Woodman, dévastée par le scénario de cette finale olympique. (ALEXANDER HASSENSTEIN/GETTY IMAGES)

Devenue internationale à XV, la jeune femme voit se profiler la Coupe du monde 2017 en Irlande, pour laquelle elle est sélectionnée. Les Black Ferns remportent la compétition, Woodman finit meilleure marqueuse avec treize essais en cinq matchs. Satisfaits ? En novembre, elle est nommée meilleure joueuse de l’année par World Rugby, devançant sa compatriote Kelly Brazer, l’Anglaise Lydia Thomson et les tricolores Romane Ménager et Safi N’Diaye. Elle est aussi élue sportive maorie de l’année mais, beaucoup plus inattendu, Portia Woodman figure dans le quinze de l’année 2017 établi par le média Planet Rugby… aux côtés de quatorze joueurs masculins !

Planet Rugby’s 2017 Team of the Year

Dans la lignée de son année 2017 exceptionnelle, Portia Woodman renverse tout sur son passage en 2018. Au mois d’avril ont lieu les Jeux du Commonwealth à Gold Coast, en Australie. La finale à sept oppose la Nouvelle-Zélande aux Pearls australiennes. La revanche de Rio tourne en faveur des Black Ferns, dont le succès se dessine en prolongations (17-12). La saison des Sevens Series sacre cependant l’Australie devant les Néo-Zélandaises, ce qui est une déception pour ces dernières. À titre individuel, Woodman bat le record d’essais marqués dans la compétition avec 185 unités en carrière, et figure dans l’équipe de l’année où l’on retrouve la Française Montserrat Amédée. L’année 2018 se conclut en juillet avec la Coupe du monde de rugby à sept à San Francisco, remportée par Woodman et cie.

Une pionnière

Quelques jours plus tard, le magazine Rugby World classe Portia Woodman à la neuvième place des personnalités les plus influentes du rugby mondial. Elle est la première femme de ce classement et met de nombreuses figures du rugby masculin derrière elle. Plus tôt dans l’année, la Fédération néo-zélandaise avait annoncé des mesures historiques pour améliorer la rémunération des joueuses. Dans L’Équipe, Julien Candelon dressait alors un portrait très élogieux de Woodman : « Elle excelle autant à sept qu’à quinze. C’est rare, c’est énorme ! Dès qu’elle porte la balle, elle se montre dangereuse. Elle marche sur l’eau et sur tout le monde. Sous cet aspect-là, elle s’apparente à Jonah Lomu. »

Difficile de donner tort à l’ancien ailier : lorsque Portia Woodman se saisit du ballon, le public retient son souffle. Très rapide, l’ailière est compacte (1,70 m et 70 kg), elle possède un centre de gravité très bas, ce qui la rend difficile à plaquer et à prendre à défaut sur les appuis. C’est une boule de muscle, à la fois véloce et puissante. Une puncheuse qui avance sur chaque duel, offensif comme défensif. Du moins, c’est ce qu’on observait à l’époque. Depuis ? Une rupture du tendon d’Achille en octobre 2018. Puis des pépins aux ischio-jambiers en 2019. Et enfin, une crise sanitaire en 2020. Résultat ? Deux ans et demi d’absence en équipe nationale. Pour Planet Sevens, elle assurait en mai dernier « être à (son) meilleur niveau en dix ans, physiquement comme mentalement. »

« J’avais besoin d’apporter des changements dans mon régime alimentaire, dans ma préparation, ma récupération. J’ai dû changer tout ça pour m’assurer de redevenir ce que je voulais être. Avant, je prenais les choses pour acquises. Je me disais que je n’avais pas besoin de m’étirer, etc. Quand vous êtes jeune, vous vous sentez invincible et vous ne vous vous souciez pas de ces détails. J’ai 30 ans maintenant. Je dois définitivement faire ça. Depuis cette défaite en finale des JO, je dis à ma mère que je ne veux plus jamais ressentir ça. » Woodman donne l’impression, cinq ans plus tard, d’être en mission. Son retour avec les Fougères Noires en mai était en ce sens encourageant.

Du 29 au 31 juillet, vous pourrez suivre les performances des Black Ferns et de leur ailière Portia Woodman. La remise des médailles aura lieu ce samedi au Tokyo Stadium. Un stade qui avait accueilli neuf rencontres de la Coupe du monde 2019. Les épreuves de football et de pentathlon moderne ont également lieu dans cette enceinte cet été. Allez, soyons sérieux. Vous ne pouvez pas passer à côté du retour fracassant de Wonder Woodman !

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