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JO Tokyo | Les équipes de hockey sur gazon Sud-Africaines championnes olympiques du crowdfunding

Alors que certains viennent aux Jeux Olympiques dans une quête de victoires, beaucoup rêvent uniquement d’y participer. Cet été, les équipes Sud-Africaines de hockey sur gazon appartiennent à cette catégorie là. Et pour réaliser leur rêve, elles étaient prêtes à tout.

Pratiqué en équipe de 11 joueurs, le hockey sur gazon est un sport consistant à marquer plus de buts que l’équipe adverse. Pour faire cela, chaque joueur possède une crosse avec laquelle il manie une balle en caoutchouc. En Europe, ce sport est particulièrement populaire aux Pays-Bas, dont l’équipe féminine domine la discipline depuis une décennie.

Le pays aux trois sports roi

Lorsque l’on pense à l’Afrique du Sud, le hockey sur gazon n’est pas le premier sport qui vienne à l’esprit. On pense tout d’abord au rugby à XV, considéré comme un sport national dans le pays. De plus, son équipe nationale rayonne régulièrement aux yeux du monde. Pourtant, deux autres sports y sont très importants. Le football reste le sport national et le cricket y est également très populaire. Peu connu en France, c’est pourtant un des trois sports rois du pays.

L’ensemble de ces sports possèdent une caractéristique commune : ils étaient fortement implantés au Royaume-Uni. Et l’Afrique du Sud y a longtemps été rattachée avant qu’elle ne prenne son indépendance.

En Afrique du Sud, d’après une enquête Ipsos publiée en 2015, 99% des habitants supportent une des 3 équipes nationales précédemment citées de façon préférentielle. Les équipes nationales des autres sports n’étaient choisies en préférence que dans 1% des cas. Et parmi toutes ces équipes se trouve : le hockey sur gazon !

Du hockey sur gazon en Afrique du Sud ?

Comme les autres sports ci-dessus, ce sont les britanniques qui importent le hockey sur gazon en Afrique du Sud. En effet, le sport a été popularisé en Europe et dans le pays après la création du première club en Angleterre en 1849. Auparavant des traces de sports munis de bâtons ou engins se rapprochant de crosses remonteraient à l’Antiquité et auraient été présents dans plusieurs régions du monde d’après des textes et dessins d’époque. Les règles et équipements n’étaient alors pas tout à fait les mêmes qu’à notre époque.

Il devient un sport olympique dès la 3ème édition de ceux-ci, à Londres. A l’époque, 4 des 6 équipes participantes proviennent du Royaume-Uni. Mais les choses vont changer au fil du temps et le tournoi va s’ouvrir à de nouvelles équipes. Parmi elles, on retrouve régulièrement l’Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud met longtemps à s’affirmer dans ce sport au niveau mondial. En effet, à cause de l’apartheid, ils sont exclus de la plupart des événements sportifs jusqu’en 1992. Ils ne font donc leur apparition sur la scène internationale qu’au cours de la Coupe d’Afrique des Nations de 1993. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne pratiquaient pas le sport au sein même du pays. Preuve en est, ils remportent la Coupe d’Afrique des Nations dès leur première participation. Preuve de l’implantation du hockey dans le pays, ils ont remporté toutes les éditions depuis. Et la domination est totale que ce soit chez les hommes ou les femmes.

Les représentants africains aux Jeux Olympiques

Avec une telle domination, c’est logiquement que les équipes nationales se retrouvent dans les compétitions intercontinentales. Si elles ne sont jamais montées sur le podium, les équipes Sud-Africaines tournent autour de la 10ème place à chacune de leurs participations.

Grâce à leurs victoires sur le continent Africain, les équipes sont régulièrement présentes aux Jeux-Olympiques également. En effet, des tournois de qualifications sont organisés par continent à partir des équipes ayant les plus hauts classements mondiaux. Classées premières du leur, les équipes Sud-Africaines réussissent souvent à se qualifier via ce moyen. Sinon, un tournoi de qualification olympique vise à qualifier le reste des participants au tournoi. Classés respectivement 14ème et 16ème au niveau mondial, l’Afrique du Sud arrive régulièrement à y tirer son épingle du jeu.

L’équipe Sud-Africaine en septembre 2011 célébrant sa victoire dans le tournoi qualificatif pour les Jeux Olympiques de Londres

Les femmes se sont toujours qualifiées depuis leur première participation en 2000. Quant à l’équipe masculine, depuis ses débuts en 1996, elle a uniquement raté les Jeux de Sidney en 2000. Si l’équipe s’était qualifiée, elle n’avait pas eu l’autorisation de participer de la part de son comité olympique. La raison évoquée était le manque de joueurs noirs dans l’équipe et le fait qu’elle n’aurait pas amélioré son classement par rapport à la précédente compétition (10èmes). Une raison jugée uniquement politique par les joueurs qui estimaient mériter leur place mais également pouvoir faire mieux.

En effet, sport de culture britannique, le hockey sur gazon était pratiqué quasiment exclusivement par les blancs pendant l’apartheid. En se présentant à l’époque avec une équipe comptant uniquement trois joueurs noirs, cela ne montrait pas une évolution suffisamment significative de la situation aux yeux du comité, mais aussi de certains politiques voulant montrer des changements au sein même du pays via le sport.

« Cette décision a plus à voir avec la politique et les préjugés qu’avec le mérite. Cela a été une saga très triste et un sérieux revers pour le hockey en Afrique du Sud. »

Clare Digby, présidente de l’Association sud-africaine de hockey.

Mais par la suite, les deux équipes ont pu représenter leur pays à plusieurs reprises aux Jeux Olympiques. Le meilleur classement obtenu est une 9ème place pour leur équipe féminine à Athènes en 2004.

La déception de 2016

Les Jeux de Rio marquent un nouveau tournant dans l’histoire des équipes Sud-Africaines. Une nouvelle fois, elles ne sont pas envoyées aux Jeux Olympiques. Les deux équipes réussissent pourtant toutes les deux à se qualifier. Pour cela, elles remportent toutes les deux le tournoi de qualification continental. Au cours de celui-ci, les filles finissent premières de leur poule. Les garçons de leur côté battent l’Egypte en final d’un tournoi plus conséquent en nombre d’équipes.

Cinq joueuses de l’équipe en 2015 qui s’étaient qualifiées pour les Jeux Olympiques de Rio en 2016

Pourtant, une nouvelle fois le comité olympique national décide de ne pas les envoyer. En effet, dans son règlement il était indiqué que les équipes devaient se qualifier via la Ligue Mondiale de Hockey sur gazon, ce qu’aucune des deux équipes n’avait réussi à réaliser. La comité olympique Sud-Africain est en quête de médailles. Il oblige toujours la qualification par la voie la plus difficile. Cette non-participation provoque un petit tremblement de terre sur ce sport qui peine plus que d’autres à se développer dans le pays.

« C’est vraiment triste et décevant. C’est difficile mais nous continuerons à travailler. La décision de ne pas y aller change beaucoup de choses et les choses seront différentes pour le sport et son avenir. »

Nicolene Terblanche, capitaine de l’équipe féminine en 2016.

2021 ou quand tous les moyens sont bons pour réaliser un rêve de Jeux

En 2021, les deux équipes se qualifient une nouvelle fois et, cette fois-ci, elles espèrent bien ne pas subir le même sort que 5 ans plus tôt. Pourtant, une nouvelle fois, la fédération aimerait que l’équipe se qualifie en faisant au minimum une finale dans les Hockey Series, en plus de leur qualification par la voie continentale. Si l’équipe masculine réussit, ce n’est pas le cas de celle féminine. Néanmoins, fin 2019, un regroupement de diverses fédérations refuse de signer cette méthode de qualification. Cette fois-ci, les deux équipes seront présentes aux Jeux.

Pourtant un nouvel obstacle se dresse rapidement devant eux. Et cette fois-ci, il est d’ordre financier. La fédération Sud-Africaine ne peut pas beaucoup financer ses équipes nationales. L’ensemble de ses joueurs et joueuses sont amateurs. Le matériel qu’ils ont à disposition se fait vieillissant. Pour participer, il leur faudra des aides financières pour que les joueurs n’aient pas à mettre de leur propre argent, pour voyager par exemple.

Tweet de l’entraineur national en novembre 2020 demandant de l’aide pour obtenir trois caisses pour le rangement et le stockage de leur équipement

Il leur faut également un soutien financier pour les camps d’entrainement, mais également pour d’éventuels matchs à l’étranger, auxquels ils sont invités mais ne peuvent participer faute de moyens. C’est sans compter les joueurs n’ayant pas les moyens de se passer du métier qu’ils pratiquent à plein temps pour participer. Jusqu’à présent, l’équipe n’avait pas eu à sélectionner en fonction du niveau de vie et ainsi de la capacité à se libérer sans souci financier pour jouer avec l’équipe, mais la question commence à se poser.

« Toutes les équipes qui sont classées au-dessus de nous dans le classement ont des ressources à temps plein, y compris les joueurs et le personnel. Tous nos joueurs et notre personnel ont des emplois à temps plein, chaque soutien sera très utile. »

Garreth Ewing, entraineur de l’équipe masculine.

Le hockey sur gazon est un sport peu médiatisé. En conséquence, les sponsors sont peu nombreux. Mais l’équipe nationale croise la route de Mike Sharman et de sa société MatchKit. Celle-ci a été créée avec Bryan Habana, un ancien champion du monde de rugby Sud-Africain. La start-up a été créée en réponse au confinement et l’arrêt des compétitions l’année dernière. En effet, les sportifs gagnent de l’argent grâce à leurs victoires, leurs participations, mais aussi leur présence médiatique, ce qu’ils n’avaient plus. Le projet a pour objectif de mettre en relation sportifs et sponsors pour favoriser leur mise en avant d’un point de vue commercial, dans le but de trouver des financements.

Après une rencontre, l’idée du crowdfunding est évoquée. Le rêve olympique a un coût. Pour l’équipe Sud-Africaine, il est d’environ 280 000 €. Bien rapidement des donateurs et sponsors les aident à réaliser leur rêve. Ils peuvent faire plusieurs camps d’entrainement avant de partir et sont désormais en train de vivre leur rêve à Tokyo.

De leurs côtés, l’équipe féminine décide d’user d’un même stratagème. Dans leur cas, un des donateurs pourra être le gagnant d’un voyage si l’objectif financier visé est atteint. Il semblerait que le résultat soit tout aussi efficace que pour leurs homologues masculins. Elle aussi peuvent s’envoler pour Tokyo affronter les plus grosses nations mondiales.

A Tokyo, les équipes féminine et masculine de l’Afrique du Sud vivent leur rêve olympique. 5 ans après avoir vu leurs espoirs être écrasés à Rio, ils peuvent essayer de rendre leur pays fier. La victoire de l’équipe masculine contre l’Allemagne triple championne olympique de la discipline et actuelle n°6 mondiale aura pu rendre le pays fier. Mais il l’est peut-être encore plus d’avoir vu ces deux équipes faire tout ce qui était en leur pouvoir pour pouvoir les représenter dans l’évènement sportif mondial majeur. Le rêve des Sud-Africains et Sud-Africaines s’arrêtera certainement avant une victoire, mais aux Jeux Olympiques plus que dans toutes les compétitions, il est connu que le rêve pour bien des athlètes est d’avoir la chance d’y participer.

Le dernier match des Sud-Africaines sera samedi 31/07 à 5h15 face à l’Inde, grande nation du hockey sur gazon mondial elle aussi.

Photo titre : Ashley Vlotman/Gallo Images

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