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JO Tokyo | Saut à la perche : qui pour toucher les étoiles ?

Le titre olympique au saut à la perche ne semble être qu’une simple formalité pour le prodige suédois Armand Duplantis. Pourtant à Tokyo, ils sont 14 à rêver de victoire en finale. Parmi ces favoris et outsiders, plusieurs peuvent viser la victoire ou le podium.

Armand Duplantis, le prodige face à son destin

Armand Duplantis n’a que 21 ans mais il a déjà mis le monde de la perche à ses pieds. Recordman du monde en intérieur (6m18) et extérieur (6m15), rien ne semble pouvoir l’empêcher d’aller conquérir le titre olympique.

Pourtant le jeune suédois n’a pour l’instant jamais été sacré au niveau mondial. En 2019, il avait dû se contenter de la 2ème place derrière l’Américain Sam Kendricks aux championnats du monde. Au niveau européen, il est double champion, après des titres en 2018 et ce printemps.

« Mondo Duplantis est sur une autre planète, il va être difficile à battre, mais il n’est pas imbattable. »

Renaud Lavillenie à propos de son rival pour Eurosport.

Cette année, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Il était sur une série de 23 victoires consécutives avant qu’elle ne soit brisée le 23 mai par Sam Kendricks. L’Américain était d’ailleurs le dernier perchiste à l’avoir battu avant cette longue série en 2019. Auteur ce jour de mai d’un saut à 5m55, il s’est par la suite repris sautant plusieurs fois au dessus de 6m.

Avant les Jeux, Mondo Duplantis est l’auteur des meilleures performances mondiales en intérieur comme extérieur, les deux fois à 6m10. On peut donc penser qu’il cherchera en plus du titre à s’adjuger au minimum le record olympique de la discipline, dont est détenteur Tiago Braz avec son saut à 6m03 aux Jeux de Rio.

L’actuel recordman du monde Armand Duplantis lors d’une compétition internationale (Anadolu Agency / Eşref Yeftale)

Renaud Lavillenie, l’ancien roi vise la reconquête de son trône

Renaud Lavillenie s’est qualifié avec difficulté samedi dans la nuit. Victime d’une entorse de la cheville le 11 juillet à l’échauffement de sa dernière compétition avant son départ, il a entamé une course contre la montre pour pouvoir participer à ses 3èmes Jeux. Ainsi, sa qualification en finale était sans nul doute déjà une belle victoire pour lui. En effet, le perchiste clermontois ne pouvait pas courir en début de semaine.

Après avoir passé avec difficulté 1m50 (au 3ème essai), il a passé au bout du 2ème 1m65. Cette barre n’étant pas suffisante, il s’est attaqué à 1m75, passé dès le premier essai. 20 jours après son entorse, avec une perche plus courte de 20 cm et sur un nombre de foulées réduit (16 à la place 18), c’était déjà un bel exploit.

« C’est Renaud, il n’y a pas grand-chose à dire de plus. »

Valentin Lavillenie à propos de la qualification de son frère ainé revenant tout juste de son entorse.

Pourtant, Renaud Lavillenie était l’un des favoris au podium à Tokyo. Après un passage à vide à cause de nombreuses blessures ces dernières années, il revenait très bien depuis la fin de l’année 2020. Il a tout d’abord était l’auteur d’une performance à plus de 6m06 en saison hivernale. Puis, s’est adjugé la 2ème meilleure performance de l’année en extérieur (5m92). Ce résultat était une excellente réponse à tous ceux qui l’enterraient suite aux résultats de ces dernières années. En effet, il n’avait pas passé la barre des 6m depuis le 5 mars 2016. En 2019, il n’avait pas réussi non plus à franchir les 5m90.

Ces résultats étaient de très bonne augure pour le champion olympique de Londres et ancien recordman du monde de la discipline (6m16). Mais sa préparation olympique se gâtait avec une première blessure l’empêchant de participer aux championnats d’Europe. A l’arrêt pendant plusieurs semaines, il revient à la compétition début juin et saute 2 fois au-dessus des 5m90.

Si ses résultats restent moins réguliers qu’ils ont pu l’être jadis, preuve avec son échec aux championnats de France (5m70) mais aussi ses 3 performances sous les 5m80 depuis début 2021, il restait l’un des grands favoris pour un podium voir le titre. En effet, sur une compétition d’un jour, personne n’est à l’abri d’une défaillance.

Avec sa blessure, le podium semble plus difficile à atteindre mais avec son retour au sommet inattendu cette année, il reste un homme qu’il ne faudrait pas sous-estimer.

Renaud Lavillenie lors des qualifications à Tokyo (AFP / Ben STANSALL)

Sam Kendricks, le malheureux covidé

Sam Kendricks était un des gros prétendants à une médaille. S’il n’est pas celui qui saute le plus haut, le recordman des Etats-Unis de la discipline n’en est pas moins le leader mondial actuel. En effet, en 2019 à Doha, il a été sacré champion du monde devant Piotr Lisek et Armand Duplantis. En le faisant, il conservait son titre acquis 2 ans plus tôt.

« Sauter à 6,02 m fait de moi le perdant sautant le plus haut de l’histoire. Personne n’a jamais sauté si haut et perdu. C’est presque approprié pour moi d’avoir ce titre […] le plus grand perdant du monde. »

Sam Kendricks à propos de sa défaite face à Mondo Duplantis à Lausanne en 2020. Il avait passé 6m02 ce jour-là.

Homme des compétitions d’un jour, il était détenteur de la 2ème performance mondiale en extérieur de 2021 a égalité avec le français et un de ses coéquipiers. Néanmoins si son destin n’est pas d’être recordman du monde, il n’est pas non plus d’être champion olympique. En milieu de semaine dernière, il a été testé positif au covid, enterrant tous ses rêves de victoire.

Sam Kendricks célébrant son titre de champion du monde à Doha en 2019 (AP)

Tiago Braz pour refaire la surprise ?

A Rio, Tiago Braz était sacré champion olympique devant son public. Ce soir-là, il était la grande surprise des Jeux Olympiques. En effet, le brésilien n’avait jamais sauté au dessus des 6m. Il n’avait alors pour meilleure performance qu’un 5m93, loin derrière les sauts que pouvaient effectuer Lavillenie ou Kendricks. Mais porté par les spectateurs de son pays, il s’était envolé à 6m03, dépassant son record personnel datant de quelques mois plus tôt de 10 cm. Ce faisant, il s’était également offert le record olympique que Renaud Lavillenie avait conquis à Londres puis une nouvelle fois quelques minutes plus tôt (5m98).

Depuis le brésilien n’a jamais repassé la barre des 6m. Cette année, il a pour record un saut à 5m82. Avec celui-ci, il parait loin d’être un favori à la victoire finale. Mais après son coup d’éclat d’il y a 5 ans, il pourrait avoir une nouvelle surprise en prévision.

Tiago Braz sur le podium à Rio (COB)

Piotr Lisek, l’homme des podiums

Le forfait de Sam Kendricks et la blessure de Renaud Lavillenie semblent libérer des places potentielles sur le podium. Un homme parait tout désigné pour prendre ce rôle : le Polonais Piotr Lisek est un habitué des podiums. Dans un style différent de Lavillenie, Duplantis et Kendricks, de tailles et oids plus petits, il s’adjuge régulièrement les 2ème et 3ème place des podiums mondiaux. C’était par exemple le cas en 2019 aux championnats du monde qu’il termine 3ème derrière Kendricks et Duplantis. Cette année encore, il se classe 3ème aux championnats d’Europe à Toruń dans son pays. Devant lui, on trouvait Duplantis et Valentin Lavillenie, petit frère de Renaud, qui n’a pas réussi à se qualifier pour la finale à Tokyo.

Avec un meilleur saut à 5m80 cette année, la victoire semble compliquée, mais il ne faut pas enterrer celui qui a un record personnel à 6m02 en extérieur et à 6m en intérieur, faisant de lui l’un des 9 seuls perchistes à avoir franchi la barre des 6m en intérieur comme en extérieur. De plus, contrairement à bien d’autres outsiders, il a l’avantage de l’expérience.

Piotr Lisek aux championnats d’Europe (Adam Nurkiewicz/Getty Images)

Les outsiders

Avec le manque de favoris, ce sera l’occasion de se montrer pour des sauteurs qui n’ont jamais été médaillés lors de grosses compétitions internationales. Parmi eux, on compte les deux Américains Christopher Nilsen et KC Lightfoot. Le premier est détenteur de la 2ème performance mondiale en extérieur à 5m92 comme Lavillenie et Kendricks, quant au second, il a franchi les 6m en intérieur lors d’un championnat universitaire cet hiver. On peut également penser au Néerlandais Menno Vloon. S’il n’a pas fait mieux que 5m80 en extérieur, il avait sauté 5m96 pendant la saison hivernale. Un autre prétendant au titre est peut-être le Philippin Ernest John Obiena. Il a en effet passé 5m87 le 30 juin.

A des niveaux inférieurs, on retrouve également le Grec Karalis, les Allemands Zernikel et Litha Baehre, le Turc Sasma, l’Australien Marschall et l’Anglais Coppell qui ont réussi à se qualifier pour cette finale à 14. S’ils ne semblent pas taillés pour un podium, ils pourraient profiter d’erreurs des grands favoris.

KC Lightfoot, Chris Nilsen et Sam Kendricks lors des sélections américaines

Demain, les meilleurs perchistes mondiaux vont s’affronter pour monter sur le toit de l’Olympe. Et comme bien souvent le concours promet des rebondissements, notamment pour les places sur le podium, la victoire étant prédite au suédois. Mais dans cette discipline complexe personne n’est à l’abri d’un jour sans et chacun se battra avant tout face à lui-même.

Retrouvez la finale du saut à la perche mardi à 12h20.

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