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JO Tokyo | Les rois de la grimpe entrent en scène

A Tokyo, 5 nouveaux sports ont fait leurs entrées aux Jeux Olympiques. En parallèle des épreuves de planches que sont le surf et le skate, les karatékas font leur apparition. De plus, le soft-ball/baseball fait son grand retour dans sa presque maison. Et s’il y a beaucoup de nouvelles disciplines, comme le basket 3×3, ou divers compétitions de plus en plus mixtes, un sport complétement neuf arrive : l’escalade.

Petite remontée dans le temps

L’escalade existe depuis des centaines d’années. Tout d’abord un moyen de déplacement, l’escalade va peu à peu se transformer en loisir. Mais au fur et à mesure du temps ce qui est un loisir d’extérieur va développer des formes de compétition.

C’est dans l’après-guerre que les compétitions voient le jour. Organisées en URSS sur plusieurs modèles : une épreuve de vitesse en étant assuré du départ et où le grimpeur doit monter le plus rapidement possible, et une autre où il doit tracer sa voie. Mais jusque dans les années 80, seuls les habitants de l’URSS pouvaient y participer.

La situation change par la suite lorsque les premières compétitions officielles sont organisées. Dans un premier temps, l’idée est très décriée par certains grimpeurs de l’époque. Le Manifeste des 19 regroupe 19 grimpeurs français appelant à s’opposer à l’esprit de compétition dans leur sport. Pour eux, l’escalade doit rester avant tout une quête personnelle. Ils sont malgré tout très nombreux parmi les signataires à participer à la première compétition à Bardonecchia en Italie. En parallèle, la discipline continue de se développer et les grimpeurs montent des falaises toujours plus difficiles grâce à l’évolution du matériel.

La structuration de la compétition est difficile et fait face à de nombreux détracteurs. Alors que les premières compétitions se heurtent à des problématiques diverses, l’idée de voire leur discipline être réalisée en salle braque la part de pratiquants cherchant à conquérir de nouveaux sommets, vantant la liberté de leur sport. En effet, après quelques compétitions, il est décidé que l’escalade ne s’effectuerait plus sur des parois naturelles. Deux raisons principales sont évoquées : les compétitions dégradent les lieux naturels (prises installées sur les parois, modification des lieux pour le placement des spectateurs et dégradations par ceux-ci), mais également les tricheries avec certains athlètes observant ou testant les voies en amont.

L’uniformisation des règles de l’escalade

Au fil du temps pourtant, la situation s’améliore. Les fédérations nationales bien qu’un temps réfractaires commencent à s’organiser autour de la pratique. Des murs d’escalade sont installés dans les différentes villes, notamment des pays d’Europe de l’Ouest. Et alors que les règles n’étaient pas claires auparavant, avec l’arrivée d’un circuit international, elles sont gravées dans le marbre tandis que divers juges sont formés.

Auparavant, personne ne savait ce qui devait être pris en compte pour la victoire : la vitesse, le style, la personne allant le plus haut, un mélange des trois ?

Désormais, lors des compétitions internationales, il y a 3 épreuves distinctes :
– la vitesse
– la difficulté
– le bloc

La vitesse est la plus courte des trois mais peut-être aussi la plus impressionnante visuellement. Les athlètes s’affrontent par deux et doivent grimper le plus rapidement possible un mur de 15 m de haut. Dans cette épreuve, les prises sont fixes et ne bougent pas d’une compétition à l’autre. Chacun a donc le loisir de s’y entrainer toute l’année. Lors des qualifications, ils ont deux essais et le meilleur temps compte pour le classement. Lors des finales, il s’agit d’une course à élimination face à son concurrent.

Le premier record olympique de la discipline sera fixé à la fin des qualifications.

L’épreuve de vitesse qui est peut-être la plus impressionnante visuellement des 3.

La difficulté est une épreuve consistant à grimper le plus haut possible sur un mur d’au minimum 15 m. Les prises changent à chaque compétition. Les grimpeurs commencent par avoir 6 min pour découvrir la voie. Puis ils sont isolés et ont par la suite 6 min pour grimper le plus haut possible. Une fois que l’athlète s’est élancé, la moindre chute stoppe l’épreuve. On retient alors la hauteur atteinte et il n’y a pas de 2nd essai. Le gagnant est celui qui a grimpé le plus haut, ou s’il y a égalité celui qui a atteint cette hauteur le plus rapidement.

L’épreuve de difficulté met l’endurance de chacun à rude épreuve

Le bloc est la discipline la plus récente. Elle est également la seule des trois qui ne nécessite pas d’être encordé. Elle consiste à grimper plusieurs obstacles à une faible hauteur (4.5m maximum). En 5 minutes, les grimpeurs ont autant d’essais qu’ils le désirent pour atteindre le haut du bloc qu’ils viennent de découvrir. Chacun d’entre eux contient beaucoup moins de prises que l’épreuve de difficulté. Le bloc nécessite plus de flexibilité et de force musculaire quand la difficulté met en avant la technique et l’endurance. Le gagnant est celui qui a réussi le plus de blocs, ou de mi-blocs, et qui a eu besoin du moins d’essais pour y parvenir.

Le bloc, dernière discipline arrivée sur le circuit.

L’escalade aux Jeux Olympiques

« Ce sont mes premiers JO mais ce sont surtout les premiers pour l’escalade. C’est un grand pas. On espère que ça va créer un engouement et permettre le développement de notre sport. Pour nous, en tant qu’athlètes, c’est génial car les JO sont la compétition de référence dans la plupart des sports. »

Anouck Jaubert, plusieurs fois médaillée mondiale en vitesse, et membre de l’équipe olympique, à propos du début de l’escalade aux JO

Pour les Jeux de Tokyo, l’escalade fait enfin ses grands débuts pour le plus grand plaisir des pratiquants de ce sport. Mais son format pose rapidement question. Alors qu’aux championnats du monde, chaque épreuve est distincte, les Jeux Olympiques organisent une compétition combinée. En effet, ils décident de ne délivrer qu’une seule médaille pour le sport lors de la première édition. La personne sacrée est la meilleure dans les trois épreuves. Pour être premier, il faut avoir le moins de points possibles à la fin. Le nombre de points est calculé en fonction du classement. Ainsi, une personne faisant 1er, 1er puis 8ème aura 8 points (1x1x8) quand une faisant 2ème, 2ème, 3ème 12 par exemple (2x2x3).

Ce règlement complique la tâche pour les grimpeurs. En effet, tous ne sont pas spécialisés dans la même discipline. Comme dans d’autres sports (concours complet en équitation, concours général en gymnastique, combiné nordique en sports d’hiver) il leur faut donc combiner des qualités parfois différentes pour l’emporter. Cette compétition va donc mélanger des athlètes aux profils et parfois idéaux forts différents. Les spécialistes de la difficulté sont pour certains des grimpeurs habitués aux voies en extérieur. C’est le cas pour le Tchèque Ondra, l’Autrichien Schubert ou encore la Slovène Garnbret. Ainsi, ils sont plus dans la recherche d’avancement et la réflexion, quand ce n’est pas toujours le cas pour les adeptes du bloc, qui ne font pas forcément d’extérieur, et encore moins pour ceux de la vitesse qui sont plus dans le sensationnalisme.

« Je ne suis pas en faveur du format qui impose que tous les grimpeurs doivent concourir en escalade de vitesse. C’est comme demander à un coureur de demi-fond de participer au sprint. L’escalade de vitesse est un sport dans notre sport. » 

Lynn Hill, l’une des meilleures grimpeuses de son époque, désormais à la retraite, à Climbing Magazine

Ce mode de compétition avantagera certainement ceux plutôt spécialisés sur le bloc et la difficulté, disciplines proches l’une de l’autre avec des qualités d’analyse des voies à avoir. En effet, ces deux disciplines ont des points communs, mais sont très différentes de la vitesse. De leurs côtés, les spécialistes de la vitesse vont devoir maitriser 2 disciplines en plus de celle où ils excellent. Ainsi, ce seront ceux avec la plus grande capacité d’adaptation qui devraient gagner cet été. Mais dès Paris 2024, il y aura 2 catégories : difficulté et bloc d’un côté, et vitesse de l’autre. En plus d’être un développement pour le sport, cela permettra de rendre la compétition un peu plus égalitaire.

Les grands noms présents

Pour cette première édition, 20 femmes et 20 hommes vont concourir. La France sera représentée par 4 grimpeurs. Anouck Jaubert, une spécialiste de la vitesse plusieurs fois médaillée mondiale et double vainqueure de la coupe du monde et Julia Chanourdie, spécialiste de la difficulté et l’une des meilleures grimpeuses mondiales en extérieur sur falaise, participeront pour les femmes. Chez les hommes, ce sont les frères Mawem qui représenteront la France. Alors que Bassa est spécialisé dans la vitesse, il est d’ailleurs double vainqueur de la coupe du monde, son cadet Mickaël l’est plutôt en bloc.

Au niveau international, les grands noms à suivre sont Jakob Schubert et Adam Ondra, tous deux plusieurs fois champions du monde de difficulté, mais également bons en combiné. Le 1er a gagné le combiné olympique en 2018 quant au second il a déjà été champion du monde de bloc également. Il faudra voir comment ils se sortent de l’épreuve de vitesse où ils ont plus de difficulté. Ils feront face au Japonais Tomoa Narasaki, spécialiste du bloc et double champion du monde de la discipline. Lors de la dernière épreuve au format olympique en 2019, c’était lui qui s’était imposé.

Adam Ondra, l’un des meilleurs grimpeurs au monde et l’un des favoris pour un podium (Petr Chodura, source Adam Ondra)

Chez les femmes, la jeune Slovène de 22 ans Janja Garnbret semble partir grande favorite. Sacrée 6 fois championne du monde depuis 2016, elle a gagné les 2 épreuves en combiné format olympique en plus d’être double championne de la difficulté et du bloc. Néanmoins, pour elle comme pour ses homologues masculins, il est difficile de savoir le niveau de chacun après cette année avec peu de compétitions et la reprise tardive de celles-ci.

Longtemps réservéd à la montagne ou aux falaises, l’escalade fait ses débuts dans la cour des grands. Reconnue discipline olympique pour la première fois, les fans de la discipline espèrent la voir conquérir le public pour qu’elle s’inscrive durablement aux Jeux. Dans tous les cas, cette première apparition est déjà une belle victoire pour cette discipline toute jeune. Après le succès du modèle du basket 3×3, entre sa difficulté, son sensationnalisme et ses participants défiant les lois de la gravité, elle a déjà tout pour plaire. Mais avec sa jeunesse, elle n’en est qu’au tout début de son histoire.

Les qualifications hommes ont lieu à 10h aujourd’hui, celles femmes mercredi à 10h également.

Image titre : Janja Garnbret (Jan Virt/IFSC)

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