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[DOSSIER] Les onze commandements de Gérard Lopez

Le 23 juillet dernier, au terme d’intenses négociations, Gérard Lopez devenait officiellement propriétaire des Girondins de Bordeaux. Alors que la Ligue 1 a repris ses droits, les Dieux du football ont adressé onze commandements à l’homme d’affaires pour redresser la situation de ce bastion historique du football français.

1- Tu réduiras le nombre de contrats professionnels

Eu égard à leur douzième place en L1 la saison dernière, les Girondins ne disputeront pas de compétition européenne. Pas plus que la Coupe de la Ligue, supprimée en 2020. Avec le championnat et la Coupe de France à jouer, nul besoin de disposer d’un effectif pléthorique. Quatorze départs se sont réalisés. Over Mandanda, Vukašin Jovanović, Youssouf Sabaly (Real Betis), Maxime Poundjé, David Cardoso, Ibrahim Diarra, Yanis Hamoudi, Hatem Ben Arfa, Nicolas de Préville et Daouda Diallo ont quitté le club en fin de contrat. Jean-Michaël Seri est retourné à Fulham à la fin de son prêt tandis qu’Alexandre Lauray (Le Mans), Thomas Carrique (Celta Vigo) et Gabriel Lemoine (TSV Hartberg) ont été cédés gratuitement. Des départs encore insuffisants.

32 joueurs sont sous contrat professionnel, dont beaucoup qui n’ont pas d’expérience à haut niveau et dont les chances de grapiller du temps de jeu sont faibles. On citera Davy Rouyard, Tidiane Malbec, Malcom Bokele, Aïssa Boudechicha, Emeric Depussay, Yassine Boujouama, Lenny Pirringuel, Johab Pascal, Moudja Sié Ouattara, Dilane Bakwa et Thibault Klidjé. Certains d’entre eux sont assez jeunes pour évoluer avec la réserve ou les U19 mais d’autres vont devoir éclaircir leur avenir. Quid de Raoul Bellanova, Rubén Pardo et Josh Maja, tous revenus de prêt cet été ? Les deux premiers ont certainement une carte à jouer. Quant à Maja, il est censé quitter le club mais aucune piste ne paraît avancée à ce jour. L’opération dégraissage n’est donc pas achevée, d’autant plus que plusieurs nouvelles arrivées sont prévues d’ici la fin du mercato (après celles de Gideon Mensah, Ricardo Mangas et Timothée Pembélé).

2- Tu réduiras la masse salariale

Crise sanitaire, matchs à huis-clos, baisse substantielle du montant des droits TV… rien n’a épargné les finances du football français ces derniers mois. Pourtant, le train de vie des clubs de Ligue 1 ne semble pas avoir été bousculé. Les Girondins, au bord du précipice avant le rachat par Gérard Lopez, ont toujours une masse salariale conséquente.

En mars dernier, L’Équipe avait consacré un dossier aux salaires des clubs de Ligue 1.

Cette saison, le salaire moyen donné par les Girondins était le huitième plus élevé de L1 (960 000 € annuel), en baisse de 15,79% par rapport à 2019/2020. La voilure a été réduite mais l’effort doit être poursuivi. Au regard du contexte économique actuel, si les revenus des clubs baissent, il faut que les charges baissent aussi s’ils veulent garder des comptes à l’équilibre. Cet été, trois des dix plus gros salaires du club à savoir Nicolas de Préville, Jean-Michaël Seri et Hatem Ben Arfa ont fait leurs valises. Cela représente une économie de 430 000 € par mois, ce qui n’est pas négligeable.

Il y a quelques mois, France Football citait Frédéric Longuépée annonçant que « la perte prévisionnelle du club pourrait s’élever à 80 millions d’euros au titre de la saison 2020-21. » et confiait que le propriétaire King Street prévoyait de ne pas accorder de salaires supérieurs à 100 000 € mensuels aux futures recrues. King Street n’est plus aux manettes, quelle sera la politique de Gérard Lopez ? D’abord, en attendant de se séparer de certains gros salaires, le club a la possibilité de liquider des actifs joueurs, c’est à dire de vendre des joueurs à forte valeur marchande. C’est une manière, à court terme, d’équilibrer les comptes. Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de repenser la grille salariale. En guise d’exemple, Pablo Longoria a défini trois tranches de salaire à l’OM : les leaders d’équipe / les titulaires réguliers / les autres (jokers, doublures, jeunes espoirs).

3- Tu limiteras les dépenses du Haillan

La masse salariale est la charge la plus importante pour l’écrasante majorité des clubs professionnels. Elle concerne évidemment les joueurs, mais les joueurs sont loin d’être les seuls salariés d’un club de Ligue 1, qui n’est autre qu’une entreprise où se côtoient des dirigeants et des salariés du staff sportif, médical et administratif. À ce titre, les Girondins ont bien des efforts à faire. Avec environ 300 salariés à temps plein – un chiffre donné par Frédéric Longuépéele club se place au niveau de la Ligue des champions. Un niveau bien loin de celui qu’il affiche sur le terrain. Sous l’ère M6, Bordeaux était déjà largement au-dessus de la moyenne avec 233 salariés. En guise de comparaison, l’OL comptait 115 salariés en 2018. C’est deux fois moins que le FCGB.

La question qui se pose est donc : comment, alors que les propriétaires américains (successivement GACP et King Street) ont cherché par tous les moyens à réduire les coûts, les effectifs ont-ils pu augmenter de près de 30% ? France Football révélait en 2020 qu’Antony Thiodet, éphèmère ‘directeur de la stratégie commercial stade et réseau’, avait embauché pas moins de 18 commerciaux issus de l’académie Time for Biz qu’il a lui-même fondée. De son côté, Frédéric Longuépée avait recruté pour le marketing et la communication des ‘top managers’, dont il se dit que les salaires sont exorbitants (plus de 4,5 SMIC chacun) et que certains se vantent de supporter l’Olympique de Marseille.

Rapport de la DNCG sur la saison 2019/2020

Ce rapport de la DNCG nous apprend que la rémunération du personnel et les « autres charges » représentaient plus de 100 millions d’euros. Pour la masse salariale, on est au courant. Mais à quoi correspondent ces 32 millions d’autres charges, qui semble être une rubrique fourre-tout ? Des contrats de recrutement, des factures de scouting, des notes de frais, des équipements médicaux, des factures de visites médicales dans un cabinet spécialisé, etc. Un train de vie inadéquat pour un club avec les moyens des Girondins de Bordeaux.

4- Tu attireras des cadres d’expérience

L’équipe entraînée par Vladimir Petković est en cours de (re)construction. Parmi les nouveaux arrivants, de nombreux jeunes, principalement des étrangers. Il est primordial de construire un collectif autour de piliers, de leaders, qui de par leur vécu et leur expérience, sauront guider les jeunes dans les hauts et les bas d’une saison. Laurent Koscielny a le profil pour remplir ce rôle. Il le remplit déjà. Sa condition physique (blessures de plus en plus récurrentes) pose en revanche question. Les leaders d’équipe doivent être sur le terrain le plus possible, pour montrer l’exemple.

Au sein du LOSC de Gérard Lopez, champion de France en titre, il y en avait un par ligne : José Fonte, Benjamin André, Burak Yılmaz. Des joueurs qui donnaient de la voix dans les vestiaires et étaient extrêmement performants sur les pelouses de Ligue 1. Quels joueurs expérimentés sont assurés d’être titulaire cette saison ? Benoît Costil, Koscielny si son corps le laisse tranquille. Les autres trentenaires (Mexer, Paul Baysse, Jimmy Briand) sont appréciés au sein du groupe mais peuvent-ils assumer ce rôle sportivement ? Rien n’est moins sûr.

5- Tu poursuivras le travail avec les féminines

Depuis la création de l’équipe féminine en 2015, les résultats sont en hausse. Jusqu’à s’imposer comme le troisième plus grand club français derrière les ogres lyonnais et parisiens. Jusqu’ici, l’effectif était composé d’un mélange entre joueuses reconnues comme Claire Lavogez et de jeunes pépites telles que Khadija Shaw et Katja Snoeijs. Ulrich Ramé étant désormais parti au PSG, il faudra lui trouver un remplaçant. Voila donc la situation actuelle des féminines, mais dans quelle direction Lopez doit emmener cette équipe ?

L’objectif à court terme doit être de stabiliser cette troisième de place de Ligue 1, et donc de pouvoir participer à la Ligue des champions chaque année. Cette régularité permettrait au club d’accueillir des joueuses de niveau international chaque année à moyen terme et de s’imposer dans les clubs importants du football féminin, même si l’écart avec Paris et Lyon est trop grand pour être comblé avant plusieurs années.

« Félicitations pour la saison dernière, parce que vous êtes quand même une des grosses satisfactions des Girondins de Bordeaux. On va continuer à vous soutenir. Je suis un grand supporter, un grand fan, et je suis là pour faire en sorte, avec le club, que ce qui a été bien fait jusqu’à maintenant continue. Et peut-être encore mieux si on peut aider. »

Gérard Lopez à l’égard de l’équipe féminine

La première décision de Lopez a été le recrutement de Patrice Lair, suite au départ de Pedro Martínez Losa. La tâche sera difficile pour le néo-entraineur bordelais qui devra stabiliser l’équipe féminine sur le podium de D1. Cependant l’entraîneur français a les épaules pour cette mission, il possède une grosse expérience, que ce soit avec des équipes masculines ou féminines. En particulier, Lair a dirigé l’équipe féminine de Lyon de 2010 à 2014, puis l’équipe féminine du PSG de 2016 à 2018. Son expérience à Lyon lui a permis de glaner plusieurs titre nationaux ainsi que deux Ligue des champions. Le message est clair, Bordeaux veut passer un cap.

6- Tu renoueras avec les racines locales

Depuis le titre de 2009, l’aura des Girondins se réduit de jour en jour. On voit autant de maillots marseillais que bordelais dans les différents magasins de sport. Les camps de la PSG Academy se sont implantés dans le sud-ouest et à Bordeaux-même. Gérard Lopez doit remettre l’institution Girondins de Bordeaux au centre du projet et cela commence par s’imposer comme le club à rejoindre pour tout jeune joueur aquitain. Cette suprématie locale passe par aussi par les icônes du club. Ces mêmes légendes qui ont été négligées et oubliées sous GACP, Lopez a déjà commencé à les remettre en avant. En témoigne la présence de Johan Micoud ou Marius Trésor pour la réception du Clermont Foot.

À travers ces différentes actions, Lopez doit redonner l’envie de saigner bleu marine aux joueurs locaux, et dans le même temps penser à recruter local. Les Girondins sont devenus coutumiers des fuites de joueurs à fort potentiel. Récemment, on peut penser au cas Aymeric Laporte. Laporte est né à Agen, a fait ses gammes au SUA, le club de football agenais, jusqu’à ses 15 ans. Avant de se faire repérer par l’Athletic Bilbao lors d’un match avec la sélection Aquitaine. Il a ensuite rejoint le club basque avant de faire la carrière qu’on lui connaît. Un tel schéma ne doit plus se répéter et le club doit mettre en place les dispositions nécessaires pour récupérer les pépites locales.

7- Tu respecteras les supporters

Quand on parle de l’époque GACP, on peut évoquer les résultats sportifs ou les magouilles d’Hugo Varela, mais comment ne pas parler de la rupture entre le Virage Sud et l’ex-direction bordelaise ? Cela commence avec l’absence d’une figure d’autorité venant de King Street, ce qui permet à GACP d’agir sans réel garde-fou. Il n’en fallut pas plus à Longuépée, avec l’aide de Thiodet, pour orchestrer froidement les actions du club avec tous les acteurs du football aquitain, des clubs locaux aux salariés en passant par les Ultras. On peut notamment se souvenir que Thiodet avait déclaré récupérer plusieurs adresses IP de supporters mécontents. Ces agissements avaient été révélés par les Ultras lors des Girondins Leaks. Plusieurs conversations entre dirigeants et quelques abonnés avaient été postées, révélant cette sombre face du club au grand public.

Gérard Lopez arrive ainsi dans un climat tendu, et même s’il est vu par une partie du public comme un sauveur, il devra reconstruire totalement la relation avec le public girondin, et en particulier les Ultras. Plusieurs pas ont été faits en ce sens. Tout d’abord, cela peut paraître dérisoire mais le post des Girondins rendant hommage aux Ultras a fait son effet auprès des supporters. Lopez a ensuite decidé de créer une fan zone pour les supporters, à travers laquelle passe le bus des joueurs. Cela permet aux fans d’encourager leur équipe et à l’équipe de se sentir portée par la ferveur populaire. Il faudra continuer dans ce sens pour la direction girondine afin de renouer avec le peuple bordelais, trop souvent oublié durant la période GACP.

8- Tu impulseras une philosophie de jeu

Depuis le passage de Francis Gillot, le jeu girondin se morfond dans un football de possession de plus en plus stérile, avec notamment un xG de 43,87 la saison dernière ce qui classe les Girondins 15e de Ligue 1, au niveau de Nîmes et Brest. Le renouveau passera donc forcément par un nouveau style de jeu identifiable et commun à toutes les catégories d’âge. Il faudra aussi acquérir une stabilité que l’on a pas vue en terre girondine depuis près d’une décennie. Les entraîneurs se succèdent et les défaites s’enchainent, il faut donc un entraîneur s’installant sur la durée, avec un cycle d’au moins trois ans pour créer une nouvelle dynamique durable.

Cela colle avec l’arrivée de Vladimir Petković, un entraîneur reconnu pour construire une équipe sur plusieurs années comme on a pu le voir avec la Suisse. On peut donc imaginer une nouvelle idée de jeu, avec une défense à trois et des pistons, ce qui semble coller avec les derniers matchs de préparations et les dernières rumeurs de transferts. On peut penser au recrutement des latéraux gauches offensifs Mensah et Mangas, à la titularisation dans les matchs de préparation de Bellanova, et aux différentes rumeurs de joueurs au poste de milieu offensif et d’attaquant avec notamment les noms de Vitinho et de Elis qui reviennent régulièrement.

9- Tu dénicheras des jeunes talents

Evidemment, Gérard Lopez n’a pas acheté le club pour la beauté du sport. Il est avant tout aux Girondins pour faire des magouilles capitaliser sur différents joueurs à travers une stratégie de trading. À l’instar de ce qui a été réalisé à Lille, Lopez cherchera donc à recruter des joueurs à bas prix et à fort potentiel afin de réaliser le plus grand profit possible. Et, évidemment, pour réussir son trading, il faut déjà dénicher des futures stars.

R. Mangas, deuxième recrue des Girondins sous l’ère Lopez / Crédits : Girondins de Bordeaux

Pour cela, plusieurs solutions s’offrent à lui. Tout d’abord, Lopez pourra s’appuyer sur ses connexions déjà présentes, notamment avec Boavista dont il est propriétaire. D’ailleurs, la deuxième recrue de ce mercato est Mangas, latéral gauche du club portugais. Il pourra ensuite s’appuyer sur Admar Lopes et la puissance de l’agence de recrutement Scoutly Limited, qui permet d’avoir un répertoire de joueurs gigantesque. Ensuite, en recrutant les forts potentiels issus de la région, les Girondins pourraient développer des futurs grands de Ligue 1 en les modelant dès leur plus jeune âge. On peut se demander comment Anthony Rouault, né dans le Lot-et-Garonne et actuel défenseur central de Toulouse, a pu passer sous les radars des recruteurs girondins.

10 – Tu t’appuieras sur le centre de formation

De Giresse à Chamakh en passant par Lizarazu et Planus, nombre de grands joueurs des Girondins sont issus du centre de formation. On peut en ce sens regretter les récents départs trop rapides des Youssouf, Tchouaméni et Koundé. On peut aussi s’attrister que la relève semble un peu en-dessous de la génération précédente, même si quelques joueurs comme Logan Delaurier-Chaubet, Sékou Mara ou encore Amadou Traoré pourraient jouer un rôle en Ligue 1.

Le trio Koundé, Youssouf et Tchouaméni avec la réserve des Girondins / Crédits : Quentin Salinier

Le renouveau des Girondins passe donc forcément par un renforcement de la formation, que ce soit au niveau des joueurs et de l’encadrement. On peut notamment penser à recruter local, dans toute la Nouvelle-Aquitaine, avec des possibles ententes avec le Chamois Niortais ou Bayonne par exemple, tout en tentant des coups avec des joueurs déjà pré-formés à l’international à la manière d’Issouf Sissokho et de Gabriel Lemoine. Au niveau de l’encadrement, une solution serait de nommer un directeur du centre de formation aux idées de jeu plus novatrices et collant avec le style de coach Petkovic. Un enfant du club comme Bernard Blaquart ou Jean-Marc Furlan correspondrait parfaitement à ces critères-là.

11- Tu achèteras le Haillan et le stade

Les Girondins de Bordeaux ne possèdent ni leur centre d’entraînement, ni leur stade, propriétés de la Ville de Bordeaux. C’est une faiblesse pour le club, qui n’est pas riche en actifs. Son seul actif véritable, ce sont les joueurs, dont la valeur est par essence fluctuante. À l’heure actuelle, Bordeaux paie pour s’entraîner au Haillan (2 000 € par mois) et pour jouer au Matmut Atlantique (4,8 millions par an). Une situation qui devient lassante. En juin dernier, le domaine du Haillan a été estimé à 15 millions d’euros. Gérard Lopez cherchera-t-il à en faire l’acquisition ?

Concernant le stade, on sait que les clubs qui en sont propriétaires sont dans les faits assez rares, comme le montrait le youtubeur Wiloo. Néanmoins, il s’agit d’un modèle économique d’avenir. Le football est extrêmement dépendant des droits audiovisuels, qui pèsent pour 55 à 60% du budget des clubs, une part significative. À l’heure où les droits TV et les subventions sont en baisse, les Girondins comme tous les autres ont besoin de devenir moins dépendants, d’où la nécessité d’avoir le contrôle des revenus stade (billetterie, parkings, produits dérivés et autres recettes liées aux hospitalités). Patience, toutefois, l’achat du Matmut Atlantique est évalué à 150 millions d’euros.

Dans Le Paradis Perdu, le poète anglais John Milton écrivait « Long et dur est le chemin qui de l’Enfer conduit à la lumière. » S’il s’applique à suivre ces onze commandements, Gérard Lopez a une chance de conduire le peuple girondin à la terre promise.

Thomas Jucla et Ervan Couderc

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