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NFL : L’Histoire des règles du jeu

Entre autres nouveautés, quelques nouvelles règles seront introduites cette année en NFL, c’est l’occasion pour le CCS de revenir sur l’évolution de celles-ci à travers les âges. Qui décide? Sur quelles bases? Qu’est-ce qui pousse la ligue à changer les règles? Les différents changements et leurs conséquences nous permettent de comprendre mieux ce phénomène.

(Youtube.com, France24)

Imaginez un peu si les règles n’avaient jamais changées. On n’était pas tous nés donc un petit rappel s’impose. Un Quarterback ne pouvait lancer une passe que s’il était au moins 5 yards derrière la ligne de mise en jeu. Les remises en jeu pouvaient s’effectuer à un yard du bord de touche et les attaques ne pouvaient pas lancer de passes plus d’une fois par série de 4 tentatives. Bien sûr, à l’instar de nombreux sports, les changements étaient interdits et on pouvait allègrement attraper la grille du casque de son adversaire.

Evidemment, le football professionnel n’est plus soumis à ces règles. Tout au long de l’histoire du jeu, les responsables ont fait évoluer ses règles pour garder l’essence du sport, permettre plus de loyauté, de sécurité et de spectacle bien sûr. Ils n’ont jamais hésité à rebondir sur des faits ou des évolutions technologiques pour essayer d’améliorer le jeu.

C’est le « Competition Committee » qui est en charge désormais des changements et ceux-ci suivent un processus immuable et basé sur le consensus. Les évolutions très largement reconnues comme essentielles doivent être adoptées rapidement. Les autres peuvent mettre des années avant d’être mises en place. Et même si la majorité des propositions ne sont jamais adoptées, le comité les étudie toutes.

Evolution du Kick-Off :

  • 1974 : passage de la ligne de coup d’envoi de 40 à 35 yards, afin d’améliorer le spectacle sur les retours, résultat la moyenne des retours est passé de 75 à 92 %.
  • 1994 : passage aux 30 yards, le pourcentage était descendu à 68 % la saison précédente, il sera de 88 après le changement.
  • Dans les années 2000, les blessures étant trop nombreuses, il a été décidé de rajouter 3 joueurs défensifs pour défendre le retourneur, depuis on est revenu à 2.
  • En 2011, la ligne a été ramenée aux 35 yards. Il fallait désormais réduire la ratio de retours et celui-ci est passé de 80 à 50 % mais les commotions ont aussi chutées de 40 %

Prenons l’exemple du coup d’envoi. Entre 1974 et 2011, la ligne de remise en jeu a changé 3 fois de position. Chaque ajustement a dû être étudié pour donner la meilleure réponse aux circonstances et aux capacités des joueurs. En 2009, il a même été permis de rajouter au moins 3 joueurs défensifs pour protéger le retourneur. Ce changement, réalisé dans le but de réduire les blessures, a demandé des heures de visionnage de coups d’envoi au Comité.

Un processus d’évolution lent

La ligue qui est devenue la NFL a été créée en 1920. Les débuts se sont faits sur les règles universitaires qui ont permis la naissance du sport professionnel. Elles n’ont pas changé pendant 12 ans. En 1932, la NFL a commencé à se pencher sur les ajustements possibles et a donc créé son propre comité des règles pour devenir indépendant des facs. Le but était alors de sortir son propre livre du jeu dans les 10 ans.

Aujourd’hui, ce comité est composé de 9 membres, dirigeants et coaches. Ceux-ci sont à la base de toutes les propositions qui sont votées ensuite par les propriétaires de franchises. Le président de ce comité se défend de toute omnipotence :

« Vous regardez et vous vous dites, ok le comité est tout-puissant. Ce n’est pas vrai. Le comité est plus un pilote du jeu. Ce qui est bon pour le comité c’est l’opportunité de s’asseoir dans une pièce et d’étudier les idées de fond en comble.« 

Rich McKay, Directeur du Competition Committee

Dans le protocole qu’il dirige et oriente, le comité écoute les propriétaires, les coaches et les représentants des joueurs. Il enquête auprès des équipes, des arbitres et de plusieurs comités médicaux. Les experts regardent des vidéos de blessures, analysent les statistiques, observent les tendances et scrutent des heures de situations de jeu.

Même quand les règles entrent en vigueur, le travail du comité n’est pas terminé. Il observe l’impact sur les statistiques et les retours des équipes, joueurs et personnels médicaux pour s’assurer que le changement produit l’effet escompté.

Quand la NFL doute d’un changement, la présaison est un terrain idéal pour tester. Par exemple, le ralenti instantané a été testé en 1978 de cette manière. En 2004, elle a tenté de passer la ligne de scrimmage des extra-points de 2 à 15 yards pour augmenter la difficulté (mesure non mise en œuvre par la suite).

Pour chaque changement, une raison

Les raisons d’un changement de règles peuvent être multiples. Cela peut venir de controverses sur un fait de jeu ou sur un joueur, de circonstances inhabituelles ou de tendances dans le scoring, de blessures ou de pénalités.

L’exemple le plus frappant concerne le premier match de l’histoire des playoffs en 1932. Ce match a dû être déplacé en intérieur suite à des tempêtes de neige et des températures glaciales. Les Chicago Bears affrontaient les Porstmouth (Ohio) Spartans. Le runningback, futur hall-of-famer, Bronko Nagurski a feinté un plongeon, reculé d’un pas, sauté et complété une passe lobée à Red Grange pour la victoire des siens 9-0. Les Spartans se sont plaints d’une erreur d’arbitrage car les passes devaient être lancées d’au moins 5 yards derrière la mise en jeu.

Cette controverse a contraint la NFL a autorisé toutes les passes lancées de derrière la ligne de scrimmage (=mise en jeu) dès 1933. Le légendaire coach-propriétaire des Bears, George Halas, était à l’origine de cette proposition. Ce changement a fait évoluer énormément le jeu vers plus de passes, ce qui a augmenté les scores et différencié encore plus le football pro et universitaire à cette époque.

The immaculate Reception en 1972. Après une passe, il était interdit que la balle soit touchée 2 fois avant d’être captée. Les arbitres avaient déterminé que c’était un défenseur qui touche en premier le ballon pour intercepter avant qu’elle soit captée en second temps. Cette règle a évolué en 1978 pour que les ballons puissent être captés tant qu’ils n’avaient pas touché le sol.(Youtube.com)

La « Tuck Rule »

Le 19 janvier 2002, les New England Patriots du jeune Tom Brady affrontent les Oakland Raiders sous la neige pour le premier tour des playoffs. En fin de match, sur un plaquage de Charles Woodson, TB12 relâche le ballon et celui-ci est récupéré les Raiders qui pensent avoir remporté la rencontre. Après visionnage, les arbitres décident que la « Tuck Rule » s’applique et les Patriots gardent la balle. Ils égalisent puis remportent la rencontre en prolongations. Les Raiders ragent toujours alors que cela fera 20 ans cette année que ce match a eu lieu.

La « Tuck Rule » a été instaurée 3 ans plus tôt et stipule : « Quand un joueur [offensif] tient le ballon pour le passer vers l’avant, tout mouvement intentionnel du bras vers l’avant commence une passe, même si le joueur perd la possession de la balle lorsqu’il tente de la rabattre contre son corps. Aussi, si le joueur a rabattu le ballon contre son corps et en perd la possession, il s’agit d’un fumble ». L’arbitre a donc décidé que le bras de Tom Brady était lancé vers l’avant et que la passe était incomplète.

Cette règle a été supprimé en 2013 suite à un vote quasi-unanime. Les Steelers sont les seuls à avoir voté contre, les Patriots et les Redskins se sont abstenus.

Tout pour le spectacle

Après les changements de 1932, la NFL a toujours cherché à faire évoluer le jeu vers plus de points et d’actions spectaculaires. C’est ainsi qu’après les passes autorisées n’importe où derrière la ligne de scrimmage, elle a annulé les pénalités pour multiples passes incomplètes dans la même série (et oui!), ramené la remise du jeu vers le centre du terrain et instauré la pénalité de 15 yards pour avoir percuté le passeur. Tout ça, pour favoriser le jeu de passe et se distinguer du football universitaire.

« Si quelqu’un veut accuser la NFL de promouvoir l’attaque pour rendre le jeu plus excitant, le comité croît que la ligue devrait plaider coupable. »

Un ancien membre du comité en 2012

Ainsi, la ligue ne s’en cache pas et le déclare même dans ses statuts en 1940 : « chaque rencontre doit produire un maximum de spectacle tant qu’il peut être contrôlé par les règles et les officiels ». La quantité « spectacle » peut se mesurer sur le nombre de jeux joués et de quel types ils sont, ainsi que par l’audience télé.

Les conséquences imprévues et pressions extérieures

Une évolution illustre bien les répercussions positives et négatives des règles : l‘évolution de la « hash mark ». La « hash mark » est l’endroit où le ballon est remis en jeu par rapport aux lignes de touches. Elle a été installée à son endroit actuel en 1972, c’est à dire à environ 23,5 yards de la ligne de touche au plus près (voir photo ci-dessous), afin de favoriser l’attaque et que la défense ne se serve pas de la ligne comme d’un extra-défenseur.

Evolution de la « Hash Mark »

  • Au début : elle n’existait pas, on devait reprendre le jeu là où il s’était arrêté même sur la ligne de touche. Dans ce cas, l’attaque se servait souvent de la tentative suivante pour se recentrer seulement.
  • En 1928, la « Hash Mark » apparaît à 15 yards minimum du bord seulement quand la balle était sortie du terrain.
  • En 1933, en constatant que 14 tentatives par match étaient gaspillées au recentrage, la « Hash Mark » est instauré à 10 yards du bord pour tous les ballons morts même sur le terrain. Dès 1935, la NFL augmente cette distance à 15 yards.
  • En 1945, la NFL la déplace à nouveau à 20 yards pour donner plus d’options à l’attaque et ainsi créé plus de spectacle.
  • En 1972, la marque prend sa position actuelle à 23,5 yards à peu près en alignement avec les poteaux de but, toujours pour augmenter le spectacle.

L’évolution de 1972 a aidé le jeu de course, le nombre de joueurs dépassant 1000 yards sur la saison ayant doublé la saison suivante et le nombre de yards gagnés par la course ont augmenté. Mais ce n’était pas ce que la ligue espérait. Les Field goal devenaient plus faciles car plus centrés. Les équipes n’avaient plus à gâcher une tentative pour se recentrer afin d’en taper un.

Cette règle a aussi compliqué la tâche des QB car les défenses se sont adaptées et n’étaient plus aussi lisibles. En effet, elle ne révélaient plus leurs côtés de couverture avant la mise en jeu du fait du recentrage de celui-ci. Ainsi, le nombre de yards par match à la passe a commencé à décliner.

De plus, une ligue professionnelle rivale, la World Football League, s’est créé en 1973. Il fallait donc réagir pour attirer de plus en plus de fans. En 1974, il a donc fallu implémenter plusieurs règles pour augmenter le spectacle :

  • Déplacer les poteaux de but de la ligne d’en-but à la ligne de fond pour augmenter la distance des field goals de 10 yards.
  • Faire que tout field goal manqué dans les 20 derniers yards redonne la possession à la défense à l’endroit du field goal.
  • Reculer le coup d’envoi des 40 yards aux 35.
  • Interdire aux attaques de commencer à avancer dans le terrain tant qu’un « punt » (coup de pied de dégagement) n’avait pas été tapé.
  • Réduire les pénalités contre l’attaque pour « holding » (tenue), usage illégal des mains ou crochetage de 15 à 10 yards.
  • Permettre à un receveur d’être poussé une seule fois après avoir avancé d’au moins 3 yards.

En 1978, la NFL a même été plus loin en libérant plus les receveurs avec la règle du contact illégal, où ils ne peuvent plus être touchés sans ballon après 5 yards au-delà de la remise en jeu. Elle a également libéré plus les joueurs de ligne offensive en leur permettant d’écarter les bras et d’ouvrir les mains.

En bleu, les yards à la course. En jaune, les yards à la passe. (NFL.com)

D’autres changements ont été introduits en 1994 quand les statistiques montraient une baisse de 22 % du nombre de touchdowns et une hausse de 14 % des field goal. La moitié des équipes marquaient moins de 2 TD par match !!

Garder un équilibre

Bien que beaucoup pensent que les changements favorisent l’attaque, ce n’est pas totalement vrai. Beaucoup de restrictions concernent également les techniques de block et certaines tactiques offensives.

Sur la règle du contact illégal, il s’agit surtout d’équilibre entre la défense et l’attaque. En effet, le « bump and run » est destiné à perturber les courses des receveurs et reste autorisé tant que la passe n’est pas lancée. A contrario, le receveur ne peut pas toucher le défenseur tant que le jeu n’est pas lancé. Ainsi, les chances sont préservées des 2 côtés.

Protéger les joueurs

Le comité cherche aussi à protéger la santé des joueurs. Ainsi, les règles autour des « Blocks » (écrans) évoluent constamment pour limiter leur violence et leur dangerosité.

Cette année, par exemple, les blocks en dessous de la taille sont désormais interdits sur toute la ligne y compris les TE, afin de limiter les blessures nombreuses du genou. Les contacts avec la tête seront également beaucoup plus sanctionnés que ce soit un joueur qui baisse la tête ou qui initie le contact sur le casque, ceci pour réduire les commotions.

(Usa Today)

L’histoire de l’évolution des règles montre que la NFL cherche à préserver l’intégrité du jeu et du spectacle pour satisfaire les acteurs et les observateurs. Du moment que c’est loyal, sécurisé et spectaculaire, elle est ouverte aux changements. On peut ainsi voir que, même si le spectacle prime, de nombreux paramètres sont pris en compte pour un changement. Il est tout de même vrai que les décisions pour améliorer le spectacle sont plus vite prises (cf. la concurrence en 1973) que celles qui sont sensées protéger les joueurs par exemple (les commotions). Mais toutes les évolutions auront toujours leurs supporters et leurs détracteurs, même s’ils recherchent le consensus, la NFL ne l’aura jamais totalement. Le nombre de suiveurs de plus en plus grand ne simplifiera d’ailleurs pas la tâche.

Et vous, quels seraient vos changements idéaux afin de convaincre ce comité?

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