Auto / Moto Formule 1

Les Français et la F1, une histoire d’amour vache

Il a fallu attendre près d’un quart de siècle avant d’entendre à nouveau résonner La Marseillaise pour un pilote français, puis comme un déclic, simplement 10 petits mois avant de l’entendre à nouveau.

Ces deux récentes victoires françaises, que ce soit pour Pierre Gasly à Monza ou bien Esteban Ocon en Hongrie, témoignent de la place importante qu’occupe la France au sein du monde de la Formule 1, aujourd’hui. Cependant, bien que désormais appréciée, l’histoire d’amour entre les pilotes français et la Formule 1 n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. La liste des Français vainqueurs d’un Grand Prix de F1 est longue, que ce soit Alain Prost, René Arnoux, Jacques Laffite ou encore François Cevert pour ne citer qu’eux, ils ont eu l’immense chance d’inscrire leur nom au palmarès de la Formule 1. Cependant, il convient de se souvenir de nombreux autres pilotes français, bien moins chanceux, qui, faute de performance ou d’opportunités, n’ont pu partager cette joie d’être sur la première marche du podium. Voire pire, ils ont été décriés et popularisés de la mauvaise des manières.

Des pilotes talentueux, mais décriés

Ils sont nombreux à avoir réalisé leur rêve d’accéder à la F1 sans pour autant y avoir connu le succès escompté. Que ce soit Jean-Eric Vergne, désormais double champion du monde de Formule E, Sebastien Bourdais ou encore Charles Pic, tous ont connu des carrières bien différentes. Toutefois, l’un d’eux a connu une histoire bien particulière avec la Formule 1, à savoir Romain Grosjean.

Romain Grosjean, Jean-Éric Vergne, Charles Pic et le regretté Jules Bianchi, la relève de la F1 française, qui n’aura jamais vraiment réussie à s’imposer en F1. (Crédit : autonewsinfo.com)

Pilote très talentueux, considéré comme un espoir lors de ses débuts, il n’a pu ôter l’étiquette de « fou furieux du premier tour » que Mark Webber et de nombreux autres membres de la communauté F1 ont décidé de lui attribuer. En effet, suite à son titre en GP2 (F2 actuelle), il se voit promu comme titulaire chez Lotus, aux côtés d’un Kimi Raïkkönen de retour de ses escapades en rallye WRC et désireux de retrouver très vite les podiums et les victoires grâce à une voiture compétitive. Romain Grosjean arrive donc chez Lotus dans la peau d’un rookie ayant pour mission d’épauler son expérimenté coéquipier. Pilote rapide, il se démarquera par ses nombreux podiums lors de ses quatre années passées dans l’écurie anglaise, toutefois, ce n’est pas ce qui sera retenu de lui tout au long de sa carrière.

Romain Grosjean lors de son dernier podium en F1, à Spa-Francorchamps, en 2015, aux côtés de Nico Rosberg et Lewis Hamilton. (Crédit : Edward Thomas)

En effet, malgré ses nombreux coups d’éclat, des erreurs de pilotage et les accidents qu’il causera (notamment le carambolage de Spa en 2012 qui lui vaudra une suspension d’un GP) terniront sa réputation jusqu’à la fin de sa carrière, dénigrant le talent du pilote et de sa capacité à exploiter le potentiel de sa monoplace. De ses quatre années chez Lotus, les deux premières lui permettront une lutte régulière pour le podium et les premières places, cependant, les deux suivantes, en raison d’une monoplace décevante, ne lui permettront pas de renouveler les résultats et les promesses aperçues lors de ses débuts. Suite à sa période Lotus, conclue avec 10 podiums, mais une réputation salie, des contacts avec la Scuderia Ferrari se nouent, cependant, le départ de chez Red Bull de Sebastian Vettel, quadruple champion du monde, contraindra le pilote français à signer chez Haas, l’ambitieuse écurie américaine, nouvelle en F1, et à la recherche d’un pilote d’expérience afin de les guider vers leurs objectifs de victoires et de titres.

De ce fait, ce pari, bien que risqué, permet enfin au pilote de se voir offrir la place de leader d’écurie, au sein d’une écurie souhaitant sur le long terme, s’installer comme une référence dans le monde de la F1. Malgré des débuts prometteurs et en dépit des efforts fournis, les objectifs fixés par l’écurie et Romain Grosjean ne furent jamais atteints. Pire encore, la réputation du pilote de la voiture n°8 fut à nouveau décriée, en raison de nombreuses erreurs de pilotages, comme le tristement célèbre « Ericsson gate », où le français, sous régime de voiture de sécurité, perdit seul le contrôle de sa monoplace et accusa Marcus Ericsson comme responsable de son abandon. Le duo formé avec Kevin Magnussen, pilote à la défense rugueuse et au caractère « coriace », causera de nombreux soucis aux autres pilotes ainsi qu’au sein même de l’écurie. Dès lors, faute de résultats et de budgets, l’ex-pilote Lotus se voit donc remercié à la fin de la saison 2020, quittant la F1 en miraculé, suite à son effroyable accident de Bahrein.

Durant toutes ses années en Formule 1, Romain Grosjean a donc marqué les esprits des amateurs du sport automobile. De grand espoir à miraculé de la vie en passant par pilote à éviter, pendant 10 ans dans le paddock, Romain Grosjean a donc reçu des avis mitigés, décriant surtout ses erreurs et son manque de compétitivité. Que ce soit en raison de ses podiums, ses accidents ou encore son miracle, il quitte la F1 avec l’image d’un sportif de haut niveau, ces erreurs estompées par son terrible accident, dans le but de conquérir les États-Unis et l’Indycar.

La nouvelle génération, le regain d’espoir

Malgré les réticences et les critiques qui touchaient les pilotes français, l’espoir faisait petit à petit son apparition. Tout d’abord en aout 2016 avec Esteban Ocon, membre de la Mercedes Junior Team et nouveau pilote Manor, puis, à nouveau en octobre 2017, avec Pierre Gasly, issu du giron Red Bull. Ces deux normands, rivaux de longue date, arrivent sur la pointe des pieds, accompagnés d’une nouvelle génération de pilotes, très talentueuse. Les supporters français ainsi que Mercedes et Red Bull placent en eux de grands espoirs.

Un talent indéniable

S’il faut commencer par l’un, autant citer le premier venu dans la discipline, à savoir Esteban Ocon. Après son titre en GP3, et une saison en DTM combinée à un rôle de réserviste chez Renault, le pilote originaire d’Evreux plonge dans le grand bain le 28 aout 2016, avec l’équipe de fond de grille, Manor. Cette volonté de le placer en F1 aussi tôt témoigne de la confiance que lui offre Toto Wolff et Mercedes, en lui. De nombreuses fois considéré comme potentiel titulaire d’un baquet chez la prestigieuse écurie Mercedes, Esteban Ocon confirme en 2017 et 2018 sous les couleurs de Force India, faisant jeu égal avec son expérimenté coéquipier, Sergio Pérez. À chaque sortie, il ne cesse d’impressionner, devenant le plus jeune pilote français à inscrire des points, le recordman d’arrivée en fin de GP pour un novice ou encore en réalisant la meilleure qualification de l’histoire de l’écurie. Toutefois, malgré ses bonnes performances et le soutien de Mercedes, Esteban Ocon peine à trouver un baquet pour 2019, sa place devant être cédée au fils du milliardaire Lawrence Stroll. Ainsi, après d’excellents débuts en Formule 1, Esteban Ocon se voit contraint à une année sabbatique, faute de baquet et devra se contenter d’une place de pilote réserviste chez Mercedes.

Esteban Ocon et Pierre Gasly, lors de leur premier pas en Formule 1. (Crédit : Canal+)

Concernant Pierre Gasly, sa carrière diffère ne serait-ce qu’un peu de son compère. Repéré par Red Bull, il intègre le programme des jeunes pilotes de l’écurie, dans l’objectif lui aussi, d’intégrer la Formule 1. Champion GP2 en 2016, tout comme Romain Grosjean avant lui, il se voit exilé au Japon, dans le but de participer à la Super Formula, le temps d’une année, en attendant qu’une place en F1 se libère. Toutefois, l’attente ne fut pas longue, car en octobre 2017, sa place lui est enfin offerte, chez Toro Rosso et il ne la délaissera pas. À la suite d’une excellente saison 2018, où il ne cessera d’impressionner, que ce soit par sa 4e place à Bahrein, ses bonnes performances tout au long de la saison, sa capacité à gérer et économiser ses gommes et sa connaissance du moteur Honda, il est promu chez Red Bull après à peine une année complète en Formule 1 dans l’optique d’épauler Max Verstappen, candidat à des victoires et au titre. Cependant, après une moitié de saison très décevante au volant de la Red Bull, Pierre Gasly se voit rétrogradé de retour chez Toro Rosso, devant par la même occasion porter le deuil de l’un de ses meilleurs amis, Anthoine Hubert, tragiquement décédé sur le circuit de Spa.

Une force de caractère

L’année 2019 d’Esteban Ocon pourrait se résumer au simulateur et à une place attitrée dans le garage Mercedes pendant les courses. Bien qu’étant une place privilégiée, elle ne convient pas à l’ex-pilote Force India, qui convoite un baquet. Malgré ce statut particulier, Esteban Ocon continue d’apprendre avec Mercedes, de développer la voiture et, d’après Toto Wolff, directeur de Mercedes, son travail a joué un rôle prépondérant dans la conquête des titres pilote et constructeur. Dès lors, malgré son année loin des Grands Prix, il retrouve une place sur la grille avec Renault et l’ambition de chercher la 3e place au constructeur. Le défi est de taille, de même que le CV de son désormais nouveau coéquipier, Daniel Ricciardo, multiple vainqueur de Grand Prix et pilote très convoité sur le marché. Après un temps d’adaptation, il parvient à décrocher son premier podium à la fin de l’année 2020 (GP de Sakhir), signe de sa persévérance et de son talent.

Pierre Gasly, suite à son été 2019 bien sombre, ne se laissera pas abattre lui non plus. De retour dans une écurie qui lui redonne confiance, il signe de très belles courses, pleines d’audace et de caractère. De même, son podium au Brésil, au volant de cette même Toro Rosso vient récompenser une deuxième partie de saison placée sous le signe de la rédemption, du retour en forme. Malgré ses bonnes prestations, Red Bull confirme son remplaçant, Alex Albon, comme titulaire chez eux, le normand demeurant une année supplémentaire chez l’ex-Toro Rosso, désormais AlphaTauri. Sa saison 2020 sera à marquer d’une pierre blanche, avec notamment sa victoire pleine de panache et d’émotion à Monza. Tout au long de la saison, il n’a cessé de porter son écurie, se positionnant comme le leader de cette dernière et candidat régulier aux points.

La promesse d’un grand avenir ?

Depuis cette année, Renault est devenue Alpine F1 et Esteban Ocon doit désormais composer avec un autre grand pilote comme coéquipier, Fernando Alonso, double champion du monde et de retour en F1. Après un début de saison mitigé, Esteban Ocon s’est enfin adjugé la récompense qu’il méritait, à savoir sa victoire en Hongrie, devant Sebastian Vettel, Lewis Hamilton ou encore Fernando Alonso. Cette victoire, couplée à sa reprise de confiance au volant de l’Alpine peuvent nous faire espérer une belle fin de saison, avec de beaux duels à la clé et dans un futur plus lointain, pourquoi pas un duel pour le titre ?

Esteban Ocon, vainqueur en Hongrie et Pierre Gasly, vainqueur à Monza en 2020. La relève que la France n’espérait plus. (Crédit : auto-moto.com)

De même pour son compatriote, Pierre Gasly, qui performe encore cette saison, trustant désormais régulièrement les Q3 et se battant constamment pour la 6e place ou même plus haut. Ces performances cette année, comme à Bakou, laissent supposer à de futurs podiums, afin de conserver sa côte de popularité auprès des directeurs d’écurie et donc potentiellement rejoindre une écurie de plus haut niveau.

Qu’il s’agisse de ces deux jeunes pilotes pleins de bonnes volontés et de talents ou encore de nos jeunes pouces en formule de promotion (Théo Pourchaire, Victor Martins, Clément Novalak, Hadrien David ou encore Isack Hadjar, pour ne citer qu’eux), le futur de la Formule 1 française n’a peut être jamais semblé aussi brillant !

Bien évidemment, Romain Grosjean n’est pas le seul pilote français à avoir manqué de réussite dans sa carrière en F1 au cours des 71 dernières années. Nous reviendrons d’ailleurs, dans le futur, sur ces derniers dans une série d’articles retraçant l’histoire de nos pilotes dans la catégorie reine de la monoplace.

Crédit photo d’illustration : autojournal.fr

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :